‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 90 sur 150 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

TIMOTHÉE, SCHOON.

SCHOON.

M. Timothée Dixon... s'il vous plaît?

TIMOTHÉE

C'est ici, milord ; doimez-vous la peine d'entrer, (a part.) Ça se voit tout de suite... c'est un grand seigneur déguisé.

SCHOON.

Je vous demanderai la permission de m'asseoir, je sois horriblement fatigué...

TIMOTHÉE

Faites donc comme chez vous, milord. (a part.) Il a beau faire! quelle taille distinguée... quel air vénérable.^, il y a des gens qui sont nobles malgré eux ! (a demi-roix.) Nous sommes seuls, et vous pouvez sans crainte me faire connaître votre rang et votre nom...

SCHOON.

Mon nom... mon rang... vous voulez plaisanter, jeune homme... Je me flatte cependant d'être assez connu dans notre bonne ville de Londres... Pas un marchand de la Cité qui ne vous parle avantageusement de maître Jacobus Schoon, apothicaire.

TIMOTHEE

Hein !... plaît-il?... vous êtes apotliicaire?

SCHOON.

Pharmacien, comme ils disent maintenant, si vous l'aimez mieux.

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TIUOTHEE, è part.

On ne peut pas tomber de plus haut!... (Haut.) Et comment se fait-il que vous veniez pour sir Japhet... avocat?...

SCHOON.

Je viens, avec une autre personne, pour un nommé Timo- Ihée Dixon . . , Serait-ce vous ?. . .

TIMOTHÉE, interdit.

Pour moi?... Ah! mon Dieul...

SCHOON, le regardant.

Ëh ! oui... il me semble bien que c*est vous-même...

TIMOTHÉE, à part.

C'est de mon côté... c'est de ma famille!... Après tout. . apothicaire! je pouvais tomber plus mal!... c'est même mieux que je n'avais droit d'attendre... (Haut, arec sentiment.) Honnête vieillard, vous daignez donc me reconnaître!...

SCHOON, qui a mis ses lunettes.

Parfaitement... pour vous avoir soigné... il y a trois mois... lors d'une discussion à coups de poing, avec ces matelots... qui vous avaient laissé pour mort devant ma boutique...

TIMOTHÉE

C'est donc cela que je ne remettais pas vos traits?

SCHOON.

Je le crois sans peine... une heure sans connaissance, même pendant qu'on vous rapportait chez maitre Gibson, votre marchand... Et sans les ventouses que j'ai eu l'heureuse idée de vous appliquer entre les deux épaules...

TIMOTHÉE, virement.

Très-bien î... très-bien... je me rappelle maintenant... Vous m'apportez votre mémoire?...

SCHOON.

Il est payé- depuis longtemps.

TIMOTHÉE

Et par qui?

SGBOON.

Par un jeune avocat... dont vous me parliez toutàThenre, M. Japhet...

Encore lui!... et il ne m*en a rien dit... Japhet! c'est moi qui te ruines... c'est moi qui suis cause de... (se retoamam rets Schoon.) Mais, alors, je ne devine pas, monsieur Schoon, le motif de votre visite...

SCHOON.

Ce n*est pas étonnant... vous n*avez pas remarqué que, depuis mon arrivée» vous parlez toujours, et que vous ne m'avez pas laissé le temps de placer une parole...

TIMOTHÉE

C'est juste... chacun son tour...

SCHOON.

Eh bien!... je viens au sujet d'une annonce que vous avez fait insérer dans le Moming^Chronicle,

TIMOTHÉE

ciell... vous savez, en ce cas, de quoi il s'agit!

SCHOON.

Pas le moins du monde... Voici le fait en deux mots : J'ai soigné, pendant quelques jours, chez moi, un nommé Gondolfin...

TIMOTHÉE

Lord Gondolfin...

SCHOON.

Eh non!... au haut de ma maison... dans un grenier, on pauvre diable d'assez mauvaise mine, et qu'au premier abord je vous aurais livré pour un vrai gibier de potence.

Ce n'est pas cela... ce n'est pas cela du tout.

SCHOON.

Eh I si vraiment... c'est cela !... laissez-moi donc achever...

