‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 144 sur 226 · TRADITIONS DES SAUVAGES · texte numérisé non relu

TRADITIONS DES SAUVAGES

DE l'aHÉRIQUE SEPTENTRIO:fALE.

Les traditions religieuses des peuples forment une des parties les plus importantes de Thistoire de l'esprit humain : et c'est pourquoi nous avons cru qu'on ne lirait pas sans intérêt les détails suivants, extraits d'un ouvrage publié récemment à Londres sous le titre de Mémoires d'un captif chez les Indiens ou sauvages du nord de l'Amérique,

« D'après les rapports invariables des personnes qui , à diverses époques depuis la découverte de TAmérique , ont eu Toccasion de vivre au milieu des tribus indiennes , il n'y a rien de plus certain que la ferme croyance de ces sauvages non éclairés à l'existence , la toute-puissance et l'unité de Dieu , et à un état futur de récompenses et de punition. Ils adorent le Grand Esprit qui donne la vie, et lui attribuent à la fois la création et le gouvernement de toutes choses, avec une sagesse, une puissance et une bonté infinies. Quant à l'origine de leur reli-

C3] Mœurs t Inslilutlons el cérémonies des peuples de l'Inde , par H. l'abbé J.-A. Dubois , toni. Il, pag. l'J3. C4> Monuments de l'indoslaut loin- 1 , pag. 174.

TftADITIONS DES SAUYAGES

gioD «ils eroient en général qu'après que le Grand Esprit eut fermé des terrains pour la chasse el quil leseutf6umisdegitHer,llcréale premier homme et la première femme rouges , qui étaient d'une trèsgrande taille et Técurent fort longtemps; que souvent il s'oitretenalt femilièrement arec eui ; qu'il leur donna des loisi observer et leur apprit à prendra le gibier et è culliTer le blé; mais que, par suite de leur désobéissance, il se retira d'eux et les abandonna aui vexations du malin esprit, qui depuis a été la cause de leur dégénération et de leura souffrances. Ils croient que le Créateur est d'un caractèra trop élevé pour ètra directement l'auteur du mal, et que, malgré les offenses de ses enfints rouges , il coutinue de répandra sur eux toutes les bénédictions dont ils jouissent. En conséquence de cette bienveillance paternelle pour eux , Us ont enven lui une piété vraiment ftliale et sincèra, lui adressent leun prières dans tous leura besoins., et lui randent grâces pour tous les biens qu'ils en reçoi* vent.

Selon leur maniera de se raprésenter Pétât flitar, le paradis est une contrée délicieuse, située bien loin au deU du Grand-Océan, où leun occupations seront exemptes de peines et de trouble , sans changer pour cela de natura ; où le ciel sera sans nuage, le gibier abondant, et le printemps étemel. Li, dans la jouissance perpétuelle du plîdsir et du bonheur, Us espèrent rantrar en grâce et jouir de la présence Immédiate , des conseils et de la protection du Grand Esprit : avec cela ils ont une profonde conviction que la pratique des actions bonnes et yertueuses dans cette vie peut seule leur assurer un heureux avenir ; ils sont également convaincus qu*une conduite opposée les entraînerait , au contraire , dans des aifiictions , des misères , des malheurs sans fin , dans une terre stérile et déserte , patrimoine et demeure des esprits méchants , dont le plaisir et Foccupation est de rendre les malheureux encore plus misérables. C'est encore un point de croyance à peu près universelle que la bienveillance ou l'indignation du Grand Esprit se manifeste au moment que les bons et les méchants passent de ce monde en Fautre. Dans cette importante circonstance, tous sont munis de canots. Ceux qui ont été guerriers ou vertueux et recommandables de quelque manière , le Grand Esprit , soit directement ou indirectement, les guide, à travers Tablme, au port de rinterminable bonheur et de la paix. Au contraire, ceux qui ont été lâches, vicieux ou négligents à remplir leurs devoirs , sont abandonnés à la méchanceté des esprits malins qui submergent leurs canots et les laissent se débattre au milieu des flots, ou entretiennent leurs espérances par des perspectives trompeuses et les engagent dans des erreurs

Inextricables , ou bien Isa Usât échOMT iur «as cèle aride et les transftNrBent eu eertalMS fcèlJBS,np> tiles ou iosectes , sdoa rëBonadté de leurs criwi.

