VÎ
PAROLES mm GROTAHT.
Michel combatUU contre Satan. Set coapt aont terribles; mais il est nu, et son ennemi est couvert d*une épaisse armure.
0 Dieu! il tombe; il est frappé à mort. Non , il n'est que blessé. Marie » la fierge mère, l'enfeloppe de son manteau, lui sourit, et l'emporte pour un peu de temps hors du combat.
Je Tois un autre peuple lutter sans relâche, et puiser de moment en moment des forces nouvelles dans cette lutte. Ce peuple a le si^e du CSirist sur le cœur.
Je Tois un troisième peuple sur lequel six rois ont mis le pied ; et , toutes les fois qu'il ftiit un mou?ement , six poignards s'enfoncent dans sa gorge.
Je Tois sur un vaste édifice, à une grande hauteur dans les airs, une croix que Je distingue à peine, parce qu'elle est couverte d'un yoile noir.
Fils de rhomme, que Tois-tu encore?
Je Tois rorient qui se trouble en lui-même. Il regarde ses antiques palais crouler, ses vieux temples tomber en poudre , et il lève les yeux comme pour chercher d'autres grandeurs et un autre Dieu.
Je vois, vers l'occident , une fomme à l'œil fier , au front serein ; elle trace d'une main ferme un léger sillon , et , partout où le soc passe, je vois se lever des générallons humaines qui l'invoquent dans leurs prières et la bénissent dans leurs chants.
Je vois , au septentrion , des hommes qui n'ont plus qu'un reste de chaleur concentrée dans leur tète, et qui Tcnivrc : mais le Christ les touche de sa croix , et le cœur recommence à battre.
Je vois , au midi , des races affaissées sous je ne sais quelle malédiction : un joug pesant les accable, elles marchent courbées ; mais le Christ les touche de sa croix , et elles se redressent.
Fils de rhomme , qtie vois-tu encore ?
H ne répond point : crions de nouveau.
Fils de rhomme , que vois-tu ?
Je vois Satan qui fuit, et le Christ entouré de ses anges qui vient pour régner.
Et je fus transporté en esprit dans les temps anciens, et la terre était belle, et riche, et féconde; et ses habitants vivaient «heureux , parce qu'ils vivaient en frères.
Et je vis le^erpcnt qui se glissait au milieu d'eux : il fixa sur plusieurs son regardf puissant , et leur âme se troubla , et ils s'approchèrent , et le Serpent leur parla à l'oreille.
Et , après avoir écouté la parole du Serpent , ils se levèrent et dirent : Nous sommes rois.
Et le soleil pâlit , et la terre prit une teinte fu- j
nèbre, comme oeDe du Bnceiil qui CBvdofpe In morts.
Et l'on entendit un sourd ammuare, imeiiMiM plainte , et chacun trembla dans son eonr.
En vérité , Je vous le dis , ce fût eommeanjsar où l'abtme rompit ses digues, eC où déborda le déluge des grandes eaux.
La Peur s'en alla de cabane^ cabane, car il if^ avait point encore de palais, et elle dit A chaamdes choses secrètes qui le firent frissonner.
Et ceux qui avaient dit : Nous sommes rob, prirent un glaive , et suivirent la Peur de cabane en cabane.
Et H se paAa là des mystères éCrangea^ il y cit des chaînes , des pleurs et du sang.
Les hommes, effrayés , s'écrièrent: Le menrtrea reparu dans le monde. Et ce Ait tout, parce quels Peur avait transi leur âme , et été le mcaveaMUt i leurs bras.
Et ito se laissèrent charger de fers, eux et Ions frmmes et leurs enftints. Et ceux qui avaient dit: Nous sommes rois, creusèrent comme une grande caverne ; et ils y enfermèrent tonte la race humaine, ainsi qu'on enferme des animaux dana une élaide.
Et la tempête chassait les nuages, et le toanme grondait , et j'entendis une voix qui diaait : Le Scr peut a vamcu une seconde fiols,niaisiiaa pour toujours.
Après cela je n'entendis plus que des voix confuses , des rires , des sanglots, des blasphèmes.
Et je compris qu^il devait y avoir un règne de Satan avant le règne de Dieu. Et je pleurai , et j'espà^i.
Et la vision que je vis était vraie : car le règne de Satan s'est accompli , et le règne de Dieu s'accomplira aussi ; et ceux qui ont dit : Nous sommes rois, seront à leur tour renfermés dans la caverne avec le Serpent , et la race humaine en sortira ; et ce sera pour elle comme une autre naissance , conune le passage de la mort à la vie. Ainsi soit-il.
Vous êtes fils d'un même père , et la même mère vous a allaités ; pourquoi donc ne vous aimez-vous pas les uns les autres comme des frères ? et pourquoi vous traitez-vous bien plutôt en ennemis?
Celui qui n*aime pas son frère est maudit sept fois, et celui qui se fait l'ennemi de son frère est maudit septante fois sept fois.
C'est pourquoi les rois et les princes, et tous ceux que le monde appelle grands , ont été maudits : ilf n'ont point aimé leurs frères et ils les ont traités en ennemis.
Aimez-vous les uns les autres, et vous ne craindrez ni les grands , ni les princes , ni les rois.
PAROLES D'UN CROYANT
Ils ne sont forts contre tous que parce que vous n*ètes point unis, que jiarce que vous ne vous aimez pas comme des frères les uns les autres.
Ne dites point : Celui-là est d*un peuple, et moi je suis d'un autre peuple. Car tous les peuples ont eu sur la terre le même père, qui est Adam, et ont dans le ciel le même père, qui est Dieu.
Si l'on frappe un- membre , tout le corps souffre. Vous êtes tous un même corps : on ne peut opprimer l'un de vous, que tous ne soient opprimés.
Si un loup se jette sur un troupeau , il ne le dévore pas tout entier sur-le-champ : il saisit un mouton et le mange. Puis, sa faim étant revenue , il en saisit un autre et le mange : et ainsi jusqu'au dernier; car sa faim revient toujours.
Ne soyez pas comme les moutons, qui, lorsque le loup a enlevé Tun d'eux , s'effraient un moment et puis se remettent à paître. Car, pensent-ils, peut-être se contentera-t-il d'une première ou d'une seconde proie : etqu'ai-je affaire de m'inquiéter de ceux qu'il dévore ? Qu'est-ce que cela me fait, à moi? il ne me restera que plus d'herbe.
En vérité , je vous le dis , ceux qui pensent ainsi en eux-mêmes sont marqués pour être la pâture de la bête qui vit de chair et de sang.
Quand vous voyez un homme conduit en prison et au supplice, ne vous pressez pas de dire : Celui-là est un homme méchant, qui a commis un crime contre les hommes :
Car peut-être est-ce un homme de bien , qui a voulu servir les hommes, et qui en est puni par leurs oppresseurs.
Quand vous voyez un peuple chargé de fers et livré au bourreau , ne vous pressez pas de dire : Ce peuple est un peuple violent , qui voulait troubler la paix de la terre :
Car peut-être est-ce uu peuple martyr, qui meurt pour le salut du genre humain.
Il y a dix-huit siècles , dans une ville d'Orient , les pontifes et les rois de ce temps-là clouèrent sur une croix, après l'avoir battu de verges, un séditieux , un blasphémateur, comme ils l'appelaient.
Le jour de sa mort , il y eut une grande terreur dans Tenfer, et une grande joie dans le ciel :
Car le sang du Juste avait sauvé le monde.
Pourquoi les animaux trouvent-ils leur nourriture, chacun suivant son espèce? c'est que nul |iarmi eux ne dérobe celle d'autrui , et que chacun se contente de ce qui suffit à ses besoins.
Si , dans la ruche , une abeille disait : Tout le miel qui est ici est à moi , et que là-dessus elle se mit à disposer, comme elle Tcntendrait, des fruits du travail commun, que deviendraient les autres abeilles ?
La terre est comme une grande ruche, et les hommes sont comme des abeilles.
Chaque abejlle a droit à la portion de (niel nécessaire à sa subsistance ; et si , parmi les hommes , il en est qui manquent de ce nécessaire , c'est que la justice et la charité ont disparu d'au milieu d'eux.
La justice , c'est la vie ; et la charité , c'est encore la vie, et une plus douce et une plus abondante vie.
11 s'est rencontré de faux prophètes qui ont persuadé à quelques hommes que tous les autres étaient nés pour eux ; et ce que ceux-ci ont cru , les autres l'ont cru aussi sur la parole des faux prophètes.
Lorsque cette parole de mensonge prévalut , les anges pleurèrent dans le ciel , car ils prévirent que beaucoup de violences , et beaucoup de crimes, et beaucoup de maux, allaient déborder sur la terre.
Les hommes , égaux entre eux , sont nés pour Dieu seul, et quiconque dit une chose contraire dit un blasphème.
Que celui qui veut être le plus grand parmi vous soit votre serviteur ; et que celui qui veut être le premier parmi vous soit le serviteur de tous.
La loi de Dieu est une loi d'amour, et l'amour ne s'élève point au-dessus des autres, mais il se sacrifie aux autres.
Celui qui dit dans son cœur : Je n% suis pas comme les autres hommes, mais les autres hommes m'ont été donnés pour que je leur commande , et que je dispose d'eux et de ce qui est à eux à ma fantaisie ; celui-là est fils de Satan.
Et Satan est le roi de ce monde, car il est le roi de tous ceux qui pensent et agissent ainsi ; et ceux qui pensent et agissent ainsi se sont rendus , par ses conseils, les maîtres du monde.
Mais leur empire n'aura qu'un temps, e nous touchons à la fin de ce temps.
Un grand combat sera livré, et l'ange de la justice et l'ange de l'amour combattront avec ceux qui se seront armés pour rétablir parmi les hommes le règne de la justice et le règne de l'amour.
Et beaucoup mourront dans ce combat , et leur nom restera sur la terre comme un rayon de la gloire de Dieu.
C'est pourquoi , vous qui souffrez , prenez courage, fortifiez votre cœur : car demain sera le jour de l'épreuve , le jour où chacun devra donner avec joie sa vie pour ses frères ; et celui qui suivra , sera, le jour de la délivrance.
PAftOLES mm CftÔtAUT.
tll.
Iior9qii*Dn arbre est seul , fl est battu des Tenta et dépouillé de ses feuilles; et ses branehes, au lieu de s'éleTer, s*abaissent eooune si elles cherebaient la terre. «
Lorsqu'une plante est seule , ne trouvant point d*abri contre l'ardeur du soldl, eOe languit et se dessèche, et meurt.
