‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 150 sur 186 · SCÈNE xm · texte numérisé non relu

SCÈNE xm

SUZANNE, CLÉMENCE, VICTOR, pmi M"»* DEFONROSE.

CLÉMENCE, marchant près de Victor et très-yiveinent.

Oui, monsieur... c*est très-imprudent, me compromettre ainsi...

VICTOR

Je n'avais que ce moyen pour vous faire mes adieux.

CLÉMENCE

Heureusement que ma tante vous a pris pour une pensionnaire de mes amies, sans cela... voyez à quoi vous m'exposiez ! ... La voilà.

SUZANNE

Si ces deux dames veulent entrer dans leur cabinet... tout est prêt.

VICTOR, ba» à Suvaime.

De quoi te mêles-tu?

M™« DEFONROSE, à Suzanne.

Merci, mademoiselle. (Regardant Victor.) Mais, quel heureux événement ! rencontrer ainsi une de tes bonnes amies de pension ; elle a une physionomie charmante... Comment s'appelle mademoiselle?

VICTOR

Mademoiselle Victorine.

U^^ DEFONROSE, A Clémence.

En effet, tu m'as déjà parlé d'une Victorine...

VICTOR

C'est moi.

M"^« DEFONROSE.

Une jeune personne d'une retenue, d'une modestie...

VICTOR

C'est moi.

M"« DEFONROSE.

Et ton amie inséparable.

VICTOR, trôs-rirement.

Inséparable !

CLÉMENCE, è Victor.

Taisez-vous donc.

VICTOR, baissant les jeux.

Inséparable... je le voudrais bien.

AIR do TénUr».

Le sentiment qui réunit nos âmes,

En même temps est venu nous charmer.

Qu on dise encore que les femmes

Entre elles ne peuvent s'aimer!

Depuis le jouroîi je l'ai vue paraître Tous mes plaisirs sont doubles de moitié, Et j'ignorais, avant de la connaître,

Tous les charmes de l'amitié.

M™« DEFONROSE.

Mais comment se fait-il que mademoiselle se trouve ainsi toute seule?

VICTOR

J'étais avec la emme de chambre de ma mère, qui s'est

égarée dans le jardin... ou trompée de corridor... et j*étais ici toute seule... fort emb:irrassée de ma personne... lorsque j'ai eu le bonheur de vous rencontrer...

M"»» DEFONROSE.

Je suis enchantée de pouvoir vous offrir ma protection ; en pareil cas, madame votre mère en ferait autant pour ma nièce...

SUZANNE

Mais, madame... on attend.

U^ DEFONROSE.

C'est b u... je ne veux pas que mademoiselle nous quitte... Ma voiture est à la porte, et nous la ramènerons après chez elle.

SUZANNE, effrayée.

Ah I mon Dieu, comment la prévenir?...

CLÉMENCE, bat à Victor.

N'acceptez pas, monsieur, n'acceptez pas!

VICTOR, de même.

Vous voyez cependant bien que ce n'est pas ma faute... je ne puis pas décemment refuser.

SUZANNE, feignant d'apereeroir qaelqa*an.

Mademoiselle, j'aperçois votre femme de chambre qui vous cherche...

VICTOR

Non, je ne la vois pas...

\ SUZANNE

Là... à l'entrée du jardin.

VICTOR

Non, non, il me semble que ce n'est pas elle...

GLRMENGB.

Si vraiment 1 je la reconnais bien... et nous vous laissons avec elle... Allons, ma tante, entrons...

M"« DEFONROSE.

Un instant! vous me laisserez bien faire mes adieaxà mademoiselle... Adieu, ma belle enfant.

AIR : Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut. {Rien de trop.

A regret, je vous quitte, hélas!

VICTOR

Pas tant que moi, je le parie.

M"® DEFONROSE.

Clémence, vous n*y pensez pas.

Mais embrassez donc votre amie !

CLÉMENCB, bas.

Refusez, monsieur, refusez.

VICTOR

Madame veut bien le permettre.

CLÉMENCB, t>at.

Ehl comment, monsieur, vous osez!...

VICTOR, bas.

C'est pour nô pas vous compromettre.

CLÉMENCE, bas à Victor pendant qa'il l'embrasse.

C'est fort mal, monsieur, c'est très-mal ce que vous faites là.

VICTOR, de même.

Vous voyez que c'est malgré moi... la force des circonstances...

SUZANNE

AIR du vaudeville de Sophie Amould, Mesdames, entrez, de grâce !

Tout est prêt, je vous attends...

(a part.) Mais voyez dont quelle audace!

En honneur, il était t«mps l

^l|me Dofonrose et aérnence entrent dans !• cabinet.)

l'hôtel des bains 215

SUZANNE, regardant Victor qai lai fait des menaces. Jo VOIS que monsieur m'accuse.

VICTOR

Oui, redoute mon courroux, Pour te punir de ta ruse

(L'embrassant.) C'est toi qui paîras pour tous, Oui, oui, tu paîras pour tous.

SUZANNE

On m'attend^ modérez-vous.

Ensemble.

VICTOR

Sa sévère vigilance Vient de tromper mon désir ; Mais au moins de la vengeance 4'ai goûté tout ie plaisir.

SUZANNE

Ma sévère vigilance Vient de tromper son désir ; Mais monsieur de la vea^ance A goûté tout le plaisir.

(Sazanne entre dans le même cabinet que 11™^ Defonrose.)

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