CHAPITRE IV
Progrès de la révolution politique.
II y a encore, bien quVn petit nombre, de bonnes gens qui s'imaginent que deux ou trois hommes , dans leur cabinet, en arrangeant symétriquement quelques articles qu^ils appellent fondamentaux, ont créé une société, décidé toutes les grandes questions qui agitent les esprits, et fixé à jamais les destins du monde. Rien ne trouble leur quiétude : ils ont des yeux et ne raient pas, des oreilles et n* entendent pas : ce sont les heureux du siècle des lumières. Mais il s*en faut beaucoup que la masse du peuple partage cette idiote sécurité. Une secrète inquiétude , de vagues alarmes , et comme un triste pressentiment de nouveaux désordres et de calamités nouvelles , voila , au contraire, ce que Ton trouve presque partout. La plus simple ré* flexion suffit pour faire comprendre que l'état présent ne saurait durer, que nous marchons vers une catastrophe. Chaque jour, des voix indépendantes Tannoncent; elles en indiquent les causes, elles expliquent par quelles voies on y sera conduit (j). Les révolutionnaires seuls affectent de croire à la stabilité de ce qui est. lis se rient de la crainte générale qu'inspire leur ascendant toujours plus mar-
pour devenir simplement légale ; de sorte que renverser la souveraineté c'ekt renverser un ordre lêgal^ et non pas un OTûtQdlvtn: car 11 n'y a d'ordre divin, sous l'empire du christianisme, qu'en Jénus-Cbrlst et par Jé»us-Chrlst, A la fois pontife et roi. Il appartient aux princes surtout dVxaniIncr ce qu'Us ont gagné A ce changement. -^ (2) voyez l'ouvrage de M. Cottu, Intitulé : Det moyent de mettre ta Charte en harmonie avec ta n^jnniti*
DES PROGRÈS DE \A RÉVOLUTION
que. Quiconque soulève un coin du voile qui nous radie l'avenir, devient aussitôt Tolyrl de h'urs accusations hypocrites; cl, pour eux, prévoir c'est conspirer. Ecoutez-les, jamais la France ne fut plus tranquille, ni son gouverncuicnt mieux afFcrmi. Qui songe aiijourd'liui A des cliançenients? Et cependant , ces changements auxquels nul ne songe, ils les provoquent sans relâche dans leurs pamphlets, dans leurs journaux, à la tribune même; et, dès que le pouvoir s'arrête , ou parait vouloir s'arrêter, dans la route qu'ils lui tracent impérieusement, ils grondent, menacent, et lui montrent la mort à côté de la rt'sistance.
I^lais, pour se faire une idée nette de notre position sous ce rapport , il est nécessaire de remonter ])1us haut et jusqu'à l'époque oii la Providence rappela de l'exil lu famille de nos anciens rois. Nous ne chercherons point ce qu'aurait pu être la restauration , nous dirons ce ({u'elle fut. Au lieu d'établir une monarchie, on constilua, comme nous l'avons prouvé ailleurs (1) , une république démocrati<pie , afin de concilier le passé et le présent , ainsi que l'expliquaient les habiles. La puissance souveraine appartint au présent ; le passé accepta en échange une fiction : et de là cette belle harmonie qu'on a vue depuis (pialorze ans . et cette paix qui , nous assure-t-on, ne doit être rien moins qu'éternelle.
Le premier résultat d'un traité semblable, qui laissait indécise fiour le grand nombre la nature du gouvernement , dut être de produire une double tendance, une double action dans l'État : et. si c'est là ce qu'un entend , lorsqu'on dit que Tt^pposilion est de l'essence même du gouvernenienl re])rést'ntalif, on a toute raison. Deux principes se combattent dans la république qu'on nous a créée, le principe des institutions , radicalement démocratique, et le principe de la monarchie despotique de Louis \1V. Il était, quoi qu'on fit, aussi impossible d'éviter cette lutte, que d'empêcher deux forces opposées et coexistantes de tendre à se développer et à prévaloir.
