CHAPITRE V
Progrès de la persécution religieuse.
Tandis que le principe de dissolution ou d'anarchie, qui se développe de jour en jour dans la société politique, fait disparaître successivement de la scène du monde, au milieu de tant d*autres destructions, tout ce que le passé contenait d'inerte ,
(I) c*etl U doctrine de l'an! iqiitttf aussi bien que celle du chrU- Uaniune : « Ceux, dll Platon, que lc« dieux et les bommeb pu-
• tii«scut, afln que leur puiiiUon soit utile, sont les malheureux
• qui ont commis des pochés guérissables ; la douleur et les tuur-
• ueoU leur procurent un bien réel , car on ae peut être auti e-
de vicié, d'usé, tout ce qui ne saurait trouver place dans l'ordre nouveau qui se prépare et en contrarie l'établissement , la Providence , qui se sert du mal même dont les hommes sont l'instrument pour les guérir, suivant une grande loi de Tunivers moral, parla souffrance et le châtiment,expiation nécessaire du crime (1), les contraint encore, alors même qu'ils croient n'obéir qu'à leurs passions, de concourir, sous un autre rapport, à rexécution de ses desseins. Il faut, comme nous l'avons dit , que les doctrines chrétiennes, mieux conçues, pénétrant dans les esprits, resserrent les liens à demi brisés de la société spirituelle, et disposent les peuples à reconnaître que les voies dangereuses où ils se sont engagés ne conduisent qu'à la servitude, au désordre, à la mort; qu'en s'éloignant du catholicisme ils s'éloignent éternellement de ce qu*ils désirent avec le plus d'ardeur, et que l'instinct chrétien même les force de désirer et de vouloir l'ordre uni à la liberté.
Mais , pour que la lumière se répande et dissipe des préjugés devenus presque universels, TÉglise doit subir de nouvelles épreuves ; car la vérité ne se développe que par le combat, comme aussi l'erreur ne finit quVn s'épuisant. Jusqu*à ce qu'on ait déduit la conséquence dernière, ou jusqu*à ce qu'elle se soit dégagée de tout mélange du vrai , elle est encore vivante. Ainsi le protestantisme nefinitqu'en arrivant au déisme , le déisme qu*en tombant dans l'athéisme, et rathcisme qu'en venant se perdre dans le scepticisme absolu : réduite alors à ce qu*elle est par son essence , a un pur néant , Terreur expire avec la raison humaine.
On conçoit donc la nécessité que les systèmes funestes qui excluent Dieu de la société, comme ils Tout exclu de Tunivcrs, produisent au dehors, si on peut le dire ^ tout ce qu'ils renferment en euxmêmes ; et que ia langue de Vimpie continue de parcourir la terre {^)^ afin qu'une autre parole, la parole toute -puissante qui a créé et qui conserve, impose un éternel silence à celle qui dévaste et qui détruit.
Cependant la discussion qui pousse les doctrines à leur terme extrême, no sufïit pas seule ; il faut de plus la persécution, qui, en montrant leurs conséquences pratiques, et le désordre, et le crime, et le sang à cùté du sophisme, avertit la conscience et ranime la foi. ()u'on ne simagine donc pas eifrayer les catholiques par des menaces. Ce qu'on prépare contre eux , ils ne le craignent point ; ils Tespèrent
« ment délivré de rinjusllce. » (lorgiat.—Zi Hiéroclès : « Quand ■ on a péché, il faut courir au-dc\aiil de la peine, comme au seul « remède du vice, u Comment, inaurea Carm.y p. l'JO.
(2) Posucruutin cœlum ot suum, ellin^ua eorum iranslvU in terrft. Pi., LXXII, 9.
DES PROGRÈS DE LÀ RÉVOLUTION
plutôt , certains que le triomphe de la cause sacrée pour laquelle ils sont prêts à sacrifier tout , et la vie même, sera d*autant plus prochain, d'autant plus complet, que la haine de ses ennemis prendra un caractère plus violent et plus sombre. Des jours viendront sans aucun doute, et ils sont déjà venus. 011 la ruse hyprocrite et le fanatisme atroce s'allieront de nouveau pour tenter d'abolir le nom chrétien. Les catholiques le savent, et n'en sont point troublés. Qu'est-ce qu*un combat de plus dans ime guerre de dix-huit siècles ? Celui-ci finira comme les autres ont tini. Vous qui rêvez la ruine de ce qui a des promesses d'immortalité , disciples sanglants de la tolérance , que ferez-vous ? La vue de nos temples vous importune, vous les renverserez : mais le Dieu qu'on y adore, le chasserez-vous de nos cœurs? Vous proscrirez, vous tuerez, qui? ceux dont les désirs ne sont pas de la terre, qui ne lui demandent qu'une fosse pour y reposer , en attendant l'heure du réveil éternel. Votre puissance ne nous étonne point ; elle a ses bornes que vous ignorez , et que nous connaissons. Les chrétiens en ont fatigué , en ont usé de plus grandes. On est fort , croyez-moi , quand , pour vaincre , il suffît de mourir.
