DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE
30 août 1S31.
Chaque jour on comprend mieux que la liberté politique, inséparablement liée à la liberté religieuse . a sa racine en elle et ne peut s'alf< rniir et se développer «pie par elle. Tous les partis (lui ont
ehadiéi M donner uneaulre bâte ontédUNié dans leurs tentalif es , el sont fenns se perdre dans la Qrrannie. Cest foCre histoire depuis quarante ans , aussi bien que celle de l'Italie , de TEspagne et du Portugal. La ? îolence , la persécution , la spoliation, un brutal mépris et une haine ftarieuse pour ce que les peuples Ténèrent , le renversement de tous les droits , l'oppression des consciences « un despotisme tour à tour hypocrite et insolent qui, descendant jusqu'au f6nd des âmes pour asservir la pensée même, étend sa main de fer et, depuis le berceau Jusqu'à la tombe, imprime sur l'homme son ignoble sceau , comme le boucher marque de son chiffre les animaux qu'on lui a livrés : Toill ce que le libéralisme antichrëtien a Jusqu'ici appelé la liberté. S'étonnera-t-on que ceux qui l'ont subie s'en effraient , qu'ils la repoussent avec horreur? Yoyex , au contraire , ce que les catholiques , par le seul instinct de leur M, ont lliit pour la vraie liberté en Irlande, en Belgique , en Pologne. Les Belges surtout n'ontils pas conqub toutes les franchises qu'on nous reftise encore? et ces franchises ne sont-elles pas implantées dans leur cosur avec les croyances qu'on ▼oudrait étoulfer parmi nous ? Que le pouvoir qui veut régner en dehors de la nation , en vertu d'un droit inhérent à lui-même , tremble devant le catholicisme , nous le concevons ; U le Juge parfaitement : car, tant quil existera un véritable catholique, il y aura une voix qui s'élèvera contre une pareille domination. Mais que des hommes sincèrement ennemis du despotisme redoutent une religion qui, partout où elle jouit de Tindépendance , tue le despotisme ; qu'ils se rendent ses persécuteurs , cela ne s'explique que par le double et fatal aveuglement des passions et des préjugés.
Croyant ou non , quiconque aspire à un affranchissement réel doit premièrement , et avant tout , s'efforcer d'affranchir Tiulelligence et la conscience; car elles ne peuvent être asservies que l'homme entier ne le soit, et leur liberté enfante toutes les autres. C'est ainsi que le Christ nous a délivrés (1) ; et ses disciples n'ont triomphé de la puissance qui écrasait le monde qu'en cherchant hors d'elle la règle de leurs |)ensées, et en défendant opiniâtrement contre ses décrets et contre ses bourreaux la divine liberté de leur foi. L'univers respira et une nouvelle société naquit lorsqu'il y eut quelques fortes âmes qui comprirent ces paroles : Fous avez été faits les serviteurs de Dieu (2) ; ne devenez point tes esclaves des hommes (3). S'il était possible que la race de ceux qui se transmettent depuis dix-huit siècles cette sublime leçon s'éteignit sur la terre , il ne resterait, sous des formes de gouvernement aussi
(1) ChrUtutnof libéra vit datât., IV, 31.
POBUÉS
mobiles que sons Pempire dtoi neté de tons, qu'Une immoHoBe
Non-seulement donc la cMM^dp frai libérrihms ne saurait ètra séparéede celle des cathniJqiif», paii eneoK tout ce que veuleal lesliiiéiaMW alflraanh Jamaisété, ne peut Jamais élK eompiëteoml fMW que par le cathoUdane ; el c*eaC poiinpMi, losaqas le temps aura peu k peu éclairé les cqirita, nsé Jm passions et décomposé les partis actariSt lawles hommes attachés de bonne foi A la liberté tiaBdrsil. a nous sans aucun doute. Hais , fu*oB le mAtt Ikm^ Aissions-nous seuls, nous la doonemiaaBBianéB, parce que nous sommes |dns qoe pcraMme iatéressés à la conquérir, paras qu'elle eat Mlra-.fiemier besoin, notre vie même.
Pour le catholicisme , en elfet , la servitude cM la mort, et nulle liberté religîeuse aaiis les anlics libertés qu'incessamment nous réclamons. Qaa ssrait-U, Je le demande, aaua k Bberlé d*4 ment , lui qui n'est autra choae que l'i universel! Itoceteomnatgiwfef ? sans In la presse, qui elle-même n'est qu'on dea nopiii et le pitas actif de renseignement? sans hJilMrM A^ sociation, lui qui n'agit qu'en aaaodant et qui, parsanatmre, tend i les unir membres dïine seule Aiarille? sans les ]|lwrMs«administntlves , lorsque, sous le régime de la cenhi liiatlon , le pouvoir peut , de mille manières cl i chaque moment , troubler Teiercioa de entraver sa discipline, porter des atteinlea à son existence extérieure? Mais , si ces libertés devenues le vœu le plus ardent , le vceu général des peuples, sont étroitement liées à la liberté religieuse et en dérivent comme des conséquences , leur sort est indivisible ; et quiconque ose frapper la liberté du catholicisme , frappe toutes les libertés k la fois. Il se déclare le satellite d'un despotisme irrémédlsble , absolu , éternel.