Quand donc les deux partis entre lesquels la France se divise , se sont mutuellement reproché des vues contraires au strict maintien de l'ordre, ou du désordre établi, ils n'ont, de part et d'autre , rien dit que de très-vrai, en ce sens que les royalistes favorisent de leurs vœux et de leur influence le développement de la royauté telle qu'ils la conçoivent, comme les libéraux favorisent le développement de la démocratie. Seulement on a eu le tort fré<iuenl de trop attribuer aux desseins prémédités des hommes ce qui n'est que la conséquence et l'effet naturel des choses.
(!) Pc la rettgion considérée dans ses rapports avec l'ortlre poUUque et civil f chap. i.
En général, les hommes, même les plus fbrts, ne sont jamais que des instruments à peu près passifii (Pune cause supérieure indépendante de leur pensée et de leur volonté propre : placés au milieu du mouvement qui emporte la société, ils le hâtent, mais ne le produisent pas.
Bien que la religion ne prit ni ne pAt prendre aucune part directe à la guerre intérieure des partis, elle devint pour chacun d'eux , quoîqu'à divers degrés, quelque chose d'étranger, de gênant, d'hostile même à raison des erreurs qu'ils professaient, et qui, implicitement ou explicitement, dirigeaient leur action. Le christianisme ne réprouve aucune forme ^ de gouvernement, il s'allie à tout genre de police; | mais, par ses maximes et par son esprit , il est souverainement incompatible avec les doctrines d'anarchie et h*s doctrines de despotisme. Il ne pouvait dès-lors éviter d'être en butte aux attaques du po(F voir et des ennemis du pouvoir. L'abolir était iiapossible , on essaya de l'asservir. Tout servit à ce dessein , et la protection même. On en rerra des exemples plus tard. Mais, chose remarquable ! jusque dans la persécution qu'elle eut à subir, la nécessité de la religion , ses rapports naturels , sa liaitOB intime avec l'ordre extérieur, se manifesta pleiiKment. On voulut, des deux côtés, l'attirer à soi. Le libéralisme s'efforça de la jeter dans les voies protestantes, et le pouvoir, de la ramener au gallicanisme du siècle précédent ; moyens également sArs de b détruire, mais qui montrent du moins que, dans tout système politique, elle occupe, en dépit des hommes et de leurs opinions, une place fondamentale : et encore aujourd'hui, et plus que jamais, elle est en France le terme de toutes les discussions, et le centre de tous les mouvements.
Mais , pour nous renfermer dans le sujet de ce chapitre, il est é\idenl que, la guerre dont nous venons de parler une fois établie , l'élément démocratique, à raison de la disposition générale des esprits, et de rinvinciide force inhérente à tout ce qui sort du principe des institutions, devait prévaloir contre une royauté non-seulement affaiblie, mais en réalité purement fictive : car l'Etat tend toujours à se constituer sous une forme simple; et entreprendre d'allier la république et la monarchie, c'est semer des troubles sans fin, et déposer dans les lois mêmes un germe de révolution.
Le parti opposé aux intérêts du trône a , d'ailleurs, sur le fond des choses disputées entre lui et le pouvoir, un immense avantage de raison; et ceci , c'est beaucoup : c'est tout à la longue. Que demandent les libéraux? l'exécution franche et loyale de la Charte jurée par le piince. Il n'y a rien à répondre à cela.
Que demandent-ils encore? des lois complcmen*
ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE
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laircs en harmonie avec cette Charte, lois également promises par le prince, et dont la nécessité est admise de part et d'autre. 11 n'y a rien non plus à répondre à cela.
Kais la Charte, c'est la république; des lois complémentaires en harmonie avec la Charte ne [leuvent être que des lois essentiellement républicaines, qui développent le principe démocratique des institutions, et le fassent pénétrer, par mille canaux divers , jusque dans les dernières branches de l'administration publique. De là une opiniâtre résistance du pouvoir, qui ne se soutient devant la démocratie légale que par le despotisme administratif. 11 combat pour sa vie contre les conséquences inflexibles de Tordre qu'il a lui-même créé ; ce qui donne à ses adversaires toute la force de la logique, comme ils ont déjà la force des choses , la force de ropioion, la force des passions, tandis qu'il s'affaibht de jour en jour par l'apparence d'une mauvaise foi Irè^loignée de ses intentions véritables.