Lorsque Thomuie est seul, le vent de la puissance le courbe vers la terre , et Fardeur de la contUtise des grands dé ce monde absorbe la sé?e qui le nourrit.
Ne soyez donc point comme la plante et comme Farbre qui sont seuls : mais unfesez-?ous les uns ami autres , et appuyes-TOUs , et abritiez-?oas mutuellement. *
Tandis que tous serez désunis, et que chacun ne songera qu'à soi, tous n'arez rien i espérer que sodifrance , et malheur, et oppression.
Qu*7 a-t-il de plus fiible que le passereau , et de plus désarmé que l'hirondelle? Cependant, quand parait l'oiseau de proie, les hirondelles et les passereaux parriennent à le chasser, en se rassemblant autour de lui , et le poursuivant tous ensemble.
Prenez exemple sur le passereau et sur l'hirondelle.
Celui qui se sépare de ses frères , la crainte le suit quand il marche, s'assied près de lui quand il repose , et ne le qbltte pas même durant son sommeil.
Donc , si l'on vous demande : Combien ètes-vous? répondez : Mous sommes un , car nos frères c'est nous , et nous c'est nos frères.
Dieu n'a fait ni petits ni grands , ni maîtres ni esclaves , ni rois ni sujets : il a fait tous les hommes égaux.
Mais , entre les hommes , quelques-uns ont plus de force ou de corps, ou d'esprit, ou de volonté, et ce sont ceux-là qui cherchent à s'assujettir les autres , lorsque l'orgueil ou la convoitise étouflFe en eux l'amour de leurs frères.
Et Dieu savait qu'il en serait ainsi , et c'est pourquoi il a commandé aux hommes de s'aimer, afin qu'ils fussent unis, et que les faibles ne tombassent point sous l'oppression des forts.
Car celui qui est plus fort qu'un seul sera moins fort que deux , et celui qui est plus fort que deux sera moins fort que quatre ; et ainsi les faibles ne craindront rien , lorsque , s'aimant les uns les autres , ils seront unis véritablement. ^
Un homme voyageait dans la montagne, et il arriva en un lieu où un gros rocher, ayant roulé sur le chemin , le remplissait tout entier, et hors du chemin il n'y avait point d'autre issue, ni à gauche , ni à droite.
Or, Crt hCMBUMi TQJUlt fpPU B6 pOÉMlt i
son voyage i cause du rocher, aasayn Je te pour se Adre un passage, et il te Migim A ce travail , et tous séa efldrls ftareiH vaMs.
Ce que voyant , il basait pleiflide tfMean À 4t : Que Msn<t de moi hMraqoe la nuit vtoirail m surprendra dans cette solitudo, aana MoMtoe, sans abri, uns aœune défeuae, à Fteore oèks bètes Mrocea sortent pour dierelier kar prête t
Et, comme il était absoibé itm cette poBite.ai autre voyageur aunrint , et odtai^ , ^ût M es qu'avait feit le premier &t sTélant trouvé aUBriteh puissanti remuer te rocher, 9*mM en alMeact baissa la tète.
Et après celui-ci , fl en vtait plnftteur»flUfca,fll aucun ne put mouvoir te rocher , et tour cntatei tous était grande.
Enin, l'on d'eux dit auk «utrea : Mite llrtees, prions notre Père qui est dma tes ctett;|ml itii qu'il aura pitié de noua dans cette détraeie.
Et cette parole ftit écoutée, etflaprièreatdacmv te Père qui est dans tes ciénx.
Et, quand ite eurent prié, eelol qBdwnItSi: Prions, dit encore: Mes frères, ce qu'Eue» de nous n'a pu f^ire aeul, qui sait àl nous neteftsml pas tous ensemble 7
Et ils se levèrent , et tousenaembte fla iiouaaiifnt te rocher, et le rocher céda , et ib poursuMmt leur route en paix.
Le voyageur c'est l'homme , le voyage i^eat te vie, le rocher ce sont les misères qu'il rencontre à chaque pas sur sa route.
Aucun homme ne saurait soulever seul ce rocher ; mais Dieu en a mesuré le poids de manière qu'il n'arrête jamais ceux qui voyagent cnaembte.
TIII.
Au commencement, le travail n'était pas nécessaire à l'homme pour vivre : la terre fournissait d'elle-même à tous ses besoins.
Mais l'homme fit le mal ; et , comme il s'était révolte contre Dieu , la terre se révolta contre hii.
Il lui arriva ce qui arrive à l'enfant qui se révoilc contre son père : le père lui retire son amour, et il l'abandonne à lui-même ; et les serviteurs de h maison reftisent de le servir , et il s'en va cherchant çà et là sa pauvre vie, et mangeant le pain qu'il a gagné à la sueur de son visage.
Depuis lors donc. Dieu a condamné tous les hommes au travail : et tous ont leur labeur, soit du corps , soit de l'esprit ; et ceux qui disent : Je ne travaillerai point , sont les plus misérables.
Car , comme les vers dévorent un cadavre , les vices les dévorent; et, si ce ne sont tes vices, c'est l'ennui.
PAROLES D'UN CROYANT-
Et , quand Dieu Toulut que rhomme travaillât , il cacha un trésor dans le travail , parce qu'il eçt père , et que Tamour d'un père ne meurt point.
Et celui qui fait un bon usage de ce trésor , et qui ne le dissipe point en insensé, il vient pour lui un temps de repos ; et alors il est comme les hommes étaient au commencement.
Et Dieu leur donna encore ce précepte : Aidezvous les uns les autres, car il y en a parmi vous de plus forts et de plus faibles , d'infirmes et de bien portants; et cependant tous doivent vivre.
Et, si vous faites ainsi, tous vivront, parce que Je récompenserai la pitié que vous aurez eue pour vos frères , et je rendrai votre sueur féconde.
Et ce que Dieu a promis s'est vérifié toujours, et jamais on n'a vu celui qui aide ses frères manquer de pain.
Or , il y eut autrefois un homme méchant et maudit du ciel. Et cet homme était fort , et il haïssait le travail ; de sorte qu'il se dit : Comment ferai-je? si je ne travaille point , je mouiTai ; et le travail m'est insupportable.
Alors il lui entra une pensée de l'enfer dans le cœur. 11 s'en alla de nuit , et saisit queliipesuns de Ms frères pendant qu'ils dormaient , et les chargea de chaînes.
Car, disait-il , je les forcerai , avec les verges et le fouet, à travailler pour moi, et je mangerai le fruit de leur travail.
El il fit ce qu'il avait pensé : et d'autres , voyant cela, en firent autant, et il n'y eut plus de frères ; il y eut des maîtres et des esclaves.
Ce jour fut un jour de deuil sur toute la terre.
Longtemps après, il y eut un autre homme plus méchant que le premier et plus maudit du ciel.
Voyant que les hommes s'étaient partout multipliés, et que leur multitude était innombrable, il se dit :
Je pourrais bien, peut-être, en enchaîner quelquesuns et les forcer à travailler pour moi ; mais il les faudrait nourrir, et cela diminuerait mon gain. Faisons mieux, qu'ils travaillent pour rien. Ils mour» ront à la vérité ; mais , comme leur nombre est grand , j'amasserai des richesses avant qu'ils aient diminué beaucoup ; et il en restera toujours assez. Or, toute cette multitude vivait de ce qu'elle recevait en échange de son travail.
Ayant donc parlé de la sorte, il s'adressa en particulier à quelques-uns, et il leur dit : Vous travaillez pendant six heures , et l'on vous donne une pièce de monnaie pour votre travail ;
Travaillez pendant douze heures, et vous gagnerez deux pièces de monnaie, et vous vivrez bien mieux, vous, vos femmes et vos enfants.
Et ils le crurent.
Il leur dit ensuite : Vous ne travaillez que la moitié des jours de Tannée ; travaillez tous les jours de l'année , et votre gain sera double.
Et ils le crurent encore.
Or, il arriva de là que la quantité de travail étant devenue plus grande de moitié, sans que le besoin de travail fiU plus grand , la moitié de ceux qui vivaient auparavant de leur labeur, ne trouvèrent plus personne qui les employât.
Alors riiomme méchant qu'ils avaient cru , leur dit : Je vous donnerai du travail à tous, à la condition que vous travaillerez le m^e temps, et que je ne vous paierai que la moitié de ce que je vous payais; car je veux bien vous rendre service, mais je ne veux pas me ruiner.
Et, comme ils avaient faim, eux, leurs femmes et leurs enfants, ils acceptèrent la proposition de l'homme méchant , et ils le bénirent : car, disaientils, il nous donne la vie.
Et , continuant de les tromper de la même manière, l'homme méchant augmenta toujours plus leur travail, et diminua toujours plus leur salaire.
Et ils mouraient faute du nécessaire, et d'autres s'empressaient de les remplacer, car l'indigence était devenue si profonde dans ce pays , que les familles entières se vendaient pour un morceau de pain.
Ell'homme méchant, qui avait menti à ses frères, amassa plus de richesses que l'homme méchant qui les avait enchaînés.
Le nom de celui-ci est tyran ; l'autre n'a de nom qu'en enfer.
Vous êtes dans ce monde comme des étrangers.
Allez au nord et au midi, à l'orient et à l'occident, en quelque endroit que vous vous arrêtiez , vous trouverez un homme qui vous en chassera , en disant : Ce champ est à moi.
Et, après avoir parcouru tous les pays, vous reviendrez sachant qu'il n'y a nulle part un pauvre petit coin de terre où votre femme en travail puisse enfanter son premièr-né , où vous puissiez reposer api^ès votre labeur, où, arrivé au dernier terme, vos enfants puissent enfouir vos os, comme dans un lieu qui soit à vous.
C'est là, certes, une grande misère.
Et pourtant vous ne devez pas vous trop affliger, car il est écrit de celui qui a sauvé la race humaine :
Le renard a sa tanière, les oiseaux du ciel ont leur nid , mais le Fils de l'homme n*a pas où reposer sa tête.
Or, il s'est fait pauvre pour vous apprendre à supporter la pauvreté.
Ce n'est pas que la pauvreté vienne de Dieu, mais
PAROLES mm CEOTANT.
elle est nne suite de la corruption et des mauvaises coof oitises de l'iionime ; et c'est pourquoi il y aura toujours des pan? res.
La pauvreté est fille du péclië, dont le germe est en chaque homme, et de la servitude, dont le germe est en chaque société.
11 y aura toujours despauvres, parce que l'homme ne détruira Jamais le péché en soi*
n Y aura toigours moins de pauvres, parce que peu i peu la servitude disparaîtra de la société.
Voulef- vous travailler i détruire la pauvreté, travallez i détruire le péché , en vous pranièrement , puis dans les autres, et la servitude dans la société.
