CHAPITRE PREMIER
De répoque actuelle.
^i l'on Teut se faire une juste idée de notre posi-
"on présente, il faut d*abord comprendre que nul
®pUveroement, nulle police, nul ordre, ne serait pos-
*>ble ^ g| les hommes n'étaient unis antérieurement
^"^ des liens qui les constituent déjà en état de
*^^*éié, c'est-à-dire, par des croyances communes
^ûçiies sous la notion de devoir : cl cette société
'^•'te spirituelle est, au fond, la seule vraie, puisque
^^He autre ne peut sans elle s'établir ni subsister.
^ lois humaines règlent uniquement les rapports
**'^rieurs:Ià s'arrête leur action; elles ne sauraient
•'l^^iiidre la pensée ni la volonté, qui demeurent,
Jf^* leur empire, dans une indépendance absolue.
V**"» C|uiconque a le droit de penser ce qu'il veut a le
f^ if d'agir comme il veut, et dès-lors, tout prin-
^*^^ d'obligation morale étant détruit , le pouvoir
^^^* plus que la force , et l'obéissance que la ser-
^*^Ude.
Quand donc l'autorité des traditions divines , qui "^•"tïient le lien des esprits, s'affaiblit chez un peuy^^ y ou quand la société spirituelle se dissout , le ^''ps politique périt en même temps. Je ne sais
^^ellc défaillance interne se manifeste de toutes
parts. Les institutions restent, mais sans vigueur, sans vie. Chacun s'isole et ne songe qu'à soi , à ses passions , à ses intérêts. Du sein du doute et de l'indifférence s'élèvent de vagues opinions, semblables aux nuées stériles qui flottent dans un ciel d'hiver. Peu à peu la nuit se fait; tout s'engourdit , tout meurt.
Tel était l'état du monde , lorsque Jésus-Christ parut. 11 sauva le genre humain, en ranimant la foi , c'est-à-dire , en ramenant l'homme à sa véritable nature : car r homme, dit Pascal , croit naturellement; et c'est pour cela qu'il est naturellement sociable.
Dès que la parole du Christ eut soumis deux disciples à sa doctrine , une société nouvelle fut fondée ; société spirituelle d'où sortit ensuite, sous des formes diverses de gouvernement , une sociétipolitique créée par TEglise, dont elle relevait, et qui embrassait comme elle, dans son unité, tous 1rs peuples adorateurs du Messie.
11 n'est pas de notre sujet de retracer l'histoire de cette magnifique institution, ni d'exposer les principes à la fois si élevés et si simples sur lesquels elle reposait. Peut-être l'essaierons-nous ailleurs; ici nous ne voulons que faire remarquer la double influence exercée par le christianisme sur les individus et sur les Élals.
El d'abord , en établissant au-dessus de la raison de <*haque homme une raison plus haute , la raison
DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION
de Dieu même, perpétuellement manifestée dans renseignement de l'Eglise , il les assujettit tous sans exception à une loi immuable de croyances , dont Tun des effets est de produire entre eux Tunion la plus intime qu'il soit possible de se représenter ; car ils ont et savent qu'ils ont dans l'esprit les mêmes pensées , dans le cœur le même amour, dans la conscience les mêmes devoirs : unité merveilleuse, hors de laquelle on ne peut concevoir de véritables liens entre les hommes , et qui est la société même.
Ce fondement |K>sé, le christianisme, qui règle l'usage des facultés humaines, et ne les enchaîne pas, laisse à chacune sa libre expansion. Par ses dogmes qui contiennent toute vérité , par ses préceptes et ses conseils qui renferment toute vertu , il tend incessamment à développer l'intelligence et le sentiment de la perfection morale. C'est ainsi qu'il agit sans interruption sur les mœurs, les sciences, les lettres , la philosophie , les lois ; et ce développement , qui ne s'arrête jamais , forme le vrai progrès des lumières, exclusivement propre aux nations chrétiennes. Tout peuple qui cesse d'être chrétien, retombe à l'instant dans la barbarie ; et on en retrouve des traces profondément marquées partout où ne règne plus le véritable christianisme, le christianisme complet.
