SCÈNE III
Les mêmes, excepté Canard ; M""® DERMONT, enveloppée dans un vitchoura vert, entre et s'asseoit sur une banquette.
SAINT-AMAND
Ebl mais, quelle est cette jolie femme qui se tient là mystérieusement à l'écart ?...
byGoogU
DURILLON
Je sais ce que c'est... je sais cequ€ c'est... c'est la femme d'un général...
SAINT- AM AND
Avecunvilchoura comme celui-là?... c'est la femme d'uD agent de change !
CLÉMENCE
Eh nonl c'est la femme d'un notaire.
M™« DEFONROSE.
D'où la connaissez-vous, mademoiselle?
CLÉMENCE
C'est que vous n'êtes pas venue au bal dans notre pension, le jour de la distribution des prix... elle y était avec M. Victor, son neveu... un élève du lycée qui danse si bien et qui est si aimable...
M"® DEFONROSE.
J'y suis maintenant; cette femme si à la mode, qui a toujours des cachemires si singuliers... madame Dermont.
SAINT-AMAND, à toîx basse.
Comment I Ce serait madanie Dermont, la femme du notaire?...
M^^ DEFONROSE, de même.
Oui... son mari n'est-il pas très-connu?
SAINT- AMAND, de même.
Je crois bien... voilà déjà deux ou trois fois, dit-on, que sa femme est suivie aux Tuileries.
M™* DEFONROSE.
Eh ! mais, ce doit être alors une bonne, étude,
SAINT-AMAND
Cest mon notaire!...
M™ DEFONROSEr
Je vous en fais compliment..*
l'hôtel des bains !253
SUZANNE, qui eit entrée, l'approohant de M"^ Dermont.
Ahl c'est vous, madame?... Nous vous voyons de bien bon matin.
»"• DERMONT
Oui, ma chère Suzanne, (a toîx baue.) As-tu vu quelqu'un?.. .
SUZANNE, de même.
Non, madame... pas encore... mais j'ai un cachet à vous donner si vous le voulez...
U^ DERMONT
Donne donc vite...
SOZANNB, s'approche dn comptoir, j prend nne carte, et la remet à M"* Dermont arec nn bUIet.
AIR : Voilà la maniôre.
Voici cette lettre Qu'un jockey discret Avait fait remettre*
M"® DBRM'^NT.
C'est bon, du secret !
M™® DBFONROSE.
Eh ! mais, voyez-vous.
Ce cachet d'un nouveau système?
C'est un billet doux,
SAINT-AMAND
Vous croyez ?...
M™« DEFONROSE.
Oui, j'en pourrais même Jurer sur mon âme, A ce pli délicat.
SAINT-AMAND
Je vois que madame Connaît le format.
||me DERMONT, qui pendant ce temps a lu, à Suzanne.
C*est bien... il doit venir... fais-lui donner ce billet... et
ScBiBB. — . Œurres complètes. H"»* Série. — 6™e Vol. — 15
viens dé l'écrire à la hâte dans Tétude de mon mari... Mais qu'il ne te voie pas !... car il se douterait.».
SUZANNE
Ne craignez rien... je ne paraîtrai pas... je vais vous conduire au petit salon...
DURILLON, entrant et appelant.
Numéro treize... numéro quatorze...
(Deux personnes se lèvent et entrent à gauche.) SUZANNE.
Ahl te voilà, Durillon... il faudrait...
(Elle lui remet le billet et lui parle bas & l'oreille.) DURILLON, l'écoutant à peine.
Je sais ce que c'est... je sais ce que c'est, (criant.) Un consommé au numéro onze.
SUZANNE
Je sais ce que c'est... je sais ce que c'est... tu dis toujours cela! et tu fais tout de travers... Un homme d'une cinquantaine d'années...
DURILLON
Oui, une lettre, je sais ce que c'est... je lui ai déjà parlé.
SUZANNE
Il est donc ici?...
DIjRILLON.
Eh! oui... et il attend... sois tranquille... (criant.) Deux personnes qui sortent ; numéro quinze, numéro seize... Tu peux t'en rapporter à moi, je ferai tout marcher de front...
(Il sort d'un côté; Suzanne et M™® Dermont de l'autre.) SAINT- AMAND.
C'est charmant, et le hasard vient de nous livrer à peu près le secret d'une intrigue... Il faut avouer... que le lieu est favorable.
AIR d'Arùtippe.
Ici l'amour est toujours sous les armes,
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Et ce séjour, asile du plaisir,
A la beauté donne de nouveaux charmes,
Et dans son cœur éveille le désir;
A ses attraits dans ces lieux elle pense
Bien plus, hélas ! qu'à son mari :
C'est la fontaine de Jouvence, Et plus souvent c'est le fleuve d'oubli.
(Se retournant.)
Eh! mon Dieu... en croirais-je mes yeux? En voici bien d'autres! C'est mon notaire lui-même.