Ce n'est pas en prenant ce qui est i autrui qu'on peut détruire la pauvreté; car comment, en faisant des pauvres , diminuerait-on le nombre des pauvres?
Chacun a droit de conserver ce qu'il a, sans quoi personne ne posséderait rien.
M au chacun a droit d'acquérir par son travail ce qull n'a pas, sans quoi la pauvreté serait étemelle.
Aflhuichisseï donc votre travail, affranchissez vos bras; et la pauvreté ne sera plus parmi les hommes qu'une exception permise de Dieu, pour leur rappeler l'infirmité de leur nature et le secours mutuel et l'amour qu'ils se doivent les uns aux autres.
Lorsque toute la terre gémissait dans l'attente de la délivrance , une voix s'éleva de la Judée , la voix de celui qui venait souffrir et mourir pour ses frères, et que quelques-uns appelaient par dédain le Fils du charpentier.
Le Fils donc du charpentier , pauvre et délaissé en ce monde , disait :
u Venez à moi , vous tous qui haletez sous le » poids du travail , et je vous ranimerai. »
Et , depuis ce temps-là jusqu'à ce jour, pas un de ceux qui ont cru en lui n'est demeuré sans soulagement dans sa misère.
Pour guérir les maux qui affligent les hommes , il prêchait à tous la justice qui est le commencenoent de la charité , et la charité qui est la consommation de la justice.
Or, la justice commande de respecter le droit d'autrui, et quelquefois la charité veut que l'on abandonne le sien même , à cause de la paix ou de quelque autre bien.
Que serait le monde, si le droit cessait d'y régner, si chacun n'était en sûreté de sa personne , et ne jouissait sans crainte de ce qui lui appartient?
Mieux vaudrait vivre au sein des forêts , que dans une société ainsi livrée au brigandage.
Ce que vous prendrez aqjowdlni t vt HtKTiai le prendra demahi. Les hommes aerottt plnaliiié> râbles que les oiseaux du dd, A qni léi anticseiseaux ne ravissent ni Icat pétnre ni leur nid.
Qu'est-ce qu'un pauvre? C'est cdnlqainnipstac encore de propriété.
Que souhaite-t-ll? De cesser d'être panne , cf'csii-dire d'acquérir une propriété.
Or, celui qui dérobe, qui pille, queAdt-il, abolir, autant qull est en lui, le droit priété?
.Piller , voler, c'est donc attaquer lepravrei Men que le riche; c'est renverser le imdewsnt ds toute société parmi les hommes.
Quiconque ne possède rien, ne peut arriver i posséder que parce que d'autres posaèdent dQi, puisque ceux-U seuls peuvent lui donner qualfas chose en échan^ de son travalL
L'ordre estlebien,nntérèt de tons. '
Ne buvez point i la coupe du etime : an fond est l'amère détresse , et Tangoisse , et la mort.
Et j'avab vu les maux qui arrivent aor la tent , la Ihible opprimé , le juste maiidiant son pain , le méchant élevé aux honneurs et regorgeant de riehesses, l'innocent condamné par des juges iniques , et ses enfonts errants sous le sdeil.
Et mon âme était triste , et l'espérance en sorlail de toutes parts comme d'un vase brisé.
Et Dieu m'envoya un profond sommeil.
£t , dans mon sommeil , je vis comme une forme lumineuse , debout près de moi , un Esprit , dont le regard doux et perçant pénétrait jusqu'au fond de mes pensées les plus secrètes.
Et je tressaillis , non de crainte ni de joie , mais comme d'un sentiment qui serait un mélange inexprimable de l'une et de l'autre.
Et l'Esprit me dit : Pourquoi es-tu triste ?
Et je répondis en pleurant : Oh ! voyez les mau qui sont sur la terre.
Et la forme céleste se prit à sourire d'un sourire inefiable , et cette parole vint à mon oreille :
Ton œil ne voit rien qu'à travers ce milieu trompeur que les créatures nomment le temps. Le temps n'est que pour toi : il n'y a point de temps pour Dieu.
Et je me taisais , car je ne comprenais pas.
Tout à coup l'Esprit : Regarde , dit-il.
Et , sans qu'il y eût désormais pour moi ni arsot ni après , en un même instant , je vis à la fois ce que, dans leur langue infirme et défiaillante , les hommes appellent passé , présent, avenir.
Et tout cela n'était qu'un ; et cependant , pour
PAROLES D'UN CROYANT
dire ce que je vis , il faut que je redescende au sein du temps , il faut que je parle la langue infirme et défaillante des hommes.
Et toute la race humaine me paraissait comme un seul homme.
Et cet homme avait fait beaucoup de mal , peu de bien; avait senti beaucoup de douleurs, peu de joies.
Et il était là , gisant dans sa misère , sur une terre tantôt glacée , tantôt brûlante , maigre , affamé , souffrant, affaissé, d*une langueur entremêlée de convulsions , accablé de chaînes forgées dans la demeure des démons.
Sa main droite en avait chargé sa main gauche , et la gauche en avait chargé la droite, et, au milieu de ses rêves mauvais, il s'était tellement roulé dans ses fers, que tout son corps en était couvert et serré.
Car, dès qu'ils le touchaient seulement, ils se collaient à sa peau comme du plomb bouillant , ils entraient dans la chair et n'en sortaient plus.
Et c'était là l'homme, je le reconnus.
Et voilà, un rayon de lumière partait de l'orient, et un rayon d'amour du midi , et un rayon de force du septentrion.
Et ces trois rayons s'unirent sur le cœur de cet homme.
Et, quand partit le rayon de himière , une voix dit : Fils de Dieu , frère du Christ , sache ce que tu dois savoir.
Et, quand partit le rayon d'amour, une voix dit: Fils de Dieu, frère du Christ, aime qui tu dois aimer.
Et, quand partit le rayon de force, une voix dit : Fils de Dieu, frère du Christ, fais ce qui doit être fait.
Et, quand les trois rayons se furent unis, les trois voix s'unirent aussi , et il s'en forma une seule voix qui dit :
Fils de Dieu, frère du Christ , sers Dieu et ne sers que lui seul.
Et alors ce qui jusque-là ne m'avait semblé qu'un homme, m'apparut comme une multitude de peuples et de nations.
Et mon premier regard ne m'avait pas trompé, et le second ne me trompait pas non plus.
Et ces peuples et ces nations , se réveillant sur leur lit d'angoisse, commencèrent à se dire :
D'où viennent nos souffrances et notre langueur, et la faim et la soif qui nous tourmentent , et les chaînes qui nous courbent vers la terre et entrent dans notre chair ?
Et leur intelligence s'ouvrit, et ils comprirent que les fils de Dieu , les frères du Christ , n'avaient pas été condamnés par leur père à l'esclavage , et
que cet esclavage était la source de tous leurs maux.
Chacun donc essaya de rompre ses fers, mais nul n'y parvint.
Et ils se regardèrent les uns les autres avec une grande pitié, et, l'amour agissant en eux, ils se dirent : Nous avons tous la même pensée , pourquoi n'aurions-nous pas tous le même cœur? ne sommes-nous pas tous les fils du même Dieu et les frères du même Christ? Sauvons-nous , ou mourons ensemble.
Et, ayant dit cela , ils sentirent en eux une force divine , et j'entendis leurs chaînes craquer, et ils combattirent six jours contre ceux qui les avaient enchaînés, et le sixième jour ils furent vainqueurs , et le septième fut un jour de repos.
Et la terre , qui était sèche , reverdit , et tous purent manger de ses fruits, cl aller et venir sans que personne leur dit : Où allez-vous? on ne passe point
£t les petits enfants cueillaient des fleurs, et les apportaient à leur mère, qui doucement leur souriait.
Et il n'y avait ni pauvres ni riches, mais tous avaient en abondance les choses nécessaires à leurs besoins , parce que tous s'aimaient et s'aidaient en frères.
Et une voix , comme la voix d'un ange , retentit dans les cieux : Gloire à Dieu qui a donné l'intelligence , l'amour, la force à ses enfants I gloire au Christ qui a rendu à ses frères la liberté !
Lorsqu'un de vous souffre une injustice ; lorsque, dans sa route à travers le monde , l'oppresseur le renverse, et met le pied sur lui : s'il se plaint, nul ne l'entend.
Le cri du pauvre monte jusqu'à Dieu , mais il n'arrive pas à l'oreille de l'homme.
Et je me suis demandé : D'où vient ce mal? estce que celui qui a créé le pauvre comme le riche , le faible comme le puissant, aurait voulu ôter aux uns toute crainte dans leurs iniquités , aux autres toute espérance dans leur misère ?
Et j'ai vu que c'était là une pensée horrible , un blasphème contre Dieu.
Parce que chacun de vous n'aime que soi , parce qu'il se sépare de ses frères , parce qu'il est seul et veut être seul, sa plainte n'est point entendue.
Au printemps, lorsque tout se ranime, il sort de l'herbe un bruit qui s'élève comme un long murmure.
Ce bruit, formé de tant de bruits qu'on ne les pourrait compter, est la voix d'un nombre innombrable de pauvres petites créatures imperceptibles.
Seule , aucune d'elles ne serait entendue : toutes ensemble, elles se font entendre.
Vous êtes aussi cachés sous l'herbe, pourquoi n*en sort-il aucune Toix ?
Quand on veut passer une rivière rapide , on se forme en une long^ue file sur deux rangs , et , rapprochés de la sorte, ceux qui n'auraient- pu , isolés des autres, résister à la force des eaux, la surmontent sans peine.
Faites ainsi , et vous romprez le cours de l'iniquité, qui vous emporte lorsque vous êtes seuls, et TOUS jette brisés sur la rive.
Que vos résolutions soient lentes , mais fermes. Ne vous laissez aller ni à un premier, ni à un second mouvement.
Mais, si l'on a commis contre vous quelque injustice , commencez par bannir tout sentiment de haine de votre cœur, et puis, levant les mains et les yeux en haut, dites à votre Père qui est dans les cieux :
0 Père , vous êtes le protecteur de l'innocent et de l'opprimé ; car c'est votre amour qui a créé le monde , et c'est votre justice qui le gouverne.
Vous voulez qu'elle règne sur la terre, et le méchant y oppose sa volonté mauvaise.
C'est pourquoi nous avons résolu de combattre le méchant.
0 Père ! donnez le conseil à notre esprit , et la force à notre bras !
Quand vous aurez ainsi prié du fond de votre ànio , comballez et ne craignez rien.