I Son influence sur l'ordre politique et les gouvernements ne fut pas moins , sous d'autres rapports , favorable à l'humanité. Il montra dans le souverain le ministre de Dieu (1), le représentant du Christ, mais en l'avertissant que son droit , fondé sur la loi divine qui l'obligeait comme ses sujets, expirait aussitôt qu'il se révoltait contre le chef suprême de cpii dérivait son pouvoir. Les mêmes préceptes réglaient les rapports des particuliers entre eux , et des particuliers avec l'État. Il n'existait point deux morales, l'une publique, l'autre privée; et, quand la force abusait d'ellemême, l'Église intervenait pour protéger le faible, et le garantir de l'oppression. Ce n'était point à l'homme qu'on obéissait , mais ù Jésus-Christ. Simple exécuteur de ses commandements , le souverain régnait en son nom : sacré comme lui , aussi longtemps qu'il usait de la puissance pour maintenir l'ordre établi par le Sauveur-Roi ; sans aulorité dès qu'il le violait. Ainsi la justice et la liberté constituaient le fondement de la société chrétienne. La soumission du peuple au prince avait pour condition* la soumission du prince à Dieu et à sa loi , charte éternelle des droits et des devoirs, contre laquelle venait se briser toute volonté arbitraire et désordonnée. Malgré la résistance opiniâtre et violente des sou-
(1) Rom., X11I,4.
(2) «Ces doctrines, qui doivent présider à noire vie mortUe, T religieuse f politique, llUfraire, c'est à nous à les faire ; car nos
verainetés temporelles, cette grande action du chrîitianisme sur les gouvernements alla croissant duraot plusieurs siècles. De funestes circonstances eo arrêtèrent plus tard , pour le malheur des peuples tldt leurs chefs, le salutaire développement. Peuàpfo les rois s'alfrancliirent de cette haute juridiction qui coordonnait l'ordre politique à Tordre spirituel. Ils • voulurent régner par eux-mêmes, en vertu (Tua ' droit dont le Christ n'était pas la source. Dès-Ion | il y eut deux sociétés mutuellement indépendanio, l'une civile et l'autre religieuse : celle-ci fondée m les devoirs , celle-là sur les intérêts ; la première régie par le droit , la seconde opprimée par la force. Louis XIV proclama solennellement cette séparation , et fit ainsi du despotisme la loi fondameoUle de l'État. Il ramena, sous ce rapport, la sociélé, détruite dans sa base , au point où le chrislianisiDe l'avait trouvée ; et, en préparant son entière dissolution dont nous sommes témoins, il légua aux prinm des échafauds , à l'Europe d'indicibles calamités, et remit en question l'existence du genre humain. /
En effet , le genre humain ne saurait subsister dans un état contre nature : il a les lois de sa rie qui ne peuvent être violées impunément. Or, la révolution, ou la théorie philosophique moderne, les renverse toutes , en renversant le christianisme; et c'est là le caractère distinclif de l'époque actuelle. Ses doctrines, purement négatives , se réduisent i l'abolition absolue de tout lien social.
Et d'abord elles détruisent la société spirituelle, qui consiste , comme on l'a vu, dans l'union des esprits par des croyances communes ; union qui ne peut s'établir et se conserver à moins que tous ne reconnaissent une autorité supérieure à la raison de chacun , une autorité divine ayant le droit de commander la foi.
Au lieu de cela, l'on pose dogmatiquement, pour base du nouvel état social qu*on veut substituera Télat social chrétien, l'indépendance universelle de chaque raison , le droit qu'a chaque homme de se /(lire seul sa religion et sa morale (2), c'est-à-dire qu*on nie tous les devoirs en niant l'existence d'une morale et d'une religion obligatoires. Effectivement, selon la même doctrine, rien n^étant absolument vrai et absolument faux (3), rien n'est absolument juste et absolument injuste; et le penchant, l'attrait, l'intérêt, devient l'unique règle des actions, comme il Test aussi des croyances, puisque la vérité n'est ([u'une chimère , et qu'il serait d'ailleurs absurde de se conduire d'après les aperçus d'une raison qui se trompe toutes les fois qu'elle affirme quelque chose absolument. Le monde sera donc
n pères ne nous en ont légué que de stériles et d'usées- «« faut donc en forger de nouvelles. » Globe f n. 32. '^^ Ihld.. n. 5fi.
