‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 80 sur 150 · SCÈNE III • BRESSON, AMÉDÉE · texte numérisé non relu

SCÈNE III • BRESSON, AMÉDÉE

BRESSON, à part, gaiement.

Les mariages m*ont toujours porté malheur. (Haut.) Eh bien, monsieur, parlez !

AMÉDÉE, avec embarras.

Eh bien, général... je voulais... je venais...

BRESSON

Eh! morbleu !... allez droit au but... Vous venez me chercher querelle ?

AMÉDÉE

Moil... à qui vous avez rendu tant de services! moi!... jeune homme inconnu, m'attaquer à vous I à une des gloires de notre pays!... c'est un honneur qu'on serait fier d'accepter; mais pour le demander, il faut avoir des droits... et je n'en ai aucun... pas même celui de défendre cette jeune fille ; et c'est dans votre intérêt à vous, dans celui de la raison, que je me permets, général, des observations...

BRESSON

Que je suis prêt à entendre I... car vous êtes un brave jeune homme 1... et de plus honnête et poli, ce qui n'est pas le défaut de la jeunesse actuelle I ainsi, parlez!... Vous dites donc que ce mariage..

:232 COMÉDIES — DRAUES

ABIÉDÉE.

Me semble pour vous...

BRESSON

Dites franchement...

AMÉDÉE

Me semble... peu convenable !

BRESSON

C'est possible!... C'est-à-dire, que selon vous, M. Didier aurait mieux convenu...

AMÉDÉE

Non pas par son mérite... mais par son âge I... car, an vôtre, général, à soixante ans vouloir épouser une fille de dix-sept...

BRESSON

Et pourquoi pas?... vous qui parlez, vous vouliez bien, vous me l'avez dit, épouser à vingt^cinq...

AMÉDÉE, vivement.

Quelle différence!...

BRESSON

Il me semble qu'elle est toute à mon avantage... Une jeune personne charmante que tout le monde admire!... Hier soir, à ce bal, chacun s'empressait autour d'elle, tant elle a de grâce et de charme... Vous étiez occupé de sa mère... vous n'y avez pas fait attention.

AMÉDÉE

Si fait... si fait !... cela n'empêche pas !...

BRESSON

Je ne vous parle pas de sa fortune qui est superbe, de sa famille qui est puissante, considérée... tout cela est indépendant de son mérite ; mais je vous parlerai de son caractère qui est charmant, de son cœur si bon, si affectueux ! et de son esprit... car elle en a!...

LA grand'mèrb 233

AMBDÉE.

Je le sais bien, et depuis longtemps !... car, si je vous [ disais qu'à Toulon, le premier jour que je Tai vue I... Mais ' depuis... tant d*autres idées... qui en étaient si loin... qui I ne la valaient pas... et tout à Theure, dans ce salon... en I causant avec elle... il me semblait...

BRESSON, ayec chaleur.

I Que vous étiez de mon avis... car c'est un ange... c*est un j trésor...

î SCÈNE IV.

Les Mêmes; ADINE.

BRESSON, continuant.

Tenez... tenez..» la voici... regardez vous-même... comme elle est jolie... regardez donc...

AMÊDÉE.

Eh! parbleu!... je le vois bien!...

BRESSON, arec cLalenr.

Et vous ne voulez pas qu'on l'aime !

AuéoÉE.

Mais si, vraiment I

BRESSON, aTeo chaleur.

Vous ne concevez pas qu'on veuille en faire sa femme, sa compagne, son amie !...

AMÉDÉE, de même.

Si, général !... mais pas vous!

ADINE, s'aTançant TÎTement.

Comment... ce mari qu'on me destinait...

AMÉDSE.

C'est le général.

BRESSON

Oui, mon enfant... c'est moil... (u regardant.) Eh bien, i qu'avez- vous donc ?.. .

AMÉDÉE, effrayé. |

Elle se trouve mal. '

ÀDINE; reyenant à eUe.

Du tout !... mais la surprise... Témotion. . .

ÂMÉDÉE, bas à BrjBsson.

Eh bien, qu'en dites-vous?

BRESSON

Que je ne m'y connais guère... mais que ça ressemble bien à un refus 1

ADINE, Tirement.

Non, monsieur ; ma mère ne peut vouloir que mon bonheur, et soumise à sa volonté... j'obéirai.

BRESSON, effrayé.

Ah! mon Dieul... Pensez- vous bien à ce que vous dites...

ADINE

Oui, monsieur... dussé-je en mourir.

BRESSON

Et moi, je ne le veux pas... je ne le souffrirai pasi

AMÉDÉE, TiTement.

Ah 1 j'en étais sûr... vous êtes un galant homme, un homme dMionneur, vous refusez !... vous renoncez à sa main...

BRESSON

Permettez! permettez 1... Et ma parole!... et ce que j'ai promis à sa mère. . .

AMÉDBE.

Vous vous dégagerez 1...

BRESSON

Ce n'est pas facile I et si vous étiez à ma place I...

AMÉDBE, TiTement.

Plût au cîell...

BRESSONy de môme.

Et pourquoi ?. . .

AMEDEE, arec embarras.

Pourquoi?... pourquoi?... Parce que quand on le veut bien... quand on a une volonté ferme et du caractère...

BRESSON

II faut donc en avoir...

ADINE

Dame!... si c'est possible...

BRESSON

Et vous m^aiderez... me seconderez...

AUÉDÉE.

Nous vous le promettons...

Nous serons tous deux pour vous... c'est-à-dire. •• contre rous...

BRESSON

A merveille I... avec de tels alliés Je n'ai plus peur... nous voilà trois!...

AMÉDÉE

Contre une!... (Basa Bresson.) Contre cette mère que je déteste!...

BRESSON, Tivement et avec joie.

Vrai!... allons... allons... Eh bien... je vais essayer...

AMÉDÉE

C'est cela... général...

BRESSON

Vous êtes un brave garçon que j'estime, que j'aime... Soyez tranquille !

AMÉDÉE et ADINE.

C'est ça! c'est ça!... du courage... du courage, général!

[Bresson sort par la porte à gauche.)

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