IL -- VI
Autant que son réveil.
Silence ! {Bis.) Chez nous elle s'avance.
Silence! {sis.) Surtout n'arrêtons pas
Ses pas.
CÉCILE
Oui, dépêchez-vous! nous n'arriverons jamais... ah! mon Dieu! quelle route et quels chevaux !... (Écoutant.) Oui, je suis pressée... (Écoutant.) Si Ton m*attend à Paris?... sans doute on m'attend... du moins je Tespère 1... enfin voilà la barrière... nous entrons... Comment... où je veux descendre?... Boulevard Bonne-Nouvelle... Oh! mon Dieu! à mesure que • nous approchons, le cœur me bat... Postillon, plus doucement... il va comme le vent. A présent, je voudrais ne pas arriver... comment vais-je être accueillie?... ne m'aurat-on pas oubliée? Ah! j'ai entendu mon nom... quelqu'un m'a saluée... (s'incUnant.) On me reconnaît!
(Elle penche la tête sur le fauteuil et s'endort.) TRICOT.
C'est étonnant! ça me fait l'effet de la Belle au bois dormant.
DUJOUR.
Taisez-vous donc, vous allez l'éveiller.
CÉCILE, se levant yivement. \
Mais un instant, mademoiselle... on peut bien attendre un instant... dites au régisseur que je veux lui parler... qu'il monte sur-le-champ... Ah I vous voilà!... Comment, monsieur, vous faites commencer?.., vous voyez bien que je ne suis pas encore prête, que ma toque n'est pas encore posée... et je ne descendrai pas sans mes marabouts... (Écoutant.) Hein... qu'est-ce que vous dites?... Certainement au Gymnase... (Écoutant.) Comment, monsieur, on ne fera pas d'entr'actes, et Ton ne fera jamais attendre le public... c'est différent... je des-
Cends... écoutez... voilà les trois coups... (L'orchestre joue arec sourdines Tair : Dormez donc, mes chères amours,) C'est Touverlure qui commence... (Arrangeant ses gants, sa coiffure, et repoussant sa robe avec son pied, comme si c'était une robe longue.) On 9. beau
dire... ce moment-là produit toujours un certain effet... moi surtout qui n'ai pas encore vu la salle... si je regardais à travers la toile... Ah ! mon Dieu !... quel coup d'œil !... comme c'est joli et comme ça fait peur !
AIR : Dormez donc, mes chères amours. (le Repos.)
Ici, quel spectacle enchanteur!
Je sens déjà battre mon cœur
Et de plaisir et de frayeur.
Combien ces loges sont brillantes!
Que de toilettes séduisantes!
Ah ! combien de femmes charmantes !
DUJOUR.
Vraiment, elle y voit en dormant.
Vraiment, vraiment l Je crois qu'elle y voit en dormant !
CÉCILE, écoutant.
Taisez-vous donc ! je crois qu'on applaudit.
DUJOUR.
Ma foi, j'ai envie de l'interroger.
LA COMTESSE GHINCHILA. «
Oui, on prétend que les somnambules répondent quand on leur parle.
DUJOUR.
Et on assure môme qu'elles disent toujours la vérité.
TRICOT
Oui, croyez cela ; ce sont des contes à dormir debout.
DUJOUR.
Silence !
AIR du Pont de Khel, Premier couplet,
vous, dont rœii découvre L'avenir incertain, Du théâtre qui s'ouvre Quel sera le destin?
CÉCILE
Ici| bientôt un autre
Vous le dira,
(Hontraat le parterre.)
Et mon juge et le vôtre
N'est-il pas là ?
Deuxième couplet.
Momus me le révèle, Le public va venir.
Mais je vois que le zèle Peut seul le retenir.».
On le dit infidèle ;
Malgré cela.
Que la gaîté l'appelle, (Montrant le parterre.] Il sera là.
(On entend dans le fond la ritonmeile da chœur snirant à grand orchestre.)
PONCTUEL
Ah ! mon Dieul ce sont nos chœurs qui répètent : ils vont réveiller, et dans quel moment encore I
CHOEUR en dehors. AIR :Yive le Roi.
Des fous de plus Par le plaisir élus, Pour le joyeux Momus Quelle Bonne nouveUe !
Des fous de plus; Ce sont les vrais élus
Qui chantent l'orémus Au temple de Momus.
CECILE, qui pendant le chœur précédent s'est un peu réreillée.
Que m'est-il donc arrivé ? et où suis-je ?
DUJOUR.
£hl mais, ma belle enfant, vous êtes à Paris, au Gymnase.
CÉCILE
Au Gymnase?... comme dans mon rêve.
DUJOUR.
Regardez plutôt cette nouvelle salle.
CÉCILE
Oui... ce monde... ces loges brillantes... comme dans mon rêve ; et qu'est-ce que j'ai entendu là ?
PONCTUEL
Nos chœurs, qui répètent au foyer.
DUJOUR.
Et qui font un bruit du diable.
CÉCILE
Comme dans mon rêve.
PONCTUEL
AIR : Restez, restez, troupe jolie. (Les Gardet'Marine.) Mais, si j'ai bien su vous comprendre, Vous disiez, dans ce rêve heureux, Qu'avant peu nous pourrions entendre Des applaudissements nombreux.
DUJOUR.
Oui, ce rêve si favorable, Qu'en dormant elle a rencontré, A son réveil elle est capable D'en faire une réalité.
(Les toiles qui cachent le théâtre disparaissent, on aperçoit la fagade
du Gymnase : toutes les portes s'ou?rent et tous les acteurs et ac- i
trices paraissent en habits de caractère.) ^
354 GOUÉDIES — VAUDEVILLES