M"»« DE GHAYANNES, BRESSON, AMÉDÉE
M™« DE GHAYANNES, aTeo un peu d'aigreur.
Vous vous faites bien attendre, monsieur; j'aurais voulu, avant le dîner, vous demander votre bras pour faire quelques visites... Je vous l'avais dit.., vous l'avez oublié... Je ne vous en ferai pas de reproches... vous aviez d'autres occupations, sans doute !
AUÉDÉE.
Mais non, madame 1... il y a plus de trois quarts d'heure que je suis ici I
U^^ DE GHAYANNES.
Alors, c'était trop tôt !
AMÉDÉE
On m'a dit que vous étiez à votre toilette, et j'ai attendu
^•*. (Montrant la porte à droite.) danS le Salou !... Car, pOUr Ce
qui est de mon exactitude...
M"« DE GHAYANNES.
L'exactitude consiste à arriver à propos; et il était impossible de choisir plus mal son moment 1
AMÉDÉE, déconcerté.
C'est ce que j'ai vu, madame 1 (Bas à Bresson.) Est-ce qu'elle a quelquefois des caprices?
BRESSON, se récriant.
Elle 1 1 ! (U^ de ChAvaimes le poasse et U ajoate â demi-Yoix.) tOU-
jours !
AMÉDÉE
Du reste, madame^ j'ai trouvé au salon mademoiselle Adinel
BRESSON, avec satisfaction. Ah!
M"^^' DE CHAVANNES, à demi-voix.
Je venais de Vy envoyer. (Haut, à Amédée.) Je crains qu'elle ne vous ait tenu une assez maussade compagnie!... elle était d'une humeur!...
AMÉDÉE
Je n'ai pas vu cela, madame! elle était fort aimable; et cependanté.. elle avait les yeux rouges... elle avait pleuré!
M*"® DE GHAVANNES.
Ce n'est rien... une petite scène que nous venions d'avoir ensemble I
BRESSON, étonné.
Est-il possible!... vous qui jam... (n rencontre* un regard d« M"^® de Chayannes ; il se reprend et continue d'un air de reproche.) Je
veux dire... encore... comment, madame, encore 1...
M°*® DE GHAVANNES.
Eh bien ! oui... je vous avais promis de prendre sur moi... mais elle m'a contrariée... impatientée... nos discussions ordinaires ont recommencé... Gela m'impressionne... cela m'exalte... cela me donne sur les nerfs!... Et vous savez combien je suis à plaindre... Je ne peux pas me mettre en colère sans avoir une migraine 1
LA ORAND MÈRE 227
AHÉDÉE, timidement.
Et madame est sujette aux migraines?...
BEESSON.
Deux ou trois fois par jour.
AUÉDÉE, à part.
Ce que c'est que de voir les personnes dans Tintimitél... An premier coup d*œil on ne se serait jamais douté...
M"» DE GHAYANNES, à Amédée.
Et pendant les trois quarts d*heure que vous êtes resté au salon, mademoiselle Adine n*a pu résister au plaisir de vous raconter ses chagrins?...
AMÉDÉE
Non, madame!... c'est moi qui ai eu Tindiscrétion de lui demander... d'insister... et, touchée de l'intérêt, de l'amitié qae je lui témoignais... elle s'est mise à fondre en larmes... et m'a tout dit.
M™^ DE CHAVANNES, bas à Bresson.
C'est ce que j'espérais !
AMÉDÉE
Votre conversation de tout à l'heure... les projets que vous aviez sur elle... l'intention formelle où vous étiez delà marier sw-le^hamp!...
U°^^ DE GHAYANNES, avec ironie.
Et, en chevalier généreux, prêt à secourir les opprimés, vous vous êtes promis de défendre cette victime de la tyrannie contre des parents injustes et barbares!...
AMÉDÉE
Eh non, madame I
U^^ DE GHAYANNES, de même.
De la soustraire à leurs coups !...
AMÉDÉE, arec impatience.
Eh non, madame ! (Bas à Bresson.) Car elle m'impatiente et nie donnerait aussi... la migraine! (Haut.) Je me suis promis,
me#rappelaDt la bienveillance que vous avez daigné me témoigner, de vous raconter seulement ce dont j'avais été le témoin... et de m'en rapporter après cela à votre prudence et surtout à votre cœur.
BRESSON
C'est bien!...
M"® DE GHÀVANNES.
