‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 104 sur 115 · SCÈNE VI. FRÉDÉRIC, JOSEPH, raiLIPPE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. FRÉDÉRIC, JOSEPH, raiLIPPE

FRÉDÉRIC, à Joseph daos le fond.

Oui, va, que personne ne te voie ! ce billet sur son panier à ouvrage, ou dans son carton ; tiens, voilà ma dernière pièce d'or.

(josepk entre dans rapparlemenl de Vatlinde.) PHIUPFJB.

C'est lui.

FRÉDÉRIC, posant son chapeau et m crarache sur la table à droite.

Elle saura tout, mais quand je serai loin.

(il trarerse le théâtre, et ra se jeter dans un fauteuil près du guéridoa.) VHILIFPE, ^ M* an feoA A droite, roboorrant at ao vnppeoehMl.

fcomme ïe voilà* défait, abattu! on dirait qu'il vient ëc faire cent lieues de mal-che forcée ; pauvre enfant-l

PHILIPPE ^Wî

.raÉDBMC.

Elle me piaiadra peut-être. (Ap^M^aai vkmpf^,} Ab ï l^hilippe 1...

PHILIPPE, diaiig««it de ton.

Vous yoilà d<»e enfin ! morbleu 1 n'aTez-yous pas de honte?...

FRÉDÉRIC

Ah ! je t'en prie, fais*moi grâce de tes remontrances. Je ne suis pas en humeur de les entendre.

Et vous les entendrez pourtant. Qu'est-ce que ça signifie, Tine vie comme celle-là? Nous donner ^e Tinquiétude à tous! à moi suitout, et à mademoiselle.

FRÉDÉRIC, se levant TiremenU

Mademoiselle ! dis-tu? Eh 1 quoi, PhiFippe, elle saurait?..,

PHIUPPfi.

Elle sait tout ; j'ai eu beau mentir pour vous excuser, ce qui ne me serait pas arrivé pour moi-même, elle n'a rien voulu entendre ; elle est furieuse contre vous.

FRÉDÉRIC

Allons, il ne manquait plus que cela \ j'aurais tout bravé, je prenais mon parti; mais sa colère... Ahl jamais... moé, qui donnerais ma vie pour lui épargner un regret, un chagrin...

PHILIPPE

A la bonne heure ! mais est-ce que vous ne craignez pas aussi de me faire de la peine, à moi, votre soutien, qui, absent ou présent, suis toujours là pour vous surveiller, pour vous défendre ? Vous n'avez donc pas d'amitié pour moi ?

FRÉDÉRIC

Si fait, Philippe ; pardonne-moi, je suis un fou, un ingrat; mais non, tiens, je suis malheureux, voilà tout.

fSS GOMéDIKB-VAUpEVILLES

PHILIPPE

Vous êtes malheureux 1 (s'arrèunt, pi«s hmàmni.) Je comprends, vous avez fait quelques sottises ?

FRÉDÉaiG.

Une seule d'abord, qui m*en a fait commettre vin^^ autres.

PHILIPPE

G*est beaucoup pour commencer, mais allons par ordre.

FRÉDÉRIC

Je suis amoureux.

païuppE.

Amoureux ! Eh bien ! il n*y a pas de mal ; il faut Tétre quelquefois, pourvu que chaque fois ça ne dure pas longtemps.

FRÉDÉRIC

Mais c'est d'une personne si fort au-dessus de moi 1...

PHILIPPE

Bah ! quand on est jeune, et assez bien, il n'y a plus de distance ; et cette personne?...

FRÉDÉRIC

Ah! si tu savais... mais non, je voudrais me le cacher à moi-même. Ah ! Philippe, qu'il est cruel de sentir au fond du cœur qu'on pourrait se distinguer, qu'on serait capable d'arriver...

AIR du vaudeville ilu Baistr au porteur.

Et voir sans cesse un obstacle invincible, Un mur d'airain, qu'on ne peut surmonter.

Être sans nom!.,, sans nom, ce mot terrible.

Je crois toujours l'entendre répéter.

PHILIPPE

Cela doit-il vous arrêter?

L'honneur est tout, il suffit qu'on le suive, C'est là le but ; et le monde aujourd'hui

Demande comment on arrive,

PUILIPPK SS9

Et DOD pas d'où Ton est parti.

