SCÈNE IV
M. DE ROSTANGE, JULES
M. DE ROSTANGE, s'arrétant et rojant Jules qui est seul sar le derant du théâtre*
Eh bien I mon garçon, tu ne viens pas avec nous?
JULES, soupirant.
Non, mon oncle.
M. DE ROSTANGE, le contrefaisant.
Non, mon oncle î... Eh !... qu'est-ce. que c'est que ça, monsieur?... qu'est-ce que c'est que cet air-là?... Vous êtes triste, changé ; voilà huit jours que je ne vous ai vu, et vos amis prétendent que vous êtes malade...
JULES
Oui... oui, mon oncle... mais je me charge de me guérir, soyez tranquille.
M. DE ROSTANGE
Tu te charges de te guérir ? et tu veux qjie je sois tranquille )... qu'est-ce que c'est qu'un médecin comme cela?... à mon âge, morbleu I on en sait plus long qu'au tien... et je vois où est le mal... Dis-moi, mon garçon, tu as besoin d'argent... n'est-ce pas... c'est la vérité?... c'est très-bien... il faut que la jeunesse en dépense... et je vais...
JULES
Eh ! non, mon oncle... ce n'est pas cela...
M. DE ROSTANGE
Je devine... tu es amoureux ! c'est à merveille, mon garçon, il faut qu'on le soit à ton âge ; et de qui, hein? de cette jeune dame qui te parlait tout à l'heure?... elle est, ma foi, jolie!... et j'en suis enchanté... c'est très-bien, très-bien... II. - VI. 6
98 COMÉDIES — VAUOBY1LLB3
JULES
Eh I non, je ne songe pas à tout cela.
li. DE ROSTANGB.
Comment I. tu n'es pas amoureux?... vrai... c^est encore mieux, mon garçon, c'est encore mieux !
JULES
Ah çàl mon oncle, avec vous tout est bien...
M. DE R0STAN6E
Que veux-tu? moi je ne suis pas contrariant, et ça te prouve que tu peux parler hardiment.
AIR da vaudeville de La Robe et let Bottée.
Moi, je n*ai pas l'humeur atrabilaire ; Pour obstiné, jamais je ne le suis ; Il est fort beau d*avoir du caractère, Il est plus doux d'avoir do bons amis;
Celui qui dispute, qui fronde.
Met contre lui tous les partis ;
En pensant comme tout le monde,
Tout le inonde eft de votre avis.
JtJLES.
Eh bien 1 oui... c'est la vérité, j'aime la fille d'un de vos anciens amis... qui, l'année dernière, logeait ici avec vous «t qui depuis quelque temps est reparti pour Orléans...
M. DE ROSTANGE
Comment, ce cher Deladurandiêre I eh bien ! ce n'est pas mal... un gaillard qui a une jolie fille, de la fortune... un brave homme... un peu simple, qui a une santé de fer et qui se croit toujours menacé de quelque maladie... Je devine pourquoi maintenant je te vois si peu, et pourquoi jadis je te voyais si souvent.
JULES
Et savez- vous ce qui est arrivé?... c'est que Louise est
, retournée à Orléans... qu^un autre époux s'est présenté, que
son père l'a accepté, que le mariage est convenu et que de-
L*éGLIP3K TOTALE 9^':
main ou après j'aurai tout perdu... Direz-vous encore que c'est à merveille?...
M. DE ROSTANGE
Ta ta ta... comme tu y vas !... non...
ilUI ; U me faudra qailtcr Vempire. {Let Ftitet à tnarier.)
Morbleu! Je ne prétends pas dire •
Qu'un tel accident ne soit rien ;
Mais il pouvait arriver pire, Et selon moi, déjà c'est un grand bien.
Pauvres mortels, nous que poursuivent Tant de soucis, de soins et d'embarras, Nous devons tous» sous* peine d être ingrats, Remercier des biens quand ils arrivent . £t des malheurs quand ils n'arrivent pas.
D*abord, le mariage n'est pas, fait et j*ai reçu hier une lettre d'Orléans par laquelle Deladurandière me prévient qu'aujourd'hui ou demain il pourra bien descendre chez moi et s'y reposer, vu qu'il passe par Paris pour se rendre, à Montereau.