SCENE PREMIERE
W"' BARNECK, SALSBACH.
M"' BABSECK.
Esl-il possible? mODSieur Salsbach parmi nous! je vous croyais à Saint-Pélersbourg',
Après deux ans d'absence j'arrive aujourd'hui, ma chère madame Barneck, et viens passer quelques jours avec vous. Je me suis arrêté d'abord à Carisruhe, pour rendre compte de ma mission à S. A. le grand-duc ; il était absent, je ne
Tai pas attendu, et ma seconde visite esit pour mes anciens amis» mes excellents clients; car c'est votre mari, feu monsieur Barneck, qui m'a lancé dans la carrière. Votre fortune n'en a pas souffert; car si j'ai souvent plaidé pour vous...
M™® BARNECK.
Nous avons toujours gagné.
SALSBACH.
Je le crois bien; avec vous, c'est facile : vous avez de l'argent et de l'obstination; c'est tout ce qu'il faut dans un procès.
M"*" BARNECK.
Moi, de l'obstination 1
SALSBACH.
Ou, si vous aimez mieux, du caractère... un caractère noble, généreux et têtu, qui fait que, quand vous avez une idée là... vous aimeriez mieux ruiner vous elles vôtres, que d'y renoncer un instant. Du reste, la meilleure femme du monde, qui mettez à obliger les gens la même ténacité qu'à leur nuire, et dont la bourse est toujours ouverte à l'amitié. J'en sais quelque chose, et les malheureux du pays encore plus que moi.
U^^ BARNECK.
Monsieur Salsbach...
SALSBACH.
J'espère, du reste, que vos affaires, votre famille, tout «ela va bien?
M"^« BARNECK.
A merveille, et vous? votre négociation?
SALSBACH.
Un plein succès. Nos voisins allaient obtenir à notre détriment un traité de commerce fort désavantageux pour nos mines de Badenville et nos vignobles du Rhin, on ne savait -comment l' empocher.
AIR du vaudeville du Pièg§.
Il nous fallait, pour réussir Dans ces affaires délicates, Des gens qui puissent parvenir.
Esprits fins, adroits diplomates, Hommes de génie à peu près...
Hais dans notre diplomatie.
Les hommes ne manquent jamais...
11 ne manque que du génie.
Alors notre excellent prince a pensé à moi. Il s'est dit : Puisqu'il ne s'agit que d'embrouiller l'affaire, j'ai là le premier avocat de Carlsruhe, monsieur Salsbach, que je vais leur adjoindre. Et il a eu raison, tout a réussi au gré de ses désirs ; aussi j'espère bien que le grand-duc saura reconnaître mes services. Et avant de quitter Carlsruhe je lui laisse une demande. Je sollicite, vous savez, ce qui a tou-^ jours été l'objet de mes désirs, de mon ambition, des lettres de noblesse.
M"* BARNECK.
Des lettres de noblesse 1
SALSBACH.
Pourquoi pas? vous qui vous êtes enrichie dans le commerce, qui avez des millions, qui êtes la première bourgeoise de la ville, vous n'aimez pas les grands seigneurs ni la noblesse; tous les industriels en disent autant... et demandent des cordons; mais moi c'est différent... le titre de conseiller ou de baron fait bien pour les clients, cela les fait payer double, et rien que ce mot de... de Salsbach, mis au bas d'une consultation, savez-vous ce que cela fera ?
M™* BARNECK.
Cela allongera vos plaidoyers, et voilà tout.
SALSBACH.
AUoiis ; nous voilà déjà en querelle.
6 C^ICSDIBS'-VAUDBVILftBS''
M"*« BARNECK.
Certainement, je ne trouve rien de plus ridicule que les gens qui achètent la noblesse.
SÀLSBACir.
Ne disputons pas là*-des9us, surtout uil-jour dfarrivée, et daignez plutôt me présenter à votre ainraM^ nièce, à votre fille d'adoption, la petite^ Louise, qui, depuis trois ans, doit être bien embellie.
M"^® BARNECK.
Grâe6'ftu cifel !
âiktdBAcir.
Je tfté Tàppéfl'e fes soins que vous preniez de son édu?c^ tioii ; vous ne la quittiez pas d'un instant, et vu- que* c'é^ Tôtre seule paTôiite, eeflle-lâ peut se vaîitér d'avoii* un» jrmt «Mé belle «Q^rtfuile.
il/Jt 7 On diC que je sais saas maJicél (£« Bouft^ et U TàUlew.)
Que son sort est digne d'envie !
Être à la fois riche et jolie,
C'est trop pour un seul prétendant :
De nos jours on n'en veut pas tant.
L'un la prendrait pour sa richesse,
Un autre pour sa gentillesse ;
Ce qu'elle a pour faire un heureux
Suffirait pour en faire deux.
Aussi quand elle se mariera...
yp^^ BARNECK,. lut prenant la main d'un ton solennel •
Elle se marie aujourd'hui, mon cher monisieur Sttlsttaekw
salsbach.
<iu'est-ce que vous m'apprenez là?
M""^^ BARNECK, de m«me.
Dans une heure.
SALSBACH.
Et vous ne me le disiez pas ! et j'arrive exprès pour ci^la!
LO0F91B on LA RKP'A!RArl*I»N
J'espère, par exemple, que vous, avez jeté les yeux sur ce <{d^ily a dé imfeuX) que son époux est jeune, aimable' et hien fait 1
M"® BARNEGK.
Je ne sais, on le dit.
SALSBACH.
Comment ! vous qui aimez tant votre nièce, qui deviez être ^i difficile* âui*' lé'- chbix de son mat* i, vous ne le (5onnîÉîissez pa«I . > ..
Je Fai vu une fois; mais j'aurais peine à me le rappeler.
SALSBACH.-
Cependant quand il venait fair^ sa cour à votre nièce...
' Lui, venir id ) luiy rheV^e leB pieds ofiez mbi ! si celt itii ébSLit AtrM\ s'il avait osé!...
SALSBACH,
Ehl mon Dieu! qu'est-ce' que cela veut dire î
M"*® BARNECK.
Ah! mon cher monsieur Salsbach, pourquoi étiez-vous absent? c'est dans une pareille affaire que vos conseiis et v^rt expérience m'auraient été bien utiles.
SAfi&BACHl'
Parlez, de grâce.
M"^® BARNECK.
Chut ! Un de nos gens... pas un mot devant luL