SCÈNE IL
M'''^ BOMBÉ^ mise tr&s^légammant; LUCEVÂL.
M'^*' BOMBÉ, entrant très-Tivenient.
Ah! mon Dieu! mon Dieu! il sera trop tard! (a Lace val.) Monsieur, la salle oii se tient la Cour d'Assises ?
C'est ici, madame.
M"** BOMBÉ
On n'a pas encore appelé la cause de M. Germeuil?
LUCËVAU
Non, madame.
M*"« BOMBÉ
Dieu soit loué 1 j'arriverai à taups.
LUCEVAL
Je n'entends parler que de cette affaii^e-là. Il parait que toutes les jolies femmes s'y intéressent!
M'»® BOMBÉ, s'inclinonl.
Monsieur est bien bon ! Moi, j'ai des motifs particuliers ! D'abord, mon mari est juré... mon mari juré, cela me paraît si amusant... et je ne serai pas fâchée de le voir siéger! Savez- vous s'il aura une robe?
LUGGVAL.
Non, madame.
LA GOtIR D*A8S18ES 87
M™« BOMBÉ
Tant pis! je m^en faisais «ne fête! Parlera-t-il?
Non, madame.
M™« BOMBÉ
Tant mieux! Il aura bien plus de succès! Vous saurez que c'est la première fois de sa vie qu'il est juré.
LUCEVAL
C'est hier cependant que la session s'est ouverte.
M™« BOMBÉ
Oui, monsieur... mais mon mari n*a pas pu... une affaire importante.
LUCEVAL
Prenez garde... il va une forte amende.
M"^« BOMBÉ
Quand on est indisposé... et nous avons le certificat du médecin... un jeune homme charmant, qui déjeunait avec nous au Rocher de Cancale, Je vous demande si en sortant de là mon mari pouvait venir.
AIR : J'ai vu le Parnasse des daines. {Rien de trop.)
Aisément sa tète se trouble, La justice doit être à jeun...
LUCEVAL
Votre mari, qui voyait double^ Eût vu deux coupables pour un.
M"® BOMBÉ
Le fait est assez vraisemblable ; Car près de moi, dans son erreur, 11 crut voir deux amants à table, Et je n'avais que le docteur.
(Regardant da côté d« la porte à droite, et remontant le théâtre.)
Eh ! mon Dieu \ quelle foule !
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LUGEVAL.
Ils savent peut-être tous que votre mari est juré?
M"*® BOMBÉ
En vérité on devrait bien mettre les places à dix francs par tète... il n*y aurait pas tant de monde.
U^* GIROVX) qui est toujours à la qaeue et qni l'entend.
Oui-dà ! Il me parait, petite mère, que vous avez plus] d*argent que d'esprit I
2^iuo BOMBÉ, s'éloiçnont d'elle et se rapprochont de Lacerai.
Et comme c'est composé! Gomment vais-je faire pour] entrer?
LUGEVAL, souriant.
Eh ! mais vous n'entrerez pas I
M"»® BOMBÉ
C'est impossible!... Il le faut... je suis nécessaire.
LUGEVAL.
Vraiment !
M"»« BOMBÉ
On ne pourrait pas commencer sans moi. Je suis appelée comme témoin dans Taffaire de M. GermeuiU
LUGEVAL.
Ah! vous êtes mêlée dans cette affaire?
M"*® BOMBÉ
Indirectement et par le hasard le plus singulier. Nous avons à Épinay une campagne charmante, la première maison à droite, qui appartient à mon mari, M. Bombé, ingénieur-opticien .
LUGEVAL.
Je vois cela d'ici.
M™« BOMBÉ
Nous l'avions louée l'été dernier à une dame qui Ta quittée avant la fin du terme... Nous avons alors été nous v
LA COUR d'assises 89
établir, et le premier jour de mon arrivée, au milieu de la nuit, j'entends ouvrir la fenêtre do mon appartement qui donnait sur le jardin! Vous jugez de ma frayeur...
LUCEVAL
Je me l'imagine.
urne BOMBÉ.
En apercevant à la lueur de ma lampe d*albâtre et à deux pas de mon lit... une figure...
LUCEVAL
Horrible...
M™* BOMBÉ
Non, assez agréable ! Un air comme il faut, autant que la frayeur m'a permis de regarder... Je m'élance dans la chambre à côté... je crie : Au voleur ! on Tarrète, et aussitôt après, j'ai eu une attaqué de nerfs épouvantable... Vous sentez que le trouble, l'émotion... et puis la nuit, dans une situation semblable.
LUCEVAL
J*entends...
Dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher
11 y a de quoi gagner un rhume affreux.
M°^^ BOMBÉ
N'est-ce pas? Mais le difficile est d'expliquer cela aux juges! Je ne sais comment m'y prendre pour faire ma déposition...
LUCEVAL
Pas autrement que vous venez de le faire avec moi... La vérité tout entière, et sans ornement... ce sera charmant.
M™® BOMBÉ
Vous trouvez?... Mais il doit être si difficile de parler en public, surtout quand tout le monde vous regarde... c'est là un inconvénient...
^ GOMÉDIES-VAnOEVILLES
LUCEVAL
Auquel YOtts devez être habiluée.
M^ BOMBÉ
Pas ici, du moins.
LUCEVAL
Du reste, rien de plus simple..* on vous fera lever la
l|me BOMBÉ.
Et pourquoi?
LUCEVAL
Pour prêter serment.
urne BOMBÉ.
Comment ! pour prêter serment.
LUCEVAL
Est-ce qu*an serment vous effraie?
M"^^ BOMBÉ
Hais... oui... devant la justice!... sans cela... Est-il vrai, monsieur, qu'il faut dire son âge?
LUCEVAL
Oui, madame... c'est de rigueur.
U'^^ BOMBÉ
Voilà qui est terrible!... non pas maintenant; mais plus tard cela sert de date... Il y a des gens qui ont une mémoire...
AfR du vaudeville des Frères de lait.
Le jour heureux qui nous donna naissance Rien que pour nous doit être constaté; On peut le dire au sortir de Tenfance, On s'en souvient encor dans son été, Et l'on en parle en petit comité.
Mais quand nous touchons à l'automne.
Repoussant le calendrier,
LA COU il d'assis RS 91
C'est un secret qu'on ne dit à personne, <A p«u)
El que soi-mérae on vouëraÈt oublier.
Aussi me voilà enchantée de ne pouvoir entrer.
LUCKVAL,
Du tout, madame... il y a pour les témoins une autre porte... et si vous voulez me permettre de vous offrir mon ][>ras. . .
U"^" BOMBÉ
Quoi! monsieur, vous seriez assez bon...
LUGE VAL
Je dots vous Dure Les honneurs... je suis chez moi... avo- <iSLi Stagiaire...
l|i»« BOMBE.
Stagiaire... e*est quelque grande dignité... président ou -substitut...
LUCEVAL, riant.
Pas précisément.
M°*« BOMBK.
C'est égal, cela ne veus empêche pas d'èlre fort aimable ; et je suis bien hewre«se dé vo«s avoir rencontré...
(Madame Bombé prend la krat de Lacerai ; iU w dîtposeiit è sortir au momoDi où M. Bombé entre par le fond, à gauche.) Âhl mon DlCU I...
c'est mon mari... M. Bombé!... Ah! mon mari... vous voilà!...