Si, crahord, la victoire paraît sVIoigner de vous, ce n'est qiriine épreuve, elle reviendra ; car votre sang sera comme le sang d'Abel égorgé par Caïn , et votre mort comme celle des martyrs.
XIlî.
C'était dans une nuit sombre ; un ciel sans astres pesait sur la terre, comme un couvercle de marbre noir sur un tombeau.
El rien ne troublait le silence de cette nuit, si ce n'est un bruit étrange, comme d'un léger battement d*ailes , que de fois à autre on entendait au-dessus des campagnes et des cités ;
Et alors les ténèhres s'épaississaient , et chacun sentait son âme se serrer et le frisson courir dans ses veines.
Et, dans une salle tendue de noir et éclairée d'une lampe rougeâtre , sept hommes vt^tus de pouprc, et la tète ceinte d'une couronne , étaient assis sur sept sièges de fer.
Et au milieu de la salle s'élevait un trône composé d'ossements ; et au pied du trône, en guise d'escabeau, était un crucifix renversé ; et devant le trône,
PAROLES D'UN CROYANT
une table d'ébène ; et sur la table, un Tase plein de sang rouge et écumeux, et un crâne humain.
El les sept hommes couronnés paraissaient pensifs et tristes, et, du fond de son orbite creux, leur œil , de temps en temps, laissait échapper des étincelles d'un feu livide.
Et l'un d'eux, s'étantlevé, s'approcha du trône en chancelant , et mit le pied sur le crucifix.
En ce moment ses membres tremblèrent , et il sembla près de défaillir. Les autres le regardaient immobiles ; ils ne firent pas le moindre mouvement, mais je ne sais quoi passa sur leur front , et un sourire qui n'est pas de l'homme contracta leon lè\res.
Et celui qui avait semblé près de défafllir étendit la main, saisit le vase plein de sang, en versa dans le crâne , et le but.
Et cette boisson parut le fortifier.
Et , dressant la tête , ce cri sortit de sa poitrine comme un sourd ràlement :
Maudit soit le Christ , qui a ramené sur la terre la Liberté !
Et les six autres hommes couronnés se levèrent tous ensemble, et tous ensemble poussèrent le même cri :
Maudit soit le Christ , qui a ramené sur la terre la Liberté !
Après quoi, s'étant rassis sur leurs sièges de fer, le premier dit :
Mes frères , que ferons-nous pour étoufFcr la Liberté : car notre règne est fini, si le sien commence ? ^otrc cause est la même : que chacun propose ce qui semblera bon.
Voici, pour moi, le conseil que je donne. Avant que le Christ vint, qui se tenait debout devant nous? C'est sa religion ([ui nous a perdus : abolissons la religion du Christ.
Et tous répondirent : 11 est vrai. Abolissons la religion du Christ.
El un second s'avança vers le trône , prit le CTûne humain , y versa du sang , le but , et dit ensuite :
Ce n'est pas la religion seulement qu'il faut abolir, mais encore la science et la pensée ; car la science veut connaître ce qu'il n'est pas bon pour nous que l'homme sache , et la pensée est toujours prèle à regimber contre la force.
El tous répondirent : Il est vrai. Abolissons la science et la pensée.
Et, ayant fait ce qu'avaient fait les deux premiers, un troisième dit :
Lorsque nous aurons replongé les hommes dans l'abrutissement en leur ôtant et la religion , et la science, et la pensée, nous aurons fait beaucoup, mais il nous restera quelque chose encore à faire.
La brute a des instincts et des sympathies dan-
PAROLES D'UN CROYANT
gereuses. 11 faut qu*aucun peuple n'entende la voix d'un autre peuple , de peur que, si celui-là se plaint et reroue, celui-ci ne soit tente de l'imiter. Qu'aucun bruit du dehors ne pénètre chez nous.
Et tous répondirent : 11 est yrai. Qu'aucun bruit du dehors ne pénètre chez nous.
Et un quatrième dit : Nous avons notre intérêt , et les peuples ont aussi leur intérêt opposé au n6tre. S'ils s'unissent pour défendre contre nous cet intérêt , comment leur résisterons-nous?
Divisons pour régner. Créons à chaque province, à chaque ville, à chaque hameau, un intérêt contraire à celui des autres hameaux , des autres villes, des autres provinces.
De cette manière tous se haïront , et ils ne songeront pas à s'unir contre nous.
Et tous répondirent : Il est vrai . Divisons pour régner : la concorde nous tuerait.
Et un cinquième, ayant deux fois rempli de sang et vidé deux fois le crâne humain , dit :
J'approuve tous ces moyens, ils sont bons, mais insuffisants. Faites des brutes, c'est bien, mais effirayez ces brutes , firappez-les de terreur par une justice inexorable et par des supplices atroces , si TOUS ne voulez pas tôt ou tard en être dévorés. Le bourreau est le premier ministre d'un bon prince.
Et tous répondirent : Il est vrai. Le bourreau est le premier minisire d'un bon prince.
Et un sixième dit :
Je reconnais l'avantage des supplices prompts , terribles, inévitables. Cependant il y a des âmes fortes et des âmes désespérées qui bravent les supplices.
Voulez-vous gouverner aisément les hommes, amollissez-les par la volupté. La vertu ne nous Taut rien;' elle nourrit la force : épuisons-la plutôt par la corruption.
Et tous répondirent : Il est vrai. Épuisons la force, et l'énergie, et le courage, par la corruption.
Alors le septième ayant, comme les autres, bu dans le crâne humain , parla de la sorte , les pieds sur le crucifix :
Plus de Christ; il y a guerre à mort, guerre éternelle entre lui et nous.
Uns comment détacher de lui les peuples? C'est une tentative vaine. Que faire donc? Écoutez-moi : Il fiiut gagner les prêtres du Christ avec des biens , des honneurs et de la puissance.
Et ils commanderont au peuple, de la part du Christ, de nous être soumis en tout, quoi que nous ftissions , quoi que nous ordonnions ;
Et le peuple les croira , et il obéira par conscience , et notre pouvoir sera plus affermi qu'auparavant.
Et tous répondirent : 11 est vrai. Gagnons les prêtres du Christ.
Et tout à coup la lampe qui éclairait la salle s'éteignit, et les sept hommes se séparèrent dans les ténèbres.
Et il fut dit à un juste, qui dans ce moment veillait et priait devant la croix : Mon jour approche. Adore et ne crains rien.
Et , à travers un brouillard gris et lourd , je vis , comme on voit sur la terre à l'heure du crépuscule , une plaine nue , déserte et froide.
Au milieu s'élevait un rocher, d'où tombait goutte à goutte une eau noirâtre , et le bruit faible et sourd des gouttes qui tombaient était le seul bruit qu'on entendit.
Et sept sentiers, après avoir serpenté dans la plaine, venaient aboutir au rocher; et près du rocher, à l'entrée de chacun, était une pierre recouverte de je ne sais quoi d'humide et de vert , semblable à la bave d'un reptile.
Et voilà , sur l'un des sentiers j'aperçus comme une ombre qui lentement se mouvait ; et , |>eu à peu l'ombre s'approchant , je distinguai , non pas un homme , mais la ressemblance d'un homme.
Et, à l'endroit du cœur, celte forme humaine avait une tache de sang.
Et elle s'a^ssit sur la pierre humide et verte, et ses membres grelottaient, et, la tête penchée, elle se serrait avec ses bras, comme pour retenir un reste de chaleur.
Et, par les six autres sentiers, six autres ombres successivement arrivèrent au pied du rocher.
Et chacune d'elles , grelottant et se serrant avec ses bras , s'assit sur la pierre humide et verte.
Et elles étaient là silencieuses , et courbées sous le poids d'une incompréhensible angoisse.
Et leur silence dura longtemps , je ne sais combien de temps , car jamais le soleil ne se lève sur cette plaine : on n'y connaît ni soir ni matin. Les gouttes d'eau noirâtre y mesurent seules , en tombant, une durée monotone, obscure, pesante , éternelle.
Et cela était si horrible à voir , que , si Dieu ne m'avait fortifié , je n'aurais pu en soutenir la vue.
Et , après une sorte de frissonnement convulsif , une des ombres , soulevant sa tête , fit entendre un son comme le son rauque et sec du vent qui bruit dans un squelette.
Et le rocher renvoya cette parole à mon oreille :
Le Christ a vaincu : maudit soit-il !
Et les six autres ombres tressaillirent ; et, toutes ensemble soulevant la tête , le même blasphème sortit de leur sein :
Le Christ a vaincu : maudit soit-il !
PAROLES D'UN CROYANT
Et aussitôt elles fiirent saisies d'un tremblement plus fort , le brouillard s'épaissit , et , pendant un moment , l'eau noirâtre cessa de couler.
Et les sept ombres avaient plié de nouveau sous le poids de leur anf^oisse secrète , et il y eut un second silence plus long que le premier.
Ensuite une d'elles , sans se lever de sa pierre , immobile et penchée dit aux autres :
Il vous est donc advenu ainsi qu'à moi. Que nous ont servi tous nos conseils ?
Et une autre reprit : La foi et la pensée ont brisé les chaînes des peuples ; la foi et la pensée ont afflrancbi la terre.
Et une autre dit : Nous voulions diviser les hommes , et notre oppression les a unis contre nous.
Et une autre : Nous avons versé le sang, et ce sang est retoml>é sur nos tètes.
Et une autre: Nous avons semé la corruption, et elle a germé en nous, et elle a dévoré nos os.
Et une autre : Nous avons cru étouffer la Liberté, et son souffle a desséché notre pouvoir jusqu'en sa racine.
Alors la septième ombre :
Le Christ a vaincu : maudit soit-11 !
Et tous d'une seule voix répondirent :
Le Christ a vaincu : maudit soit-il !
Et je vis une main qui s'avançait ; elle trempa le doigt dans l'eau noirâtre dont les gouttes mesurent, en tombant , la durée éternelle, en marqua au front les sept ombr<îs, et ce fut pour jamais.
Vous n'avez qu'un jour a passer sur la terre ; ffiiles en sorte de le passer en paix.
La paix est le fruit de Famour ; car, pour vivre en paix, il faut savoir supporter bien des choses.
Nul n'est parfait, tous ont leurs dcfauts; chaque homme pèse sur les autres , et l'amour seul rend ce poids léger.
Si vous ne pouvez supporter vos frères, comment vos frères vous supporteront-ils?
Il est écrit du fîls de Marie : Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin.
Aimez donc vos frères qui sont dans le monde, et aimez-les jusqu'à la fin.
L'amour est infatigable, il ne se lasse jamais. L'amour est inépuisable, il vit et renaît de lui-même ; et plus il s'épanche , plus il surabonde.
