‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 5 sur 115 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

SALSBACH, M»« BARNECK.

SALSBAGH.

L'ai-je bien entendu! un mariage par arrêt de la coutl

M"° BARNECK.

Eli bien! oui, c'est la vérité ; vous savez que, quand je plaide une fois, j'y mets du caractère, et j'aurais dépensé un million en assignations^ plutôt que de ne pas obtenir la réparation qu'il devait à notre famille.

SALSBACH.

J'entends. Ges> jeunes nobles se croient tout permis, et' le baron de Malzen aura tenté de séduire Louise.

»"• BAftNECK.

La séduire !

AIR : Un page aimait la jeune Adèle. (Le$ Paget du duc de Vendôme.)

Que dites-vous ? dans mon expérience N'a-t-elle pas un modèle, un soutien ?

Oui, de son ctenr, où règne Tinnocence, Je vous réponds, monsieur, comm^ du mien.

Aussi, malgra tout Tamour qu'elle inspire; Le plus hardi n'eût osé s'avancer; Car, pour tenter de la séduire, (Tétait par moi qu'il fallait commencer.

La pauvre enfant, grâce au ciel, n'a rien à se reprocha, et elle me disait hier encore, en caressant le petit Alfred, son fils...

SALSBACH.

ciel 1 vous seriez grand' tante!

M™* BARNECK.

D'un enfant beau comme le jour.

SALSBAGH.

Miséricorde 1 voilà du nouveau.

M^ BARNBCK.

Un enfiïA dont je raffole, je ne peux pas vivre sans Id; c^est moi, monsieur, qui suis sa marraine.

SALSBAGH.

J'y suis. Vous êtes si bonne, si indulgente! vous avez pardonné à votre nièce.

M"« BARNfeCK.

Lui pardonner ! eh quoi donc ? est-ce sa faute si le baptême est venu avant les fiançailles ? est-ce' sa faute, si un rapt, un enlèvement?... Ne parlons pas décela; car je me mettrais en colère ; et depuis trois ans, je ne fais pas autre chose. Je serais morte de chagrin, sans le désir d'obtenir justice, et de désoler ces grands seigneurs, ces barons que je ne puis souffrir. Il n'y avait que cela qui me soutenait. Je me suis d'abord adressée à l'ancien ministre, au vieux Malzen.

SALSBAGH.

C'était bien, c'était la marche à suivre. .

M"*« BARNECK.

Croiriez-vous qu'il a eu l'audace de me répondre, en l'absence de son fils qui voyageait alors on Italie, que si réellement lé jeune homme s'était oublié avec une petite bourgeoise, il ne se refuserait pas à payer des dommages et la pension d'usage ?

SALSBAGH, arec colère.

Une pension 1 des dommages-intérêts, pour réparer !...

M'^*' BARNEGE, rirêment:

Oui, monsieur, ce qui est irréparable. Je répondis que les Barneck, enrichis par le travail: et le commerce, valaient un peu mieux que les Malzen, barons ruinés par l'orgueil et la paresse*

12 GOMIÊDIES-VAUDBYILLBS

SAXSBMIH.

A la bonne heure !

M^" BARNECK.

Que c'était moi qui croyais me mésallier en faisant un pareil mariage ; mais que je voulais qu'il eût lieu pour rendre Thonneur à ma nièce, un rang à son fils ; car je veux que mon filleul soit baron. Ce cher enfant, il le sera.

SALSBACH.

Vous qui ne les aimez pas ?

M"* BARNBCK.

Ah ! dans ma famille, c'est différent.

SALSBACH.

Et monsieur de Malzen...

M"« BARNBCK.

Se permit de m'envoyer promener.

SALSBACH.

Uinsolent !

M"« BARNECK.

Moi, je menaçai d'un procès.

SALSBACH.

n fallait commencer par là. Un procès ! et je n'y étais pas t Comme je l'aurais mené ! J'y aurais mangé sa fortune et la vôtre.

M'^^ BARNECK, lui prenant la main.

Ah 1 mon ami !

SALSBACH.

Voilà comme je suis 1 C'est dans ces cas-là qu'on se retrouve.

En votre absence, je fis marcher les huissiers ; on plaida, et en moins d'un an, je gagnai en deux instances.

LOUISE OU LA RÉPARATION d3

SALSBACH.

Bravo I je n'aurais pas mieux fait.

AIR : Un homme pour faire an tableau. (Lm hoiordê de la guerr».) Le bon droit enfin l'emporta.

M"« BARNECK.

Mais, par une chance fatale, Le vieux baron nous échappa; U était mort dans Tintervalle.

J'ai toujours, je le connaissais, Des soupçons sur sa fin précoce, Et je crois qu'il est mort exprès Pour ne point paraître à. la noce.

SALSBACH.

Mais son fils ?...

M"** BARNECK.

Son fils, revenu depuis peu de ses voyages, doit se présenter aigourd'hui pour exécuter la sentence.

SALSBACH.

Il parait que ce n'est pas de trop bonne grâce.

U^^ BARNECK.

Oh ! vous n'avez pas d'idée de tout ce qu'il a fait pour nous échapper, jusqu'à nous menacer de se brûler la cervelle.

SALSBACH.

Vraiment I

Toutes les chicanes possibles I Mais il n'y a pas moyen pour lui de se soustraire ni à l'arrêt, ni à la noce ; car, grâce au ciel, il y est contraint, et par corps.

SALSBACH.

C'est bien.

M"*« BARNECK.

Je n*ai pas besoin de vous dire que le procès a é(é jugé

14 GOM^DIBS-VAUDEVILLES

à huis clos, et que, dans Tiatérét même de ma nièce, je n*ai pas laissé ébruiter l'affaire. Une seule chose me contrarie, c*est l'indifférence de Louise. Elle ne sent pas comme nous le plaisir dé la- vengeariée. Voiis ne croiriez pas que ce matin elle ne voulait pas entendre parler de ce mariage, et voyez où nous en serions si le refus venait d'elle... Heureusement que vous voici, et je compte sur vous pour la décidera être baronne.

SALSBÂC».

Soyez tranquille.

M™® BARNECK.

Mais j*enteùds déjà les voitures» Sans doute nos jeunes gens. Bravo ! courons à ma toilette.

SALSBACH.

Comment? du monde ?

M*^« barNeck. t o

Eh oui! Vous ne savez pas?... monsieur de Malziôn atftf^ demandé, pour se sauver .une humiliation, que le mariage se fît sans bruit, sans témoins.-

AIR db ma TaHte Aurore.

Mais je no lui fais pas de grâce :

11 craint l'éclat, et sans façons, Moi, j'ai fait inviter en masse Tous les nobles des environs.

Quel dépit quand on va lui faire Des compliments à Tëtourdir !

Et puis au bal quelle colère !

Avec lui je prétends l'ouvrir.

SALSBA€H.

Vous danserez!

M*"® BARNECK.

•Ahl quël plaisir!

A ctuinae ans j& crois ravenir^

Loorsis on la népAR-ATi^oN i5

La V€flageancd( fait rajeunir.

Ahl qud plaisir! ^

(Elle rentre dans son appartement.)

8ALSBACH.

Elle en perdra la tôte, c*est sûr. Quant à sa nièce, je vais...

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