‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 141 sur 186 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les mêmes ; M. DERM ONT, qui entre en regardant autour de lai . M™® DEFONROSE, bas.

Comment! celui dont nous parlions tout à l'heure...

SAIMT-AMAND, de même.

En personne... Par exemple la rencontre serait plaisante... et je ne me doutais pas... (Haut.) Comment se porte le cher Dermont ?

DERKONT,. êe retonr««Bt vif^ment.

Hein!... qu'est-ce que c'est? Comment c'est vous, Saint- Amand ?Eh ! mais, mon cher, quelle mauvaise habitude avezvons donc d'appeler les gens par leur nom?... Je ne voulais pas être connu.

SAINT- AM AND

J'entends, vous venez ici incognito.

DERMONT, à Toix basse.

C'est vrai!... une aventure délicieuse.

SAINT-AMAND

Vous serez donc toujours mauvais sujet

byGoOgl

DERMONT

Le plus longtemps possible...

SAINT-AMAND

Il serait cependant bientôt temps de vous retirer et de nous laisser exercer à notre tour !

AIR du vaudeville du Piège

Nous réclamons contre un abus Qui vivement nous intéresse ; Grâce au bon ton, grâce aux Titus, On veut rester jeune sans cesse.

Et dans ce siècle, où Ton fait tant De réformes de toute espèce, La mode gagne... et l'on prétend Qu'on va supprimer la vieillesse.

(Continuant. )

n me semble quà cinquante-trois ans...

DERMONT

Cinquante-deux, moucher... c'est le bel âge I Autrefois, qui disait un notaire... disait un homme bien grave, bien pesant, enfoncé'dans son droit et dans ses coutumes... un avare qui faisait mourir de faim ses pauvres clercs. Maintenant, quelle différence ! un notaire est un homme du monde, un homme de bon ton... J'ai tous les jours des dîners en ville, et mon maître-clerc mène ma femme à l'Opéra ! Les clients ne me trouvent pas toujours chez moi, il est vrai, mais je n'ai pas acheté ma charge cinq cent mille francs pour rester à mon étude comme un notaire de campagne. Cependant, quand il le faut, je suis à mon état; je fais mes contrats de mariage dans ma calèche... et je cours le testament en cabriolet.

SAINT-AMAND

ÀIH : Od dit que je suis sans malice. (Le Bouffe 9t U TaiHwr.) Oui, telles sont vos habitudes.

Mais on prétend que les études

l'hôtel des bains 251

Étaient plus sûres de moitié Quand le notaire allait à pié.

Combien l'on compterait de chulcs, Si Ton eût gardé les minutes De chaque faux pas qu'ils ont fait, Depuis qu'ils ont cabriolet !

DERMONT

Bah! bah I ce sont nos envieux qui prétendent cela... Je vous disais donc, une aventure incompréhensible... nne belle inconnue que je poursuis depuis le dernier bal de rOpéra, il y a bientôt trois mois ! je n*ai pas encore entrevu sa figure... mais chaque jour j'en reçois des lettres qui m'arrivent d'une manière magique et surnaturelle, des lettres admirables... dans le genre de YHéloïse... du Jean- Jacques tout pur, et vous sentez bien que je réponds dans le même style.

SAINT-AMAND

Oui... style de notaire.

DERMONT

Enfin... elle m'a fait dire de me trouver ici ce matin... J'ignore encore par quels moyens elle se fera reconnaître ; mais, n'importe, me voilà.

AIR du Pot de fleurs.

Aujourd'hui je saurai peut-être Quels sont envers moi ses desseins.

C'est donc pour se faire connaître Qu'elle vient à Y Hôtel des bains ?

DERMONT

Oui, grâces à ma bonne étoile, L'incognito va disparaître ici.

SAINT-AMAND

Moi, j'aime assez le lieu qu'elle a choisi Pour déchirer enfin le voile.

£t que dirait votre femme, madame Dermont» si elle savait... j

DERMONT. j

Chut donc! (eu riant.) Comme par un fait exprès... ma I femme est sortie ce matin de bonne heure.». Elle va deux ; fois par mois à un comité de bienfaisance...

M"® DEFONROSE, à part.

Oui, de bienfaisance...

SAINT-ABUMD, bas à M"^® Defoorose.

Taisez-vous donc...

DBRMONT.

C'est qu'elle est très-bonne... très-charilaWe, ma femme... et, en outre... un neveu que j'avais chez moi...

SAINT-AMAND. i

Ah ! oui, le petit Victor...

DERMONT

Un mauvais sujet qui a déjà des dispositions à marcher sur mes traces... et que j'ai fait partir ce matin par les Grandes Messageries... Il va en vacances chez son père... de sorte que par ce moyen je suis le maître de la maison. (Prenant sa lorgnette.) J'ai beau regarder, je ne vois personne...

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