llDOUI
ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE
lÎTré à des opinions sans nombre et perpétueUement Tariables. Il y aura autant de morales qne de passions diyerses , autant de religions que de tètes ; et FoD en convient nettement, «i Notre siècle doute; et, M dans le doute , sa religion c'est la liberté , parce ■ que c'est le seul dogme qui permette à chacun •1 de suivre ce qui lui plaît aujourd'hui , de le reje- « 1er demain. Le caractère de ce siècle est de ne pas u avoir une religion , mais d'en avoir mille , mais « d'en avoir presque autant qu'il y a de familles «i dans chaque nation (1). »
Qu'est-ce que cela, sinon ranéantissement de toute société spirituelle, et l'anarchie la plus profonde qui se puisse même imaginer? En voulez-vous l'aveu formel , écoutez :
« On veut en vain se le dissimuler, la révolution, u et après elle la Charte, qui n'en est souvent que la « traduction légale , ont complètement changé le « principe fondamental de la société. Jusque-là « toute croyance était réglée par le sacerdoce , c'est K lui qui faisait la vérité ou Terreur (2) ; la loi mo-
* raie même venait de lui, et il Timposait telle qu'il •: la concevait à la loi politique. En vain les dissi- « dents de tous les âges avaient tenté raffranchisse- ''• ment; il a fallu la philosophie du dix-huilième ■ siècle, ses longs et patients combats, et enfin la *• terrible ruine qui les a suivis. La vérité , telle que " le catholicisme, telle même que le christianisme
* Savait proclamée, a cessé d*ètre la vérité univer- ' Selle. Travaillées de tous les doutes en présence ^ de mille religions diverses, de mille- systèmes
* oontradictoires , cherchant sans tutelle et Stins
* prêtre la solution du grand problème de Dieu, de
* M9 nature et de l'homme, les intelligences se sont " S>roclamées souveraines chacune de leur côté. ' Qu'il y ait heur ou malheur à cette émancipation
•audacieuse, qu'il y ait faiblesse ou force dans cette
anarchie des esprits, il n'importe ; elle est an-
'm^ounthui notre premier deslr, notre premier
^ien, notre rie : et voilà pourquoi la loi, cette
expression variable de la nécessité , a constaté et
consacré l'anarchie. Par elle, toute opinion, ce
** ^i est bien plus général qu'un culte, toute opi-
^ nion a été déclarée libre et autorisée a se procla-
"^ mer. Ainsi sont tombés sous la juridiction de
*^ cliacun toutes les révélations, tous les sacerdoces,
^* tous les livres saints. Si l'État a reconnu des mys-
** tères, des livres et un culte, c'est pour ainsi dire
^ un choix privé qu'il a fait; il a parlé pour une
^' collection d*homnies qui aimaient et révéraient ce
« culte, ces livres, ces mystères. Mais il ne leur a
[l) Globe, D. 137.
'ti On ne rail poinl la vérité , el le sacerdoce n'eut jamaU celte iterde prétention. Le prêtre , comme le «Impie ndèlc , croit ce ^tt'cateigne TÊcllao , déposUalre de» rCvélalioiu divines qu'elle
•I point donné le caractère de la vérité légale et « obligatoire , il ne les a point soustraits à la dis- " cussion. Sous notre législation, l'Évangile, comme tt la loi de MoYse , comme les Védas , comme le Cou ran , est le domaine de tous. Divine ou humaine, (( cette pensée , dès là qu'elle est écrite ou préchée, « est mon bien ; j'en prends ce que je veux , j'en « retranche ce que je veux... Telle est notre liberté (c en religion (3). »
Vous l'avez entendu, la vérité, telle que le catholicisme , telle même que le christianisme Varalt proclainée , a cessé d'être la vérité universellc; ses croyances ne sont plus le lien des esprits, on rejette son autorité. Mais en admet-on quelque autre? Nullement; les Intelligences se sont proclamées souveraines chacune de leur côté. Ainsi sont tombés sous la juridiction de chacun toutes les révélations , tous les sacerdoces , tous les livres saints : l'Évangile, comme la loi de Moïse, comme les Védas, comme le Coran, est le domaine de tous. Cette pensée, dès là qu'elle est écrite ou préchée, est mon bien; J'en prends ce que Je veux. J'en retranche ce que Je veux. Rien d'obligatoire , rien de commun que In liberté de tout «ndmettre et de tout nier, sans exception ni limites. Oui , certes , on a complètement changé le principe fondamental de la société. Et qu'est-il résulté de ce changement? M anarchie des esprits : elle est aujourd'hui notre premier désir, notre premier bien, notre vie. Ainsi la société humaine, composée d'êtres intelligents, reposera sur l'anarchie des intelligences : la division la plus absolue sera le principe d'union, et le chaos le fondement de l'ordre. Voilà ce qu'on établit systématiquement ; et Ton ne saurait trop louer ceux qui parlent avec cette franchise, (jui exposent de bonne foi leurs doctrines tout entières, n'en dissimulent aucunes conséquences. Il y a, dans cette sincérité, de l'honneur et même de la force, et nous ne connaissons pas de plus sûr moyen de hAter le progrès de la discussion , el le triomphe de la vérité.
