‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 10 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

;e qui précède par rapport au c[ ai» lelalioni ilei évfiiuei ai l'uni le wlbaliquc.

Ceux qui trouvaient peut-être, il y a quelques mois , nos alarmes exagérées , doivent comprendre maintenant , par ce qui se passe sous nos yeux , par l'audace croissante des hommes d'anarchie , par les maximes qu'ils soutiennent, les projets qu'ils avouent , les espérances qu'ils manifestent ouvertement , que jamais l'ordre social ne fut plus dangereusement menacé. La vérité, trahie ouabaudonnée, se défend à pdM. L'erreur triomphe presque sans combat ; on n'entend que sa voix, on ne sent que son action ; elle étonne ceux même qu'elle ne subjugue pas ; et, pénétrant peu â peu dans les esprits, elle lea iKiiissera bleiilfit à des résolutions violentes. Les gens de bien , satisfaits de quelques courts instants de sommeil . Ifleheut de s'aveugler sur la crise qui se prépare ; ils n'osenl la craindre de peur d'être conduits à tenter un elfbrt pour ta prévenir ; ou , s'ils ne peuvent réussir à se tranquilliser complètement , ils s'enfoncent dans leur lâcheté comme dans le plus sûr asile : tant rexpêriencc est nulle pour eux !

Il est vrai aussi >|u'e.\iger des hommes qu'ils portent leur vue au-delà du présent , qu'ils développent par la pensée le germe de l'avenir , et découvrent ce qui sera dans ce qui est, c'est demander plus et beaucoup plus qu'on n'est en droit d'attendre. Ils Ignorent, pour la plupart, comment les révolutions politiques et surtout tes révolutions religieuses s'opèrent. L'esprit des institutions, la nature des doctrines, sont de» causes dont peu de

DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS

personnes saTont apprécier la puissance et préroir les effets. Cependant rien de considérable n'arrire dans le monde , rien ne s*établit , rien n'est détruit que par leur influence. C'est toujours d'en haut que le branle est donné aux événements qui remuent la société entière ; et ce que le bras abat, la pensée l'avait déjà renversé.

Or, l'État en France, obligé, comme on l'a tu, de subir toutes les conséquences du principe démocratique consacré par les lois , n'offre qu'une vaste agrégation d'individus dépourvus de lien; tandis que pour maintenir , sous le nom de liberté , la démocratie des opinions , on proclame , sans aucunes limites , le principe du jugement privé , également destructif de tout lien dans l'ordre spirituel.

C'est la ce qu'il f^ut considérer , bien plus que les vieilles objections de la philosophie contre le christianisme, pour comprendre quelle est la source de cette opposition violente, de cette haine effrénée dont la religion catholique est aujourd'hui l'objet. [Fondée sur l'autorité, elle proscrit tout ensemble et la souveraineté politique du peuple et la souveraineté de la raison , qui n*est que llndépendance absolue d'un être supérieur^ Le désir de cette indépendance, ou de l'extinction totale de la société humaine, tourmente une foule d'insensés; elle est, de leur aveu , le but constant de leurs efforts. Chose effrayante à dire. Dieu et l'homme sont en présence : il s'agit de savoir à qui l'empire restera.

D'un autre côté, les gouvernements, engagés dans un système d'athéisme légal , favorable a la fois , et par les mêmes raisons, au despotisme et à la démocratie , regardant avec défiance la seule vraie religion, qui tend par son essence à régler et à modérer Fexercice du pouvoir qu'elle affermit, et ne se croyant jamais assez en sûreté contre elle , ou ils la persécutent ouvertement , ou ils essaient de l'affaiblir par une guerre sourde non moins dangereuse peut-être. Qu'on ne s'y trompe pas cependant, son culte , sa doctrine , ce n'est pas là ce qui les inquiète ; rien ne leur est , au contraire , plus indifférent. £t, comme le caractère de /oi qu'elle imprime à ses dogmes blesse seul les sectaires , irrités uniquement de ce qui porte atteinte à la souveraineté de la raison, ainsi Vl'autorité qui commande la foi excite seule les craintes et l'aversion des gouvernements yparce que , seule inconciliable avec la liberté absolue de croyance que proclament les lois , seule encore elle oppose un obstacle insurmontable aux vues du [)ouvoir , qui , de la religion , base nécessaire de l'ordre social , voudrait faire une simple branche de l'administration civile.

De là cet état de contrainte où l'on s'efforce de la maintenir , ce poids de servitude que sans cesse on aggrave sur elle , cette prédilection marquée pour

les sectes , toi^ours plus dociles à mesure qu'elles sont plus vides de vérité ; de là les calomnies ^ les injures, les cris de rage du parti révolutionnaire, ses déclamations éternelles contre le clergé catholique et son chef; de U cet amour pour les libertés de l'Église gallicane , qui les a saisis tout à coup , et qui n'esLbien clairement que la haine de l'unité; de là enfii^ projet exécrable , avoué des uns , mal dissimulé par les autres , de précipiter la France dans un schisme semblable à celui du seizième siècleT)

Le protestantisme se ploie partout à ce qu*on de^ mande de lui , parce qu'il n'a rien à conserver , ni dogmes , ni discipline ; partout il est esclave de la puissance temporelle , parce que , dépourvu de sacerdoce , il n'offre pas même les premiers éléments d'une société. L'absence de lien , d'autorité et d'obéissance , voilà ce qui le constitue fondamentalement. Il n'a d'organisation nécessaire , d'existence publique , que celle que l'État lui donne , et dès-lors il vient de lui-même se ranger sous la main de l'administration. Celte dépendance civile a , il est vrai , sa source dans les mêmes maximes qui produisent une indépendance politique féconde en révolutions ; mais c'est le propre des gouvernements faibles de bien plus redouter ce qui gêne le pouvoir que ce qui le tue.