On demande comment on arrive,

Et non pas d'où Ton est parti !

FRÉDÉRIC

Tu as beau dire, c^est une humiliation qui me pèse. Tous ces jeunes gens qui viennent ici semblent ne me voir qu'avec' dédain. Aussi, je n*y puis plus rester ; cette maison m*est devenue insupportable, le découragement m'a pris, je ne sais quelles extravagances m'ont passé par la tète... une rage de fortune... il me semblait que ce serait une compensation, une espèce de mérite, j'en vois tant qui n'ont que celui-là... et j'ai joué de désespoir.

PHILIPPE

Vous avez joué !

FRÉDÉRIC

Gomme un fou, comme un furieux.

PHILIPPE, loi serrant la main.

Vous !... Ahl Frédéric, c'est mal, c'est très-mal ; je n'ai pas besoin de vous demander si vous avez perdu.

FRÉDÉRIC

Plus que je ne puis payer.

Je devrais vous gronder ; mais ça viendra plus tard, et vous n'y perdrez rien. Allons au plus pressé, (il Ur« de m

po^e la bourse que- lui a remise mademoiselle d'Har ville, et la présente

à Frédéric.) Voilà le trimestre : il arrive à propos.

FRÉDÉRIC, sans le regarder, et à liii-mème.

Le trimestre, ahl ça ne suffit pas.

PHILIPPE

Voyez, je crois qu'il y a plus qu'à l'ordinaire... (ii lui met la bourse dans la main.) C'est mademoiselle qui me l'a remis pour vous, avec une mercuriale que vous avez trop méritée, (a part.) J'ai bien fait de penser au supplément.

ScaiBB. — ŒaTres complètes. Il"»» Série. — âO™« Vol. — 17

290 GOMéDIBS-VitUDEYILLES

FRÉDÉRIC

Allons, c'est toujours un à-compte.

PHILIPPE

Comment 1 un à- compte !'

FRÉDÉRIC

Âhl oui... apprends donc que j*ai jou'é ou parié toute la nuit, contre M. de Beauvoisis, que je ne peux pas souifrir ; j'aurais été bien aise de remporter sur lui... mais pas du tout, il a eu un bonheur aussi insolent que sa %ure. J*ai perdu onze mille francs.

PHILIPPE

Onze mille francs ! miséricorde !

FRÉDÉRIC

Oui, onze mille francs, que j*ai empruntés à mes voisins, è, mes amis, au maître delà maison. II faut que je les rende aujourd'hui même, et tu vois bien que je n'ai plus qu'à me ixrûler la cervelle.

PHILIPPE

Hein!

AIR du vaudeville des Scythes et le» Amaiow».

Y pensez-vous? Quel est donc ce langage?

J'en suis encor tout tremblant.

FRÉDÉRIC

Kais aussi Quand le malheur me poursuit...

PHILIPPE

Du courage, Et n'allez pas fuir devant l'ennemi; KoD, n'allez pas fuir devant l'ennemi.

Kestez, morbleu!

FRÉDÉRIC

Moi 1 que je vive encore I Ah! dans le monde, aux yeux, d'un créancier.

PHILIPPE 291

Quand on rougit, quand on se déshonore, Il faut mourir.

PHILIPPE

Elh non ! il faut payer.

FRÉDÉRIC

Quand on rougit, quand on se déshonore, Il faut mourir.

PHILIPPE

Du tout, il faut payer; Avant tout, monsieur, il faut payer I

FRÉDÉRIC

Et comment payer onze mille francs ?

PHILIPPE

Je n'en sais rien, c'est embarrassant ; il n'y a pas d'économies qui puissent y suffire.

FRÉDÉRIC

J'ai CDuru chez tous mes amis.

PHILIPPE

Bah! les amis, quand il faut prêter, ils sont loin. Il n'y a qu'une personne qui puisse vous tirer de là.

FRÉDÉRIC

Mademoiselle d'Har ville, ma protectrice. •

PHILIPPE

Il faut tout lui avouer .

FRÉDÉRIC

Je n*oserai jamais ; je l'aime beaucoup, mais j'en ai si peur...

PHILIPPE

C'est égal, morbleu ! Du courage, il faut en passer par là; ce sera votre punition. Justement la voici.

292 COUÉDIBS-VAUOBYILLES

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