VÉNÉRABLE FRÉRE, SALUT ET BETIÉOICTION APOSTOLIQUE
Nous avons reçu la lettre , témoignage de votre profond respect pour nous, avec laquelle vous nous avez envoyé celle qui nous a été adressée par notre cher fils F. de La Mennais. Nous avons lu celle-ci avec l'empressement le plus vif, dans la douce espérance que nous y trouverions ce que nous attendions de lui : des preuves plus évidentes de la foi sincère par laquelle il aurait ohéi pleinement et absolument à notre jugement, il pensait, il est vrai, en avoir donné une suffisante dans ce premier acte par lequel, aussitôt après la réce[)tion de notre lettre encyclique , il annonça publiquement que son Journal ne paraîtrait plus, et que VAgetice que Ton appelait Catholique était dissoute. C'est pourquoi il nous écrit qu*il a appris avec une profonde douleur, par notre lettre à notre vénérable frère Tarchevèque de Toulouse, que nous sommes encore efTrayé à cause des bruits ré[)andus dans le public, comme s*il persistait avec les siens dans ses anciennes entreprises , et s'efforçait de nous faire sentir Tamertume la plus \ive par une opposition obstinée à nos jugements.
Nous sommes vraiment étonne qu'il ait tenu ce langage. Nous avons eu , en effet , un juste et légitime sujet d'être allligé , nous vuyant trompé dans l'attente que nous avait inspirée ce premier acte que nous cousidérions comme un avant-coureur de déclarations qui montreraient clairement à l'univers catholique qu'il tient et professe fermement et fortement cette saine doctrine que nous avons exposée dans Uiitre lettre à tous h^s évùques de l'Eglise. Car, tandis que nous appelions ce résultat par nos vœux, il nous est parvenu une lettre du même de La Mennais , rendue publique par la voie des journaux ( Journal de La Haye , "i-l février 1833 , num. 16 ) , qui a nécessairement mis le comble à notre affliction , puisqu'elle montre clairement qu'il conserve et soutient encore entièrement les mômes principes qu'il soutenait auparavant, et que nous a.iuiis la coniliUicc qu'il couiiauinerait.
PIÈGES JUSTIFICATIVES
IJ porr6 lamentantibus nobis , altéra aubltè accessit ratio doloris , commentarlolum de poioniào Peregtinaiore (le Péienn polonais) plénum temeritatb ac malitî», in quo haud ifwum latet, quîdnam longo ac Tehementi sermone pnaftitus ftierit alter ex praecipuis ejus alumnia, quem anno superiore unà cum eodem ipso bénigne ftieramiis adloquutî. TflDdet Ter6 alia id genus plura percensere, quœ nbîque circumfèruntur , nosque admonent collaborari etiam nunc ad priora consUia , institur taque conflrmanda , quin aliquid è Lamenneio ipso scriptum editumque typis sit , quo c«rtè evincatur, hUà prorsùs ac per calunuiiam tôt tantaque de eodcm propaUm obtrudi.
Cseterùm id insuper gra?e admodùm extitlt nobis, quèil càm idem Lamenneins agnorerit, nostrara esse de iis pronundare , quse catlioUc» rei expédiant , se deinceps extraneum f6re , iisdem ad nos Utteris assenierit , ubi de Ecdesîà , deque religionis causa quœstio sit. Que enim b«c tendunt, venerabilis Frater , nisi ut se quidem supremam nostram auctorltatem rerereri, judicio autem , hâc in re, nostro , doctrinisque per nos traditis nondùm ol^ sequutum fuisse patefeciat ?
i)\im quidem onmia , ut alia multa pnetereamus , molestas nobis universam ,^ad h»c usquè tempera , tt'iiiiissimi hujus oegotii rationetn pcrpendentibus suspiciones injecère , causasque ingeminârunt qui- Lus ilia nos cura vehementer sollicitât.
\'erùmfâtemur cum gaudio : animes nuncaddunt uoI)is, nutantesque in bonam nos spem erigunt , quic Lamenneius iisdem litteris promitlit et spondct, se scilicet paratum esse omnia illa libenter sanctèque profiteri , quibus de filiali suâ obedientiâ certissimè convincamur. Flagitat idcircô, ut de verbis edoceatur , quibus propos! tum hoc suum possit apprimè declarare. Gui quidem postulalioni id unum rescribimus , ut scilicet doclrinam nostris encyclicis litleris traditam, quibus certè non nova prœcepta imperantur (dicimus cum Im?coce?îtio I, sanctissimo praîdccessore nostro ) , sed ea quœ apostolicâ et Patrum traditione sunlconstituta^ se unicè et absolulè sequi confirmet , nihilque ab illâ alicDum se aut scripturum esse autprobalurum.
llxc si testetur ipse , praestetque factis , plénum cei'lè erit gaudium nostrum. Ità enim fore confidimus , ut ademptum tandem videamus è domo Israël
Nous en gémissions amèrement , lonqu*! ce s^ek de douleur est Tenu t^entôt s'en Joindre un anlie, le llfredu Piierin poiamaiÊ, écrit plefai detéaiArite et de maKeei au coaunencenuiBt doquelQrtgnore pat tout ce qu*a dit longuement et afee lislence Fun de ses prindpaux disciplet que loii avions reçu , ainsi que lui , avec bonté Tannée évnière. Il serait trop long de faire le détail de plisieurs autres choses de ce genre, que Ton répnl partout , et qui nous avertissent que roa tnrailfccncore maintenant , avec concert , A étaUir ce qne ta avait projeté et entrepris, aàsa que de La lienMb ait rien écrit ou Aiit imprimer qui montre dTam manière certaine que c*est faussement et caloBuiah sèment que tant de choses d graves lui sont pnHh quement attribuées.
