M»« DE LUCEVAL, NARCISSE
NARCISSE
Il est vexé... je le vois bien...
M"« DE LUCEVAL
Il est donc vrai, monsieur Narcisse, que vous avez une inclination ?
NARCISSE
Dieu! si j'en ai une!...
M*"® DE LUCEVAL
D'où vient ce trouble? vous craignez de vous expliquer... vous craignez peut-être que l'objet de votre passion...
NARCISSE
Hélas
M"*« DE LUCEVAL
Vous êtes trop modeste ! (a part.) Allons, donnons-lui le coup de grâce! (Haut.) Eh bien ! Narcisse, puisqu'il faut
que ce soit moi qui, la première... Apprenez... apprenez que votre amour est parlag;^.>. Apprenez...
NARCISSE
N'achevez pas! je vous entends !... Intortunée! ça devait être!
M™® DE LUCEVAL
Eh bien, oui, je vous aime !
NARCISSE, à part, se cachant la figure arec soq mouchoir.
Allons, voilà les ravages qui commencent !
M™« DE LUCEVAL
Quoi 1 mon amour vous étonne ?
NARCISSE
Non pas : avec mon physique, je devais m'y attendre.
M™* DE LUCEVAL, à part.
Eh bien, pour la première fois que je fais une déclaration, je suis bien reçue. (Pleurant.) Allez, monsieur Narcisse! c'est indigne à vous de ne pas m'aimer.
NARCISSE, à part.
Pauvre petite femme! ça me fait mal de l'entendre pleurer! je ne suis point encore fait aux cris des victimes !
M"« DE LUCEVAL
Suis-je malheureuse ! si au moins je [connaissais l'objet préféré !
NARCISSE
S'il ne tient qu'à cela...
AIR du Renégat.
Regardez ce portrait charmant.
M°*« DE LUCEVAL, Â part.
Ma cousine ! quelle aventure !
NARCISSE
Parlez, n'esl-il pas ressemblant?
N'est-ce pas bien là ma flgur» ?
810 COMKDIB» — VAUDEVILLES
M"« DE LUCEVAL
Il se pourrait?...
Quoi, monsieur, ce portrait?...
NARCISSE
N'est-il pas vrai, c'est bien moi trait pour trait?
Ensemble, NARCISSE.
Vraiment, sa surprise est extrême I Je la plains bien sincèrement; Est-ce ma faute si je m'aime?
Elle en convient, je suis charmant.
M™« DE LUCEVAL
Grands dieux ! ma surprise est extrême !
Le singulier événement!
Gomment! il s'adore lui-même?
Oh! c'est charmant, il est charmant.
Âhlahlahlah!
NARCISSE
Elle prend mieux la chose que je n'aurais cru.
M"*® DE LUCEVAL
Comment, voilà Fobjet que vous adorez?
NARCISSE
Parbleu! sans cela...
AIR : Ainsi que vous je veux, raademoiselld.
C'est à vous seule, ô femme trop sensible.
Que j'eusse offert et mon cœur et mes vœux ; Mais, jugez-moi vous-même, est-il possible De résister à ces traits dangereux ?
M"« DE LUCEVAL
Je conçois votre ardeur extrême î Vaincu par ses propres exploits, Je vois l'Amour qui s*est blessé lui-même Avec les traits de son carquois.
(a part.) A merveille! confirmons-Ie dans une erreur qui peut nous sauver I...