La philosophie du siècle dernier, poursuivant l'œuvre du protestantisme, attaqua toutes les vérités dont celui-ci , moins conséquent , avait conservé la croyance, ainsi que tous les faits qui se lient au fondement même de la religion. Les esprits étaient mûrs pour la révolution terrible qui allait bientôt s'opérer dans les idées, les mœurs, les lois, le gouvernement. L'impiété doint une mode, une jtassion ; elle envahit, de proche en proche, les <li verses classes de la société , et le clergé même. II fut dcmunlré avec évidence , à l'orgueil des hommes de ce temps, que le christianisme n*élail, dans ses bases histori((ues, qu'un tissu de fables , et un amas d'absurdités dans ses dogmes. 3Liis voyez la sulle. La science ennemie se met en travail [)0ur affermir l'inerédulilé relie interroge la nature et les monuments , elle sonde toutes les sources des connaissances spéculatives et tradiliounclies ; soixante années s'écoulent dans ce labeur : et quel en est le résultai? dY'lablirsur un immense corps de preuves, qui s'accroissent de jour en jour, la vérité de ce que Ton niait.
Il n'est pas un seul point de la foi chrétienne qu'on ne criU avoir ruiné par le raisonnement. Quiconque se fiH permis à cet égard le moindre doute, aurait excité une pitié amère, et subi les sarcasmes ôvs pense u/\s\ coumie on les appcliiil à cette épui|ue de délire, rréscntcs sous des for nus dogmati(pies, ralhéisuieel le matérialisme régnaient sans opposition. On avait réduit en système le vice et le crime même , et ces énormes excès étaient
applaudis , admirés. Ai^ourd^hui on a cessé de raisonner contre le christianisme. Quelques écoles dont le caractère n'est pas encore clairement mar^ que, essaient de le reconstruire philosophiquement. D'autres se retranchent dans une sorte de scepticisme mitigé, qui ne saurait être durable, et qui doit, ou les ramener aux croyances catholiques , ou les pousser, par des conséquences logiquement inévitables, hors de la raison humaine. Toutes rejettent avec mépris les doctrines matérialistes reléguées dans quelques amphithéâtres, d'où les bannira bientôt le progrès même des sciences physiologiques.
Après les sophistes vinrent les bourreaux. On abolit le culte, on brise les autels ; les prêtres sont proscrits en masse : les uns meurent sous la hache légale , on jette les autres sur, des plages lointaines qui dévorent leurs habitants. Plus d'instructioo chrétienne pour l'enfance , plus de pratique de religion pour l'âge mûr, plus de secours et de consolations pour les mourants mêmes. Qu'arrive-t-il cependant ? l'orage passe , la persécution fatiguée s'arrête, et il se trouve que la foi s'est ranimée dam le cœur des peuples ; que le clergé , auparavant imbu en partie de l'esprit du siècle, s'est épuré , et, tout couvert encore des cicatrices du martyre, a reparu triste et calme au milieu des ruines delà patrie, environné de la vénération qu'inspirent de grandes vertus et de longues épreuves supportées avec une héroïque constance.
Bonaparte, à son tour, entreprend d'asservir rÉglise , et de transformer une institution divine, immuable , universelle , en instrument de son despotisme. Sa main sacrilège arrache du trône le pontife qui ra\ait affermi sur le sien. Il le traiue, comme un malfaiteur, de prison en prison, se flattant de lasser, à force de violences , le courage du saint vieillard. Il veut, ou obtenir, du successeur de Pierre, Tabandon de ses droits inaliénables, on séparer de lui le clergé français. -/ cheval sur les quatre articles , selon son c.\i>ression, il se croit sûr d'elFectuer le schisme. Les évêques, rassemblés pour recevoir ses ordres, lui répondent : A'onpossiunus ; et tous ses eiforts n*aboutissent qu'à resserrer les liens qui unissent la France catholique au saint -siège, et à la détacher des pernicieuses maximes dont il s*armait contre lautorilédu \icairc de Jésus-Christ.
