LUCEVAL, BOMBÉ, M«»« BOMBÉ
BOMBÉ
Oui, niftdftrae... et ce n*est pas sans peine... Mais quel est ce jettiie cavBfier?
92 GOMébiRS-VAUDEVILLES
M"® BOMBÉ
Vous n*éliez pas là pour me donner le bras. . . J'ai pris celui de monsieur, qui est un substitut, ou à peu près.
LUCEVAL, à Bombé.
Trop heureux, monsieur, d'être le vôtre.
BOMBÉ
C'est ce que je vois.
M™* BOMBÉ
Vous êtes, sans doute, arrivé depuis longtemps?
BOMBÉ
Eh! non vraiment... A l'instant môme... car tous les malheurs tombent sur moi, depuis que j'ai eu celui d'être juré.
LCCEVAL.
Un malheur!.,, vous appelez ainsi des fonctions honorables...
AIR : Que n'avons-nous la v*rvc heurousc. {Le Tribunal de la rein* Berihe.)
Gloire à ce tribunal auguste!
Qui, placé loin de la faveur, N'a qu'un désir, c'est d'être juste.
Et ne redoute que Terreur; Qui, dans sa noble indépendance, N'a, soit qu'il frappe ou qu'il sauve un mortel, D'autre loi que sa conscience Et d'autre juge que le ciel I
BOMBÉ
Je le sais bien; et c'est ce que me dit ma femme, qui tient aux honneurs... qui tient à paraître... parce que la co(iuelterie avant tout... Mais moi, je suis un citoyen paisible et prudent, qui me suis enrichi dans les télescopes, et j'y vois de loin... Aussi je me dis : J'ai fait ma fortune, que d'autres la fassent... Je n'ai besoin de personne; personne ne doit avoir besoin de moi... Il y en a qui, quand on crie au voleur, ou au feu, ouvrent leurs fenêtres; moi, je ferme
LA COUR d'assises \)ti
ma porte, et je dis : Tirez-vous-en comme vous pourrez.
LUCEVAL
Et si le feu qui prend chez le voisin gagne jusqu*à votre maison ?
BOMBÉ
Les pompiers sont là... c'est leur état.
AIR : Comme il m'aimait. (Jf. Sant-Cénê )
Chacun pour soi, (Bm,) Gela me semble raisonnable.
Chacun pour soi, (Bi>.) Voilà ma devise et ma loi.
Qu'on, ait bon vin et bonne table, Bons revenus et femme aimable...
Chacun pour soi, [Bis,)
Chacun pour soi ! (BU,)
Mais j'ai des voisins qui, par malheur, ne partagent pas mon système... Ce sont eux qui m^ont dénoncé... ils m*ont fait mettre d'office sur la liste du jury.
M™« BOMBÉ
Plaignez- vous donc !... cela prouve que vous êtes électeur.
LUCEVAL
Vous êtes un des plus imposés du quartier, et par conséquent un des plus riches.
BOMBÉ
Riche! riche !... je ne le serai pas longtemps si cela continue... Savez-vous ce qu'il m'en coûte pour avoir manqué la séance d'hier?... Cinq cents francs!...
LUCEVAL
C'est le prix.
M™® BOMBÉ
Ah! mon Dieu !... une parure de bal ne coûterait pas davantage.
94 GOHBBI£ft-yÀUD£VILl.«S
Cinq cents francs!...
LUCBVAL.
Et par votre absence, ne risquiez-vous pas de coûter davantage aux malheureux sur lesquels vous étiez appelé à prononcer?... Qui sait si la Providence ne vous destinail pas à découvrir la vérité?... à sauver un innocent?... à éclairer du moins la religion de vos collègues?...
BOMBÉ
Non, monsieur... je ne leur aumis servi à rien... je me connais... en fait de jugement, je n'en ai que bien juste ce qu*il me faut pour mon usage paiticulier.
AlB de Maritaute. (DalaioucJ
Je VOUS le dis en toutes lettres, Je ne suis pas homme de loi ; Je ne m'entends qu'en baromètres^ C'est mon état, c'est mon emploi.
Qu'un avocat,
Qu'un magistrat,
Au tribunal, Dicte l'arrêt fatal!
Ce que je peux
Faire pour ceux Qai, pour jvg;er, vont siéger avec eux, C'est de fournir, sans bénéfice, Des besicles.
LUGE VAL
Bien obligé!
C'est là Je seul moyen que j'ai D'éclairer la justice.
Et si cette considération pouvait ra'exempter de Far
mende... ou la faire diminuer... aidez-moi de vos conseils.
LU€EVAL.
Écoulez...
LA COUR d'assises V5*
AIR do la valse de Robin de* Boit.
Dans un instant va s*ouyrir l'audience,
(a Madame Bombé.) Pour VOUS guider, daignez prendre mon bras.
BOMBE, bas è sa femme.
De ce monsieur je crains la complaisance, Et j'aime autant que yous n'acceptiez pas.
LUCEVAL
Dépéchons-nous, car il est une amende Pour les témoins qui se sont absentés.
BOMBÉ, riiremcnt.
Partez alors, partez, je le commande ;
(Voyant Luceral qai pread le bras de sa femme. V Il me faut donc payer de tous côtés!
Eiuemkk,
LUCEVAL
Dans un instant va s'ouvrir l'audienre, Pour vous guider daignez, prendre mon bras ; Je suis heureux, dans cette circonstance, D'être chargé de diriger vos pas.
(u sert par le fend ave« Madame Bombé..)>
M™® BOMBÉ
Dans un instant va s'ouvrir l'audience, Avec plaisir j'accepte votre bras.
Je suis heureuse en cette circonstance D'avoir quelqu'un pour diriger mes pas.
BOMBÉ
De ce monsieur je crains la complaisance^ J'aimerais mieux qu^elle n'acceptât pas ', Mais elle doit aller à l'audience.
Il faut quelqu'un pour diriger ses pas^
96 GOUÉDIES-VAUDEVILLES