En défendant leurs droits scandaleusement violés, \^ les catholiques ne combattent donc pas uniquement > pour eux-mêmes; ils forment, qu*on me permette ce mot, l'avant-garde de l'humanité marchant è la conquête de l'avenir : ils la conduisent , à travers l'aride désert des institutions purement humaines, h la cité seule habitable^ où Dieu règne sur l'homme et où l'homme n'obéit qu'à Dieu ; ils élèvent l'autel sur lequel les peuples, affranchis et redevenus frères par l'union de l'ordre et de la liberté, «se donneront
la main : ils fondent , sur les bases les plus parfaites
que comporte notre nature présente , la dernière soy ciété qui sera vue sur la terre. //
Biais , fussent - ils insensibles à l'immense gloire de régénérer et de sauver le monde, une invincible
(2) Rom,, VI, 22.— (3; / Cor., vu, 2a.
DANS LE JOURNAL L'AVENIR
nécessité leur imposerait encore le devoir de résister de toutes leurs forces à l'oppression qu'un ministère pour qui la Charte n'est rien fait peser sur eux. Le ciel n'a pas permis qu'on pût se méprendre sur ses desseins. Manifestement il yeut, en asservissant le clergé, en se plaçant à la tète de la hiérarchie et substituant ses volontés aux lois émanées du seul pouvoir qui ait droit sur les consciences, avilir la religion, corrompre la discipline et ruiner la foi. Ke le voyez-vous pas chaque jour faire revivre les ordonnances et les décrets les plus tyranniques , ceux même dont Bonaparte, au temps de sa puissance , n'avait pas osé presser l'exécution ? On vous met hors du droit commun , on s*empare arbitrairement et de vos temples et des édifices consacrés à des usages pieux ; tantôt on commande des prières , tantôt on les interdit ; on supprime d'autorité les cérémonies de votre culte ; vos prêtres sont le jouet des derniers agents de Tadministration , journellement outragés, persécutés par eux, sans qu'il y ait encore un seul exemple qu'on leur ait accordé protection contre ces infâmes attaques, sans qu'une seule fois justice leur ait été rendue : êtres vils et sans prix qu'on jette dans l'amphithéâtre pour amuser quelques instants la populace des bagnes , et la populace des salons , et la populace des mi- Dîstres.
Encore n'est-ce pas tout : pour en finir pins vite et plus sûrement avec le catholicisme , ces mêmes hommes de qui vous avez à subir ces intolérables indignités se réservent le choix de vos premiers pasteurs, et ils ont assez compté sur votre patience pour croire que vous consentiriez à les recevoir de leurs mains. Les voilà donc à l'œuvre, les voilà Aiisant des évoques ; et quels évêques , grand Dieu ! Vous qui les connaissez , dites ce qu'ils sont ; dites ce que FÉglise en doit attendre. Mais vous l'avez dit, et ee cri d'effroi s'est élevé soudain ; et ce cri , nous Fespérons, pénétrera jusqu'au Vicaire de Jésus- Christ, et portera dans son âme une sainte émotion, daos sa conscience une lumière formidable qui sera notre salut : car Dieu est là , ses promesses ne périront point, et nous savons que son Esprit , source éternelle de sagesse et de force , dirigera toujours , eo ce qui tient aux intérêts de son Église , le père qu'il nous a donné.
Cependant, parce que la Providence veille pour nous, parce qu'elle ne permettra pas que les portes de V enfer prcralentj n'allons pas nous imaginer que nous soyons nous-mêmes dispensés de toute action. Le Dieu dlsrael veillait sur son peuple quand les Machabées se levèrent et dirent : Mourons pour le sauver! L*on n*a droit de compter sur un miracle que lorsqu'on a généreusement épuisé toutes les ressources du courage et du dévouement, et le Dieu
fort ne bénit point le lâche. Réveillons-nous donc, unissons-nous , saisissons les armes que nous offre la Charte pour défendre légalement nos droits. Le premier de tous, le plus important, est celui d'être libres dans notre foi comme dans notre culte, celui par conséquent de n'être pas gouvernés spirituellement par des pasteurs du choix de nos ennemis. L'Église doit être séparée de l'État , la Loi fondamentale Tordonne : on a promis solennellement qu'elle serait une vérité; ne souffrons pas qu'on en fasse un odieux mensonge : cela dépend de nous , de nos efforts unanimes et persévérants. Le pouvoir ne peut , sans forfaire a ses engagements , nommer nos évêques. A nous . à nous seuls il appartient de pourvoir, selon les lois de notre Église désormais indépendante, au remplacement de nos pasteurs. Nous ne voulons point de clergé ministériel, de sacerdoce royal ; car voici ce que c'est qu'un sacerdoce royal : » Amatsia dit à Amos : Voyant ! va , <c fuis en la terre de Juda , et mange là ton pain, et u prophétise là , et cesse de prophétiser en Béthel , <c car c'est le sanctuaire du roi (1). »
RÉPOlfSE A UN ARTICLE DU MONITEUR.