Il était dans les desseins de Dieu que le chef de rÉglise possédât une souveraineté temporelle indc]»endante, afin que l'exercice de la puissance pontificale , nécessaire au maintien de la sociclé universelle, et même de l'ordre politique chrclieu, ne fût soumis à aucune entrave. Sans cela, le pape, esclave des caprices du prince dont il eût été le
ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE
sujet, aurait ressemblé au patriarche de Constantinople sous le Bas-Empire , cl Tunilé calholique se fût bientôt rompue en autant de, parties que la chrétienté aurait renferme d'Élats/l Atlaquer Tindépendancc temporelle du pape , c'è^ donc alla(|uer l'unité de l*Ég;lise, et le christ in nisme tout entier : car il est un, ou il n'est point* Ce fut là peut-être le plus grand crime de Bonaparte ; aussi la puni lion suivit-elle de près. Sa chute acquitta la justice divine, et, parle rétablissement du Irùne apostoli((uc, auquel toute l'Europe concourut, prouva l'inébranlable fermeté des promesses.
Des épreuves nouvelles commencèrent avec la restauration. Il s'établit d'abord une espèce de lutte entre la philosophie du dix-huitième siècle et le principe de foi qui se développait rapidement dans la nation. Mais cette guerre dura peu et n'eut jamais qu'un caractère faible et indécis , parce qu'au fond les théories qu'on essayait de faire revivre étaient épuisées : le déisme de Rousseau , le matérialisme dUelvëtius, l'athéisme de Diderot, avaient cessé d'être en harmonie avec Tétat des esprits, <ini, tombes dans un vague scepticisme, ne pouvaient plus s'intéresser à des controverses surannées , à des discussions dogmatiques sans résultat possible pour eux , tant que la base de toute vérité resterait incertaine.
A ces impuissantes tentatives du raisonnement pour ranimer une philosophie expirante , se joignirent les déclamations contre le clergé , principalement contre les missionnaires, dont les travaux produisaient partout des fruits abondants. On ne leur épargna , au nom de la tolérance, ni Tinjure ni la calomnie. On livra au ridicule ce qu'il y a de plus saint dans la religion et de plus sacré sur la terre ; et, comme on avait un peu besoin d'esprit tout fait , on remit en circulation celui de Voltaire , et cette fois ce fut la populace qu'on le chargea d'instruire et d'amuser. On crut aussi pouvoir opposer avec succès à l'influence du christianisme un genre de séduction auquel la jeunesse résiste toujours plus difficilement qu*à nul autre. Des livres obscènes autant qu'impies furent distribués dans les collèges , répandus dans la France entière, et jusque dans ses derniers hameaux. On corrompit les mœurs, pour avancer, comme on parlait , la civilisation ; et le progrès du vice fit partie du progrès des lumières.
Cependant , si Ton pouvait , par ces moyens infâmes , pervertir des individus , les conquêtes qu'opérait la parole évangéliquc compensaient, et bien au delà , les pertes dont la foi gémissait. La religion n'était pas menacée dans son existence : son action demeurait à peu près libre, et dès-lors la victoire lui était assurée; car la vérité, l'ordre, la vertu , ont sur l'homme une puissance invincible, éternelle.
Mais déjà se préparaient de plus grands combats. L'Église allait être attaquée , non dans ses dogmes, ' mais dans sa constitution essentielle; et cela, nécessairement, en vertu des i>rincipes divers qui agitent l'État lui-même. Nous avons vu, en elfet, que, depuis quinze ans, il existe une lutte permanente entre le principe démocratique des institutions <|ue le libéralisme tend a développer , et le principe <lela monarchie despotique de Louis XÏV.qui forme l'esprit de l'adniinislration , et qu'elle tend aussi à déveIopj>er , pour repousser les efforts dirigés contre elle; lutte qui évidemment ne peut se terminer que par le triomphe d'un de ces deux principes , c'està-dire , par la démocratie pure , ou par le despotisme absolu. Jusque-là l'Église doit être perpétuellement en butte à une double agression ; et rien de plus indispensable, pour comprendre le présent et prévoir l'avenir , que de bien connaître la nature de cette persécution nouvelle.
