GÈNE VIII
Les mêmes; DDMONT, PIERRE
PIERREj s'arrêtant étonné.
Pardon, monsieur.
ZOÉy à part.
C'est Pierre.
ZOÉ OU t.*AMANT PRÊTÉ
ALP0ONSS.
Qu'est-ce qu'il y a?
PIERRE, déconcerté.
Je vous dérange peut-être ?
DUMONT, à Alphonse.
C'est Pierre Rousselet, le fermier de M. le baron, qui désire parler à mousieur, de sa ferme des Viviers ; il voudrait avoir le bail.
ALPHÛNSB,
Pierre Rousselet?
DUMOMT.
C'est un très-brave garçon, que j'ose recommander à monsieur.
ZOE, faisant une profonde réTér«nct à Alphonse.
Ohl oui, c'est un très«brave garçon, que j'ose reecMnmander à monsieur.
ALPHONSE, la regardant.
C'est bien. Du momont que tu t'y intéresses, nous nous entendrons.
PIERRE, qui est resté an arrière avec Dumont.
J'aurai la ferme.
ALPHONSE
Mais avant tout, monsieur le régisseur, je voudrais envoyer sur-le-champ deux mots au notaire du village.
DUMONT, bas A Pierre.
C'est pour le bail... (Haut a Alphonse.) Il y a tout ce qu'il faut pour écrire dans ce pavillon.
ALPHONSE
Le notaire sera-t-il chez lui 9
PIERRB.
Certainement. Tous les jeunes gens du pays y sont ras^ semblés oe matin : une c^ssurat^OQ mutuelle qu*ils kmt pour s'exempter de la guerre.
240 GOMÉDIES-VAUOBVILLKS
ALPHONSE
Tous les jeunes gens... à merveille 1
AIR du vaudeville du Baiser au porteur.
Quand ma foi sera dégagée,
C'est, je crois, le meilleur moyeu
De marier ma protégée.
C'est généreux ! car je sens bien Qu'il est cruel de quitter un tel bien.
Mais plus heureux que ne le sont peut-être Bien des maris et bien des gens d'honneur, J'aurai du moins le bonheur de connaître
Et de choisir mon successeur!
(U entre dans le pavillon arec Dumont.)
PIBRRE, regardant Zoé.
C'est singulier ! comme elle a du crédit sur lui, et comme il la regardait 1 (Haut.) Qu'est-ce qu'il te disait donc là, Zoé^ quand je suis arrivé?
ZOE, d'un air indifférent.
Qui?
PIERRE
M. d'Auberive.
ZOÉ
Ah 1 lui? il me faisait la cour.
PIERRE, riant.
Bahl il te faisait la cour! à toi?
ZOÉ
Oui; il disait qu'il me trouvait gentille, que je lui plaisais.
PIERRE, riant.
Ah! ah! par exemple; laisse donc, un grand seigneur...
ZOÉ, le regardant en desious.
Dame! c'est que les grands seigneurs s'y connaissent mieux que les autres.
•VTH
zoK OU l'amant prêté 241
PIERRE
C'est vrai; mais eux qui ont tant de belles dames!
ZOÉ
Justement, ça les change.
PIERRE
C'est égal, il ne me serait jamais venu à Tidée qu'il fit attention à une petite fîlle comme ça ; il a là un drôle de goût.
ZOÉ, à part.
£st-il malhonnête 1
PIERRE
Quant à moi, qui ai la main heureuse... Dis donc, Zoé, (a demi-Toix) j'ai sulvi ton conseil. C'est Catherine Bazu que j'épouse.
ZOÉ, à part.
Ahl mon Dieu !... (Haut et troublée.) Comment! vous vous êtes décidé?
PIERRE
Oui, tu m'as tant répété qu'il n'y en avait plus ; et puis j*ai rencontré la mère Bazu qui m'a dit que plusieurs prétendants avaient des idées sur sa fille, et ça m*en a fait venir, parce que, moi, dès que quelqu'un a une idée, je dis : V'ià mon affaire. Alors, je n'ai pas perdu la tète, je l'ai demandée tout de suite ; et la mère Bazu m'a promis que si j'avais la ferme des Viviers, sa fille était à moi.
ZOÉ, & part.
O ciel!
