SCENE IV
BOMBÉ, pais M. COQUELET.
BOMBÉ
Ce monsieur s'en va avec ma femme... sans me répondre au sujet de mon amende... Qui pourrais-je consulter, sans que cela me coûte rien ?... (ii fouille dans sa poche.) Eh! mais^ où donc ai-je mis ma citation?...
(il approche des gendarmes arec lesquels il cause pendant tout le temps
que M. Coquelet parle à ses clients.)
COQUELET, chargé de paperasses et entouré de plusieuri plaideurs,
entre par le fond, à gauche.
J'examinerai cela avant de me coucher, et je me coucherai tard... car j'ai justement deux bals ce soir... (a on autre.) Nous sommes en instance, et je dine aujourd'hui avec le président... nous parlerons de vous au dessert, (a un iroisiôme.) Votre affaire est sûre... Nous Tavons perdue... mais nous gagnerons en appel. Vous pouvez vous en rapporter à
moi... je ne me trompe jamais. (Les plaideurs sortent par le fond; M. Coquelet sur le devant de la scène à gauche.) Ouf! respirODS,je
ne sais auquel entendre... J'ai donné chez moi à danser toute la nuit... Une soirée charmante... un jeu d'enfer... et j'ai ce matin quatre causes à plaider... Je n'aurai jamais le temps délire les dossiers... Heureusement, pour la première affaire... j'en ai causé hier avec mon client, en jouant àTimpériale, et cela en donne toujours une idée...
BOMBÉ, l'examinant.
N'est-ce pas M. Coquelet?
COQUELET
Qui m*appelle ?
BOMBÉ
V^ous ne reconnaissez pas M. Bombé ?
LA COUR d'assises 97
COQUELET
Uingénieur-opticien .
BOMBÉ
Qui par ses observations météorologiques a rendu de si grands services au public parisien.
COQUELET
C'est, ma foi, Trai.
BOMBÉ
Car enfin, Thiver, au mois de janvier, qui vient-on consulter?
MR : Dani ma chaamière.
Mon thermomètre :{Bis,) Aussi chacun en grelottant, A ma porte, droit comme un mètre, Apprend qu'il fait froid, en voyant
Mon thermomètre. (Bw.)
COQUELET
C'est une belle invention.
BOMBÉ
Qu'on voulait me disputer... aussi, c'est à ce sujet que vous avez plaidé pour moi, il y a dix ans... Vous ne vous rappelez pas?
COQUELET
C'est, ma foi, vrai... mais dans notre état, où nous plaidons souvent le froid et le chaud... une pareille affaire peut s'oublier... J'étais jeune alors... je commençais... je plaidais à deux cents francs. .
BOMBÉ
A quatre ceLts... s'il vous plaît.
COQUELET, arec satisfaction.
Vrainoent?... je ne croyais pas être déjà si avancé... II. - XX. 6
98 COtfÉDIBS-TAtiDEYILLES
Depuis j*ai pris mon vol... je suis devenu uades aigles du barreau^., et je vends un peu plus cher mes paroles*
C'est ce qu'où dit.., ^t je ser^i^f^ché de VQUS en fitire perdre, au prix où elles sont.
GQQVELBT.
Laissez donc... je parle quelquefois graUs^t &vec ma femme, avec mes amis... non que je sois intéressé; mais, par ma position, je suis obligé d*étre cher.... sans cela j'aurais trop de monde à défendre... c'est Tînconvénient d'une grande réputation... Du reste, je ne tiens pas à l'argent, je le méprise... mais il lÎEmt qu^ j'en gs^e, parce que j'en dépense beaucoup... Grâce à ce système» j'ai fait un beau mariage... une femme charmante, de la naissaince, de la fortune... ce qui a doublé mes revenus et fli^, clientèle. Aussi j'éblouis ceux qui viennent chez moi.*, on se demande si c'est un pair de Fi^i^ce? nom; c'est un avocat.,, et l 'on conçoit une haute idée d'une éloquence qui a une voiture... un hôtel, et des laquais en livrée.
BOMBÉ
Eh bien! moi, c'est cette éloquence-là qui m'effraie... car j'avais quelque chose à vous demjander, et je n*ose plus.
COQUELET
Pourquoi donc?., est-cç une affaire à plaider?... me voilà I
BOMBÉ
Non... deux mots de^ coi^soUatioa.
COQUELET, tirant sa montre.
J'ai cinq minutes à vous donner.
Je les prends... Je suis du jury. .. et j'ai une femme jeune te jolie.
LA COUR ]>'a»SISBS V9
COQVBLKT.
Ces4» iwa foi, viai ;et j'ai des compliments à vous faire. J<e suis allé une fois dans vos magasins acheter » pour ma terre de GhoÉaj^nne longtie^oe de dnq cents francs.. «.^{iie je TOUS dois eaeore.
C'est bien... oi» tous enverFala facture.
COQUELET
J'ai vu là, en voire absence, une femme chaimante.., qxn ni*a reçu à merveille.
BOMBÉ
Je crois bien... elle est si coquette!... et je me suis dit hîerr Me voilà pour trois semaines à la Cour d'assises...
A tu : Chaeun de son cdté.
M atia et soir » peDdaat ces trois seuiaines, Loin de chez moi je m'en Vais être absent. .
COQUELET
Eh! quoi, c'est là'ce qui cause vos peines?
BOMBE
Pour un mari e*est fort peu rassurant.
En condamnant les autres, dans mon âme Je tremblerai, en songeant aussitôt Que je puis être, hélas ! près de ma femme* Condamné par défaut.
COQUELET, riant.
Est-ce que vous êtes jaloux?
BOMBÉ
Il y a des jours... où j'ai des idées.
COQUBLKT.
Laissez donc!...
Bomé.
Où je crois mr...
iÔO COMÉDIES-yAUDEVILLES
COQUELET
Erreur! vous avez chez vous des verres qui grossissent les objets... Faites comme moi... pendant trois mois ma femme a été prendre les eaux de Néris, et voyager pour sa santé... je ne m'en suis pas inquiété un moment... parce que j*ai confiance en mon étoile... Ma foi, mon cher, (Regardant sa montre.) les cinq minutes sont expirées...
(il fait deux pat pour sortir.) BOMBE, le retenant*
Et je n*ai encore rien dit... c'est vous qui avez toujours parlé...
COQUELET, rerenant.
Pourquoi n'allez-vous pas au fait? Voyons, vous êtes au nombre des jurés...
BOMBÉ, Tlrement.
Mieux que cela... je suis dans ce moment au nombre des condamnés...
COQUELET
Il serait possible I
BOMBÉ, de même.
Parce que, à cause de ce que je vous disais tout à Theure^ j'ai manqué à la séance d'hier... dans une affaire oii ma femme est témoin... et si, par votre crédit... vous pouviez m'arranger cela...
COQUELET
Rien de plus facile... Dès que votre femme est témoin» vous pouviez vous récuser... En allant à la sixième chambre, où j'ai affaire, nous entrerons dans le cabinet de l'avocat général, à qui j'en dirai deux mots.
ËOMBÉ.
Quelle reconnaissance I...
COQUELET
Du tout... à un ami... à un ancien client, je ne prends