‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 166 sur 186 · SCENE XL · texte numérisé non relu

SCENE XL

LbS MÊMBS ; SOPHIE y paraissant à la porte du cabinet et faisant signe à M™^ de Lnceval qu'elle veut lui parler.

SOPHIE, A mi-Toix.

Ma cousine!... (a part.) Si je pouvais lui parler...

M™® DE. LUGBVAL, bas et lui faisant signe.

Rentre et écoute...

(Sophie rentre dlhs le cabinet et passe sa tête par l'œil-de-bœuf.) NARCISSE, qui retourne la tète de ce cèté, l'aperçoit et recule effrayé.

Ah! mon Dieu ! qu'est-ce que j'ai vu là ?...

M"" DE LUGEVAL, à part.

Yoilà tout mon ouvrage gâté.

NARCISSE

Je suis ici... et j'ai cru m'apercevoir... là, dans ce cabinet... je suis partout...

(n fait un pas pour regarder encore.) M"*® DE LUCBVAL, l'arrêtant.

Ce... ce n'est pas étonnant... et rien n'est plus facile à vous expliquer. Est-ce que vous ne savez pas ce que c'est qu'un miroir?...

NARCISSE

Un miroir !... non... J'ai bien lu dans un conte de fée qu'il y avait une fois une princesse qui ne pouvait se lasser de se regarder dans son miroir... mais je n'ai jamais compris...

M™« DE LUGE VAL

Eh bien, voilà!... c'est un talisman magique, qui nous retrace fidèlement nos traits et jusqu'à nos moindres gestes.

Serait-ce possible ! mais c'est un trésor...

M"*e j)E LUCEVAL.

Aussi beaucoup de gens ne peuvent s'en passer...

AIR : Il me faudra quitter Tempire. (Les Filles à marier

C'est là le conseiller suprême, Dans le boudoir, dans le salon; Il nous offre un autre nous-même.

"narcisse.

Partout et dans toute saison On doit l'employer?...

M*"® DE LUCEVAL

C'est selon :

Au printemps, on le trouve utile.

On l'interroge encore dans l'été ; Mais vient l'hiver, il n'est plus consulté...

Comme tant d'autres on l'exile

Pour avoir dit la vérité!

NARCISSE, arec réhémence.

Je ne la crains pas! moi, je veux la connaître (n quitte

madame de Lacerai et se met ris-à-ris l'œil-de-bœuf oîi il aperçoit Sophie

h qui madame de Luceral fait des signes.) C'est pourtant vrai!...

. vous ne m\ayied pas trompé... (Regardant le portrait qu'il a d la

main et puis Sophie.) Oui, me voilà bien ! (Riant.) Est-ce étonnant!... (Sophie se met à rire.) Tiens!... il rit aussi... Narcisse !... il ouvre la bouche, il a l'air de me parler ! (n fait

différentes grimaces que Sophie essaie de répéter à madame de Lnceral.)

Je vous demande mille pardons... mais, vous sentez, quand on ne s'est jamais vu...

M"*® DE LUCEVAL

Comment donc?... mais je vous en prie... ^a part.) Je ne serais pas fâchée de le voir se faire une déclaration.

NARCISSE

Ohî la jolie figure !... Quoi ! me voilà !... Image adorée, si mes vœux brûlants te pouvaient donner une existence matérielle, comme il arriva jadis à ce fameux sculpteur... Ap-

LE BEAU NARCISSE âl3

prochons. (sophîa se retire un pen.) Tiens ! je recule ! Narcisse! Narcisse ! tu me fuis, (ii s'envoie des baisers.) Je ne sais ce que je veux I... je brûle... j'ai froid... et dire que jamais... jamais je ne pourrai te posséder... oh 1 à cette seule idée je ne me possède plus, et plutôt briser mille fois cette glace incendiaire.

(il fait un mouvement.) g|me |)£ LUGE VAL, passant derrière lai, et fermant le rideau de l'œil-debœuf.

Arrêtez !

Dieu ! que faites-vous? Vous m'enlevez, vous me dérobez à mes propres yeux.

M"*« DE LUCEVAL

Sans doute, je crains les suites d'une passion aussi violente... Que dirait mon oncle?

NARCISSE

Oh ! qu'il dise ce qu'il voudra ! qu'il écrive à mon papa... Je ne veux plus épouser personne ; plus de mariage de convenance, tout à Tamour... je reste garçon ! vous pouvez le lui annoncer de ma part...

M"""® DE LUCEVAL

Oh ! j'y cours de ce pas. (Apercevant Léon qu'elle rencontre an

fond du théâtre.) Je n ai pas le temps de vous parler... mais votre rival est amoureux fou... ne vous mêlez de rien... je cours parler à M. de Menneville.

(Elle sort ; et, pendant ce temps et les premiers mots de la scène sui rente,

Narcisse s'est approché dn cabinet.)

NARCISSE, cognant au cabinet.

Narcisse !... Narcisse !... c'est moi...

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