PIERRE
Et comme il vient presque de me l'accorder, je suis tranquille... (Remarquant le trouble de Zoé.) £h bien! qu'aveZ-VOUS
donc?
ZOÉ
Rien, monsieur Pierre. Je vous souhaite bien du bonheur. !«.— XX. U
^2 GOMÉDIblS- VAUDEVILLES
PUSRRG.
Chut l h YQilà qui reviea^.
ZOÉ, i part.
C'est fini, il va Tépouser.
(Alphonse et Dumont sortent, en («asent, du paTillon> André parait dans
le fond.)
DUMONT, à AIpIlDOM.
Je dis, monsieur, que vous, qui blâmez les caprices file mademoiselle Ërnestine, vous avez bien aussi les vôtres. Donner dix mille francs de dot à cette petite 1
ALPHONSB, ft demi-7oix.
' Taia-^toi.
DUMONT
Elle oe manquera pas de partis.
ALPHONSE
C'est ce que je veux. (Apercevant André qui ratisse (très d« TaUé^.)
André, ce billet à l'instant chez le notaire.
ANDB^.
Qui, monaieur.
ALPHONSE, à Pierre.
Et maintenant, monsieur Pierre Rousselet, je suis à vous.
(n ta cour sortir.) ZOé, ^arrêtant.
Comment, mon amoureux, vous me quittez encore ?
ALPHONSE
Pour un instant.
ZÛM, à dft«i>*voJz.
Ahl épates donc; je n'ai que ti^ois heureg^ si vous prenez comme ça des congés...
ALPHONSB, souriant.
Je vais revenir.
ZOÉ OU L*AMANT PRÊTÉ Stà
ZOÉ
A la bonne heure 1 Mais je voudrais vous dire Un mot.
ALPHONSE, reTenant.
C*est trop juste; je suis à tes ordres.
PIERRE, à part*
Comme elle le fait marcher!
ALPHONSE, à Zoé.
Qu'est-ce que c'est î
ZOÉ
C'est... (a Pierra e( à Dumont qai se sont opprocbéi pour écouter.)
Laissez-nous donc, vous autres,
(pierre et Dnmoat a'éloigiMot et se retirent auprès du paylilon.)
ALPHONSE
Eh bien ?
ZOÉ, bas.
C'est que... vous êtes triofl amoureux, n'est-ce pas ?
ALPHONSE, bas.
Sans doute.
ZOÉ, bas.
Et un amoureux, ça doit obéir.
ALPHONSE
Aveuglément.
ZOE, àe même.
Alors, celte ferme que Pierre Rousselet vous a deniat^dèe, il faut...
AtPHONSB.
Sois tranquille, tu me Tas recommandé « il TttuM.
ZOfi, bas.
Son, au ôontraire, il faut la lui refuser.
ALPHONSE, surpris.
Ah!
244 GOMÉDIBS-VAUDEVILLES
ZOÉ
Oui. ; je le veux.
ALPHONSE
G^est différent. (Regardant Pierre, qui le salue en signe de remerciement.) Pauvre garçon ! moi qui croyais que c'était lui. (a Zoé.) Alors, je la garderai pour Tautre.
ZOÉ
C'est ça, pour l'autre.
ALPHONSE, à Toix basse.
Mais à une condition. C'est que lorsque l'horlog^e du château sonnera deux heures, tu m'attendras au bout de ce bosquet, près de la pièce d'eau, (a part.) Je veux être le premier à lui annoncer ce que je fais pour elle.
ZOÉ
Près de la pièce d'eau I pourquoi donc?
ALPHONSE
J*ai*à te parler ; tu sais bien, pour l'autre.
ZOÉ
Ah ! oui.
ALPHONSE
Ainsi, tu viendras ; ne l'oublie pas, à deux heures.
ZOÉ
C'est convenu, à deux heures. (Haut et regardant Pierre en
dessous.) Adieu, monsieur. Ne me faites pas attendre^ au moins !
ALPHONSE, à Pierre.
Venez, monsieur Pierre.
PIERRE
Voilà, monsieur, (a part.) Cette petite Zoé m'a donné un fier coup de main, là.
(Alphonse est entré dans le parillon, Pierre y entre après loi.)
ZOÉ OU l'amant prêté 245
ZOE, à pnrt.
Si maintenant Catherine Bazu l'épouse, ce ne sera pas du moins pour la ferme.