‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 150 sur 150 · SCÈNE VllI · texte numérisé non relu

SCÈNE VllI

Les mêmes ', Abigaïl va ouvrir les portes du fond. — Paraissent LA DUCHESSE et plusieurs SEIGNEURS DE LA €OUR; BOLING- BROKE entre après eux. — Abigaïl ya également ouvrir la porte à droite, d'oîi sortent plusieurs DEMOISELLES d'hONNEUR.

LA REINE

Qui ose ainsi, à cette heure... dans mes appartements... Cicil la duchesse... Une pareille audace !...

LA DUCHESSE, regardant autour d'elle dans l'appartement.

Me sera pardonnée par Votre Majesté, car il s'agit d'importantes nouvelles»., d'où dépend le salut de l'État!

LA REINE, avec impatience.

Lesquelles?

LA DUCHESSE, examinant toujours l'appartement.

Des nouvelles qui mettent en rumeur... et agitent toute la

ville... (a part, regardant le balcon.) Il nepeul être que là. (Haut.)

Lord Marlborough m'apprend que Tarmée française vient d'attaquer à Denain les lignes du prince Eugène, et a remporté une victoire complète.

BOLINGBROEE, froidement.

C'est vrai I

LA DUCHESSE, courant à la fenêtre. Abigaïl fait quelques pas pour la retenir et se trouve ainsi placée entre la duchesse et la reine.

Tenez... entendez-vous les cris furieux de ce peuple?...

Qui demande la paix!...

LA DUCHESSE, qui vient d'ouvrir la fenêtre, et poussant un cri.

Ahl... monsieur Masham... dans l'appartement de la reine!...

LA REINE, à part, et voyant paraître Masham.

C'est fait de moi !

ABIGAÏL, bas à la reine.

Non!... je l'espère!... (Tombant à ses genoux.) Gràce, madame !... grâce!... c'est moi qui à votre insu... l'avais reçu cette nuit...

LA DUCHESSE, avec colère.

Quelle audace!... Vous osez soutenir...

ABIGAIL, baissant les yeux.

La vérité !

MASHAM, s'incUnant.

Que Sa Majesté nous punisse tous deux!

LA REINE, bas à Bolingbroke.

Bolingbrolie, sauvez-nous!

BOLINGBROKE, s'avançant vers les seigneurs de la cour qui sont dans le

fond et prenant le milieu du théâtre*

Permettez!... J'ai à vous dire...

LE VERRE d'eau 449

LA DUCHESSE, s'adressant à Bolingbroke.

Et moi... je demanderai à milord, comment un prisonnier confié à sa garde est libre en ce moment, et par quel motif?

BOLINGBROKE, se tournant vers rassemblée.

Un motif auquel vous auriez tous cédé comme moi, milords! M. Masham m'a demandé, sur sa parole et sur son honneur de gentilhomme, la permission de faire ses adieux à Abigaïl Churchill, sa femme!...

LA REINE et LA DUCHESSE, poussant un cri.

ciell...

LA REINE, avec agitation.

Messieurs!... messieurs!... (Leur faisant signe de s'éloigner.) Un

instant... je vous prie!...

(Us s'éloignent tons de quelques pas; la reine reste seule sur le deyant

du théâtre avec Bolingbroke.)

LA REINE, à demi-voix.

« Ah ! qu'avez-vous fait ?. . ,

BOLINGBROKE, de même.

Vous m'avez dit de vous sauver... (a la reine qui nepeuteacher

son émotion.) Allons, ma souveraine!... et puis, fallait-il laisser déshonorer cette jeune fille qui venait de se dévouer pour Votre Majesté?

LA REINE, arec courage et comme ayant pris sa résolution.

Non!... (a demi-voix.) Ditcs-lcur d'approcher.

(Bolingbroke fait un signe; Abigaïl et Masham, qui s'étaient tenus à l'écart,

s'avancent timidement.)

LA REINE, avec émotion et à voix basse à Abigaïl.

Abigaïl... ce que vous venez d'entendre... il faut que cela soit... ne le démentez pas... Encore cette preuve de dévouement... et ma reconnaissance... mon amitié vous sont à jamais acquises...

abigaïl, à la reine, avec ^panchement.

Ah! madame... si vous saviez...

fiOLUS'GBROKE, lui coupant la parole.

Silence !...

[ Il fait un signe à Masham, qui à son tour s'avance près de la reine.)

LA REINE

Quant à vous, Masham...

BOLINGBROKB, bas à Masham.

Refusez !

LA REINE

Je sais que d'autres idées, peut-être... mais, par le dévouement que vous lui portez... votre reine vous le demande...

MASHAM.

Moi, madame...

LA REINE

Elle vous Tordonue !

(Tous deux s'inclinent et passent à droite du théâtre.)

LA REINE, s'adressent aux personnes de la cour et prenant le milieu du

théAtre.

Milords et messieurs, les graves événements que madame la duchesse vient de nous apprendre vont hâter des mesures que nous méditons depuis longtemps. Sir Harley, comte d'Oxford, et lord BoUngbroke, mes nouveaux ministres, vous expliqueront demain nos intentions. Nous rappelons milord duc de Mariborough dont le talent et les services deviennent désormais inutiles, et décidée à une paix honorable, nous entendons que, dans le plus bref délai, les conférences s'ouvrent à Utrecht, entre nos plénipotentiaires et ceux de la France.

BOLINGBROKE, qni est placé à droite entre Masham et Abigatl, hc% à

Abigaïl.

Eh bien, Abigaïl... mon système n'a-t-il pas raison? Lord Mariborough renversé... l'Europe pacifiée...

MASHAMy lui remettant les papiers que la reine a signés.

Bolingbroke, ministre!...

Et tout cela, grâce à un verre d'eau !

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