‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 78 sur 150 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M»« DE CHAVANNES, puis BRESSON.

M°^® DE CHAVANNES, seule et réfléchissant.

Pauvre enfant 1... elle pleure 1... Je lui ai fait du chagrin et elle ne m'en veut pas!... et elle obéit sans murmure I... Quel trésor pour un mari!

BRESSON, paraissant à la porte du fond qu'il entr'onxre, et s*ayançant

sur la pointe du pied.

Eh bienl quelles nouvelles?

M°^ DE CHAVANNES, se retournant, et gaiement.

Venez donc, général I

BBESSON.

Je suis tout fier d'être d'une conspiration... cela ne m'est jamais arrivé ! et d'une conspiration sous vos ordres ! Que se passe-t-il? Où en sommes-nous? Vous n'étiez pas encore , de retour quand nous avons ramené mademoiselle Adine, ei vous êtes restés à Saint-Thomas-d'Aquin plus longtemps q^e nous au bois de Boulogne.

M"® DE CHAVANNES

Oh] j*ai fait durer le plaisir longtemps! près de trois heures !

BRESSON

Miséricorde !

M™* DE GHAYÂNNES.

Si vous aviez vu ce pauvre jeune homme assis près de moi, dans une immobilité et un reoueillement qu'il a soutenus longtemps avec un courage digne d*un meilleur sort... Puis, de guerre lasse, et perdant patience, regardant les voûtes de l'église, comptant les cierges, analysant les boiseries, se penchant pour entrevoir les traits de quelques dévotes, nos voisines, et arrêté dans ses découvertes par des voiles impitoyables ou des chapeaux en promontoire; enfin, son embarras, son malaise, que trahissaient malgré lui des bâillements plus ou moins bien interceptés; cela formait Tennoi le plus divertissant ! et, pour comble de bonheur, il semblait que le prédicateur lui -môme voulût me seconder 1 II a été assommant I

BRESSON, riant.

Sans être du complot ?

M°*« DE GHAYANNES.

Sans être du complot!... Aussi, Tamour de ce pauvre Amédée n'en reviendra pas!

BRESSON

Vous croyez?

M™« DE GHAYANNES.

La recette est infaillible! Un amant vous pardonnerait peut-être de le tromper... mais de l'ennuyer... jamais! Et ce n'est rien encore ! à la sortie de l'église, trois jeunes gens ëe ses amis, des officiers comme lui, s'arrêtent au moment où nous montions* en voiture... ils aperçoivent Amédée tenant sous son bras mon livre de prières et Thisbé, ma petite chienne anglaise !... L'effet a été magique ! Leur salât malin, leur sourire moqueur et la rougeur subite de mon jeune écuyer, m'ont prouvé que le coup avait porté, que le ridicule était à ses yeux un crime plus grand encore qae

LA GRAND*MKRË 228

l'ennui; et, quand nous sommes remontés en voiture, il cherdiait en vain à cacher son humeur; il m'écoutait à peine, il n'était plus à la conversation ; il est vrai, et vous vous en doutez bien, que je la ramenais toujours avec art sur des sujets qui lui rappelaient sa mésaventure... aussi la route lui paraissait longue, il lui tardait d'arriver. Il a respiré plus à Taise quand on a ouvert les portes de Thôtel, et moi, profitant sans pitié de mes avantages, je Tai invité à dîner aujourd'hui, en lui recommandant de venir de bonne heure... Je T exige I

BRESSON

Et pourquoi donc?

M"® DE CHAVANNES

L'exigence, mon cher ami, l'exigence est d'un effet rapide et immanquable 1 II n'y a pas d'amour qui puisse y résister!... Voilà, je l'espère, de la grandeur d'âme, de l'héroïsme I... Il n'y a qu'une mère capable d'un pareil sacrifice... Oui, monsieur, on ne renonce pas aisément aux adorations, môme à celles dont on ne sait que faire ; à plus forte raison quand il s'agit de changer des déclarations d'amour en déclarations de guerre... car, si je continue ainsi, avant peu il me détestera.

BRESSON

Vous croyez?

M™* DE CHAVANNES

J'en réponds.

BRESSON

J'ai peur que vous ne puissiez y parvenir.

M"® DE CHAVANNES

Même si je le veux!...

BRESSON

Vous pouvez tout, excepté cela!... et je ne serai tout à fait tranquille que lorsque je le verrai amoureux fou de mademoiselle Adine.

M"*« DE CH4YANNES.

Nous y arriverons... je Tespère I

Et par quels moyens î

M°*^ DE CHAVANNES

Cela me regarde 1 et si vous voulez me seconder un peu pour marier ma petite-lille, je vous promets, à mon tour, de marier la vôtre... C'est trop juste... j'ai un parti pour elle!

BRESSON

Me voici à vos ordres!... Que faut-il faire?

M"*« DE CHAVANNES

Obéir d'abord à tout ce que je demanderai.

BRESSON

C'est dit.

M"^® DE CHAVANNES

Quelque absurde que ce soit...

BBESSON.

C'est convenu,

^me DE CHAVANNES.

Que vous compreniez ou non...

BRESSON

Je n'ai pas besoin de comprendre 1...

M™* DE CHAVANNES

Ensuite, et dans toutes les occasions, dire du bien de ma petite-fille...

BRESSON

C'est facile !

U^ DE CHAVANNES

Et du mal de moi.

BRESSON

Je ne pourrai jamais!

M"® DE GHAYANNES.

Quand c'est moi qui vous le demande !...

BBESSON.

Ça ne suffît pas... encore faut-il qu'il y ait moyen... qu'il y ait quelques sujets.

M"« DE GHAYANNES.

Oh! soyez tranquille... je vous en donnerai 1 Silence!... c'est M. Amédée.

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