Divine par son Institution , indépendante par sa nature , l'Église catholique subsiste par elle-même : avec sa hiérarchie, ses lois, sa souveraineté inaliénable , elle est la plus forte des sociétés ; sa durée seule le prouve. Des liens que Thomme n'a point formés , et qu'il ne peut rompre , unissent toutes les parties de ce grand corps. Que des individus , que des peuples mêmes s'en séparent , il reste entier. Telle fut l'Église aux premiers jours, telle encore elle est aujourd'hui ; elle ne change point , elle ne vieillit point ; il y lydix-huit siècles que l'éternité a commencé pour elleV^a destinée n'est pas de )iosséder la terre et de la gouverner avec un de ces sceptres que le temps brise ; un plus haut empire lui est réservé ; elle a reçu la mission de conduire et les rois et les peuples dans {es voies où Dieu même leur commande de marcherj; elle instruit , reprend , conseille , ordonne , noti pas en son nom, mais au nom du suprême législateur. Élevée au-dessus de ce qui passe , elle domine les établissements humains , qui empruntent d'elle leur force toujours si fragile , et cette vie qui s'épuise si vite. Sans elle que serait l'Europe , que serait le monde? Et cependant on verra les gouvernements qui lui doivent tout ce qu'ils ont de stabilité , la combattre , parce que l'homme aveuglé , enivré par le pouvoir , ne sait plus supporter la règle. Que n'a point essayé la puissance séculière pour soumettre l'Église à ses volontés? Quel est le genre d'attaque que Ton n'ait

AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL

poiot employé contre elle? Naguère on démolissait ses temples , on traînait ses prêtres à Téchafaud. laioteiianton lui laisse l'exercice de ce culte , puisqu'enfio le peuple en veut un ; mais(on tente de la disaoudre comme sociét^ Afin d'arriver à ce but ,

Ton gène sa discipline , on eo^rafe son gouvernement, on trouble sa hiérarchie.jEntrons dans le dt^; lail de cette persécution nouvelle.

I^ discipline , sauvegarde de la foi et fondement du bon ordre , sert encore à maintenir , au moyen d'un régime et cFune législation uniforme, les liens extérkars de l'unité si essentielle à l'Église. Elle fait de tant de pasteurs , dispersés dans le monde entier , un seul corps dont les membres , unis par des rapports intimes, agissent constamment sous l'autorité du cbef souverain selon des règles communes. De cet accord, qui est aussi un caractère de vérité, dépend et toute la vigueur du gouvernement spirituel, et la vénération des peuples pour des lois partout les mêmes , malgré quelques usages particuliers , qui , prévus et sanctionnés par elles , n'y (orment pas même de véritables exceptions.

/ Mab comment conserver cet admirable ensemble, comment établir solidement l'empire de ces lois et sur les fidèles et sur les pasteurs , sans tribunaux qui s'élèvent , de degré en degré, jusqu'au tribunal suprême? Or, à peine reste-t-il en France quelque trace de cette juridiction graduée. Celle des métropolitains , nulle de fait , n'est plus qu'un vain nom. Qu'en arrive-tril? On ne le sait que trop, des dif^ rends interminables ; et , dans l'absence d'un juge canonique , de scandaleux appels aux cours séculièret , lorsqu'il naît quelque conflit de droit entre un curé et son évèque. Aucune contestation ne peut être terminée régulièrement. Les esprits brouilloof, turbulents, désolent l'administration, devenue elle-même arbitraire ou incertaine. Il n'existe plut de règles dont elle n'ait le pouvoir de s'affranchir ; et, au lieu de reconnaître ses bornes réelles dans une autorité supérieure, elle n'en trouve que d'illégitimes dans l'indocilité des subalternes : deux causes de désordres qui, à la longue, suffiraient pour énerver et détruire entièrement la disdpliiie.

Les difficultés qu'on oppose, contre les dispositions expresses des canons, à la tenue des conciles provinciaux et nationaux, ne lui sont pas moins fu- Dièstet. C'était dans ces saintes assemblées que les évêqoes, slnstruisant des besoins communs de

fi j Maê CM leaiiM de prudeace et de sileoce , où l'on tremble ploâ dTane vérité dite qae d^ane vérité niée, Il ne sera pa« Inutile de rappeler ce q«e Véaékm écrivait â an évéque : « Je suis três-

• édMIé, MéBtiilpmu , de veire aèle sincère contre la nouveauté,

• et de votre constante persuasion en faveur de la bonne cause.