Quelques personnes s'étonneront peut-être des maximes étranges qu'on vient de lire, et se persuaderont difficilement qu'elles puissent former une opinion générale et influente. Il est vrai cel>endant qu'elles expriment très -exactement la pensée implicite de toute cette partie de la population qui a cessé d'être chrétienne, et qui n'a pu cesser de l'être sans tomber nécessairement, de droit et de fait, dans l'anarchie que l'on représente
conserve par la tradition. Sont-elles attaquées sur quelque point, elle (tir .- Volia ce qu'on a nu toujours: et cela suffit pour convniiKTe d'»»rrrur l'opiiiiou nouvelle opposée au dogme primitif. fîj Clobe du 21 novembre 18?C.
DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION
comme le premier besoin du siècle. A peu d'exceplioDS près, elle est partout cotuttatée^ consacrée par les lois; et même elle n*est devenue, de nos jours , une théorie, qu'après avoir été longtemps la doctrine pratique des gouvernements.
Enftn toute société spirituelle , c'est-à-dire toute c oyancc commune, toute notion de devoir, tout lien moral et intellectuel étant détruit , il s'agit de savoir comment Ton concevra la souveraineté , et sur quelle hase on établira la société politique.
Le christianisme , en enseignant que le pouvoir est de Dieu (1), et qu'il a }>our règle la loi divine , explique le droit de commander, le devoir d'obéir, et place entre l'un et l'autre , et au-dessus de tous deux , la justice inflexible. Cette doctrine est claire , et le monde l'a conçue. Pendant une longue suite de siècles , il n'en a i)oint connu d'autre. Voyons quelle est celle qu'on y substitue.
ti Comme il s'est fait des dieux , l'homme s'est i: fait des maîtres. Il a essayé de placer la souve- <t raineté sur la terre aussi bien que la Divinité. Il t> a voulu que sur lui régnât un pouvoir qui eût à «i son obéissance un droit immuable et certain. Il u n'a pas mieux réussi à fixer , sans limite et sans u retour , son obéissance que sa foi. H a investi de «( cette souveraineté originelle et complète , tantôt « un homme , tantôt plusieurs ; ici une famille , là «( une caste, ailleurs le peuple entier. A peine leur t( était-elle attribuée qu'il s'est vu contraint de la t: leur contester, de la leur retirer. Il voulait un t> maître constamment et ))arfalteraent légitime : «( nulle part et en aucun temps il n'a pu le rencon- « trer. Cependant il n'a pas cessé de le chercher ou «( de croire qif eufin il Tavait trouvé.
» C'est l'histoire des sociétés humaines... En « matière de gouvernement , on a vu le droit divin « des rois s'élever sur les ruines du droit de conte quête , la souveraineté du peuple sur les ruines <i du droit divin des rois... Le souverain , seul légiu time éternellement et par sa nature, c'est la rai- 4( son, la vérité , la justice ; ou , pour parler un lan- <( gage plus philosophique, c'est l'être immuable de <( qui la raison, la justice et la vérité sont Ips lois...
u Quand on a voulu fonder la souveraineté des <( rois, on a dit que les rois sont l'image de Dieu •( sur la terre ; quand on a voulu fonder la souveu raineté du peuple, on a dit que la voix du peuple <( est la voix de Dieu : donc Dieu seul est souverain.
u Dieu est souverain , parce qu'il est infaillible; « parce (jue sa volonté , comme sa pensée , est la « vérité, rien que la vérité, toute la vérité.
« Voici donc ralternative où sont placés tous les <( souverains de la terre, quels que soient leur
r Rom.yWn. 1.
^2, Contrat social, llv. I, cliap. v.
<c forme et leur nom. U faut qu'ils se disent in* «< faillibles, ou qu'ils cessent de se prétendre soo-
f verains.
K Autrement ils seraient contraints de dire que K la souveraineté, j'entends la souveraineté de u droit , peut appartenir à l'erreur, au mal, k nue u volonté qui ignore ou repousse la justice, b « vérité, la raison. C'est ce que nul n'a encore ofé.
«c Comment donc ont-ils osé se prétendre soQv^ « rains?...
u On a vu les gouvernements, une fois en poi- <( session de la souveraineté de droit , interdire ani « hommes tout examen, tout contrôle de leur <( conduite , et soutenir que ce pouvoir définitif, t: indispensable aux sociétés humaines, résidait u dans leur volonté seule, sans que nul eût le droit <c d'en contester le mérite, ou d'en discuter lei u motifs.