Qui s'aime plus que son frère n'est pas digne du Christ, mort pour ses frères. Avez-vous donné vos biens , donnez encore votre vie , et l'amour vous rendra tout.
Je vous le dis en vérité, celui qui aime, son cœur
est un paradis sur la terre. U a Dieu en soi^car ! est amour.
L'homme vicieux n'aime point , il convoite : il a faim et soif de tout ; son œil , tel que i'ceil du serpent , fascine et attire , mais pour dévorer.
L'amour repose au fond des âmes pures , comnie une goutte de rosée dans le calice d'une fleur.
Oh ! si vous saviez ce que c'est qu'ainoer !
Vous dites que vous aimez , et beaucoup de vos frères manquent de pain pour soutenir leur vie, de vêtements pour couvrir leurs membres nus, d'un toit pour s'abriter, d'une poignée de paille pour dormir dessus , tandis que vous avez toutes choses en abondance.
Vous dites que vous aimez , et il y a , en grand nombre, des malades qui languissent, privés de secours , sur leur pauvre couche ; des malheureoi qui pleurent sans que personne pleure avec eux; des petits enfants qui s'en vont, tout transis de froid , de porte en porte demander aux riches une miette de leur table, et qui ne l'obtiennent pas.
Vous dites que vous aimez vos frères : et que hriez-vous donc si vous les haïssiez?
Et moi , je vous le dis, quiconque , le pouvant, ne soulage pas son frère qui souffre , est l'ennemi de son frère ; et quiconque, le pouvant , ne nourrit pas son frère qui a faim, est aon meurtrier.
XYI.
Il se rencontre des hommes qui nViment point Dieu, et qui ne le craignent point: fuyez-les, car il sort d'eux une vapeur de malédiction.
Fuyez Timpie , car son haleine tue ; mais ne le haïssez pas, car qui sait si déjà Dieu n'^ i>as chaof^é son cœur?
L'homme qui , même de bonne foi, dit : Je ne crois point , se trompe souvent. Il y a bien avant dans l'àme^ jusqu'au fond, une racine de foi qui ne sèche point.
La parole qui nie Dieu brille les lèvres sur lesquelles elle passe, et la bouche qui s'ouvre pour blasphémer est un soupirail de l'enfer.
L'impie est seul dans l'univers. Toutes les créatures louent DicUj tout ce qui sent le bénit, tout ce qui ])ense l'adore ; l'aslre du jour et ceux de la nuit le chantent dans leur langue mystérieuse.
Il a cent au firmament son nom trois fois sainL
(iloire à Dieu dans les hauteurs des cieux !
11 Ta écrit aussi dans le cœur de l'homme, et riiomme bon l'y conserve avec amour; mais d'autres lâchent de TelFacer.
Paix sur la terre aux hommes dont la volonté est bonne !
Leur sommeil est doux ; et leur mort est encore
PAROLES D'UN CROYANT
plus douce, car ils sa? ent qu'ils retournent vers leur père*
Comme le pauvre laboureur, au déclin du jour, quitte les champs, regagne sa chaumière , et, assis devant la porte , oublie ses fatigues en regardant le ciel ; ainsi , quand le soir se fait , Tbomme d'espérance regagne avec joie la maison paternelle , et , assis sur le seuil , oublie les travaux de Texil dans les visions de Téternité.
Deux hommes étaient voisins , et chacun d'eux avait une femme et plusieurs petits enfants , et son seul travail pour les faire vivre.
£t l'un de ces deux hommes s'inquiétait en luimême, disant : Si je meurs , ou que je tombe malade , que deviendront ma femme et mes enfants?
Et cette pensée ne le quittait point, et elle rongeait son cœur comme un ver ronge le fruit où il est caché.
Or, bien que la même pensée fût venue également à l'autre père, il ne s'y était point arrêté; car, disaitii, Dieu, qui connaît toutes ses créatures et qui veille sur elles, veillera aussi sur moi , et sur ma femme , et sur mes enfants.
El celui-ci vivait tranquille, tandis que le premier ne goûtait pas un instant de repos ni de joie intérieurement.
Un jour qu'il travaillait aux champs , triste et abattu à cause de sa crainte, il vit quelques oiseaux entrer dans un buisson , en sortir, et puis bientôt y revenir encore.
Et , s'étant approché, il vil deux nids posés cûte à cète, et dans chacun plusieurs petits nouvellement éclos et encore sans plumes.
Et, quand il fut retourné à son travail, de temps en temps il levait les yeux, et regardait ces oiseaux, qui allaient et venaient portant la nourriture à leurs petits.
Or, voilà qu'au moment où l'une des mères rentrait avec sa becquée, un vautour la saisit , l'enlève ; et la pauvre mère , se débattant vainement sous sa serre , jetait des cris perçants.
A cette vue , l'homme qui travaillait sentit son âme plus troublée qu'auparavant : car , pensait-il , la mort de la mère , c'est la mort des enfants. Les miens n'ont que moi non plus. Que deviendront-ils si je leur manque?
Et tout le jour il fut sombre et triste, et la nuit il ne dormit point.
Le lendemain , de retour aux champs , il se dit : Je veux voir les petits de cette pauvre mère : plusieurs sans doute ont déjà péri. Et il s'achemina vers le buisson.
Et, regardant, il vit les petits bien portants; pas un ne semblait avoir pàti.
Et, ceci l'ayant étonné , il se cacha pour observer ce qui se passerait.
Et, après un peu de temps, il entendit un léger cri , et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu'elle avait recueillie , et elle la distribua à tous les petits indistinctement, et il y en eut pour tous , et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.
Et le père qui s'était déHé de la Providence , raconta le soir à l'autre père ce qu'il avait vu.
Et celui-ci dit : Pourquoi s'inquiéter? Jamais Dieu n'abandonne les siens. Son amour a de secrets que nous ne connaissons point. Croyons , espérons , aimons , et poursuivons notre route en paix.
Si je meurs avant vous, vons serez le père de mes enfants ; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres.
Et si , l'un et l'autre , nous mourons avant qu'ils soient en âge de pourvoir eux-mêmes à leurs nécessités , ils auront pour père le Père qui est dans les cieux.
xvm.
Quand vous avez prié , ne sentez-vous pas votre cœur plus léger, et votre âme plus contente?
La prière rend l'affliction moins douloureuse , et la joie plus pure : elle mêle à l'une je ne sais quoi de fortifiant et de doux , et à l'autre un parfum céleste.
Que faites-vous sur la terre , et n'avez-vous rien à demander à celui qui vous y a mis?
Vous êtes im voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée :.il faut lever les yeux pour reconnaître sa route.
Votre patrie, c'est le ciel; et, quand vous regardez le ciel , est-ce qu'en vous il ne se remue rien? estce que nul désir ne vous presse? ou ce désir est-ii muet?
Il en est qui disent : A quoi bon prier? Dieu esl trop au-dessus de nous pour écouter de si chétivcs créatures.
Et qui donc a fait ces créatures chélives ; qui leur a donné le sentiment, et la pensée , et la parole, sî ce n'est Dieu?
Et, s'il a été si bon envers elles , était-ce pour les délaisser ensuite et^^epousser loin de lui?
Eu vérité, je vo^B dis, quiconque dit, dans son cœur, que DieinRprise ses œuvres, blasphème Dieu.
11 en est d'autre^mi disent : A quoi bon prier? Dieu ne sait-il pas i^^kque nous ce dont nous avons besoin? ^V
PAROLES DUR ClOTAirr.
Hea lait mieiiz que tous ee dont Tom avei besoin , et c^est pour eela quH lent qne tous le lui denandiei : car Dieu est luinnème Totre premier besoin ; et prier Dieu , c'est coauneneer i posséder Dteu.
Le père connaît les besoins de son fils ; fnit-ll A eanse de cela que le fils n'ait jamais une parole de demande et d'aclion de grâces pour son père?
Quand les animaux souffrent, quand ils craignent, ou quand ils ont ftiim, ils poussent des cris plaintifii. Ces cris sont la pri^ qu'ils adressent i Dieu , et Dieu l'écoute. L'homme serait-il donc dans la créer tîon le seul être dont la voix ne dût jamais monler A rordlle do Créateur?
U passe quelqu^ois sur les campagnes un Tcnt qui dessèche les plantes, et alors on Toit leurs tiges flétries pencher fers la terre; mais, humectées par la rosée , elles reprennent leur fratcheor, et relèrent leur tète languissante.
n y a toujours des fents brûlants qui passent sur rime de Fhomme , et la dessèchent. La prière est la rosée qui la rafraîchit.
Tous n'aTex qu'un père, qui est Dieu , et qu'un maître, qui est le Christ.
Quand donc on tous dira de ceux qui possèdent sur la terre une grande puissance : YoiU vos maîtres , ne le croyex point. S'ils sont justes , ce sont ▼os serviteurs ; s'ils ne le sont pas , ce sont vos tyrans.
Tous naissent égaux : nul, en venant au monde, n'apporte avec lui le droit de commander.
J*ai Yu dans un berceau un enfant criant et bavant , et autour de lui étaient des vieillards qui lui disaient: Seigneur, et qui, s'agenouillant , l'adoraient. Et j*ai compris toute la misère de Thomme.
C*est le péché qui a fait les princes ; parce qu'au lieu de s'aimer et de s'aider comme des frères, les hommes ont commencé à se nuire les uns aux autres.
Alors parmi eux ils en choisirent un ou plusieurs, qu'ils croyaient les plus justes , afin de protéger les bons contre les méehants , et que le faible pût vivre en paix.
Et le pouvoir qu'ils exerçaient était un pouvoir légitime, car c'était le pouvoir de Dieu qui veut que la justice règne, et le j^voir du peuple qui les avait élus. ^B
Et c'est pourquoi chacun Wm tenu en conscience de leur obéir.
Mais il s'en trouva auss^^ntôt qui voulurent régner par eux-mêmes, c^k s'ils eussent été d'une nature plus élevée qi^Rle de leurs frères.
Et le poDToir de con-d wftHt pMlUgMms^esr c'est le pouvoir de Satan, et kor danÊmtlmM celle de rorgoell et de la eaiiTOiliBo.
Et c'est pourquoi , loraqa*oB n*apni qu'il en résulte plus deaaal, dmcao pctttct queMsdoiten consefenee lenr résister»
Dana la balance d« droit éCcnel, voira valaili pèse plus qne la volonté des rois : ttr m aant ki peuple qui fént les rois, etlea jroia soàt Mia les peuples, et les penpiea ne sont paa Mia les rois.