• Ten espère de stands fruits, pourvu que la voix Aatteuse de « rcBctantenr,qiii enderi si danserenscnient d'autres personnes,

leurs troupeaux, concertaient ensemble de sages règlements, s'excitaient à la réforme des abus^ s'avertissaient , s'exhortaient les uns les autres, s'occupaient des intérêts généraux de leurs églises, veillaient efficacement à la défense du sacré dépôt de la vérité, et s'animaient à tout genre de bien. Elles donnaient aux actes de la puissance ecclésiastique une certaine solennité qui leur conciliait un respect plus grand ; elles prévenaient les écarts de l'autorité épiscopale, ou y remédiaient, quelquefois même parla déposition, dans des cas heureusement très-rares, et toujours sauf l'appel au souverain pontife, seul investi de la juridiction suprême. L'Église avait-elle soit des plaintes, soit des demandes à adresser au pouvoir civil, combien ses réclamations n'acquéraient-ellea pas d'importance et de poids , lorsiju'au lieu d'être présentées par quelques hommes épars, tous les premiers pasteurs, après un mûr examen et de graves délibérations, les portaientensemble.au pied du trône ! Mais ce qu'on redoute, ce qu'on ne veut pas, c'est précisément ce concert qui rendrait à la religion sa dignité et une partie de sa force. On rabaisse, on la dégrade ; on relâche, on brise tous les ressorts de sa divine police, pour consommer son asservissement. Le despotisme administratif, indiffèrent à la licence de l'impiété et de l'anarchie, d'où sort tôt ou tard la servitude, tremble à la seule pensée qu'une voix libre puisse s'élever en faveur de l'ordre. Retiré au fond de l'athéisme, il s'y fait un rempart de toutes les erreurs ; et , sûr de régner par elles , il dit comme Joad, mais dans un autre sens : Je crains Dieu,..* et n'ai point d'autre crainte.

Que les évêques le sachent cependant , nulle loi n'empêche qu'ils ne s'assemblent selon les ordonnances des canons : il suffit qu'ils le veuillent pour rentrer en possession de ce droit ; parlons plus exac« tement , pour remplir ce devoir que les décrets de l'Église leur imposent. Le dessein qu'on a conçu de les affaiblir en les isolant n'est que trop manifeste : qu'ils considèrent les suites qu'entraînerait une déplorable condescendance, qu'ils réfléchissent sur le passé, qu'ils regardent l'avenir, et le courage de la foi dont ils donneront l'exemple sauvera peutêtre la société (1). Ce qui la perd, c'est que l'autorité, toute-puissante par sa nature, a cessé de croire en elle-même; au lieu de franchir les obstacles, elle calcule les inconvénients ; elle transige, au lieu de commander; et le droit, devenu dès-lors, aux

« d*alUeurs très-zélées, ne ralentisse point votre vlsilance aar iea « périls de la sainte doctrine, tien n'affaiblit tant les pasteurs « qu'une timidité colorée par de vains prétextes de paix, qu'une « Inoertltude qui rend l'esprit flottant a tout vent de doctrine « spécieuse, enfin que les ménagements d'une politique souvent « bien plus mondaine qu'Us ne la croient eux-mêmes. » OEuvrtt de Ftneion, tom. XII, pag. Xlh^édMon^ Ffrtaltlet.

DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS

jeax des hommes, une prétention, est discuté d'abord, et bientôt après rejeté comme un abus. Descendre, pour le pouvoir , c'est mourir : cela est ▼rai universellement. Mais une politique timide et pliante est surtout funeste en religion ; elle donne à ce qui est de Dieu Tapparence d'une chose humaine. I^aisseï les hommes combiner, peser les chances incertaines de la terre. L'Église a d'autres pensées et une autre prudence ; elle attend, mais elle ne cède point. Aux époques sinistres, lorsque des mouvements extraordinaires agitent le monde, elle sait qu'en elle est le salut, bien qu'elle en ignore et le temps et la manière ; et, immobile alors, on la voit opposer, sans jamais fléchir, aux tempêtes de l'erreur, aux flots des passions , son inébranlable foi et sa législation împérÎMable.

L'état de la société, qui rend les gouvernements mêmes dépendants de cette puissance vague et mobile qu'on appelle l'opinion , exige impérieusement que la défense de la religion, les plaintes qu'elle a le droit de former, l'exposition de ses besoins, aient un caractère éclatant de publicité. 11 faut parler au peu{4e dans les démocraties. Que ce soit là Tindice d'un profond désordre, ce ne sera pas nous, certes, qui le nierons ; mais la nécessité n'en subsiste pas moins. Qu'on nous dise à quoi reviennent des observations adressées par quelques évêques à un ministre, et passant, quelquefois sans être lues, de ses mains en celles d'un commis chargé de les ensevelir dans des cartons ? Représentez-vous, au contraire, l'épiscopat entier élevant sa voix, et ses gémissements , et ses lamentations prophétiques au milieu de la France ; rappelant à la souveraineté temporelle, avec une sainte et respectueuse liberté, ses devoirs envers Dieu, envers la religion, envers la société humaine qui, séparée de son principe de vie, se dissout comme un cadavre ; peignant les ravages du doute, de l'impiété, du libertinage, entretenus, propagés jusque dans les dernières classes , par une multitude chaque jour croissante de livres corrupteurs ; réclamant , au nom de l'État même, au nom des familles, les droits sacrés dont on a dépouillé l'Église ; secouant , pour ainsi parler , ses chaînes, afln de réveiller à ce bruit lugubre les chrétiens assoupis et tièdes ; montrant aux hommes les suites terribles, prochaines, inévitables, de la fausse indépendance qui les séduit, et ouvrant à leurs pieds le goufire où ils courent se précipiter : penset-on que ces remontrances, ces avertissements, ces annonces effrayantes et trop certaines qui retentiraient entre la terre et le ciel, fussent tout à fait stériles > qu'un rayon de lumière ne pénétrât pas dtas les esprits les plus aveuglés ; qu'un remords, qu'une crainte au moins, ne se fit sentir aux cœurs ktplus endurcis? El apr^ tout, est-ce donc du

