‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 35 sur 115 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

M'''^ BOMBÉ^ mise tr&s^légammant; LUCEVÂL.

M'^*' BOMBÉ, entrant très-Tivenient.

Ah! mon Dieu! mon Dieu! il sera trop tard! (a Lace val.) Monsieur, la salle oii se tient la Cour d'Assises ?

C'est ici, madame.

M"** BOMBÉ

On n'a pas encore appelé la cause de M. Germeuil?

LUCËVAU

Non, madame.

M*"« BOMBÉ

Dieu soit loué 1 j'arriverai à taups.

LUCEVAL

Je n'entends parler que de cette affaii^e-là. Il parait que toutes les jolies femmes s'y intéressent!

M'»® BOMBÉ, s'inclinonl.

Monsieur est bien bon ! Moi, j'ai des motifs particuliers ! D'abord, mon mari est juré... mon mari juré, cela me paraît si amusant... et je ne serai pas fâchée de le voir siéger! Savez- vous s'il aura une robe?

LUGGVAL.

Non, madame.

LA GOtIR D*A8S18ES 87

M™« BOMBÉ

Tant pis! je m^en faisais «ne fête! Parlera-t-il?

Non, madame.

M™« BOMBÉ

Tant mieux! Il aura bien plus de succès! Vous saurez que c'est la première fois de sa vie qu'il est juré.

LUCEVAL

C'est hier cependant que la session s'est ouverte.

M™« BOMBÉ

Oui, monsieur... mais mon mari n*a pas pu... une affaire importante.

LUCEVAL

Prenez garde... il va une forte amende.

M"^« BOMBÉ

Quand on est indisposé... et nous avons le certificat du médecin... un jeune homme charmant, qui déjeunait avec nous au Rocher de Cancale, Je vous demande si en sortant de là mon mari pouvait venir.

AIR : J'ai vu le Parnasse des daines. {Rien de trop.)

Aisément sa tète se trouble, La justice doit être à jeun...

LUCEVAL

Votre mari, qui voyait double^ Eût vu deux coupables pour un.

M"® BOMBÉ

Le fait est assez vraisemblable ; Car près de moi, dans son erreur, 11 crut voir deux amants à table, Et je n'avais que le docteur.

(Regardant da côté d« la porte à droite, et remontant le théâtre.)

Eh ! mon Dieu \ quelle foule !

88 GOMBDIBS-VAUDEVIf.LRS

LUGEVAL.

Ils savent peut-être tous que votre mari est juré?

M"*® BOMBÉ

En vérité on devrait bien mettre les places à dix francs par tète... il n*y aurait pas tant de monde.

U^* GIROVX) qui est toujours à la qaeue et qni l'entend.

Oui-dà ! Il me parait, petite mère, que vous avez plus] d*argent que d'esprit I

2^iuo BOMBÉ, s'éloiçnont d'elle et se rapprochont de Lacerai.

Et comme c'est composé! Gomment vais-je faire pour] entrer?

LUGEVAL, souriant.

Eh ! mais vous n'entrerez pas I

M"»® BOMBÉ

C'est impossible!... Il le faut... je suis nécessaire.

LUGEVAL.

Vraiment !

M"»« BOMBÉ

On ne pourrait pas commencer sans moi. Je suis appelée comme témoin dans Taffaire de M. GermeuiU

LUGEVAL.

Ah! vous êtes mêlée dans cette affaire?

M"*® BOMBÉ

Indirectement et par le hasard le plus singulier. Nous avons à Épinay une campagne charmante, la première maison à droite, qui appartient à mon mari, M. Bombé, ingénieur-opticien .

LUGEVAL.

Je vois cela d'ici.

M™« BOMBÉ

Nous l'avions louée l'été dernier à une dame qui Ta quittée avant la fin du terme... Nous avons alors été nous v

LA COUR d'assises 89

établir, et le premier jour de mon arrivée, au milieu de la nuit, j'entends ouvrir la fenêtre do mon appartement qui donnait sur le jardin! Vous jugez de ma frayeur...

LUCEVAL

Je me l'imagine.

urne BOMBÉ.

En apercevant à la lueur de ma lampe d*albâtre et à deux pas de mon lit... une figure...

LUCEVAL

Horrible...

M™* BOMBÉ

Non, assez agréable ! Un air comme il faut, autant que la frayeur m'a permis de regarder... Je m'élance dans la chambre à côté... je crie : Au voleur ! on Tarrète, et aussitôt après, j'ai eu une attaqué de nerfs épouvantable... Vous sentez que le trouble, l'émotion... et puis la nuit, dans une situation semblable.

LUCEVAL

J*entends...

Dans le simple appareil

D'une beauté qu'on vient d'arracher

11 y a de quoi gagner un rhume affreux.

M°^^ BOMBÉ

N'est-ce pas? Mais le difficile est d'expliquer cela aux juges! Je ne sais comment m'y prendre pour faire ma déposition...

LUCEVAL

Pas autrement que vous venez de le faire avec moi... La vérité tout entière, et sans ornement... ce sera charmant.

M™® BOMBÉ

Vous trouvez?... Mais il doit être si difficile de parler en public, surtout quand tout le monde vous regarde... c'est là un inconvénient...

^ GOMÉDIES-VAnOEVILLES

LUCEVAL

Auquel YOtts devez être habiluée.

M^ BOMBÉ

Pas ici, du moins.

LUCEVAL

Du reste, rien de plus simple..* on vous fera lever la

l|me BOMBÉ.

Et pourquoi?

LUCEVAL

Pour prêter serment.

urne BOMBÉ.

Comment ! pour prêter serment.

LUCEVAL

Est-ce qu*an serment vous effraie?

M"^^ BOMBÉ

Hais... oui... devant la justice!... sans cela... Est-il vrai, monsieur, qu'il faut dire son âge?

LUCEVAL

Oui, madame... c'est de rigueur.

U'^^ BOMBÉ

Voilà qui est terrible!... non pas maintenant; mais plus tard cela sert de date... Il y a des gens qui ont une mémoire...

AfR du vaudeville des Frères de lait.

Le jour heureux qui nous donna naissance Rien que pour nous doit être constaté; On peut le dire au sortir de Tenfance, On s'en souvient encor dans son été, Et l'on en parle en petit comité.

Mais quand nous touchons à l'automne.

Repoussant le calendrier,

LA COU il d'assis RS 91

C'est un secret qu'on ne dit à personne, <A p«u)

El que soi-mérae on vouëraÈt oublier.

Aussi me voilà enchantée de ne pouvoir entrer.

LUCKVAL,

Du tout, madame... il y a pour les témoins une autre porte... et si vous voulez me permettre de vous offrir mon ][>ras. . .

U"^" BOMBÉ

Quoi! monsieur, vous seriez assez bon...

LUGE VAL

Je dots vous Dure Les honneurs... je suis chez moi... avo- <iSLi Stagiaire...

l|i»« BOMBE.

Stagiaire... e*est quelque grande dignité... président ou -substitut...

LUCEVAL, riant.

Pas précisément.

M°*« BOMBK.

C'est égal, cela ne veus empêche pas d'èlre fort aimable ; et je suis bien hewre«se dé vo«s avoir rencontré...

(Madame Bombé prend la krat de Lacerai ; iU w dîtposeiit è sortir au momoDi où M. Bombé entre par le fond, à gauche.) Âhl mon DlCU I...

c'est mon mari... M. Bombé!... Ah! mon mari... vous voilà!...

Page 1