AU PEUPLE
Ce livre a été fait principalement pour vous ; c'est à vous que je l'offre. Puisse-t-il, au milieu de tant de maux qui sont votre partage, de tant de douleurs qui vous affaissent sans presque aucun repos, vous ranimer et vous consoler un peu!
Vous qui portez le poids du jour, je voudrais qu'il put être, à votre pauvre âme fatiguée, ce qu'est, sur le midi, au coin d'un champ, l'ombre d'un arbre, si chétif qu'il soit, à celui qoi a travaillé tout le matin sous les ardents rayons du soleil.
Vous vivez en des temps mauvais, mais ces temps passeront.
Après les rigueurs de l'hiver , la Providence ramène une saison moins rude , et le petit oiseau bénit, dans ses chants, la main bienfaisante qui lui a rendu et la chaleur et l'abondance, et sa compagne et son doux nid.
Espérez et aimez. L'espérance adoucit tout, et l'amour rend toutes choses possibles.
n y a, en ce moment, des hommes qui souffrent beaucoup, parce qu'ils vous ont aimé beaucoup. Moi, leur frère, j'ai écrit le récit de ce qu'ils ont fait pour vous et de ce qu'on a fait contre eux à cause de cela, et, lorsque la violence se sera usée d'elle-même , je le publierai, et vous le lirez avec.des pleurs alors moins amers, et vous aimerez aussi ces hommes qui vous ont tant aimé.
A présent, si je vous parlais de leur amour et de leurs souffrances, on me jetterait avec eox dans les cachots.
484 PRÉFACE
J'y descendrais avec une grande joie, si votre misère en pouvait être un peu allégée; nais vous n'en retireriez aucun soulagement, et c'est pourquoi il faut attendre et prier Dieu qoll abrège l'épreuve.
Maintenant ce sont les hommes qui jugent et qui frappent : bientôt ce sera lui qoi jugera. Heureux qui verra sa justice !
Je suis vieux : écoutez les paroles d'un vieillard.
La terre est triste et desséchée , mais elle reverdira. L'haleine du méchant ne passera pas éternellement sur elle comme un soufBe qui brûle.
Ce qui se fait, la Providence veut que cela se fasse pour votre instruction , afin que vous appreniez à ôtre bons et justes quand votre heure viendra.
Lorsque ceux qui abusent de la puissance auront passé devant vous comme la boue des ruisseaux en un jour d'orage, alors vous comprendrez que le bien seul est durable, et tous craindrez de souiller l'air que le vent du ciel aura purifié.
Préparez vos âmes pour ce temps, car il n'est pas loin, il approche.
Le Christ, mis en croix pour vous, a promis de vous délivrer.
Croyez-en sa promesse, et, pour en hâter l'accomplissement, réformez ce qui, en vous, a besoin de réforme ; exercez- vous à toutes les vertus, et aimez-vous les uns les autres , comme le Sauveur de la race humaine vous a aimés , jusqu'à là mort.
PAROLES D^UN CROYANT
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-E$prit. Âmen.
Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux , et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Que celui qui a des oreilles entende ; que celui qui a des yeux les ouvre et regarde , car les temps approchent.
Le Père a engendré son Fils, sa parole, son Verbe , et le Verbe s'est fait chair , et il a habité parmi nous ; il est venu dans le monde , et le monde ne Fa point connu.
Le Fils a promis d'envoyer TEsprit consolateur , l'Esprit qui procède du Père et de lui , et qui est leur amour mutuel ; il viendra et renouvellera la face de la terre , et ce sera comme une seconde création.
Il y a dix-huit siècles , le Verbe répandit la semence divine , et l'Esprit saint la féconda. Les hommes l'ont vue fleurir, ils ont goûté de ses fruits, des fruits de Farbre de vie replanté dans leur pauvre demeure.
Je vous le dis , ce fut parmi eux une grande joie quand ils virent paraître la lumière, et se sentirent tout pénétrés d'un feu céleste.
A présent la terre est redevenue ténébreuse et froide.
Nos pères ont vu le soleil décliner. Quand il descendit sous Fhorizon , toute la race humaine tressaillit. Pub il y eut , dans cette nuit, je ne sais quoi qui n'a pas de nom. Enfants de la nuit , le couchant est noir, mais l'orient commence à blanchir.
TOVR II.
Prêtez ForeUle , et dites-moi d'où vient ce bruit confus , vague , étrange , que Ton entend de tous côtés.
Posez la main sur la terre , et dites-moi pourquoi elle a tressailli.
Quelque chose que nous ne savons pas se remue dans le monde : il y a la un travail de Dieu.
Est-ce que chacun n'est pas dans l'attente? est-ce qu'il y a un cœur qui ne batte pas ?
Fils de l'homme , monte sur les hauteurs , et annonce ce que tu vois.
Je vois à l'horizon un nuage livide , et autour une lueur rouge comme le reflet d'un incendie.
Fils de l'homme , que vois-tu encore ?
Je vois la mer soulever ses flots , et les montagnes agiter leurs cimes.
Je vois les fleuves changer leur cours , les collines chanceler , et, en tombant, combler les vallées.
Tout s'ébranle, tout se meut, tout prend un nouvel aspect.
Fils de l'homme , que vois-tu encore ?
Je vois des tourbillons de poussière dans le lointain, et ils vont en tout sens , et se choquent, et se mêlent et se confondent. Ils passent sur les cités, et, quand ils ont passé, on ne voitplusque la plaine.
Je vois les peuples se lever en tumulte et les rois pâlir sous leur diadème. La guerre est entre eux, une guerre à mort.
Je vois un trùne, deux trônes brisés, et les peu* pies en dispersent les débris sur la terre.
Je vois un peuple combattre comme l'archange