succès qu'il s'agit? La victoire esta Dieu ; combattre, voilà notre partage. ^

Mais ce n'est pas seulement dans sa discipline '^ que l'Église est attaquée , elle l'est encore dans l'exercice de son gouvernement. Que ne lui a-t-on pas ravi ? On avait cru toujours , chez les peuples chré- .éttgis, que l'éducation de la jeunesse lui appartenait essentiellement ; et les lois , et les arrêts du conseil d'état et des tribunaux , et les déclarations royales s'accordaient à reconnaître ce droit divin. Maintetenant ce n'est plus cela ; à la place d'une éducation religieuse, la seule réelle, la seule nécessaire, la seule sociale , on veut une éducation politique , pour former peu à peu une nation digne en effet de cette politique qui rejette Dieu de la législation; qui déclare qu'elle se passera de lui ; que sa souveraineté l'inquiète ; qu'elle saura bien , sans son assistance , créer un pouvoir purement humain , et que ce pouvoir lui suffît ; politique sans croyances , et dès-lors sans devoirs , qui jette au hasard quelques intérêts entre le berceau et la tombe , et puis dit en s'admirant : Voilà la société , et c'est moi qui l'ai faite ! Des générations entières seront élevées selon ces maximes , et elles rapporteront dans l'État les principes que l'État leur aura donnés. En vertu du droit d'examen et de la liberté des opinions , un enfant de dix ans, sous l'influence des exemples dont l'esprit de l'institution l'aura environné , formera sa foi comme il l'entendra , ou plutôt croîtra sans aucune foi ; et cependant l'on parlera encore de morale , comme si bien croire n'était pas le fondement de bien vivre (1). Certes on ne se trompe pas quand on annonce que quelque chose d'inconnu se prépare dans le monde, et l'avenir dira ce qui arrive lorsque l'homme entreprend de se faire seul sa raison , sa conscience et ses destinées.

En usurpant , pour la corrompre , l'éducation publique , respectera- t-on du moins les droits inaliénables des évêques sur l^ducation cléricale? Non. 11 leur faudra recevoir de l'autorité civile là permission de remplir leurs devoirs les plus importants , la permission de perpétuer le saint ministère. Ils ne pourront ouvrir aucune école que de son consentement. Le nombre en sera flxé d'après les vues , les craintes et les défiances de l'administration. Vainement un évêque représentera les besoins de son troupeau, on lui répondra qu'il n'en est pas le juge. Mais le sanctuaire se dépeuple, mais les paroisses sont abandonnées. Soyez tranquille , l'administration qui sait tout , qui veille à tout, y remédiera dans une juste mesure. Or, qu'est-ce que cela, sinon s'arroger le gouvernement spirituel? Qu'est-ce

AVSC L'ORB&E POLITIQUE ET QVIL.

f|lie oda, rincm déclarer que le sacerdoce viyra, ou mourra, au gré de l'administration ?

11 ne resterait qu'à ôter aux premiers pasteurs le pouToir de rappeler les lois canonique» et de les faire exécuter. Ce genre d'oppression , en partie renouTelé des anciens parlements , a été en effet tenté comme tous les autres. On n'a pas oublié avec quel froid et barbare acharnement on tourmentait , il y a peu d'années ^ la co&science des prêtres , à l'occasion des refus de sépulture. Un légiste s'était mis en tète de forcer l'Église à tolérer le duel , le suicide y tous les crimes , pourvu que la mort ne laissât point de place au repentir. Quel bruit , plus récemment, n'a-t-on pas fait d'une ordonnance épiscopale dont les dispositions, relatives, pour la plupart, à Fadministration des sacrements, et toutes de l'ordre parement spirituel , n'offraient que le texte même des statuts et des rituels qui règlent partout la dispensatioD des choses saintes! Certains journaux crièrent au scandale , à l'envahissement , s'épuisèrent en homélies sur la tolérance et la charité , et inalement menacèrent du protestantisme l'Église catlM^ique , si elle ne réformait pas , d'après les lumières du siècle, sa discipline sur le baptême, le mariage et les inhumations (1). Le parti se procura Favantage de quelques troubles , et même , dit-on , de quelques apostasies officielles pour donner du poids à ses conseils. Le gouvernement, alarmé, chercha un coupable ; et ce coupable fut le vénérable grand-vicaire du prélat , cause innocente de cette rameur.