CM ministres , depuis quatorze ans , n'ont eu à be que de fixer ce qui existait , quel ({u'il fût, en résistant aux exigences des libéraux et des royalistes. /Un staiu quo universel a été toute leur politique. Ik semblent avoir ignoré que le monde aujourd'hui nt trav^Ié de l'insurmontable besoin d'un ordre Bouveau^u'il s'efforce de réaliser sans le connaître; qu'on n'arrête point le mouvement progressif de la société , qu'on le dirige tout au plus , et que dès- '<N« il hxxi , sous peine de mort, que le gouvernc- 'Dent se décide entre les principes qui s'excluent. ^ systèmes mitoyens n'ont d'autre effet que de '^rner contre lui tout ce qui, dans TElut, est doué ^ quelque action. On profite de ce qu'il cède pour '^Claquer avec plus de hardiesse et de succès : et, ^^nime il se croit obhgé, pour maintenir l'équilibre l'^ft partis, de faire alternativement i>encher la ba- ^*ïce en faveur de chacun , il s'ensuit que, s'aigris- ****! toujours davantage, en proportion desespéran- *^^* de triomphe qu'on leur a données, on s'approche ?*^»«i toujours davantage de la crise dernière et **^^\iUble.
Iks circonstances qui ne sauraient se rei^roduire ^^ormais réunirent momentanément , il y a «jut-I- HUes années , toutes les forces de ce qu^on appelait ^ |iarti royaliste. On accourut se ranger sous une ^^tnmunc bannière qui ne détruisait pas, mais qui Voilait les dissidences réelles. La foule, él>louie et Ideine d'enthousiasme, s'enivra d'illusions ([u'étaicnt Wn loin de partager les hommes dont le regard l^erçait plus avant. Us cherchaient en vain, dans celte alliance si brillante , les conditions qui pouvaient h rendre vraiment utile à la société. L'esprit qui fanimc et qui vivifie les peuples éteints ne s'y trouvait pas. Ce n'était au fond qu'une habile coalition
d'intérêts, sans unité de doctrines, sans vues |>olitiques un peu étendues , sans connaissance du mal qui ravage la chrétienté et des remèdes qu'il exige. On disait : Livrez-nous les places, et nous ferons marcher de front , avec un concert parfait , la démo4*rdtie constitutionnelle et le vieux despotisme gallican. Les places vinrent , le reste est encore à venir.
Imbu néanmoins de ces idées , que l'on croirait à peine avoir pu entrer dans des têtes humaines, l'ancien ministère se proposa deux choses , qui en étaient la conséquence :
1° D'affaiblir l'opposition du parti royaliste à la démocratie ;
2** D'affaiblir l'opposition de la démocratie au pouvoir qu'on nommait royal.
Sur ce plan, dont la réussite lui paraissait à peu près certaine , reposait l'espoir qu'il avait conçu de se perpétuer indéfiniment; et il est manifeste, en effet, qu'en affaiblissant les diverses oppositions , il affermissait, autant que possilde, sa propre existence. Son erreur fut de se persuader que ces oppositions gênantes résidaient dans les hommes, et non dans les choses; dans quelques coteries, et non dans la nation entière : d'où il conclut que, pour les détruire, il suffisait de les attaquer dans ceux ([ui en étaient les chefs et les principaux organes. Delà le système de corruption et de violence qu*il adopta, et qu'il s'est obstiné à suivre jusqu'au bout avec une persévérance si aveugle. Intimider lesfaildes, briser ce qui résistait, acheter ce ([ui était vénal, lui sembla un sûr moyen de parvenir à tout dominer. Mais il avait omis de tenir compte, dans ses calculs, d'une force encore puissante, celle de la conscience et de l'honneur : elle le renversa. Tant il est vrai que le despotisme ne saurait aujourd*hui s'établir, sous aucune forme, d*une manière durable.