Le père céleste n'a point ffonné les meahnsde ses enfiints pour qalb ftisoeat hriaéa ni leur âme poor qu'elle tût inenrtm par k vitude.
n ka a mis en familles, et tonleakai sonts€Bnra;il les a mis en mtioBa, «ttommias nationa sont aesurs : et quitufuii aépara ka kmilles des familles, ka nations dea ce que Dieu a uni; il frit rcauvre de
Et ce qui unit. les kmQks aux fiunUka* kanationa aux natkna, c'est pnmièranicBl la ki de Dka, k loî dejuatioeetde'charité, mmilii k M de liberté , qui est anasi k M de Dkv.
Car, sana la liberté, queik mion ei IsifsH 1< les hommes? Ils seraient unte eoouDe k uni i eeki qui k monte, ooBBM k iDiMti à k peau de Fesekve.
Si donc quelqu'un rient et dit : Yona ûlea i mai; répondez : Non ; nous sonunes A DicQ , qui est BOlre père, et au Christ , qui est notre seul maître.
Ne vous laissez pas tromper par de vaines parâtes. Plusieurs chercheront à vous persuader qae vous êtes vraiment libres, parce qu'ik auront écrit sur une feuille de papier le mot de iiberié, et r«iront afiBché à tous les carrefours.
La liberté n'est pas un placard qu'on lit au coio de la rue. Elle est une puissance vivante qu'on seat en soi , et autour de soi ; le génie protecteur du fojer domestique, la garantie des droits sociaux, et le premier de ces droits.
L'oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des oppresseurs. 11 joint le mensonge A k ^rannie, et à Tinjustice la profanation; car le nom deU Liberté est saint.
Gardez-vous donc de ceux qui disent : Liberté, liberté , et qui la détruisent par kurs œuvres.
Est-ce vous qui choisissez ceux qui vous gouvernent , qui vous commandent de faire ceci et de ne pas faire cela , qui imposent vos biens, votre indostrie , votre travail ? Et , si ce n'est pas vous , oommat ètes-vous libres?
PAROLES D'UN CROYANT-
PouTez-Toas disposer de vos enfants comme tous Tentendez , confier à qui tous platt le soin de les instruire et de former leurs mœurs? Et , si vous ne le pourez pas , comment ètes-vous libres ?
Les oiseaux du ciel et les insectes mêmes s'assemblent pour faire en commun ce qu'aucun d'eux ne pourrait faire seul. PouYez-vous yous assembler pour traiter ensemble de yos intérêts , pour défendre Tos droits , pour obtenir quelque soulagement à vos maux ? Et, si tous ne le pouvez pas, comment êtes- Tous libres?
Pouvez-Tous aller d'un lieu à un autre si on ne TOUS le permet , user des fruits de la terre et des productions de votre travail , tremper votre doig^ dans l'eau de la mer et en laisser tomber une goutte dans le pauvre vase de terre où cuisent vos aliments, sans vous exposer à payer l'amende et à être traînés eo prison? Et, si vous ne le pouvez pas , comment ètes-vous libres?
Pouvez- vous, en vous couchant le soir , vous répondre qu'on ne viendra point , durant votre sommeil, fbuiller les lieux les plus secrets de votre maison , vous arracher du sein de votre famille et vous jeter au fond d'un cachot , parce que le pou- Toir, dans sa peur, se sera défié de vous? Et, si vous ne le pouvez pas , comment êtcs-vous libres ?
La liberté luira sur vous , quand , à force de courage et de persévérance , vous vous serez afiranchis de toutes ces servitudes.
La liberté luira sur vous, quand vous aurez dit au fond de votre âme : Nous voulons être libres ; quand , pour le devenir, vous serez prêts à sacrifier tout et à tout soufl^rir.
La liberté luira sur vous , lorsqu'au pied de la croix, sur laquelle le Christ mourut pour vous, vous aurez juré de mourir les uns pour les autres.
Le peuple est incapable d'entendre ses intérêts ; on doit, pour son bien , le tenir toujours en tutelle. M*est-ce pas à ceux qui ont des lumières de conduire ceux qui manquent de lumières ?
Ainsi parlent une foule d'hypocrites qui veulent faire les affaires du peuple , afin de s'engraisser de la substance du peuple.
Vous êtes incapables, disent-ils, d'entendre vos intérêts : et , sur cela , ils ne vous permettront pas même de disposer de ce qui est à vous pour un objet que vous jugerez utile ; et ils en disposeront, contre Totre gré, pour un autre objet qui vous déplaît et vous répugne.
Vous êtes incapables d'administrer une petite propriété commune, incapables de savoir ce qui vous est boa ou mauvais , de connaître vos besoins,
et d'y pourvoir : et , sur cela , on vous enverra des hommes bien payés , à vos dépens , qui géreront vos biens à leur fantaisie , vous empêcheront de faire ce que vous voudrez , et vous forceront de faire ce que vous ne voudrez pas.
Vous êtes incapables de discerner quelle éducation il est convenable de donner à vos enfants : et , par tendresse pour vos enfants , on les jettera dans des cloaques d'impiété et de mauvaises mœurs ; à moins que vous n'aimiez mieux qu'ils demeurent privés de toute espèce d'instruction.
Vous êtes incapables de juger si vous pouvez , vous et votre famille, subsister avec le salaire qu'on vous accorde pour votre travail : et l'on vous défendra , sous des peines sévères , de vous concerter ensemble pour obtenir tine augmentation de ce salaire , afin que vous puissiez vivre , vous , vos femmes et vos enfants.
Si ce que dit cette race hypocrite et avide était vrai, vous seriez bien au-dessous de la brute ; car la brute sait tout ce qu'on affirme que vous ne savez pas , et elle n'a besoin que de l'instinct pour le savoir.
Dieu ne vous a pas faits pour être le troupeau de quelques autres hommes. II vous a faits pour vivre librement en société comme des frères. Or, un frère n'a rien à commander à son frère. I^s frères se lient entre eux par des conventions mutuelles , et ces conventions c'est la loi , et la loi doit être respectée , et tous doivent s'unir pour empêcher qu'on ne la viole , parce qu'elle est la sauvegarde de tous , la volonté et l'intérêt de tous.
Soyez hommes : nul n'est assez puissant pour vous atteler au joug malgré vous ; mais vous pouvez passer la tête dans le collier , si vous le voulez.
Il y a des animaux stupides qu'on enferme dans des étables, qu'on nourrit pour le travail, et puis, lorsqu'ils vieillissent, qu'on engraisse pour manger leur chair.
H y en a d'autres qui vivent dans les champs en liberté , qu'on ne peut plier h la servitude , qui ne se laissent point séduire par des caresses trompeuses, ni vaincre par des menaces et de mauvais traitements.
Les hommes courageux ressemblent à ceux-ci : les lâches sont comme les premiers.
Comprenez bien comment on se rend libre.
Pour être libre, il faut, avant tout, aimer Dieu : car, si vous aimez Dieu , vous ferez sa volonté ; et la volonté de Dieu est la justice et la charité, sans lesquelles point de liberté.
Lorsque , par violence ou par ruse , on prend ce qui est à autrui ; lorsqu'on l'attaque dans sa personne; lorsqu'en chose licite on l'empêche d'agir
YAioLEs mm grotaut.
conuse fl TCiit, ov q[u*OD k force d*agir comme il ne veut pas ;' lorsqu'on viole son droit d'une manière quelconque, qu'esl-ce que cela? Une Injustice. Cest donc l'injustice qui détruit la liboié.
Si chacun n'aimait que soi et ne songeait qu'à sol, sans venir au secours des autres, le paufre serait obligé souvent de dérober ce qui est A autrui, pour vivre et faire vivre les siens; le feible serait opprimé par un plus fort, et cdul-ci par un autre encore plus fort; l'Iigustice régnerait partout. Cest donc la charité qui conserve la liberté.
Aimes Dieu plus que toutes choses, et le prochain comme vous-même , et la servitude disparaîtra de la terre.
Cependant ceux qui profitent de la servitude de leurs frères mettront tout en oeuvre pour la prolonger. Us emploieront pour cela le mensonge et la force.
Ils diront que la domination arbitraire de quelques-uns et l'esclavage de tous les autres est l'ordre établi de Dieu; et, pour conserver leur ^rannle, ils ne craindront point de blasphémer la Providence.
Répondei-leur que leur Dieu i eux est Satan, Tenneml de la race humaine ,' et que le v6tre est celui qui a vaincu Satan.
Après cela, ils déchaîneront contre vous leurs satellites; ils feront bâtir des prisons sans nombre pour vous y enfermer, ils vous poursuivront avec le fer et le feu , ils vous tourmenteront et répandront voire sang comme i*eau des fontaines.
Si donc vous n'êtes pas résolus à combattre sans relâche , à tout supporter sans fléchir , à ne jamais vous lasser, à ne céder jamais , gardez vos fers et renoncez à une liberté dont vous n*ètes pas dignes.
La liberté est comme le royaume de Dieu ; elle sou£Fre violence, et les violents la ravissent.
Et la violence qui vous mettra en possession de la liberté , n'est pas la violence féroce des voleurs et des brigands , l'injustice, la vengeance , la cruauté ; mais une volonté forte, infleiible, un courage calme et généreux.
La cause la plus sainte se change en une cause impie , exécrable, quand on emploie le crime pour la soutenir. D'esclave l'homme de crime peut devenir tyran , mais jamais il ne devient libre.
Seigneur, nous crions vers vous du fond de notre misère.
Comme les animaux qui manquent de pâture pour donner à leurs petits,
Nous crions vers vous , fldgnenr.
Comme la brebto à qui on enlèTe son
Nous crions vers vous , Seignear*
Comme la colombe que aalsit le vanloiar,
Nous crions vers vous , Seigneur»
Comme la gaxelle sous la grUfeduttgre,
Nous crions vers vous , Sdgneiir.
Comme le taureau épidsé de fotlgne et glanté par Paiguillon ,
Nous crions vers vous. Seigneur.
Conune Polsean blessé que le chien poorsnil ,
Nous crions vers vous., Sdgneur.
Comme l'hirondelle tombée de lassitude en Inversant les mers , et se débattant sur la vsigae.
Nous crions vers vous, Seigneur.
Gomme des vojageurs égarés dans nn désert kil|intetsanseau.
Nous crions vers vous , Seigneur.
Conune des naufragés sur une côte stérik ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme celui qui, i rheureoù la- nuit ae Ml, rencontre près d'un cimetière un speeCre liideut,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme le père à qui on ravit le morceau de psh qu'il portait i ses enfents affiunés.
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme le prisonnier que le puissant k|)Qitea jeté dans un cachot humide et ténébreux.