Noos ignorons si elle fut le motif d'une autre tentative du ministère : toujours est-il sûrl^u'il essaya de persuader aux évêques de soumettre à sa censure , avant de les publier, leurs lettres pastorales et leurs mandement$T])ls repoussèrent, comme ils le devaient , cette ignominie ; et M. de Corbière , si fécond en attentions délicates , ne réussit pas mieux , on doit l'avouer, lorsqu'il leur proposa de recevoir, pour leurs séminaires, des économes de sa

Le projet d'une censure ministérielle , si propre à relever la dignité de l'épiscopat , rappelle naturelle- ■lent la lettre célèbre de M. le cardinal de Clermont-Tonnerre, supprimée par le conseil d'État. Ainsi, lorsque la presse est libre pour tout le monde , lorsque le dernier Français peut , en se conformant aux lois , qu'on n'accusera pas d'être sévères , publier ses pensées et ses opinions ; lorsque la France est inondée de livres , de journaux , de pamphlets, où l'on verse à grands flots le mépris et le ridicule sur les objets les plus sacrés , il a été déclaré solennellement qu'un évèquen'a pas le droit

,(1) Vojet le OnuHiutkmnei do 2S mat 1S25. TOME II.

d'exprimer ses vœux en faveur de la religion. On lui fait un crime des désirs mêmes que la foi lui commande, lorsqu'il ne les renferme pas dans son cœur. 11 serait temps , ce semble, qu'on cessât, ou d'opprimer si tyranniquement l'Église , ou de vanter la protection qu'on lui accorde.

Deux ministres de l'intérieur se sont efforcés tour à tour d'envahir jusqu'à l'enseignement (2), ^exigeant des évêques qu'ils fissent souscrire, paroles professeurs de théologie et par les directeurs de séminaires, des promesses incompatibles avec les règles conservatrices de la foi , et des formulaires de doctrines imposées au nom de l'autorité séculière^ Que deux avocats aient tenté de singer Henri VIII, c'est un des plus curieux phénomènes de notre siècle. Selon leurs idées, les bureaux de l'intérieur fussent devenus comme un concile œcuménique permanent, présidé par un ministre révocable, en sa qualité de pape civil ^ et l'on aurait vu M. de Corbière , le front orné de la tiare ministérielle , après avoir invoqué les lumières de l'esprit qui jadis inspira les parlements, libeller et contresigner des ordonnances dogmatiques obligatoires , sauf appel aux Chambres , pour les consciences constitutionnelles des Français.

Tout cela ne serait que risible, si l'expérience ne montrait que le ridicule et l'absurdité sont de faibles garanties contre les suites de certaines erreurs , lorsqu'elles se glissent dans les lois, et que la force vient au secours de l'extravagance. N'a-t-on pas , à l'occasion même de la folle entreprise qui nous suggère ces réflexions, traduit devant les tribunaux un journal estimable , dont le délit, l'unique délit, était d'avoir rendu publique la réclamation d'un archevêque , suivant le désir qu'il en avait lui-même manifesté ? Nous ne pouvons regarder comme des maximes de la magistrature les principes qu'établit alors le procureur du roi , qui essaya de faire revivre contre l'Église , sous les Bourbons , une loi de la République abrogée par Bonaparte ; tant quelques hommes sont toujours prêts à se laisser emporter par leur zèle ! u Attendu , disait le réquisi- « toire , que l'article du journal ci-dessus désigné u présente , dans son ensemble et dans ses détails , « les caractères de la provocation à la désobéisu sance aux lois, notamment en ce que, nonobstant «( les dispositions de l'édit de mars 1682, et de la «c loi du 8 avril 1802 , qui enjoignait aux évêques « de faire enseigner dans les écoles ecclésiastiques «( et séminaires de leurs diocèses la doctrine con- «i tenue dans les quatre propositions du clergé de « France , il serait exprimé dans la lettre contenue K audit article : V que Vautorité civile n'aurait

(2) M. Ulné en ISIS, et M. de Corbière en IS24.

ra LA RELIGION DANS SES RAPPORTS

« pas le droit de fixer aux éfoéques ce qu'ils ani « à prescrire pour renseignement dans leurs « séminaires; S» que (1), n etc. Nous ne le dirons jamais assez haut : si c'est un crime en France de soutenir la proposition que condamne ici le procureur du roi , c'est un crime en France d'être catho* lique. Mais il est , grâce à Dieu , permis encore de Tétre, et toutes les cours du royaume rejetteraient avec indignation la maxime qu'on ose avancer comme un axiome de leur jurisprudence. Non, Vautorité civile n'a pas le droit de fixer aux ëvé^ ques ce qu'ils ont à prescrire pour renseignement dans leurs séminaires. Non , ce n'est pas à l'autorité civile qu'il a été dit : Docete omnes génies. Non, l'autorité civile n'est ni le fondement ni la règle de la foi. Non, l'autorité civile n'est pas l'ÉgUse de Jésus-Christ , l'Église universelle , infaillible. Et ce sera sous le prétexte des libertés religieuses qu'on essaiera de nous foire un nouveau christianisme, tel qu'il plaira au pouvoir temporel de llmaginer ! Nos croyances varieront au gré de ses intérêts ou de ses caprices : il y aura les dogmes de la veille , les dogmes du jour et du lendemain ! On notifiera aux évéques la doctrine révélée par le souverain, on leur enjoindra d'en ordonner renseignement dans leurs séminaires , et les procureurs du roi y tiendront la main ! Voilà , certes, des liberté^ qu'on a raison de défendre, si Ton a résolu d'abolir en France toute religion. Du moins conduisent-elles directement à la destruction du catholicisme, et à la plus grande des servitudes , celle d'une église nationale , dont partout l'établissement a produit Fignorance et la corruption dans le peuple , dans les classes élevées un déisme vague , et Fathéisme dans le gouvernement.

