‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 84 sur 115 · LES JEUNES GENS · texte numérisé non relu

LES JEUNES GENS

Charmante !

ERNESTINE

Qu'as-tu donc, Zoé?

KOÉf s'essftyaqt les yeux.

Ne faites pas attentioni mam'zelle, c'est que je pleure.

BRIfÉSTiKis

Et pourquoi?

ALPHONSE^ souriant.

Ce n*est pas difficile à dovinerj quaiid une jeune fllle pleure...

ËfiNËStiNÈ.

C'est toujours la faute de ces messieurs, (a Zoé.) d'osttoii amoureux qui t*a fait du chagrin?

ZOE) pleurant plus Idrt.

Plùt au ciel! Mais çd ii'est pas jxJ^sible.

ERNESTINE

doffimeiil ?

ZOÉ

Puisque je n'en ai pas.

ERNESTIPtfe;

Tu n'as pas d'ampureux ?

aOH;

NûB) mam'BfiUe.

ËkNÈStîNÈ.

Et c'est pour cela que tu pleures?

ZOÉ OU l'amant prêté

ZOÉ

Il n'y a peut-être pas de quoi?

TOUS

Est-H possible 1

ERNESTÎNE.

A ton âge !

ZOÉ

Si ce n'est pas une horreur I Je suis peut-être la seule dans tout le pays, et c'est là ce qui est humiliant. Encore, s'il V avait de ma faute...

AIR : Un soir, dans la forêt voisine. (Amédée de Beadplan.)

COUPLETS, Premier couplet.

Mais j'n'ai pas un reproche à m* faire, Chacun peut s'en apercevoir.

Pour tâcher d'êtr' gentille et d' plaire* J'emploie, hélas 1 tout mou savoir, Et 3* me r'gard' sans cesse au miroir.

J' suis dès r matin en coll'rett' blanche, £n p'tits souliers, en jupons courts :

En fait de rubans et d'atours, C'est pour moi tous les jours dimanche...

Eh bien I eh bien I {Bis.) Tout cela n'y fait rien, Rien!

ALPHONSE, soariant.

Quoi! rien?

ZOÉ

Non... tout cela n'y fait rien.

Deuxième couplet.

Je n'manque pas un' danse, un' fôle ; Faut voir, avec tous les jeun's gens, Comme je suis polie, honnête; Et lorsque deux danseurs galants

288 csouiDiE3-vA.uDEVii:Liiis

Vieon'nt m'invitei- en mËnie temps, Avec use obligeance extrême, Et pour ne fâcher aucus d'eux, Je les accepte lous les deux.

Et quelquefois même un troisième.

Eh bien! eh bieni (Bit.) Tout cela n'y fait rien.

ALPHONSB.

Quoil rien?

Non... tout cela n'y fait rien.

LES IBUNES GENS.

Elle est délicieuse 1

(ZBtp».«àdro>t..) URKESTINB, risDi.

Pas un amoureux !

ALPHONSE «t LES lEnNRS GENS.

C'est une indignité !

zaÈ.

C'est une injustice. U y en a tant qui en ont deux I

ALPHOKSB, isuriinl.

Vraimentl même au village?

ZOÉ

An village et ailleurs. Vlâ mam'zelle, par exemple, qui en a cinq ou six autour d'elle. Ça feit tort aux autres ; ça n'estpas généreux.

ALPHONSE, d'un >ir da ripraobe.

Elle a raison.

ERNRSTINE.

Vous trouvez î eh bien I je veux ftire quelque chose pour

ZOi, TirOTHnt.

Est-ce que vous m'en donneriez u

ZOé ou L*AlfANT PRÊTÉ 229

ALPHONSE

Eh. bienl par exemple...

ZOÉ

Dame ! c'est les riches qui doivent donner aux pauvres.

ERNESTINE, A Zoé.

Écoute, Zoé ; je ne puis pas te donner un amoureux en

tonte propriété. (Regardait Us jeanes geni d'an air aimable.) Je

suis pour cela trop intéressée; mais je puis t'en prêter un.

TOUS

Comment 1 en prêter un?

ALPHONSE

Quelque nouveau caprice!

ZOEy saatani de joie.

Quel bonheur ! Eh bien ! mam'zelle, c'est tout ce que je vous demande, parce que je gagerais que, dès qu'il y en aura un, ça fera venir les autres. Il n'y a que le premier qui coûte ; et puis je vous le rendrai exactement, je vous le jure. Je suis une honnête fille.

ERNESTINE

Je n'en doute pas... Eh bienl regarde» tous ces messieurs me font la cour, choisis celui qui te plaira le plus.

AIR : Oui, Je suis grisette. (Plautade.)

Que le seul mérite Décide ton choix.

ZOE, passant an milieu.