Si, à l'époque où s'organisa le dernier ministère, le libéralisme s*élail emparé de l'administration, c'eût été un événement moins funeste pour le trùne; car il existait encore quehpie union parmi les royalistes, et il se serait infaillililemrnt opéré une réaction favorable à ses intérêts. (îequi Ta surtout él^ranlé, c'est le succès partiel du plan couru i)ar les anciens ministres. Connue , en essayant de décomposer les deux oppositions, ils agissaient au nom du pouvoir, le parti qui s'appuyait sur le pouvoir, et qui le défendait, a été conipiêlement dissous. La révolution, au contraire, ménagée , flattée, mais inaccessible, par sa nature , à raction du pouvoir royal , est demeurée toute vivante. Klle reçut avec dédain, eounne v\\\ tribut de la peur, les concessions (pi'on se crut oMigéde lui faire, et, toujours plus nienaeaiile, elle ne cessa d'en exiger de nouvelles et de les obtenir, jusqu'au moment où l'aduiuiislralion, à laquelle elle
DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION
«levait tant de reconnaissance, tomba sous le poids d'une réprobation universelle.
Alors on put mesurer Tespace qu'on avait parcouru en six années. Il fut clair par le fait, comme il était déjà clair pour la raison, qifon avait déjà constitué en France, sous le nom de gouvernement représentatif , une grande république ; que la royauté n'était qu'une vaine apparence, une pure fiction; que, nepouvant exercer aucun acte quelconque d'autorité sans l'intervention légalement indispensable du ministère , le ministère lui était imposé malgré elle par le véritable souverain ; que le ministère lui-même, n'ayant de puissance que celle qu*il empruntait de ce vrai souverain, ne pouvait agir en aucun sens avant d'avoir reçu ses ordres, ni s'écarter en rien de ces ordres une fois donnés. Il fut clair que la Chambre des Pairs n'avait eu un moment d'influence réelle et de popularité que parce qu'un moment elle était devenue le point d'appui , l'asile du principe démocratique; et, dès qu'une fois il fut rentré, selon la nature des choses, dans la Chambre élective , la vraie puissance , la souveraineté , se trouva concentrée tout entière en elle. Il fut clair enfin , un peu plus tard , que la Chambre élective elle-même était dominée par une faction qui a sa discipline , son gouvernement , ses agents partout r(*pandus, et qui, à l'aide des journaux dévoués à ses sinistres projets , dispose de l'opinion publique lil)érale.
On sait tout ce qu'elle a exigé , tout ce qu'elle a obtenu, dans l'espace de quehjues mois. On sait encore ce <iu'i'lle exigera durant la session prochaine; et chacun voit le dernier terme où la France sera conduite, sans conspiration armée, par le sim))le développement naturel et nécessaire du principe démocratique des institutions, qui n'est lui-même que l'expression extérieure et matérielle du principe d'anarchie qui constitue le libéralisme dogmatique.
Tout se précipite tellement vers la catastrophe annoncée depuis longtem|)s par les hommes capables de prévoyance, qu'elle ne surprendra personne désormais. Le peuple en a le pressentiment. Tne certaine classe d'habiles, pour les désigner par Titiée qu'ils ont d'eux-mêmes , se flattent seuls encore. Confondant les moyens de révolution qu'emploient les factieux , avec la cause même de la révolution, ils se persuadent qu'il serait facile d'éviter celle-ci, parce qu'on peut, plus ou moins , arrêter l'action de ceux-là. A leurs yeux, le mal vient des erreurs ou de la faiblesse de ceux qui gouvernent ; et ils s'en vont promenant leurs infatigables espérances de telle loi a telle autre loi, de tel homme à tel autre homme, qui sauverait tout , croient-ils , si le pouvoir lui était confié. Ils ne voient pas que, bien
qu'on puisse, à certain degré, opposer peut-Mre iioe résistance efficace à chaque attaque particulière, il y a une attaque générale permanente , qui renaît sans cesse d'un principe toujours subsistant, et dont le succès devient dès-lors infaillible tôt ou tard, parce qu'elle n'est que la tendance, la marche progressive de la société , telle qu'on nous l'a fnU. Elle voudrait s'arrêter la où elle est, elle ne le pourrait pas: et, de plus, il est impossible qu'elle le veuille , car elle ne ])eut volontairement se iixer dans un état de désordre et de souffrance ; et, à mesure que cette soufl^rance^ue ce désordre croit, Fiastabilité croît aussi, et la dissolution s'opère de pin en plus rapidement. Qui oserait aujourd'hui compter sur la durée d'aucun ministère? Celui que les circonstances ont créé, lors des élections dernières, ne le maintient momentanément que par une obéissance passive aux ordres de la faction avec laquelle il s'est allié. La menace sur les lèvres , elle le traine moet et tremblant devant tout ce qui se présente comme un obstacle à ses desseins : elle lui commande de frapper, il frappe ; et, à chaque exécution, pour sob salaire, elle lui permet de vivre encore quelques instants.