Les Indiens, en général, croieiitirciislaMefiB malin e^rit, quoique, eonune «ma TappranaM fc Hunter, Il 7 en ait queiques-una qui ont des daatei S1U* son action ; oependant 0 est eertalB4|uelefnri nombra lui adressent des prières en eerlaiBea «casions, persuadés que par là ils apalaortint aa ngi ou le porteront à modérer aes diÉtimeiita. Hsntat aucun doute quil ne êtài inférieur an Grand lÊfdti dont le caractèra est tout â fût opposé; nsisll croient qu'il a reçu néanmofass la conuiMaB.de tourmenter et de punir Fespèee bumaliie, et qjrtse plaît dans cet exercice. Us attribuent cneen an esprits subalternes une intervention. futsWai bien loin : toutefois kun idées U-desaoa sont Mi* divergentes. Les uns croient que cet èlra iriiH" Mes voltigent autour d'eux , înAient au conduite, et sont, même daiis les oeeasiona res , des instruments immédiats de réoouipanae et de châtiment; d*autres, qullss^oeeupentantawil i exciter les bouunes â foira le bien on le ad; il d*autres, au contraira, quils ne ^emploicnlfB^ dans les grandes et importantes oeeaaiona. LeiMt de Hec-Kewdder (mtostonnaira morave) nens pa* ralt, pour le fond, entièrenient conforaw icaWdi Hunter sur cet artide.

« Cest un point de leur croyance rdigknae qrt j a des manitous inforieun â qui FÊbre grand et bca a donné de commander aux éléments, parce qae, grand comme il est , il doit avoir , aussi bien qoc leurs chefs, des serviteurs pour exécuter ses ordres. Ces esprits subalternes , en quelque sorte intermédiaires entre Oien et l'homme , observent et lai rapportent tout ce qui se fait sur la terre ; ils arrêtent particulièrement leurs regards sur les Indiem pour voir s'ils ont besoin de secoura , et , quand ceux-ci les implorent, ils sont prêts â les assister et à les protéger contre le danger. Ainsi j'ai remarqué fréquemment qu'à l'approche d'une tempête ou da tonneiTC, les Indiens s'adressent au manitou de l'air pour les préserver de tout péril : de même j'u vu les Chippewais, sur les lacs du Canada, prier le manitou des eaux d'empêcher les vagues de trop s'élever pendant 'qu'ils passaient. Dans les deu rencontres ils exprimaient leur f6i et leur reconnaissance en jetant du tabac en l'air ou en le répandant sur les eaux. Mais, au milieu de toutes cet actions superstitieuses, le Manitou suprême, le Créateur et le Conservateur du ciel et de la terre, est toujours le grand objet de leur adoration. Cest sur lui que reposent leurs espérances , c'est â lui qu'ils adressent leurs prières et offrent leura sacrifices solennels. » Ilec-KetoeMcr.

DE L'AMÉRIQUE plte (les Indiens est peu réglé, soil pour les nies , soil pour les époques de leurs exerci- ^Kux , quui<|ue ûaas leur particulier il goit Béquenl. Hais cependant il y a de grandes I» où toute la Iribu s'assemble à ce sujet ; ipine déclaration de guerre, quand ils offrent itères au Grand Esprit pour obtenir la tIc- IUltre leurs eonemis ; comme le rétabiisse- ^la paix , quand ils lui rendent leurs actions tu comme encore quand il leur envoie quclinailé extraordinaire, telle qu'une tempête, ^kmcnl de terre, etc. La levée du camp est

r;née de quelque chose de semblable. >i Au l'hiver , dit Hunier . nous étant munis de È choses nécessaires à notre situation, toute jpe se rendit à la fontaine d'oi'i nous i l'eau dont nous avions besoin, et là nous Itttos prières au Grand Esprit pour le re- \,Ae nous avoir conservés sains et saufs . et ipubvenii à tous nos besoins. •< C'est la pra- ■BBtanle des Osages, des Kanstu, et de m d'autres nations indiennes sur k rive ne du Hississipi, quand elles lèvent leur Il ce n'est nullement une cérémonie sans

