‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 165 sur 186 · M»« DE LUCEVAL, NARCISSE · texte numérisé non relu

M»« DE LUCEVAL, NARCISSE

NARCISSE

Il est vexé... je le vois bien...

M"« DE LUCEVAL

Il est donc vrai, monsieur Narcisse, que vous avez une inclination ?

NARCISSE

Dieu! si j'en ai une!...

M*"® DE LUCEVAL

D'où vient ce trouble? vous craignez de vous expliquer... vous craignez peut-être que l'objet de votre passion...

NARCISSE

Hélas

M"*« DE LUCEVAL

Vous êtes trop modeste ! (a part.) Allons, donnons-lui le coup de grâce! (Haut.) Eh bien ! Narcisse, puisqu'il faut

que ce soit moi qui, la première... Apprenez... apprenez que votre amour est parlag;^.>. Apprenez...

NARCISSE

N'achevez pas! je vous entends !... Intortunée! ça devait être!

M™® DE LUCEVAL

Eh bien, oui, je vous aime !

NARCISSE, à part, se cachant la figure arec soq mouchoir.

Allons, voilà les ravages qui commencent !

M™« DE LUCEVAL

Quoi 1 mon amour vous étonne ?

NARCISSE

Non pas : avec mon physique, je devais m'y attendre.

M™* DE LUCEVAL, à part.

Eh bien, pour la première fois que je fais une déclaration, je suis bien reçue. (Pleurant.) Allez, monsieur Narcisse! c'est indigne à vous de ne pas m'aimer.

NARCISSE, à part.

Pauvre petite femme! ça me fait mal de l'entendre pleurer! je ne suis point encore fait aux cris des victimes !

M"« DE LUCEVAL

Suis-je malheureuse ! si au moins je [connaissais l'objet préféré !

NARCISSE

S'il ne tient qu'à cela...

AIR du Renégat.

Regardez ce portrait charmant.

M°*« DE LUCEVAL, Â part.

Ma cousine ! quelle aventure !

NARCISSE

Parlez, n'esl-il pas ressemblant?

N'est-ce pas bien là ma flgur» ?

810 COMKDIB» — VAUDEVILLES

M"« DE LUCEVAL

Il se pourrait?...

Quoi, monsieur, ce portrait?...

NARCISSE

N'est-il pas vrai, c'est bien moi trait pour trait?

Ensemble, NARCISSE.

Vraiment, sa surprise est extrême I Je la plains bien sincèrement; Est-ce ma faute si je m'aime?

Elle en convient, je suis charmant.

M™« DE LUCEVAL

Grands dieux ! ma surprise est extrême !

Le singulier événement!

Gomment! il s'adore lui-même?

Oh! c'est charmant, il est charmant.

Âhlahlahlah!

NARCISSE

Elle prend mieux la chose que je n'aurais cru.

M"*® DE LUCEVAL

Comment, voilà Fobjet que vous adorez?

NARCISSE

Parbleu! sans cela...

AIR : Ainsi que vous je veux, raademoiselld.

C'est à vous seule, ô femme trop sensible.

Que j'eusse offert et mon cœur et mes vœux ; Mais, jugez-moi vous-même, est-il possible De résister à ces traits dangereux ?

M"« DE LUCEVAL

Je conçois votre ardeur extrême î Vaincu par ses propres exploits, Je vois l'Amour qui s*est blessé lui-même Avec les traits de son carquois.

(a part.) A merveille! confirmons-Ie dans une erreur qui peut nous sauver I...

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