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France , d'avoir manqué tout à la fois à ses deroirs envers nous et envers le pays, c'est précisément parce qu'il n'a pas , ainsi que la Charte l'y obligeait, séparé décidément le spirituel du temporel, eo cessant de se mêler des choses religieuses , en nous donnant la hberté à laquelle nous avons droit. Nous ne réclamons qu'une chose , cette liberté que nul pouvoir , nous le disons sans hésiter , ne sera assex fort pour nous ravir longtemps. Et nous ne la réclamons pas pour nous seuls; car n'y eût-il que cet unique motif, ce serait le plus ttiv moyen de la perdre bientôt : nous la voulons pour tous nos frères , quelles que soient leurs croyances ; nous la voidons entière pour tous, égale pour tous. Que si quelqu'un en abusait , la loi commune est là pour le punir ou pour le réprimer. Et voyez an peu ce qu'osent nous dire ces hommes : ils ont imaginé de nous faire libres , comme nous étions libres sous Napoléon ! En vérité , on en rirait si la question n'était pas si grave. Ils prennent apparemment leur plume de procureur ou leur aune de marchand pour le sabre sous lequel l'Europe tremblante se courba pendant douze années. Ils ont voulu, disent-ils, réhabiliter les dispositions organiques du concordat, que la signature du pape recommandait au moins au respect des évéçues. Et , quand le fait serait vrai, vivons-nous sous l'Empire? La Charte du 7 août n'a-t-elle rien changea nos rapports avec l'État? ou sommes-nous seuls exclus du bénéfice de la Charte? Mais le fait est faux , matériellement faux. Loin d'apposer sa «gnature aux articles organiques, publiés à «on insu . le pape n'en eut pas plus tôt connaissance ({u'il se liîUa de prolester, de la manière la plus solennelle , contre des disposiliofis inconciliables avec les principes de la religion catholique, cl tellement ineompatibles que, sous le règne mOme de Bonaparte , elles demeurèrent, pour la plupart , sans exécution. Quoi que fassent les ministres , elles seront encore bien moins exécutées aujourd'hui : et nous ajouterons cpie le concordat même contient des clauses résolutives qui ne permettent pas au gouvernement de l'invoquer aujourd'hui sans violer direelement et la lettre et l'esprit de notre Loi fondamentale. Mais poursuivons :
«1 En même temps cpie l'autorité ramenait les re- « lalions du gouvernement et du clergé , sous le t; rapport temporel , aux conditions (|ui les régii- •I saienl sous l'Empire , elle s'appliquait à restituer M au spirituel de l'Église plus de respect , plus d'iiiu dépendance que jamais. Les familles pieuses con- «: tiendront que, si le culte n'étale pas aujour- «i d'iiui . comme il y a quelques années, un luxe de «i démonstration et une ardeur <le domination in- « com[>alibles,à notre avis, avec la modestie, l'ab-
DANS LE JOURNAL L'AVENIR
négation et la yéritable piété , TÉglise jouit, d*iin autre c6té , d*une liberté intérieure et d'une protection bien?eillante , qui ne lui était pas acquise à une époque où un gou?ernemcnt absolu ne laissait aucune indépendance s'établir , même en dehors des afRaires politiques. Et , cependant, on se rappelle avec quelle reconnaissance le clergé avait accepté cette demi-protection que lui accordait le chef du gouvernement, et quelles formules de déférence et de respect avaient été inventées pour la lui témoigner ! »
Encore un appel au respect et à la reconnaissance.
Eh! nous le disons avec une parfaite sincérité,
notre joie serait de vous devoir l'un et l'autre. Nous
ne vous demandons point pour notre culte un luxe
de démonstration y qui n'est pas nécessaire à son
existence. Encore moins désirons-nous la domination, car elle nous serait mortelle, car elle est incompatible avec la liberté qui est notre vœu comme
elle est notre droit. Vous nous parlez de fnodestie,
d*abnégation y de vraie piété : fort bien , pourvu
que ces mots , sur vos lèvres et dans votre cœur , ne
signifient pas esclavage. Car, ne vous y trompez
point, le temps de la servitude est passé; vous ne
le ferez pas renaître. Vous ne persuaderez point
aux catholiques qu*ils jouissent de pius d^indépen-
dance que jamais , lorsque , de votre aveu , vous
les ramenez aux conditions qui les régissaient
sous l'Empire, Ces deux mots , Empire et indépendance , dans lesquels vous résumez leurs.droits,
ne sont , s'ils expriment votre pensée réelle , qu'une
monstrueuse absurdité, et, s'ils ne Texpriment
pas, qu'une dérision insolente. Apprenez donc une
fois, si vous ne le savez pas, que ce qui nous pèse,
c*est votre joug, c'est la dépendance où vous vous
obstinez à nous tenir, votre intervention dans
les choses de notre foi et de notre culte affranchi
par la loi. Apprenez que ce que nous voulons , ce
ne sont point des richesses, ce n'est point du
pouvoir : malheur au catholique qui aspirerait,
comme tel , â la domination ! nous ne le redirons
jamais assez , nous répudions toute idée semblable.
Ce que nous voulons, c'est la liberté : Tenten-
dez-vous bien? la liberté! non pas une liberté à votre façon , qui se borne à laisser l'Église
maîtresse de ses sacrements et de ses cérémonies
Jusqu'à la porte du sanctuaire , et sous la seule
réserve des droits que les articles organiques
du concordat attachent à l'administration pu^
blique; car ceci c'est l'esclavage , un esclavage honteux , insupportable à des hommes de cœur , et que
nous ne supporterons pas ; mais une liberté qui
nous suive partout où notre droit ne commencerait
pas à violer le droit d'autrui , dans les rues comme
dans le sanctuaire ; une liberté de discipline comme
TOIIE II.
une liberté de sacrements; une liberté telle que vous n'ayez à vous mêler , sous aucun prétexte , de ce qui intéresse notre conscience , de ce qui touche à notre religion; une liberté, enfin, qui ne réponde d'elle-même que devant la loi et les tribunaux.
Et, quant à ce qui concerne l'archevêché de Paris, nous n'entrerons point dans une discussion que nous ne sommes pas appelés à suivre. Ce n'est pas pour quelques pierres que nous plaidons, et jamais un toit ne manquera pour abriter les têtes vénérables de nos premiers pasteurs. Mais nous dirons à l'écrivain ministériel du Moniteur qu*il y a , dans certaines circonstances , des paroles incompatibles avec la simple pudeur de Thonnête homme , et des insinuations qu'on ne saurait relever, précisément parce qu'elles pourraient ressembler à des crimes.