liC pouvoir , sans foi en tant que pouvoir , mais convaincu de la nécessité d'une relij^ion quelconque pour alferniir son autorité et obtenir l'obéissance, veut en même temps deux choses , une loi supposée divine qui oblige les sujets et ne l'oblige pas luimême, une Église qui commande au peuple et a laquelle il commande souverainement ; ce qui renferme d'abord une énorme contradiction : car cette loi ne saurait lui créer un droit, si elle ne lui impose pas des devoirs; cette Eglise, n'étant qu'un passif instrument de sa puissance, ne lui prêle aucun appui : elle n'a de force que la sienne, et ne lui en donne pas. Aussi voit-on partout les Églises nationales, les Eglises dont le prince est le chef, tomber promptementdans une nullité complète , et ]>erdreà la fois toute influence religieuse et politique. Dénuées de croyances , de mouvement et de vie , elles ne sont que comme un voile tiré devant l'athéisme, afin qu'il n'effraie pas les peuples.
On ne doit pas s'imaginer que , dans ce qu'ils font soit de bien, soit de mal, les hommes qui gouvernent agissent toujours , ni même le plus souvent, d'après des vues fixes, arrêtées, suivies, et des pensées qui s'enchaincnt tellement dans leur esprit, qu'en voulant le principe, ils veuillent aussi les conséquences. Au contraire , leur action , habituellement aveugle, est en général déterminée par* une force secrète qui les domine in^isiblemcnt et les conduit là où ils ne savent pas et ne veulent pas aller. Cette force est celle des doctrines , des institutions, des intérêts, des habitudes. Ainsi, même depuis ce qu'on a nommé la restauration , aucun ministre ne s'est proposé directement d'effectuer le schisme, et pourtant tout ce qu'on a fait supposerait ce dessein. On ne voulait point le schisme, parce qu'on en redoutait les suites, parce «pi'on
DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION
sentait que, la religion catholique une fois abolie, le peuple resterait dépourvu de toute religion , et qu*une religion est nécessaire à Thomme, nécessaire à la société. On n tout fait pour opérer le schisme,', parce qu*on ne pouvait autrement asservir TEglise, \ et que le principe de despotisme , inhérent au pouvoir tel qu*on le conçoit depuis qu*il a cessé d'être chrétien , ne saurait librement se développer tant que rÉglise conserve son indépendance. De là le système constamment suivi par Tadministration : empêcher le clergé de se constituer d'une manière stable en redevenant propriétaire , le réduire à la condition de salarié , l'abaisser ainsi en masse , et se ménager le moyen d'agir sur chaque prêtre individuellement ; afiFaiblir l'influence de Rome sans rompre avec elle entièrement , et pour cela s'afiPranchir autant que possible des règles de la discipline générale , entraver , interdire même les communications des évèques avec le pape , envahir peu à peu ses droits, et soutenir ces envahissements par des menaces ; abuser de la position difficile du saint-siége, pour le précipiter dans des voies périlleuses, et l'obliger en quelque sorte , afin d'éviter des maux qu'on lui montre comme plus grands , à tourner son autorité contre elle-même ; isoler les évèques les uns des autres pour les maîtriser plus facilement; les tenir, quant à l'exercice de leurs devoirs, même les plus sacrés , dans une dépendance presque absolue de la puissance civile ; leur faire sentir à tous les instants qu'ils n'ont d'existence que par elle , les habituer ainsi progressivement à une obéissance passive ; diriger renseignement , s'emparer des chaires, imposer la doctrine; ne laisser, s'il se pouvait , à rÉglise de France, de catholique que le nom. Voilù ce qu'a fait le gouvernement, ce qu'il continue de faire, non, je le répèle, en vue de détruire la religion catholi(]ue, car il en a besoin, et il le sait , mais parce que , séparé lui-même du catholicisme, et voyant en lui une puissance politiquement utile lorsqu'il Taura subju{];uéc , dangereuse tant qu'elle ne le sera pas, la même nécessité (jui le force de tendre à se développer selon sa nature , c'est-à-dire comme pouvoir arbitraire, sans règle divine et sans loi extérieurement obligatoire, le contraint de tendre aussi A asservir l'Eglise, dont l'indépendance, ou, en d'autres termes, Texislence, forme un obstacle insurmontable au despotisme des gouvernements et à la servitude des peuples.