Nous crions vers vous , Se^neur»
Comme l'esclave déchhré par le fouet du méllrs,
Nous crions vers voui , Seigneur.
Gomme l'innocent qu'on mène au suppUce ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Gomme le peuple d'Israël dans la terre de senir tude,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Gomme les descendants de Jacob, dont le roi d'Egypte faisait noyer dans le Nil les, fils premiers-nés,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Gomme les douze tribus dont les oppresseurs augmentaient tous les jours les travaux, en retranchant chaque jour quelque chose de leur nourriture ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Gomme toutes les nations de la terre avant qu'eût lui l'aurore de la délivrance ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Gomme le Christ sur la croix , lorsqu'il dit : Mon Père, mon Père, pourquoi m'avez-vous délaissé?
Nous crions vers vous, Seigneur.
0 Père ! vous n'avez point délaissé votre Fils , votre Christ , si ce n'est en apparence et pour un moment ; vous ne délaisserez point non plus à jamais les frères du Christ. Son divin sang, qui les a rachetés de l'esclavage du prince de ce monde, les rachètera aussi de l'esclavage des ministres du prince
PAROLES D'UN CROYANT
de ce monde. Voyez leurs pieds et leurs mains percés , leur c6lé ouvert , leur tète couverte de plaies sanglantes. Sous la terre que vous leur aviez donnée pour héritage, on leur a creusé un vaste sépulcre, et on les y a jetés pèle-mèle , et on en a scellé la pierre d*un sceau sur lequel on a , par moquerie , gravé votre saint nom. Et ainsi , Seigneur, ils sont là gisants; mais ils n'y seront pas éternellement. Encore trois jours , et le sceau sacrilège sera brisé , et la pierre sera brisée , et ceux qui dorment se réveilleront ; et le règne du Christ , qui est justice et charité, et paix et joie dans FEsprit saint, commencera. Ainsi soit-il !
Tout ce qui arrive dans le monde a son signe qui le précède.
Lorsque le soleil est près de se lever , l'horizon se colore de mille nuances , et Torient parait tout en feu.
Lorsque la tempête vient, on entend sur le rivage un sourd bruissement, et les flots s'agitent comme d'eux-mêmes.
Les Innombrables pensées diverses qui se croisent et se mêlent a l'horizon du monde spirituel , sont le signe qui annonce le lever du soleil des intelligences.
Le murmure confus et le mouvement intérieur des peuples en émoi sont le signe précurseur de la tempête qui passera bientôt sur les nations tremblantes.
Tenez-vous prêts , car les temps approchent.
En ce jour-là il y aura de grandes terreurs , et des cris tels qu'on n'en a point entendu depuis les jours du déluge.
Les rois hurleront sur leurs trônes ; ils chercheroot à retenir avec les deux mains leurs couronnes emportées par les vents , et ils seront balayés avec elles.
J^es riches et les puissants sortiront nus de leurs palais , de peur d'être ensevelis sous les ruines.
On les verra, errants sur les chemins , demander •ux passants quelques haillons pour couvrir leur nudité , un peu de pain noir pour apaiser leur faim , et je ne sais s'ils l'obtiendront.
Et il y ^ura des hommes qui seront saisis de la soif du sang, et qui adoreront la mort , et qui voudront la foire adorer.
£t la mort étendra sa main de squelette comme pour les bénir , et cette bénédiction descendra sur leur cœur , et il cessera de battre.
Et les savants se troubleront dans leur science , d elle leur apparaîtra comme un petit point noir , quand se lèvera le soleil des intelligences.
Et , à mesure qu'il montera , sa chaleur fondra les nuages amoncelés par la tempête ; et ils ne seront
plus qu'une légère vapeur , qu'un vent doux chassera vers le couchant.
Jamais le ciel n'aura été aussi serein , ni la terre aussi verte et aussi féconde.
Et , au lieu du faible crépuscule que nous appelons jour , une lumière vive et pure rayonnera d'en haut comme un reflet de la face de Dieu.
Et les hommes se regarderont à cette lumière , et ils diront : Nous ne connaissions ni nous ni les autres ; nous ne savions pas ce que c'cstque l'homme. A présent, nous le savons.
El chacun s'aimera dans son frère , et se tiendra heureux de le servir ; et il n'y aura ni petits ni grands , à cause de l'amour qui égale tout, et toutes les familles ne seront qu'une famille , et toutes les nations qu'une nation.
Ceci est le sens des lettres mystérieuses que les Juifs aveugles attachèrent à la croix du Christ.
C'était une nuit d'hiver. Le vent soufflait au dehors , et la neige blanchissait les toits.
Sous un de ces toits, dans une chambre étroite, étaient assises, travaillant de leurs mains, une femme à cheveux blancs et une jeune fille.
Et , de temps en temps , la vieille femme réchauffait à un petit brasier ses mains pAles. Une lampe d*argile éclairait cette pauvre demeure ; et un rayon de la lampe venait expirer sur une image de la Vierge , suspendue au mur.
El la jeune flllc, levant les yeux , regarda en silence, pendant quelques moments, la femme à cheveux blancs; puis elle lui dit : Ma mère, vous n'avez pas été toujours dans ce dénuement...
Et il y avait dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables.
Et la femme à cheveux blancs répondit : Ma fille. Dieu est le maître : ce qu'il fait est bien fait.
Ayant dit ces mots, elle se tut un peu de temps; ensuite elle reprit :
Quand je perdis votre père , ce fut une douleur que je crus sans consolation : cependant, vous me restiez ; mais je ne sentais qu'une chose alors.
Depuis, j'ai pensé que, s'il vivait , et qu'il nous vit en cette détresse , son âme se briserait ; et j'ai reconnu que Dieu avait été bon envers lui.
La jeune fille ne répondit rien , mais elle baissa la tête; et quelques larmes, qu'elle s'cifbrçait de cacher, tombèrent sur la toile qu'elle tenait entre ses mains.
La mère ajouta : Dieu , qui a été bon envers lui , a été bon aussi envers nous. De quoi avons-nous manqué, tandis que tant d'autres manquent de tout?
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PAROLES mm OOTAIT.
n esl frai qB*il a MUa noua habUoer i peu , et, ce peu, le gagner par noire trafail; maia ce peu ne sofil-fl pas?et tout n'ont-ils pas été, dèa le commencement, condamnés à rirre de leur tra- Tail?
Dieu, dans sa bonté, noos a donné le pain de cbaqae jour ; et combien ne Font pas ! un abri , el combien ne saTcnt où se retirer !
Il TOUS a, ma fille, donnée i moi : de quoi me plaindrals-je?
A ces dernières paroles , la jeune fille, tout émue , tomba aux genoux de sa mère , prît ses mains , les baisa et se pencha sur son sein en pleurant.
Et la mère , ftûsant un effort pour élever la Toix : Ma fille, dit-elle , le bonheur n'est pas de posséder beaucoup , mais d'espérer et d'aimer beaucoup.
Notre espérance n'est pas ici-bas , ni notre amour non plus; ou, s'il y est, ce n'est qu'en passant.
Après Dieu , tous m'êtes tout en ce monde ; mais ce monde s'éTanouit comme un songe, et c'est pourquoi mon amour s'élère stcc tous tcts un autre monde.
Lorsque Je tous portais dans mon sdn, un Jour Je priai aTcc plus d'ardeur la Vierge Marie ; et elle m'apparut pendant mon sommeil , et il me semblait qu'sTcc un sourire céleste die me présentait un petit enfant.
Et Je pris l'enfont qu'elle me présentait ; et, lorsque Je le tins dans mes bras, la Tîerge-mère posa sur sa tète une couronne de roses blanches :
Peu de mois après tous naquîtes , et la douce TJsion était toujours devant mes yeux.
Ce disant , la femme aux cheveux blancs tressaillit et serra sur son cœur la jeune fille.
A quelque temps de là une âme sainte Tit deux formes lumineuses monter vers le ciel, et une troupe d*anges les accompagnait, et Tair retentissait de leurs chants d'allégresse.
Ce que vos yeux voient, ce que touchent vos mains, ce ne sont que des ombres, et le son qui frappe votre oreille n'est qu'un grossier écho de la voix intime et mystérieuse qui adore, et prie, et gémit au sein de la création.
Car toute créature gémit , toute créature est dans le travail de renfantement , et s'efforce de naître à la vie véritable , de passer des ténèbres à la lumière, de la région des apparences à celle des réalités.
Ce soleil si brillant , si beau , n'est que le vêtement , remblème obscur du vrai soleil qui éclaire et échauffe les âmes.
Cette terre si riche , si verdoyante , n'est que le p^lle suaire de la nature : caria nature, déchue
aussi. eatdeaeeBdue
betu; mais comme loi dkea aortin.
Sons eetle eoToloppe éfuisie d« Mrpa, fiosnasemblnènn Tojagcorfd, It But dns anime, Toitou ermt Toir des finttaes pamrr.
Le monde réel est ToOé pour TO«a. Cekd qà m retire au fond de lin-nème, ly «atrefoit dans le lointain. De aeerètet puiasaaeea» fil meillent en lui , se léTeittentunnoaient, un coin du Toile que le lempt reliai de ridée , et rceil bitérieur est ravi des BcrfeUes fA contemple.
Vous êtes assis au bord de roeéu de» Mics, mais TOUS ne pénétres point dans ses proiaDdairs. Vous marches le soir le long de It Bier, et tous ne Toyei qu'un peu dréeame^leflntJcMnawle riTage.
A quoi TOUS computral-je eaeore?
Vous êtes eoBune l'enfluil danaleaeia deanaln, attendant l'heure de sa naissance; comme nnaaela ailé dans le Ter qui rampe , a^irant à aordr de cBUe prison terrestre pour prendre Toln eaanr tvaks
cieux.
XXTU.
Qui est-ee qui se preasait antonr du Ornai paw entendre sa parole? Le peiqiki.
Qui esl-ee qui le suiTilt dans la monlagnset ks lieux déserts pour écouter ses enseignements? Le
peuple.
Qui Toulail le choisir pour roi ? Le peuple.
Qui étendait ses vêtements et jetait devant lui dei palmes en criant Hosannah , lors de son entrée k Jérusalem ? Le peuple.
Qui est-ce qui se scandalisait à cause des malades qu'il guérissait le jour du sabbat ? Les scribes et ks pharisiens.
Qui l'interrogeait insidieusement et lui tendait des pièges pour le perdre? Les scribes et les pharisiens.
Qui disait de lui : 11 est possédé ? Qui l'appelut un homme de bonne chère et aimant le plaisir? Les scribes et les pharisiens.
