‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 100 sur 150 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

LÀ MARQUISE, TIMOTHËE, en habit noir.

LA MARQUISE, A part.

Un de ses amis... je conçois maintenant... et ses discours de ce matin et l'entretien qu'il m'a demandé ! il avait intérêt à connaître et à découvrir les secrets d'une famille... où son ami désire entrer.

TIMOTHÉE, après avoir salaé.

Me voici, madame la marquise, exact au rendez-vous.

LA MARQUISE

C'est bien.

TIMOTHÉE, à la mar({ni8e qui loi fait signe de s'asseoir.

Pardon, madame...

LA MARQUISE, s'asseyent aussi, et après an silence.

Vous vous doutez, monsieur, que le peu de mots que vous m'avez dits ce matin m'ont jetée dans un grand trouble.

TIMOTHÉE

Je le crois bien... aborder aussi brusquement un pareO sujet!... je m'en accuse.

LA MARQUISE

Et moi, je vous remercie... le premier moment a été tout entier à l'effroi... et le second...

TIMOTHÉE

J'en étais sûr, à des émotions plus douces, plus naturelles... et je ne vois pas pourquoi on s'en défendrait...

JAPHET 287

Qa'est-ce qui n*a pas été jeune, madame?... tout le monde Ta été... plus ou moins...

LA MARQUISE

Je vous rends grâce de tant d'indulgence... surtout me croyant coupable...

TIMOTHÉE

Madame...

LA MARQUISE, Tirement.

Mais je ne le suis pas, monsieur...

TIMOTHÉE, à part.

Si elle me prouve cela...

Ou, du moins, je ne le suis pas autant que vous pourriez le penser... des événements, des circonstances...

TIMOTHÉE

Les circonstances... c'est ce que j'allais vous dire... elles n'en font jamais d'autres... sans les circonstances, il n'arriverait jamais de malheurs; aussi, croyez, madame, que j'ai toujours fait la part des circonstances... une bonne part... bien large... ainsi, de ce côté, soyez tranquille...

LA MARQUISE

Je ne le serai qu'après m'étre justifiée à vos yeux... car je sais maintenant le motif qui vous fait agir... je le sais... et la vérité que vous désirez connaître... c'est moi qui tiens aujourd'hui à vous l'apprendre.

TIMOTHÉE

Alors, nous sommes parfaitement d'accord... de plus, nous sommes seuls; ainsi, parlez 1

LA MARQUISE

J'avais été élevée avec un de mes cousins, Arthur Ephelston.

TIMOTHÉE, ayec joie.

Ëphelston. .. n'est-ce pas un lord... un pair d'Angleterre ?...

âS*^ COMÉDIES — DRAMES

LA MARQUISE

Oui, monsieur...

TIMOTBÉB.

Ancienne famille... immense fortune... Dieu! que je suis content!...

Et de quoi?

TIMOTHÉE

De ce qu'il était votre cousin... car un cousin jeune el aimable... vaut toujours mieux...

LA MARQUISE

Non, vraiment... car on Taime... et quand il est destiné à une autre... quand il est forcé d'obéir à un père inflexible...

TIMOTHÉE

Les pères ne sont ici-bas que pour notre tourment... moi qui vous parle, il y en a un qui m^enadonné du tourment... et de la peine...

LA MARQUISE

Le vôtre?...

TIMOTHÉE, YiTement.

Jamais... de ce côté-là... je dois lui rendre justice... mais, continuez... Lord Ephelston...

LA MARQUISE

Se soumit à la volonté paternelle... il se maria! moi, je jurai de rester libre... je tins parole; je refusai tous les partis, et quelques années après, lorsque, par des événements trop longs à vous raconter, lord Ephelston eut perdu sa femme et son fils, maître de sa main... il me Toifrit... je l'acceptai...

TIMOTHÉE

Je ne vois pas alors les circonstances malheureuses... dont vous parlez...

JAPHKT 289

LA MARQUISE, baissant les yeux.

Confiants dans notre tendresse, dans notre foi mutuelle... nous nous regardions comme époux I pour consacrer cette union... nous n'attendions que le temps voulu par les convenances du veuvage, lorsqu'un événement affreux... lord Ephelston, blessé mortellement dans une partie de chasse...

TIHOTHÉE.

Ah! mon Dieul...

LA MARQUISE

Expira... sans avoir pu réparer... une imprudence que le soin de ma réputation me força de cacher à tous les yeux...

TIMOTHÉE

Je comprends...

LA MARQUISE

Voilà ma faute, monsieur... celle que vous m'avez reprochée avec raison...

TIMOTHÉE

Je n*ai rien reproché... mais je pensais qu'une noble et généreuse dame, telle que vous... ne voudrait pas enlever plus longtemps à son enfant, son nom... son état.

LA MARQUISE

Vous dites vrai... ma position dans le monde me faisait chaque jour hésiter... mais vos discours... votre sévère franchise m'ont éclairée sur mes véritables devoirs.., je suis décidée à tout braver...

A la bonne heure!...

LA MARQUISE

A expier mes torts envers mon enfant...

TIMOTHÉE

C'est tout ce que nous demandons...

ScuBB, — Œuvres complètes. I" Série — 4m« Vol. — 17

LA MARQUISE

Et dès demain, aux yeux de tous... je la reconnais pour ma fille I...

(ils se lèreot.) TIMOTHÉE.

Votre fille!... ô ciel!,..

LA MARQUISE

Qu*avez-vous donc?...

TIMOTHÉE

Rien, madame... rien... (a part avec consternation.) C'était une fiUe!...

LA MARQUISE

Ne voulant me priver ni de sa vue, ni de ses caresses, je Tavais élevée près de moi, présentée dans le monde comme ma parente, comme ma nièce... cela ne suffit pas... je le vois, maintenant surtout, que d'autres vues... d'autres idées, dont elle m'a parlé... et dont nous causerons plus tard... J'attends M. Japhet, votre ami, et notre avocat... il nous indiquera la marche à suivre... mais avant qu'il ne vienne, je cours près d'Esther... près de ma fille... tout lui avouer, et lui apprendre, monsieur, que c'est à votre généreuse intervention qu'elle devra son nom, son rang et sa fortune...

(EUe sort.)

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