14 septembre 1831.
Quelque habitude que nous ayons du langage officiel , quelque accoutumé que nous soyons aux assertions les plus étonnantes, aux contre-vérités les plus hardies, le ministère, nous devons l'avouer, vient de réussir à ce que nous aurions cru impossible, à surpasser, sous tous ces rapports, notre attente, et à exciter notre surprise, comme s'il parlait pour la première fois. A propos de la circulaire de M. l'archevêque de Paris, le Moniteur explique la conduite du gouvernement à i*égard de l'Église. <c On sait, dit-il , quelles préventions malu heureuses étaient excitées depuis plusieurs années « contre le clergé en général (et c'était un tort) , par « suite des scandaleuses intrigues et de Fodieuse «c inquisition dont quelques ambitieux et quelques (( fanatiques sVtaient rendus coupables. On sait u quelles tristes conséquences ces préventions pou- « vaient entraîner, à une époque où on ne manquait « ni d'occasions ni de dispositions pour les exploi- « ter. 1/adminislration comprit ses devoirs ; elle u étendit sa protection sur des choses saintes . sur <: des hommes vénérables, et en même temps elle i: renouvela aux hommes ardents qui compromet-
(I) Amo9, cap. VII , 12. 13.
« taient les choses sacrées ravertissemcnt de veiller <( sur eux-mêmes aussi, et de ne pas rendre impuis- «c santés par leurs fautes ses bonnes intentions pour «( faire respecter leurs droits.
« £lle voulait protéger ce qui méritait de Tôtre ; (( et , pour assurer d*autanl mieux le succès de sa t( sollicitude, elle prit soin de séparer plus décidéu meut que jamais le temporel du spirituel. Elle u demanda au clergé , à qui elle voulait accorder u toute la protection des lois , d'obéir lui-même a «( celles qui réglaient sa condition en France : elle K voulut donc réhabiliter les dispositions organi- (( ques du concordat que la Restauration avait laissé u tomber en désuétude, et que la signature du pape u recommandait au moins au respect des évêques. »
Ainsi Fadministration est contente d'elle-même; et nous catholi(|ues, nous lui devons une vive reconnaissance de ce qu'elle a fait pour nous. Klle a daigné ëtemlre sa protection sur des choses saintes, sur des hommes vénérables. Veut-elle dire <pie toutes nos églises n'ont pas été abattues , tous nos sanctuaires pillés, qu'où a laissé vivre et notre culte et les ministres de ce culte? Est-ce de cela que nous lui devons rendre grAces? Entend-elle que les catholiques doivent lui tenir compte des crimes qu'elle n'a pas commis, de ce qu'elle s'est abstenue de proscrire la religion de la majorité des Français, de ce qu'elle n'a pas renouvelé les lois de 1795, et relevé sur tous les points de la France les échafauds qui en étaient la sanction? Est-ce de cela, encore un coup, que nous devons lui rendre grAces? {)\\^^ si ce n'est pas de cela , de quoi donc? De la démolition de quelques-uns de nos lemples? de la profanation de quelques autres? de reuvahissement à main armée de plusieurs de nos séminaires? des persécutions qu'elle a fait subir à nos écoles? de la prohibition, prononcée par elle, des cérémonies extérieures de notre culte , et de son intervention , au dedans même de nos églises , dans les rites , renseignement et les prières de ce culte? des vexations (jue ses ministres ont eu à subir, soit par ses ordres, soit par ceux de ses agents, soit de la part des ennemis de notre foi , dont les actes , quoique opposés à toutes les lois , sont restés impunis? Kl c'est en présence de tous ces faits que le ministère viendra nous demander de la reconnaissance! 11 en mériterait de nous une bien grande et que nous lui paierions de toute notre îUne , s'il avait , comme il s'en \ante , pris soin de séparer plus décidément que Jamais le temporel du spirituel. C'était là notre vœu , et c'est encore , et ce sera désormais toujours, le \œu (les calboli(pies, vœu que nous avons, ce semble, assez souvent, assez éner{îi(|uemenl exprimé. El, si nous nous plaignons (lu ministère, si nous l'accusons hautement , à la face de la