Mais il faudra cependant qu'il succombe; ses lâches complaisances ne le sauveront pas. Même en acconlant tout au libéralisme dominant, il lui est impossil)le de le satisfaire, parce que les concessioM demandées ne renferment jamais l'objet véritable, le dernier objet des vœux du parti à qui on les M; que toujours elles tombent sur des points qui n'ont d'importance que comme moyens d'atteindre un but ultérieur; qu'elles laissent ainsi au fond des (Imes le malaise qui les inquiète , les passions qui les tourmentent , et qu'enfin elles irritent de plus en plus le désir vague d'un état indéfini auquel on ne saurait parvenir. Qu'on en juge par l'expérience: on s'est plaint de certaines mesures, de certains actes du gouvernement, puis du système entier de Tadministration ; on a réclamé, en des sens divers, des réformes, des lois, que chaque parti a tour à tour arraciiées au pouvoir. Qu'en est-il résulté? loin <ie s'affaiblir, le mécontentement est allé croissant. Et, aujourd'hui même qu'il n'existe plus en réalité de gouvernement, qu'il est devenu l'instrument , le jouet du plus audacieux ou du plus fort, aujourd'hui que la démocratie triomphe pleinement, y a-l-il plus de calme dans son propre sein? Trouverait-on, quelle (pie soit d'ailleurs la nature de ses 0[»inions , un homme , un seul homme qui veuille ce qui est , et ne veuille que ce qui est? Jamais, aîN contraire , on n'aspira avec une si vive ardeur a un nouvel ordre de choses; tout le monde l'appelle, c'est-à-dire, appelle, sans se l'avouer et s'en rendre compte , une révolution. /'
ET DE LÀ GUERRE CONTRE L'ÉGLISE
Oui , eUe Tfendra , parce qu'il faut que les peuples soient tout ensemble instruits et châtiés, parce qu'elle est indispensable, selon les lois générales de \ laProTidence, pour préparer une vraie régénéra- \ tion sociale. La France n*en sera pas l*unique théâ- "■ tre; elle s'étendra partout où domine le libéralisme, soit comme doctrine, soit comme sentiment; et sous cette dernière forme il est universel. Mais, après la crise dont nous approchons, on ne remontera pas immédiatement à Télat chrétien. Le despotisme et Fanarchie continueront longtemps encore de se disputer l'empire; et la société restera soumise à rinfluence de ces deux forces également aveugles, également funestes, jusqu'à ce que, d'une part, elles aient achevé la destruction de tout ce que le temps, les passions. Terreur, ont altéré au point de n'être plus qu'un obstacle au renouvellement nécessaire, et, de l'autre, que les vérités d'où dépend le salut du monde aient pénétré dans les esprits, et disposé toutes choses pour la fin voulue de Dieu.
Si cette longue attente parait pénible , si , au milieu de tant de désordres et de calamités, le chrétien , faible encore , sent au dedans de soi comme une grande angoisse, qu'il se console en songeant qu*après tout l'épreuve sera courte pour lui ; que les desseins de la Providence sur les nations ne sauraient s'accomplir en un temps qui ait qiiehiue proportion avec la vie humaine ; et que , si»rhomme est toujours pressé, parce qu'il mourra demain. Dieu , qui , du haut de son éternité , découvre les effets dans leurs causes , ne précipite rien , laisse agir les lois que sa sagesse a établies , et contemple à la fois et du même regard , par sa iiensée qui embrasse tout sans succession de moments, les impuissants eiibrts de l'erreur et du mal qui s'agitent un instant pour prévaloir , et le triomphe éternel de l'ordre et de la vérité.