<( Qu'est-ce qu'une telle prétention , sinon cdle « de l'infaillibilité?
u Les philosophes ont procédé comme les goo- <( vernements. A peine avaient-ils déposé quelque <( part la souveraineté de droit , qu'entraînés par t( une irrésistible pente, ils lui ont accordé l'in^u libililé, seule capable de la légitimer. Lesoutt- « rain y dit Rousseau , par cela seul qu*U est^ ed « toujours tout ce qu'il doit être (i2). Étrange ic timidité de la pensée humaine , même aux jours « de sa plus grande audace î Rousseau n'a pas oié «( porter le dernier coup à l'orgueil de l'homme, et « dire que nul n'étant, ne pouvant être ici-bas tout « ce (ju'd doit être, nul n'a le droit de se dire (c souverain.
<( Ainsi, soit qu'affirmant l'infaillibilité on en (( déduise la souveraineté , soit que, posant d'abord r. la souveraineté en principe , Tinfaillibilité en dé- (( coule à son tour, on est poussé , par l'une ou t( l'autre voie , à reconnaître , à sanctionner un pouvoir absolu. Et le résultat est également imposé, <( soit que des gouvernements oppriment, ou que «( des philosophes raisonnent, soit qu'on prenne (( pour souverain le peuple ou César.
t( La conséquence est odieuse , inadmissible en « fait comme en droit ; nul pouvoir absolu ue saut: rait être légitime. Donc le principe est menteur; <( donc il n'y a , sur la terre, point de souveraineté t( de droit , point de force pleinement et à jamais « investie du droit de commander (3). »
Remarquons , avant tout , deux conséquences et ces principes:
Premièrement, que le christianisme complet, le christianisme catholique étant admis, il en résulte une société parfaite;
(3) Traité de Phttoxophie politique, par H. Quifot ; llrrc tfrM Souveraineté, Globe du 25 uuvembre 1826.
ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE
Secoodement , que , dès qu'on rejette le christianisme catholique, toute société défient radicalement impossible.
Que faut-il , en elïet , pour constituer une société parfaite ?
!• Ne reconnaître de souveraineté absolue et ëtemeUement légitime qu'en Dieu y de qui la raison^la ré rite et la justice ^ sont les lois.
2« Ne considérer le pouvoir humain , ou la souveraineté suhalterne et dérivée , que comme le ministre de Dieu , et ne possédant dès-lors qu*un droit conditionnel : légitime, quand il gouverne suivant la raison , la vérité , la justice ; sans autorité , dès ([u'il les viole. « Partout , en effet , où le pouvoir « trouve à s'exercer, il a une règle légitime à suivre. « Ces règles sont les lois du souverain légitime (les « lois de Dieu); et c*est celui-là que poursuivent « tous les vœux, tous les travaux du genre humain... « A la vérité, à la justice, est réservée la souve- « raineté, et les hommes ont droit de n'obéir qu'à « la loi de Dieu (1). »
3** Admettre qu'il existe un moyen infaillible de connaître la vérité et la Justice y c'est-à-dire, la règle légitime y la vraie loi, la loi divine d'après laquelle le pouvoir humain, le ministre de Dieu, doit gouverner ; sans quoi nul ne serait obligé à l'obéissance. «( Si la souveraineté de droit ne peut apparat tenir qu'à l'infaillibilité, à coup sûr elle lui appar- « tient ; car, si l'homme a droit de n'obéir qu'à la « Térîté , à la raison , en revanche il est absolument « tenu de leur obéir (â). »
Or, toutes ces choses , nous les trouvons dans le christianisme catholique ; elles forment le résumé exact et complet de sa doctrine sur la société. Il ne reconnaît de souverain absolu et éternellement légitime que Dieu , Roi des rois et Seigneur des seigneurs.
Il ne considère le pouvoir humain , ou la souveraineté subalterne et dérivée , que comme le ministre de Dieu pour le bien : obligé de gouverner selon sa loi, selon la vérité, la justice; et perdant tout droit de commander, dès qu'il les viole fondamentalement.
Il enseigne enfin qu'il existe, dans l'autorité de rÉgrise,un moyen in faillible àf^ connaître toujours cette justice, cette vérité, règle légitime du pouvoir : ce qui lie étroitement , d'après un mode de subordination nécessaire, l'ordre politique et l'ordre religieux, l'action humaine et la raison divine; de sorte que , par le principe de son institution , la souveraineté dévolue à l'être faillible n'est que la
(1) Glol»« durs novembre 1824.
(2) Ibtd.
(3) « Celle théorie de la souveraineté de la ralton , que les éludea blUorlques ontUll découvrir ft H. Galfoi, un autre Jeune