Démarche pleine de tact et de jugement... à laquelle je répondrai en peu de mots : 11 est aisé, monsieur, d'accuser et de blâmer des parents, (oeste négatif d'Amédée.) car vous me blâmez, vous me trouvez tyrannique, ridicule, odieuse...
AMJSDÉE.
Moi!... madame!
M"® DE GHAVANNES.
Cela doit être... et je m'y attends!... Vous ne pouvez connaître les motifs qui me font agir... motifs que tout le monde ignore et que je veux bien vous confier, à vous, monsieur I... persuadée qu'alors vous serez de mon avis et que vous voudrez bien employer, près d'Adine, votre crédit.
AMEDÉE.
Mais, je n'en ai aucun...
M°*« DE GHAVANNES.
Beaucoup, au contraire!... vous l'avez encouragée, consolée ; vous avez pris part à ses peines, peutrêtre à ses larmes... et des gens qui ont pleuré ensemble s'entendent si vite!...
AMÉDÉE, bas à Bresson.
. C'est inconcevable comme elle m'agace et me porte snr les nerfs !.. . quand elle le ferait exprès...
BRESSON, de même.
Elle en est bien capable.
M™« DE GHAVANNES.
Je vous dirai donc, en confidence, monsieur, que j'ai cru,
LA grand'mèrb 2S9
depuis quelque temps, remarquer en ma petite-fille un attachement secret et profond 1...
AMÉDÉE, avec émotion.
Que me dites-vous là?
M™^ DE GHAVANNES, continuant.
Pour une personne qui ne peut pas l'épouser, qui est engagée, qui aime ailleurs !
AMÉDÉE
Ce n*est pas possible.
M"" DE CHAVANNES
Cela est, cependant ; et alors, pour détourner ses idées, pour leur donner une autre direction, pour assurer son bonheur, j*ai fait choix d'un époux riche, estimé, qui réunit toutes les qualités... et pour vous le prouver, il suffira de vous le nommer. (Montrant Breason.) C'est monsieur.
Âh! mon Dieul...
BRESSON
Mais, madame!...
UF^^ DE CHAVANNES, bas à Bresson.
Silence! je le veux!...
BRESSON» bas.
Mais c'est absurde I...
M^® DE CHAVANMES, bas.
Raison de plus I (Haut, et paraissant discuter.) Eh bien ! OUi,
monsieur, où est le mal?... Vous ne vouliez pas que ce mariage fût connu encore ; mais un peu plus tôt, un peu plus tard ! qu'importe ? (a Amédée.) Maintenant, vous savez tout, vous voilà aussi dans notre confidence, et vous pouvez adresser vos félicitations à monsieur.
AMÉDÉE, ayec embarras.
Certainement... monsieur... je vous fais mes compliments sur un mariage aussi... extraordinaire.
M™« DE CHAYANNES.
Oui, je crois que personne ne s'y attendait.
BRESSON, à part.
Pas même moi I...
J'avais d'abord pensé à votre ami... M. Didier...
AMEDÉE.
Est-il possible 1...
M°»e DE GHAVANNES.
n est jeune, il est aimable... et puis, il est agent de change... Mais monsieur s'est présenté... M. le comte de Bresson, et avec son nom et sa fortune» il n'y avait pas à hésiter !..
AMÉDÉE, à part.
Qu'est-ce que cette pauvre jeune fille a donc fait à sa grand'mère?... elle lui en veut, c'est sûr I... Il y a comme ça des haines de famille !... mais ça ne se passera pas ainsi... c'est impossible!...
U^^ DE GHAVANNES, bas à Bresson.
Eh bien!... qu'en dites-vous?... Croyez-vous qu'il me déteste ?
BRESSON, de même.
Grâce au ciel... ça commence...
AMÉDÉE, à Bresson.
. Monsieur... il faut que je vous parle... à vous... à vous seul...
M"® DE GHAVANNES.
Hein?... qu'est-ce?...
BRESSON, bas.
Rien... C'est une affaire qui m'arrive...
U^^ DE GHAVANNES, de même.
Ah ! mon Dieu!... je reste alors...
LA GRAND*1CSRE 281
BRESSON, de même.
N'ayez donc pas peur... allez... laissez-moi faire...
M°^^ DE GHAYANNES, de même.
Je compte sur vous...
BRESSON
Soyez tranquille.
(M""^ de Ghayannes sort par la porte à gauche.)