■iélé habituelle des Indiens a élé remarquée Uewelder, mais Hunier y insiste plus fort/tl, i notre avis, c'est une chose sullisamlikaTée par toute la teneur de ses descripiH se dépeint lui-même tel qu'il éiaii avec les ■ta particuliers de la vie sauvage. £n elTel , mit entendu , dans une assemblée (le sauva- ^Vgmenls d'une harangue indienne , quel- |< rendus qu'ils fussent par un ignorant , et après avoir lu le peu de morceaux X indienne que la traduction nous a conle |»eul s'empêcher de remarquer Milion habilucllc et animée à rapporter K bonté et à la pubsance de Dieu. « Mes appartenons tous â la m6me famille, mes tous les enfants du Grand Esprit. '• tumlhé commença-I-il sa harangue aux suite il leur dit : <i Quand les hommes A mis )a première Fois les pieds sur nos bavaient faim; ils n'avalent point de place e leurs his ni allumer leurs feux. Ils IléDUés, ils ne pouvaient rien pour cux- ~ " !S curent pitié de leur détresse, et at volontiers tout ce que le Grand Esprit i à ses enfants rouges. <• Et , lors- IIS nous (les Anglais) filmes contraints t le territoire du Michigan , Tdcuml/te, au ■ nation, refusa de se retirer avec nous, et S son refus par ces mots : " Nos vies sont Itnains du Crand Esprit. H a donné i nos

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pères les terres que nous possédons : si c'est sa volonté , nos os blanchironl sur ces champs ; mais nous ne les quitterons jamais ! »

Quant à la morale des Indiens, la justice el ia libéralité . la sincérité dans le commerce , la bonne foi dans leurs engagements , l'hospitalité envers les étrangers, une conduite grave el posée, une habitude générale de bienveillance et de courtoisie , voilà ce qui certainement s'inculque dans l'éducalion de leur jeunesse el ce qui se pratique parmi eux à un degré remarquable. Quiconque a eu occasion de vivre familièrement avec tes tribus les plus éloignées doit avoir reconnu plusieurs de ces quahtés dans leur conduite. Toutefois le courage et la fidélité à leurs nations et à leurs alliés sont les vertus qu'ils considèrent le plus. Si on peut en croire ce qu'en disent les Indiens, les naissances illégitimes étaient rares dans leurs tribus avant que les blancs vinssent

• Après que leur ]angue(desKansas) me fut devenue familière, dit l'auteur Ae%Mémoires, j'écoutais, commelesjeunes Indiens, avec un plaisirincroyable, les sages conseils, les récits animés el les histoires traditionnelles de ra/(M/-cA<?-nflU. Ce vénérable vieux guerrier nous reprenait souvent de nos fautes et nous exhortait â ne jamais menlir. » Ne volez 'I point, si ce n'est l'ennemi : car il est juste que Il nous usions de tous les moyens pour lui uuire. I' Quand vous serez devenus hommes, soyez braves <' et rusés à la guerre, et défenitez le pays de vos « chasses de tout envahissement. Ne souffrez jamais u que vos femmes et vos enfants soient dans le « besoin. Protégez les femmes et les étrangers u contre toute insulte. Pour rien au monde ne Ira- » hissez votre ami. Ressentez les injures, vengez- ■I vous de vos ennemis. Ne buvez point de l'eau M forte et cmpoisounée du peuple blanc : c'est le « mauvais esprit qui l'a envoyée pour détruire les Il Indiens. Ne craignez point la mort : les lâches « seuls craignent de mourir. Respectez les vieilli lards, obéissez-leur, particulièrement à vos pa- " renls. Craignez le mauvais esprit et apaisez-le , " afin qti'il ne vous fasse point de mal : aimez et I. adorez le Grand Esprit, qui nous a tous faits, •I qui nous donne des terres pour chasser et con- II server nos vies. " Alors, montrant du doigt les cicatrices dont son corps était sillonné, il disait : •I J'ai souvent élé engagé dans des combats à mort Il avec les ennemis de notre nation , et j'en suis a presque autant de fois sorti vainqueur. J'ai fait Il de longues marches sur la neige cl sur la glace, 11 h travers les prairies et les marais, sans aucune " nourriture . en cherchant les ennemis de mon « pays ; j'ai pris tels et tels prisonniers, j'ai enlevé Il la chevelure de tels et tels guerriers. >■ Puis jetant

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autour de lui nn regard doot la profonde eipretakm ne Murait se décrire , et étendant la main Tert k campagne couferte de moistons et Tera les cabanes remplies des produits de la ebasse, Il continuait : « La Jouissance paisible de tout cela, tous la de?ei « i moi et i mes braves guerriers. Mab maintenant « ils sont tons partis , et seul je reste : comme le « tiens arbre de la prairie Je suis seul debout : les H compagnonsdemajeancsasyceuxqui partageaient « mes Jeux, mes travaui, ont reposé leur tète sur « le sein de notre mère; mon soleil descend rapi- • dément derrière les collines de Fouest, et Jeaens « que bientôt il sera nuit pour moi. »

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