j On nous pousse encore sur cette pente en troublant la hiérarchie/ en sépara^, autant qu'on le peut , l'épiscopat ^e ^n chef /^centre et lien de Tunité, d'où les évéques , et on le sait bien , tirent toute leur force. Une schismatique défiance s'attache obstinément à diminuer Finfluence salutaire du saint-siége, et à lui ravir peu à peu l'exercice de sa juridiction divine. Permettrait-on le recours à son autorité dans les causes majeures, lors même que, par le manque de tribunaux compétents , elles ne sauraient être jugées sur les lieux en première instance? L'ordre et le pouvoir hiérarchique s'arrêtent pour nous à la frontière. Quel moyen canonique aurait-on en France de procéder à la déposition d'un évêque ouvertement hérétique? Ce moyen cependant doit exister, ou il n'y a plus de gouvernement dans l'Église de Jésus-Christ, abandonnée, sans police et sans lois , à tous les désordres que

(1) voy«f le Moniimtt da 11 JaUlet ISM.

l'erreur et les passions humaines y introduvàient i leur gré ; et c'est encore une de ces libertés reli^ gieuses que nous devons conserver si précieusement , dit-on*

Un prélat que , depuis trois ans , nous ne nommons jamais qu'avec une douleur profonde , nous a révâé récemment une autre liberté du même genre dans son instruction y non pas pastorale , mais ministérielle , sur l'exécution de la loi concernant les congrégations et communautés religieuses de femmes. Cette instruction porte , article X : « Tout acte émané du saint-siége, portant appro- M bation d'un institut religieux, ne pourra avoir « d'eflet qu'autant qu'il aurait été vérifié dans les « fermes voulues pour la publication des bulles « d'institution canonique. »

Qu'un étabfissement , religieux ou autre, ne puisse avoir d'existence civile , s'il n'est connu de Fautorité civile , c'est là une chose trop claire pour que personne l'ignore ou le conteste. Mais la puissance apostolique est totalement indépendante de ces formalités civiles, et aucune autre puissance ne saurait , dans les principes catholiques, annuler les actes émanés d^ellCy puisque Dieu ne Fa soumise à aucune autre puissance.

Nous demanderons à Jf. le ministre secrétaire d'ÉtaLau département des affaires ecdésiasti^ ques [^ le droit d'approuver un institut relineux appartient ou n'appartient pas au saint-siége^V^ en vertu de quelle autorité, lui, simple évêque ,'^tt FÉtat même , peut déclarer qu'une pareille approbation sera de nul effet? Nous lui demanderons comment ce langage s'accorde avec l'obéissance qu'il a promise au pontife romain dans son sacre? Que s'il dit que cette obéissance est subordonnée aux canons , nous le prierons de produire les canons qui statuent que l'approbation d'un institut religieux par le saint-siége n'aura d'effet qu'autant qu'elle aurait été vérifiée y par le magistrat civil, dans les formes voulues pour la publication des bulles d'institution canonique. }ious le supplierons enfin de nous dire quelle serait , dans le cas d'une approbation non vérifiée, la règle que les catholiques devraient suivre, à quelle autorité ils devraient obéir, ou à celle d'une bulle signée Léo5, pape, ou à celle d'une instruction signée Dbnis , évéque d'Hermopolis ?

La suppression du bref adressé à M.l'évêque de Poitiers, au sujet du schisme obscur appelé Xu petite Église y offre une nouvelle preuve du soin qu*on apporte à empêcher la communication des évéques avec le pape, et semble annoncer le dessein de subordonner entièrement à Fautorité séculière le pouvoir qu'il a reçu de Dieu. S'il fout en croire un bruit assez répandu, le conseil des ministres aurait trouvé

AVEC L'mDRE POLITIQUE ET CIVIL.