JAPHET 263

Mon hôtesse, qui est une excellente femme, lui servait de garde-malade, et pour le distraire. lui lisait le journal.

TUIOTHÉSy avec compassion.

Pauvre homme!...

SCHOON.

J'arrive pour voir l'effet d'une potion que je lui avais fait prendre le matin, comme elle lui lisait les annonces... et, à côté de la mienne sur l'hydrophobie...

TIMOTHÉE

C'est vrai, nous la lisions tout à l'heure : s'adresser chez M. Schoon; apothicaire...

SCHOON.

C'est moi-même... après mon annonce, venait la vôtre.

TIMOTHÉE

Celle qui commence par ces mots : « Les personnes qui auraient des renseignements relatifs à la naissance... »

SCHOON.

Justement;., à cette lecture, le malade parut violemment agité... il essaya de se soulever, et me fit signe de m'ap prêcher, indiquant qu'il avait un aveu pénible à me faire.

Je sue agresses gouttes... et il a parlé?...

SCHOON.

Il l'aurait fait à l'instant môme, sans une paralysie qu'il avait sur la langue.

TIMOTHÉE

Que le diable remporte !... il y avait tant de maladies à son choix... il n'en manque pas, et il faut justement que ce soit celle-là... N'importe, conduisez-moi vers lui! je le ferai causer.

SCHOON.

Cela vous sera difficile, il est mort depuis environ trois quarts d'heure.

TIMOTHÉB.

Mort I quelle fatalité ! ... il ne pouvait pas attendre !

SGHOON.

n n'a eu que le temps de griffonner, et avec peine, ce peu de mots que je vous apporte.

(n lai remet an papier.) TIMOTHÉE.

Un nom.., Tristam Plumcake, pas davantage ; n'importe, nous voilà sur la trace... silence, monsieur Schoon, silence!

SGHOON.

U s*agit donc d'une affaire bien délicate ?•..

Excessivement délicate... Au fait, pourquoi ne vous diraisje pas la chose, mon brave monsieur Schoon,vous êtes un honnête homme... serviable, plein d'humanité, apothicaire, d'ailleurs, ce qui annonce que vous êtes investi de la confiance publique et particulière ; .sachez donc qu'il s'agit de rendre un héritier légitime à une famine des plus riches et des plus puissantes... un Bis unique !

SCHOON.

En vérité I

TIMOTHÉE

A moins qu'il n'y ait des frères et sœurs, ce dont nous n'avons aucunes preuves légales... Votre zèle, dans une telle affaire, serait dignement récompensé.

SCHOON.

Fi donc !... je ne demande rien; je suis au-dessus de cela; vous sentez bien... le plaisir d'obliger, voilà tout... et la pratique de l'honorable famille, si cela se trouve...

TIMOTHÉE

Vous l'aurez, honnête monsieur Schoon... je vous en réponds... vous qui m'avez prodigué vos soins... mais achevez votre ouvrage : il s'agit de nous mettre en rapport avec ce sir Plumcake, et, pour cela, il faut le trouver à tout pru...

JAPHBT

SCHOON.

Ce ne sera pas difficile... il m'attend dans la rue... (Appelant

par la fenêtre.) Hél... par icl...

TIHOTBÉB.

Lord Plumcake...

SCHOON, virement.

C'est un lord?...

TIMOTHÉB.

Ça vous étonne?...

SCHOON.

Ça me fait plaisir... parce qu'il se fournit chez moi à crédit. .. c'est un voisin d'en face... que j'avais prévenu en venant ici... mais je n'osais pas le faire monter.

TIMOTHÉE, Toyant entrer Plnmcake.

Ah I mon Dieu !

SCHOON.

Le voici!...

TIUOTHÉE, regardant Pliuncake en habit noir rApé.

Qu'est-ce que c'est que ça.?...

SCHOON.

Je vous laisse, parce que j'ai mes affaires... et vous me tiendrez au courant de celle-ci... (a demi-voix.) Ahl c'est un lord I... personne ne le connaît dans le quartier... et je ne m'en serais jamais douté.

(n sort.)

TIMOTHÉE, à part.

Ni moi non plus, depuis que je le vois.

266 GOMÉDIBS — DRAMES

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