‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 28 sur 186 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les mêmes; CHARLES, SÂUSSMANN.

CHARLES

Général, la voilure est prête et le postillon est à cheval ; mais la nuit est noire en diable, et on craint un orage.

NANCY

Vous voyez, monsieur le comte, que vous feriez bien mieux de ne partir que demain.

LE COMTE

Non, non, il faut que nous allions coucher à Szililze ; c'est . toujours six lieues de gagnées.

SAUSSMANN.

Oh ! monsieur, je ne vous conseille pas de vous risquer, surtout à cette heure-ci. Moi, je suis concierge du château depuis vingt ans, et je connais le pays.

LE COMTE

Est-ce que la route est mauvaise ?

SAUSSMANN.

Âh! monsieur; le chemin est superbe, mais...

LE COMTE

Allons, il y a des voleurs ?...

SAUSSMANN.

Oh ! monsieur, ils n'oseraient pas ; il faudrait qu'ils fussent bien hardis pour s'exposer à rencontrer...

LE COMTE

A rencontrer... qui?

SAUSSMANN.

Depuis quelque temps il en a paru dans le cantoa; on en

•60 GOliÉDIsS — VAUDEVILLES

•connaît, (a toîx ba««eO On parle d'un Prussien, un nommé le major de Schwarzenbach, qui, il y a huit jours, a été pendu à Barzoya pour une dizaine de florins qu'il s'était appropriés, et qui depuis s'est permis de reparaître; enfin, vous •comprenez, c'en est un...

LOURDORPF, on p«a effrayé. ^

Un quoi, enfin ?

SAUSSMANN.

Un vampire !

TOUS

Un vampire 1

LE COMTE, froidement.

Ah ! ce n'est que cela ? (a Charles.) Partons.

SAUSSMANN.

Mais, général, c'est qu'il n'est pas le seul ; et dernièrement on dit que, dans la forêt de Bokonie, ils ont attaqué des voyageurs.

LE COMTE, ironiquement.

En effet, j'oubliais que j'étais dans le pays. Il n'y a que ia Hongrie et la Pologne où j'aie entendu parler de ces messieurs.

SAUSSMANN, à Loordorff.

Et mon filleul Péters, que vous avez envoyé à deux lieues d'ici chercher le notaire, et qui, depuis quatre heures,. n'est pas encore revenu 1 Si ce petit garçon, qui n'est pas brave, allait se laisser...

(il fait le signe de mordre.) NANCY.

Ah I mon Dieu I et qu'est-ce que c'est donc qu'un vampire ?

SAUSSMANN.

Un vampire ! mademoiselle, c'est... c'est... un vampire... ça dit tout.

.4/Jl ; J'ai vu partout dans mes voyages. {Le Jaloux maifré toi.)

Ça parle, marche et se promène.

Et ça fait see quatre repas ; On dirait d'un* personne humaine.

Et cependant ça ne Test pas. Quant au re^t' de leur existence, Je veux mourir si je 1' comprends :

Ils sont vivants par circonstance, Et défunts la moitié du temps.

(Bas à Lourdorff.)

Enfin, je ne veux pus le dire, de peur de fâcher M. le général ; mais on prdtend qu'il y a , dans le pays, un M. Adolphe de Yalberg, son neveu, qui en est aussi.

LOURDORFF, bas.

Qu'est-ce que vous dites donc là, Saussmann? voulezvous bien vous taire ! (Eûiut, à Hermance.) Vous voyez bien, ma chère amie, que ce sont des fables ; cela a pu exister autrefois, mais il n'y en a plus. N'est-ce pas, général?

LE COMTE, souriant.

En tout cas, moi et Charles, Tancien domestique de mon neveu, nous sommes ea état de les bien recevoir. N'est-ce pas, mon garçon ?

GHJIRLES.

Comptez sur moi, général.

LE COMTE

£t puis d'ailleurs...

AIR d'une anglaise.

Les revenants N'aiment pas les militaires ;

Les revenants Sont des gens

Par trop prudents

Ce qui me plaît, C'est qu'ici-bas il n'est guèrcs

D'esprit follet

52 COMÉDIES — YAUDEVILLES

A l'abri du pistolet ;

Et je prétends, Morbleu I que de mes manières

Vos revenants Ne reviennent de longtemps.

LE COMTE et CUARLES, ea sortant.

Les revenants N'aiment pas les militaires ; Les revenants

Sont des gens Par trop prudents.

Tlls sortent. — Hermance et Nancy rentrent dans leur appartement.)

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