àt$ îneoiifëDieiito gnrfesilaîMer publier un rescrit do smiTerain pontife qui dispensait les troupes de la loi d'abstinence. 11 serait dificiie de pousser plus loin le scrupule administratif. Nous nous trompons, il y a mieux encore. M. le nonce ayant eu la témérilé d'écrnre aux évèques pour leur notifier la mort de Pie VII , rarënement de Léon XII , et , à cette occasion , leur demander des prières (m. le ministre 1 . des alfeires étrangères , alarmé d'une si dangereuse démarche , se hâta d'avertir les prélats que l'envoyé dtt Siège apostolique ne devaK communiquer avec eux que par son entremiserjikinsi, ce souhait de paix qni , par toute la terre . aCcomoairne et bénit le (répas du chrétien , le père commun ne peut , en France , Tobtenir de ses enftints que sur la permission d'un secrétaire d^tat, et, grâce anxMbertéê qu^on nous vante, la religion y est réduite à négocier drplo- ■atâqnement quelques prières pour ses pontifes. Foiélon se plaignaK déjà , fl y a plus d'un siècle , de cette espèce de séparation qu'il voyait s'établir entre Pépiscopat français et le saiol-siége , par les envahissements successifs de la puissance civile. «< Ou a Tompn , disait-il , presque tous les liens de la sod^ qoi tenaient les pasteurs attachés au prince des pasteurs. On ne voit plus les évèques le consulter , comme ils le faisaient autrefois si fré- ^moment. On ne voit presque plus de réponses par lesquelles, conune autrefois, le Siège aposto- Hqoe, dissipant tous les doutes, nous enseigne for ce qui touche la foi et la discipline des mœurs, el Finterprétation des canons. Il semble que l'on ait fermé toutes les voies de ce commerce , jadis continuel entre le cher et tes memorcs. Que nous présage pour l'avenir ce lamentable état des choses spirituelles , si des princes moins pieux venaient à régner, sinon la défection de la France et sa mptnre avec le Siège a^stolîque? Je crains bien qoe ce qui est arrivé en Angleterre n'arrive aussi chex nous (1) ! »

Enfin, telle est la position de FÉglise dans le royaume appelé très-chrétien. On mine avec art sa discipline, son gouvernement, sa hiérarchie; on la charge de triples liens pour l'empêcher de réparer ses mines , pour que rien n'arrête , rien ne retarde le travail destructeur d'une fausse politique et de Fimpiété. Ikpuis l'athéejusqu'au janséniste, tous les sectaires se remuent, se liguent , comme s'ils pressentaient un triomphe prochain. Dans leurs rangs , qni se pressent dîieure en heure, accourent les , les intrigants, les Mbles d'esprit, les

(1) OBdè naibi ferè Mctetat Inlliir, «p» pattoret patUimni piiodpi devtnetot teneat. Jam 1ère noUa tU epUcoporam contulUuâ, que oUm Um flreqnena erafc ; noUa ferè Sedit apottollcae rea- », que, ut <rtlin, tûm de fide, tùm de monim dltclplloâ et lotOTpretatloiie, abaqoe ulli amblguluie noadoceat. vldetnr fia oommerdl capnt Inter atqoe membra oUm

foiMes de conscience, les parleurs de christiamsme et de monarchie. Chacun apporte avec soi le tribut exigé de calomnies et de déclamations. Un vaste système d'imposture est suivi persévéramment. On inquiète par de fausses alarmes les timides et les knbédles. On dénature les faits , on invente l'histoire. Répétés par des milliers de bouches , les plus sots mensonges deviennent, pour l'ignorance, d'incontestables vérités. Jamais le génie du mal ne combina plus profondément ses complots , jamais il ne déploya une puissance de séduction si ei&ayante. Encore un peu de temps, et qui pourra y échapper ? Le soleil baisse , la nuit se fait , et , dans cette nuit où se cache l'avenir , on n'entrevoit que des fantômes sinistres. Rien n'est oublié de ce qui peut servir an succès du plan conçu par les artisans de désordre ; mais c'est principalement sur la jeunesse que reposent leurs espérances. Déjà préparée à tout par Téducation qu'elle reçoit, on la circonvient, on Fattire , en flattant son orgueil et ses passions, dans des sociétés mystérieuses. Là elle entend des paroles telles qu'il en sort de l'abtme. Enivrée de haine, de doctrines et de désirs funestes, hée par d'affreux serments, elle rentre dans la société pour y accom* plir l'œuvre à laquelle on lui a foit prendre le terrible engagement de se vouer.

Nous parlons ici des plus pervers, et dès-lors du plus petit nombre ; mais ce petit nombre , uni et sans cesse agissant, forme, avec ses chefs , le parti qui pousse le monde social à sa destniction. Du reste, une froide incrédulité, un mépris exti^ême des siècles antérieurs, une présomption sans bornes , surtout un esprit d'indépendance nniverselle , absolue , tel est, en général ^ le caractère de la génération nouvelle. On lui a dit qu'elle était appelée à tout refaire , religion, politique , morale, et elle l'a cru. Elle passe en souriant sur des débris : où va-t-elle? elle l'ignore. Elle va où sont allés tous ceux qui se sont perdus :

Per me si va tra la perduta gente.

Étrange misère ! Mais il est ainsi.

