TRADITIONS DES SAUVAGES DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
particulières des philosophes que Tautorité des eroyances générales force à de |)areils aveux : et c*est eocore ce qu'il appelle citer infidèlement.
Mais, ces critiques fussent-elles aussi justes qu'elles sont fausses et ridicules pour la plupart , il resterait encore dans VEssai beaucoup plus d'autorités qui! ne serait nécessaire d'en alléguer pour établir ce que l'auteur a eu dessein de prouver. Et à ces autorités déjà si nombreuses , si puissantes , on pourrait encore en ajouter une infinité d'autres ; et chaque jour on en découvre de nouvelles. Les fragments de YOupneck'ai que nous avons cités dans notre dernier numéro , suffisent pour donner une idée de ce que l'Inde seule fournit en ce genre ; et les recherches ne font , pour ainsi dire , que commencer. M. Flottes parait croire pourtant que la tradition du vrai Dieu ne s'est pas conservée chez les Indiens (1), malgré ce qu'en ont dit William Jones et tant d'autres savants, malgré les livres mêmes des Indiens. Mais enfin cela ne saurait être, parce que cela contrarie les idées de M. Flottes. Qu'il écoute au moins un missionnaire qui vient de publier un des ouvrages le plus intéressant qui existe sur l'Inde , où il a passé trente ans.
« Les siocas ou stances morales dont on donne « ici la traduction , sont assez généralement con- « nues des Indiens qui ont quelque instruction. « Dans la plupart des écoles , on les fait apprendre « par cœur aux enfants comme une espèce de « catéchisme. Elles sont écrites en vers samscru- « tams ; mais , comme cette langue savante n'est « étudiée et entendue que par peu de personnes, « chaque sloca est accompagné d'une version litté- « raie en langue vulgaire. IjCs Indiens se plaisent « souvent à citer avec emphase dans leurs discours ^ quelques-uns de ces siocas. J'ai cherché , en les « traduisant, à m'écarter le moins possible du texte « original (3). »
Or, voici une de ces stances :
« Avant que la terre , l'eau , l'air, le vent, le feu, « Brahma, Wishnou, Siva , le soleil, les étoiles, u et autres objets semblables , existassent , le Dieu « unique et éternel Suayatnbou ( celui qui est par « lui-même) existait (5). »
liC premier des Védas, le Reg-VedOj renferme cette confession de foi : u II existe un Dieu vivant « et vrai, éternel et incorporel , impalpable et im- K passible , tout-puissant , tout savant , infiniment « bon , qui fait et conserve toutes choses (4). » Ainsi les mêmes vérités transmises depuis la plus haute antiquité se retrouvent, et dans les livres sacrés
tl ] M. i'abbé F. d» La àtennats réfuié , etc., p. 137. i 3) Mceun, insittutlons ri cérémonies des peuples de l'Inde . par a. TabM J.-A. Dubois, lom. U, pag. 1S6.
des Indiens , et dans ceiu qu'ils mettent entre les mains de l'enfance.
11 est facile de comprendre maintenant pourquoi nous n'avions point répondu à M. Flottes, ni ne répondrons désormais à ce qu'il pourrait écrire encore. Il faudrait, pour le suivre dans le détail de ses critiques , composer une dissertation sur chaque passage qu*il lui plaît d'attaquer ; et , après avoir prouvé qu'il se trompe , ce qu'il contesterait d'ailleurs éternellement , la véritable discussion , celle qui tient au fond des doctrines , n'aurait pas avancé d'un pas. Comme presque tous les autres adversaires de M. de La Mennais , enchaîné par les habitudes de son esprit dans le cercle étroit de quelques vieilles idées scolastiques , il ne se doute même pas de l'immense étendue des questions traitées dans VEssaîy de leur liaison entre elles, et de leur rapport avec l'état des esprits entraînés aux dernières conséquences de l'erreur par le développement naturel de la philosophie et du protestantisme. Il n'est pas nécessaire, sans doute, que M. Flottes entende cela ; mais il n'est pas nécessaire non plus que l'on perde un temps précieux à essayer de le lui faire entendre. Et , après tout, pourquoi se plaindrait-il que nous gardions le silence sur ses opuscules? n'est-ce pas là un silence poli? et n'a-t-ilpas, en outre , le suffrage poli de M. A.?