Qui le traitait de séditieux et de blasphémateur? qui se ligua pour le faire mourir? qui le crucifia sur le Calvaire entre deux voleurs?
Les scribes et les pharisiens, les docteurs de la loi, le roi Hérode et ses courtisans , le gouvemear romain et le prince des prêtres.
Leur astuce hypocrite trompa le peuple mèaK. lis le poussèrent à demander la mort de celui qui l'avait nourri dans le désert avec sept pains ,,qoi rendait aux infirmes la santé , la vue aux aTCUgles, l'ouïe aux sourds , et aux perclua l'naage de leurs membres.
PAROLES D'UN CROYANT
Hais Jésus, voyant qu'on avait séduit ce peuple comme le Serpent séduisit la femme, pria son Père, disant : Mon Père, pardonnez-leur; car ils ne savent pas ce qu*îls font.
Et cependant , depuis dix-huit siècles , le Père ne leur a pas encore pardonné, et ils traînent leur supplice par toute la terre , et par toute la terre Tesclave est contraint de se baisser pour les voir.
La miséricorde du Christ est sans exclusion. Il est venu dans ce monde pour sauver , non pas quelques hommes , mais tous les hommes ; il a eu pour chacun d'eux une goutte de sang.
Mais les petits, les faibles, les humbles , les pauvres , tous ceux qui souffraient , il les aimait d'un amour de prédilection.
Son cœur battait sur le cœur du peuple, et le cœur du peuple battait sur son cœur.
Et c'est là, sur le cœur du Christ, que les peuples malades se raniment , et que les peuples opprimés reçoivent la force de s'affranchir.
Malheur à ceux qui s'éloignent de lui , qui le renient ! leur misère est irrémédiable , et leur servitude éternelle.
On a vu des temps où l'homme , en égorgeant l'homme dont les croyances différaient des siennes , se persuadait offrir un sacrifice agréable à Dieu.
Ayez en abomination ces meurtres exécrables.
Comment le meurtre de Thomme pourrait -il plaire à Dieu , qui a dit à l'homme : Tu ne tueras point?
Lorsque le sang de l'homme coule sur la terre comme une offrande à Dieu , les démons accourent pour le boire, et entrent dans celui qui l'a versé.
On ne commence à persécuter que quand on désespère de convaincre; et qui désespère de convaincre , ou blasphème en lui-même la puissance de la vérité, ou manque de confiance dans la vérité des doctrines qu'il annonce.
Quoi de plus insensé que de dire aux hommes : Croyez ou mourez !
Li foi est fille du Verbe : elle pénètre dans les cœurs avec la parole , et non avec le poignard.
Jésus passa en faisant le bien , attirant à lui par sa bonté , et touchant par sa douceur les âmes les plus dures.
Ses lèvres divines bénissaient et ne maudissaient point , si ce n'est les hypocrites. Il ne choisit pas des bourreaux pour apùlres.
11 disait aux siens : Laissez croître ensemble, jusqu'à la moisson , le bon et le mauvais grain ; le père de famille en fera la séparation sur l'aire.
Et à ceux qui le pressaient de faire descendre le
TOXS II.
feu du ciel sur une ville incrédule : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes.
L'esprit de Jésus est un esprit de paix , de miséricorde et d*amour.
Ceux qui persécutent en son nom, qui scrutent les consciences avec l'épée, qui torturent le corps pour convertir Hme, qui font couler les pleurs au lieu de les essuyer ; ceux-là n'ont pas l'esprit de Jésus.
Malheur à qui profane l'Évangile , en le rendant pour les hommes un objet de terreur ! Malheur à qui écrit la bonne nouvelle sur une feuille sanglante!
Ressouvenez-vous des catacombes.
En ce temps-là , on vous traînait à l'échafaud , on vous livrait aux bêtes féroces dans l'amphithéâtre pour amuser la populace , on vous jetait à milliers au fond des mines et dans les prisons , on confisquait vos biens, on vous foulait aux pieds comme la boue des places publiques ; vous n*aviez , pour célébrer vos mystères proscrits , d'autre asile que les entrailles de la terre.
Que disaient vos persécuteurs? Ils disaient que vous propagiez des doctrines dangereuses ; que votre secte , ainsi qu'ils l'appelaient , troublait l'ordre et la paix publique ; que, violateurs des lois et ennemis du genre humain , vous ébranliez l'empire en ébranlant la religion de l'empire.
Et, dans celte détresse , sous cette oppression , que demandiez- vous? la liberté. Vous réclamiez le droit de n'obéir qu'à Dieu , de le servir et de l'adorer selon votre conscience.
Lorsque , même en se trompant dans leur foi , d'autres réclameront de vous ce droit sacré , rcspectez-le en eux , comme vous demandiez que les païens le respectassent en vous.
Respectez-le pour ne pas flétrir la mémoire de vos confesseurs, et ne pas souiller les cendres de vos martyrs.
La persécution a deux tranchants ; elle blesse a droite et à gauche.
Si vous ne vous souvenez plus des enseignements du Christ , ressouvenez-vous des catacombes.
Gardez soigneusement en vos âmes la justice et la charité, elles seront votre sauvegarde ; elles banniront d'au milieu de vous les discordes et les dissensions.
Ce qui produit les discordes et les dissensions, ce qui engendre les progrès qui scandalisent les gens de bien et ruinent les familles , c'est premièrement l'intérêt sordide , la passion insatiable d'acquérir et de posséder.
Conbattei donc tans cesse en tous cette passion qœ Satan y excite sans cesse.
^'emporterea^YOUs de tontes les' richesses que ▼Otts aarei amassées par de bonnes et de méchantes foies? Peu suffit à l*homme qui Tit si peu de temps.
Une autre cause de dissensions interminables, ce sont les mauvaises lois.
Or, il n'y a guère que de mauvaises lois dans le monde.
Quelle autre loi fnit-il A celui qui a la loi du Christ?
La loi du Christ est claire, elle est sainte, et il n'est personne , s'il a cette loi dans le cœur, qui ne se Juge lui-même aisément.
Écoutes ce qui m'a été dit :
Les enfants du Chnst, s'ils ont entre eux quelques dUKrends, ne doifent pas les porter derant les tribunaux de ceux qui oppriment la terre et qui la corrompent.
n'y a-t-il pas des Tieillards parmi eux ; et ces TMllards ne s<Ait-ils pas leurs pars, connaissant la justice et l'aimant?
Qu'ib aillent donc trouver un de ces vieillards, et quils lui disent : Mon père, nous n'avons pu nous accorder, moi et mon frère que voilà ; nous vous en prions. Jugez entre nous.
Et le vieillard écoutera les paroles de Yun et de Tautre , et il Jugera entre eux , et , ayant Jugé, il les bénira.
Et, s'ils se soumettent à ce jugement, la bénédiction demeurera sur eux : sinon , elle reviendra au vieillard qui aura jugé selon la justice.
Il n'est rien que ne puissent ceux qui sont unis, soit pour le bien, soit pour le mal. Le jour donc où vous serez unis sera le jour de votre délivrance.
Lorsque les enfants d*Israel étaient opprimés dans la terre d*Égypte , si chacun d'eux , oubliant ses frères , avait voulu en sortir seul , pas un n'aurait échappé ; ils sortirent tous ensemble , et nul ne les arrêta.
Vous êtes aussi dans la terre d'Egypte , courbés sous le sceptre de Pharaon et sous le fouet de ses exécuteurs : criez vers le Seigneur votre Dieu , et puis levez-vous et sortez ensemble.
Quand la charité se fut refroidie et que l'injustice eut commencé à croître sur la terre, Dieu dit à un de ses serviteurs: Va de ma part trouver ce peuple, et annonce-lui ce que tu verras ; et ce que tu verras arrivera certainement, à moins que, quittant ses voies mauvaises, il ne se repente et ne revienne à moi.
Et le serviteur de Dieu obéit à son commande-
PAROLES mm CROTAHT.
de la cendre svr tt tète, fl sTen alh tm eette mrilitude , et, élevant la voix, il disait :
Pourquoi hpritex-vous le Sefgaenr pov. votre perte ? quittez vos voies manvaiset ; rcpcatmm et revenez A lui.
Et ks uns , écoutant ces paroles , en étrieil touchés ; et les autres s'en moquaient, disant : Qui est cdui-d et que vientil noos dire? Qui Fa cinr|é de nous reprendre ? Cest un insensé.
Et voili, l'Esprit de Dien ttisît le prophète, et le temps s'ouvrit i ses yeox , et les sièdea pawlurt devant lui.
Et ,* tout à coup déchirant ses vêtements: Ainri, dit-il , sera déchirée la flmOle d'Adam.
Les hommes d'iniquité ont mesuré la lene ai cordeau ; ils en ont compté les habitanta , on compte le bétail : tête à tête.
Ils ont dit : Partageons-nous eela , let une monnaie A notre usage.
Et le partage s'est i^it, et chacun a pris ee qjul W était échu, et la terre et ses habitants sonldevenasli possession des hommes d'iniquité ; et, ae tous ensemble , ils se sont demandé : Combien notre possession ? et tous ensemble ont répondi: Trente deniers.
Et ils ont commencé A trafiquer entre em aice ces trente deniers.
Ily aeu des achats, des ventes, des troea;da hommes pour de la terre , de la terre poor dn hommes , et de For pour appoint.
Et chacun a convoité la part de l'autre , et ils se sont mis à s'entr'égorger pour se dépouiller mutndlement, et, avec le sang qui coulait, ils ont écritsar un morceau de papier : Droit ; et sur un autre : Gloire.
Seigneur, asse; ! assez !
En voilà deux qui jettent leurs crocs de fer sor un peuple. Chacun en emporte son lambeau.
Le glaive a passé et repassé. Entendez-vous ces cris déchirants ? ce sont les plaintes des jeunes épouses , et les lamentations âes mères.
Deux spectres se glissent dans l'ombre ; ils pa^ courent les campagnes et les cités. L'un , décharné comme un squelette , ronge un débris d'animal immonde ; l'autre a sous l'aisselle une pustule noire, et les chacals le suivent en hurlant.
Seigneur, Seigneur, votre courroux sera -t -H éternel ? votre bras ne s'étendra-t-il Jamais que pour frapper, épargnez les pères à cause des enfants. Laissez-vous attendrir aux pleurs de ces pauvres petites créatures , qui ne savent pas encore distinguer leur main gauche de la droite.
Le monde s'élargit , la paix va renaître , il y aura place pour tous.
Malheur ! malheur ! le sang déborde ; il entoure
la terre comme une ceinture rouge.
PAROLES D'UN CROYANT