Si la puissance temporelle, en s'efforçant de dominer l'Eglise et de la transformer en une pure institution politique passivement soumise à ses volontés, travaille, sans se l'avouer peut-être, a l'anéantir, le
(1) a Lorsqu'il sera bien prouve que les évèques ne peuvent ou fc ne veulent pas obéir aux lois du pays (destructives de la rell- « glon), la quesUon ne sera pas de savoir si le pays peut se passer
libéralisme, sous sa fbrme présente, se propose directement le même but. Par les principes d'anarchie qui constituent, comme nous l'avons montré, le fond de ses doctrines, il tend à renverser toute société; et dès-lors il y a guerre nécessake entre lui fl la seule société qui soit vivante. 11 veut, ainsi que le gouvernement, affoiblir le plus possible rautorilé du saint-siége sur l'Église de France, pour faire d'elle une simple branche de l'administration civile, et jusque-là il sert activement ses desseins ; mais i veut de plus une scission ouverte, violente, totale avec Rome, et l'abolition de la hiérarchie (1), c'est* à-dire, l'extinction complète et irrévocable du christianisme parmi nous , et ensuite dans le reste di monde.
Ne nous lassons point de répéter que la plupart de ceux qu'on appelle libéraux, entièrement étraa* gers au système dogmatique dont nous indiquooi les effets, ne sou})çonnent même pas qu'ils coopèrent à son funeste développement. Us se représentent tout autre chose, chacun selon ses désirs et ses opinions ; et le mal que renferme l'erreur spéculative , et qu'elle produit t6t ou tard , ne se réalité jamais au degré où il peut l'être, que parce que les hommes ne sont que d'aveugles instruments de cette puissance secrète qui force invinciblement les conséquences à sortir de leur principe. Les chefs mêmes du parti antisocial et anlichrétien ne voient guère plus loin que la foule qui se laisse guider par eui. Ce qui les dirige, c'est beaucoup moins une réflexion profonde, qu'une sorte d'instinct passionné, mais sûr , et comme une infaillible inspiration de l'enfer.
£n attendant la crise certaine qui leur livrera le pouvoir, ils s'allient contre l'Église avec l'administration, flattent ses préjugés, excitent ses défiances, affectent un zèle ardent pour les droits de la royauté, se font gallicans et parlementaires, et contraignent le gouvernement , par ses propres maximes , a se rendre persécuteur. Ce point obtenu, ils s'efforcent de l'engager toujours davantage dans la voie sinistre où ils l'ont poussé. Au nom de ses premières violences, ils en demandent impérieusement de nouvelles. Efl^rayé, il résiste, autant que la faiblesse sjût résister. Son intérêt, tel qu'il le conçoit , est bien \ d'opprimer, d'asservir l'Église, mais non de la détruire entièrement. Une fois réduite a n'être plus que le jouet de ses caprices, l'exécuteur docile de ses commandements, il a besoin d'elle pour agir sur la conscience du peuple et le maintenir dans la sonmission. Il voudrait s'arrêter a cette limite. Vaine pensée ! Si le principe de despotisme , qui règle et anime son action, le conduit là seulement, au moins
« de lois, mais s'il peut se passer d'évéques. » ComUtuttonnei da 2 septembre 1S28.
ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE
selon sa croyance et ses désirs , le principe cVanarchie, (pii règle et anime raction du lihéralisme, a certes une tout autre étendue, exige un tout autre développement; et, comme celui-ci est le fond même des institutions et des opinions dominantes , il est nécessaire qu'il prévale, et que le pouvoir soit entraîné fort au delà des bornes (pril redoute de franchir. Aussi fait-il chaque jour quelques ])ns dans la route qu*on lui prescrit de suivre. Il avance à regret, mais il avance : bientôt il se précipitera. La pour le chasse vers Tablme. II ignore ((ue céder, pour lui . c'est prendre rengagement de céder encore. Les funestes ordonnances qui ont soulevé d'indigiîation la France catholique, et que nous examinerons dans nn instant, ne sont que l'annonce de ce qu*obtiendront de lui les ennemis du christianisme. Ils le traitent comme ces malheureux de la dernicre condition, à qui Ton ordonne de tuer, lorsque le bourreau manque. Voilà ce qu'a fait de lui la révolution : mais qu*il sache bien qu'il y a une Justice cpii ne laisse jamais certains crimes inqiunis sur la terre ; que la religion ne meurt point, mais que le pouvoir meurt; que quiconque s'adresse à Dieu trouve Dieu, et vient se briser contre sa toute-puissance.