‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 27 sur 186 · LE GOUTE · texte numérisé non relu

LE GOUTE

Certainement, ce que je vois ici serait bien fait pour m'arréter... si je n'avais, mon cher Lourdorff, des affaires de la dernière importance... Charles... demandez des chevaux. ^

CHARLES

Oui, général.

LOURDORFF.

Et dites à Saussmann, mon concierge, de venir ; j*ai à lui parler, (charies »ort.) Ah çà ! général, quelles peuvent être les raisons d'un départ aussi prompt?

LE COHTE.

Oh! ce sont des raisons.- des raisons très-extraordinaires... Ces dames et vous, pourrez en juger... D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je ne serai pas fâché de vous demander des renseignements sur un événement dont vous avez été le témoin : J'avais un neveu charmant, l'orgueil de sa famille... l'espoir de son pays... Adolphe de Yalberg, dont vous avez peut-être entendu parler.

HBRMANXE, baissant les yeux.

Oui... oui... monsieur...

NANCY, à part.

Oh 1 mon Dieu !

LE COMTE

Depuis longtemps, je méditais pour lui, à Vienne, un

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mariage superbe, la Me du ministre 1 J'écris à Adolphe ; monsieur refuse. Il était aimé, disait-îl, d'une jeune personne charmante, dont j'ignore le nom ; il Fadorait, sous prétexte qu'elle lui avait juré une fidélité éternelle. Je vous le demande, la belle garantie !... Morbleu ! dans le dépit de voir mes ordres méconnus, je sollicitai, j'obtins du ministre Tordre de le tenir aux arrêts au fond de la Hongrie, dans la citadelle de Temesvar. Eh bien ! au lieu d'y rester tranquilla, ce coquin-là, qui avait juré de me faire mourir de chagrin, s'avise de tomber malade. La guerre était alors déclarée ; je commandais mon corps d'armée, et je ne pouvais voler auprès de lui. Je charge de ce soin le baron de Lourdorff, je le prie de m'informer, au juste, de l'état de mon neveu, car je craignais toujours que cette, maladie subite ne fût une ruse de guerre; point du tout, le baron arrive au moment même..*

LOURDORFF.

Oh I mon Dieu, on aurait dit qu'il m'attendait; car à peine lui eus-je appris que c'était moi, Lourdorff, qui venais de la part de son oncle, crac, le pauvre jeune homme.,,

LE COMTE

Eh bien I mon ami, c'est justement là-dessus que je veux vous interroger encore ; dites-moi franchement, ôtes-vous bien sûr que mon neveu...

LOURDORFF.

Comment, si j'en suis sûr ! je l'ai vu, vu de mes propres yeux, et le lendemain j'ai assisté à son convoi.

LE COMTE

Eh bien ! apprenez qu'un mois après, je ne sais si c'est un rêve de mon imagination, mais moi-même...

AIR : Époux imprudent, fils rebelle. (Monsieur Guillaume.)

Dans un combat, désarmé, sans défense.

J'allais périr, lorsqu'un simple hussard

Devant moi tout à coup s'élance.

De son corps me fait un rempart;

Comme un éclair à mes yeux le fer brille...

Et j'ai cru voir. ; . c'était un songe vain î

Mais, morbleu ! le sabre à la main,

Il avait un air de famille. .

NANCY , vivement.

Comment, monsieur, c'était lui? En êtes- vous bien sûr?

LOURDORFF«

Allons donc !

LE COMTE

Mais voici qui est encore plus surprenant... Plein de ce nouvel espoir, je prends la poste; je parcours TAllemagne, je m'informe ; j'arrive à Presbourg il y a un peu plus de six semaines, et là, je reçois une lettre du général en chef, qui m'apprend que dans la dernière retraite de Tarmée autrichienne, le malheureux Adolphe de Valberg, mon neveu, en chargeant à la tête d'un régiment hongrois, a été tué.

LOURDORFF.

Comment ! pour la seconde fois !

NANCT, alarmée.

Et vous êtes certain que le général en chef...

LE COMTE. i

' Il le connaissait comme moi-même.

LOURDORFF.

Je vous répète que c'est impossible...

LE COMTE

C'est impossible ! Eh ! mon Dieu ! mon cher Lourdorft, que diriez-vous si je vous faisais part de ce que Ton m'annonçait ce matin même? Imaginez-vous... mais pour celuilà je veux m'en assurer moi-même, car tant d'événements incroyables, la douleur de sa perle, finiraient par me faire tourner la tête; ainsi permettez-moi de me remettre en route sur-le-champ.

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