Et cependant, parce que l'Église , seule invariable , arrête encore le mouvement fatal qui emporte et les gouvernements et les peuples, tous les efforts se dirigent contre elle. Ses dogmes , son culte , ses ministres, sont livrés aux outrages des derniers manœuvres de l'impiété; mais, comme nous l'avons remarqué, c'est surtout sa constitution qu'attaquent

(»dUooI. Que quldem iDfelIciaalaia reroin apliitoalloin condillo, quld prxMgit pro rutuiis lemporibua, si minus pli principes regbent, niai apertam Gallicane gentls defecllonem a Sede apostollcâ? Quod in Angllà conUglt, hoc Idem apud noteveniurum valdè metuo. {De Summi PonUf. AudoritaU , cap. xl ; OSuvre* df Fénéton, tom. II, p* S80 etS90, édition de fortaUlet.)

DB LA HEUGiON DANS BSS RAPPORTS

Ici habtiea du psrtl. Il leur hllait un prétexte, Us l'ont trouTé ; ce sont les libn-tét gaûicaneê , derennes le cri de guerre dïlSIu'Idi'eiûiëiiiU du ehriilianisme, de tou> \ez hommes i qui Dieu pèie. Il leur Mlait un nom pour opposer h l'autorité catholique, ils ont proi^Dé celui de Bossuel. Deitfaiée lamentable de ce grand évèque I Que si , li où ses Tertus reçoivent sans doute leur récompense , il sa- Tait de quels desKins on le reut rendre complice , ses os tout desséchés en tressailliraient dans le tombeau. Lui qui tant de fois protesta si éloquemment de son amour pour l'Église romaine , de son obéissance filiale à ses pontifes , il les enlendraît insulter chaque jour par des sectaires qui se disent ses disciples; il Terrait se développer une noire conjuration pour séparer d'eus le royaume de saiat Louis : mais, parmi ceux qui se plaisent h semer contre eux les soupçons et la défiance , qui repoussent leur autorité , qui voudraient peu à peu habituer les Français â ne voir dans le père commun des chrétiens qu'un étranger; parmi les voix qui s'élèvent pour répandre ces odieux sentiments, il ne pourrait, eomme nous , en reconnaître une qui , en d'autres temps , rendit aussi un éclatant hommage à cette Borne samte à cm' l'Europe doit ta cmliiat&m.

Admirez cependant les dispensalions de cette hsule providence qui conduit le monde et veille sur l'église de Jésus-Christ. Des hommes s'émeuvent, ■e rassemblent, pour ébranler le trAne du prince des apôtres , pour soustraire à sa puissance des peuples égarés , et sur ce trône elle fait asseoir un pontife dont les vertus et la sagesse profonde rappellent la sagesse el les vertus de l^n-le-Grand ; également distingué et par l'inébranlable fermeté du caractère , et par cette douceur persuasive et attU-ante qui rend presque inutile la fermeté; qui à la piété du prêtre et à la science de Dieu unit la connaissance de l'état du siècle et le génie du gouvernement ; pontife, enfin, tel qu'il le fallaitpour ranimer la fOi.pourrelever l'espérance, et qui semble, en ces tristes temps, avoir été donné aux chrétiens comme une preuve vivante de l'immuable fidélité des promesses.

Grâce encore à cette providence si merveilleuse dans ses voies , le clergé français , purifié par une longue persécution , instruit par l'expérience et par le zèle passionné avec lequel les ennemis du christianisme soutiennenletpropagenlcertaines maximes trop fameuses, a renoncé pour toujours à des préjugés qu'on ne put jamais , dans l'oppression où le lenaitla magistrature, regarder comme sa vraie doctrine. Ce n'est pas à la suite d'une révolution qui a mis à nu toutes les erreurs que de vains mots le séduiront. Les libertés qu'on lui prêche , il les a connues ; il sait qu'elles aboutissent pour la religion à

Pathétsme, et pour le prêtre i l'échafaud. Des étude* mieux dirigées sur plurieura pcKDts ont , quoi qu'on en dise , étendu se* vues , rectifié tes idée* , et di»sipé pour lui bien des nuages. Que , du fond de ses ténèbres , un imbécile orgueil lui reproche de manquer de lumières , c'est aussi ce que disaient des premiers disciples du Christ le* savants et les s^e* du monde , alors que sur le* peuples , aaaia datu fomàre de la mort , se levait le soleil de* intelligences (1). La science véritable , car il en est une , la science qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu , â qui la doit-on , si ce n'est au clergé? Transmile par lui d'âge en âge , il la conservera fidèlement : mais il repousse sans doute, et ne cessera de repousser avec horreur , la fausse science , tes trompeuses lumières qu'admirent quelques insensés ; lumières «embbbles à ces lampes funèbres que les anciens plaçaient dans le* tombeaux , et qui n'éclairaient que des ossements.

U est trop tard aujourd'hui, après ce qu'on a vu, pour réussir à détacher le sacerdoce français du vicaire de Jésus-Christ : les liens qui les unissent ont été trempés dans le sang des martyrs. Cependant, puisqu'on s'eflbrce de renouveler, pour eu tirer bientôt les dernières conséquences, de funeste* opi~ nions heureusement éteintes, il est nécessaire de montrer combien elle* sont absurdes en elles-mêmes, et comment elles tendent à renverser et l'Église et l'Étal ; mai* il faut auparavant e*sayer d'apprendre à ceux qui l'^orent, ce qu'est le pouvoir souverain dans la société spirituelle.

Page 1