V*là pourquoi j'hésite, C'est trop à la fois.

TOUS

Vraiment elle hésite Et tremble, je crois; Que le seul mérite • Décide son choix.

SM GOlkfÉDlBS<^yAi;DEVILLBS

zoé.

C'est trop de richesse ) Pourtant je sens là Qu' si j'étais maîtresse, y prendrais celui-là.

(Elle désigne Alphonse.)

TOUS

Vraiment la petite

S'y connaît, je crois ; Et le seul mérite

A dicté son choix.

ZOE, faisant des excusés anx autres.

J' voudrais, dans mob zèld, N'en fâcher aucun; Mais mademoiselle Ne m'en prête qu'un.

TOUS

Vraiment la petite S'y connaît, je crois, Et le seul mérite A dicte son choix.

(2oé passe à gatiehe du théAtrb.) ËRNEStlNE, à part.

Excellente occasion do me venger de lui ! (a Alphonse.) Eh bien! monsieur, je vous oi^donne, pendant trois heures, de faire la cour à mademoiselle.

ALPHONSE

A mademoiselle Zoé?

ZOE, joignant les mains.

Enfin, en voilà donc un I

ERNESTINB.

Cela ne peut vous déplaire, c*est tout à fait dans votre système : gourvu que la personne soit aimable...

ALPBONBB, phiSBtat aapitl a'Brn«al(nf.

Mais VOUS n'y pensez pas, une pareille pltttsdnterie...

ERNESTINK.

Je ne plaisante pas. Vous êtes la ohevalier de Zoé pour trois heures; ce n'est pas long. Allons, moilfcieiir, soyez galant, attentif; iiieil SDiimis surtout : de oe e6t<i-ià, vous avez beaucoup à apprendre, et je serai ravie qu'une autre achève votre éducation.

ALPHONSB, lar U âtnm da Ihillro

Voilà bien l'idée la plus extravagante I Je ne m'y soumettrai pas.

EHNBËTIÏiB, à ml. volt.

Prenez garde, c'est aujourd'hui que je choiaia mon 6poux, je veux voir jusqu'où peut aller Bon obéisBAnite, et si vous hésitez, je vous exclus.

ALPHONSE

Ciell

Ëniembte.

BHHRSTINB.

iia de «lOiredBnso.

Quclplaiiîtt comme il eara^RJ Oui, grâce à ce badinnga, Il m'obéira, je gags, El je le Kndrai plus sage.

Quel plaisir! comme il enra^te!

Miortnais, soumis el sage, il m'obéira, je gage, El nous feroDs bon méiiago:

Car, je le vois, il cnrago; Quel plaisir I comme il enrage !

LE CHŒUR

Quel plaisiri comme il enrage!

Oui, grâce a ce badioage.

Il obéira, je gage.

23â GOMBDIES-VAUDBVILLBB

£t VOUA le rendrez plus sage.

Quel plaisir! comme il enrage!

Désormais, soumis et sage, Il obéira, je gage, Et TOUS ferez bon ménage; Car je le vois, il enrage ; Quel plaisir! comme il enrage!

ALPHONSE

Quel tourment! comme j'enrage!

Mon supplice est son ouvrage; Mais d'un pareil badinage Je me vengerai, je gage...

Quel tourment! comme j'enrage!

Pour être heureux en ménage, D'un si cruel esclavage Il faut que je me dégage...

Quel tourment! comme j'enrage!

Quel tourment! comme j'enrage!

ZOÉ

Quel bonheur est mon partage!

Un tel amant, je le gage,

Va surprendr' tout le village.

Et m' vaudra plus d'un hommage :

Quel bonheur est mon partage !

Quoiqu' ce soit un badinage.

Cet amant-là, je le gage.

Hâtera mon mariage.

Quel bonheur est mon partage!

TOUS LES JEUNES GENS, A Alphonse.

Tu'n*es pas trop à plaindre.

(Montrant Zoé.) Elle est fort bien... console-toi.

ALPHONSE, A part.

Gomme il faut se contraindre!

(a Emastine.) Mais, Ërnestine, écoutez-moi.

ZOÉ OU lVmant prêté 233

ER7CESTINE,

Non, monsieur...

ALPHONSE

C'est affreux.

Ce supplice est trop rigoureux.

ERNESTINE, bas.

Il suffit... je le veux.

ALPHONSE

J'obéis...

ERNESTINE, bas à ses compagnes.

Il est furieux. •

Ensemble.

ERNESTINE

Quel plaisir ! comme il enrage 1 etc.

LE CHOEUR

Quel plaisir ! comme il enrage! etc.

ALPHONSE

Quel tourment ! comme j'enrage ! etc.

ZOÉ

Quel bonheur est mon partage! etc.

(Toat Te monde sort, exoopté Alphonse et Zoé.)

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