Au reste, ce qui noua a enoutre trèo-pénIfalewM affecté, c*estque,datts lalettrequll nona aadresséi^ après avoir reconnu qu*il nona appartient de fitnoncer sur ce qui est bon et utile à l*Église Uque , le même de La Mennais proteste quH à revenir totalement étranger aux questions qà intéressent réglise et la cause de la rdigioB,Aqisi tend cette protestation , véntoble Prère, ainsi i Aiire connaître dairf ment qu*ll est , à la véiÂé , pUi de respect pour notra autorité suprême , mais qrfm ^ ceci il ne s*est pmnt encore soumis à noire jugement et aux doctrines enseignées par nous t
Voilà , sans parler de beancoup d*ratrcs dbasés, ce qui , lorsque nous considérions avec attentîoa comment tout s'est passé jusqu'à présent dans ceUe déplorable affaire, nous a inspiré de pénibles soupçons , et a redoublé les motifs des vives inquiétudes que nous ressentons à cet égard.
Mais , nous l'avouons avec joie , nous retroufoos maintenant la confiance, et notre espérance se relève par la promesse que fait et l'engagement que prend de La Blennais , dans cette même lettre , d'être prêt à professer volontiers et religieusement tout ce qui peut nous convaincre avec une entière certitude de son obéissance filiale. Il demande , dans cette intention , qu'on lui indique en quels termes il peut le mieux exprimer cette résolution. A cela , bous ne répondons qu'une seule chose : c'est qu'il s'engage à suivre uniquement et absolument la doctrine exposée dans notre lettre encyclique , par laquelle (pouvons-nous dire avec kcmocESix I , notre trèssaint prédécesseur) nous n'imposons poini de nouveaux préceptes , mais ce gui a été établi par la tradition des apôtres et des Pères , et i ne rien écrire ou approuver qui ne soit conforme â celte doctrine.
S'il nous donne ce témoignage de ses sentiments, s'il les prouve par sa conduite , rien ne manquera à notre joie. Car nous avons la confiance qu'uuân
PIÈCES JUSTIFICATIVES
bpidem o(!^nsîonîs, omnesque saperc unanimes secundùiD scientîam , quae ex Deo est , aliquandd laetemur.
Tuam igitur reiigîonem, pietatem , fidem , compellamus, Tenerabîlis Frater, ut quâ ?ales prudentiâ, doctrine, graliâ, aucloritate, in tantum floem contendas , que studia , votaque haec nostra exitus nanciscantur secundissimos. Nostrae erga dilectum illum filium voluntatis interpretem te ad- •ciscimus : affecta ilium paterno complexuri hanc ab ipso consolationem omniom gratissimam praestolamur, ut, Patris amantissimi vocem alacriler sequutus , sit ipse caeteris etiam auctor ad ca dumtaxât magno animo et forti credenda , quibus eatholica fides , sanctitas morum , et publici ordinis incolumitas serventur, augeanturque in dies felicfùs.
Stimmè gloriosum sibi futurum meminerit viros imitari tùm sanctitate, tùm doctrine, tùm diguitale pnestantes, qui, si quidpiam à vero rectoque abso- Dum 8C protulisse agnoverunty Petri Damiani monitum sequuti , ad Petri tnagisierium libenter corrigendiaccesserunty probe gnari, teste S. Leone Magno , romanos pontifices , gratiam sibi paternae charitatis impensuros, diiectionemque non negare. Ht manifeslationem catholicae yeritatis expectent.
Humili intérim assiduâque prece à Pâtre luminum postulamus, palrocinio Virginia sanclissimae implorato, quae omnium mater est, domina, dux et magistra , ut voce tuâ virtutem assequutâ ex alto , tantum , et nobis , et Ecclesiae illatum fuisse gaudiom gratulemur. Quae ut è sentenliâ prospéré ac feUciter eyeniant , cœlestis praesidii auspicem apostolicam benedictionem tibi, Yenerabilis Frater, peramanter imperlimur.
Datum Romae apud S. Mariam Majorem, die 5 octobris 1833, pontificatûs nostri anno lil.
Gregokius pp. XVI.
nous ne verrons plus dans la maison d'Israël une pierre de scandale, et que nous nous réjouirons un jour de ce que tous, dans Funanimité des seiiliments , seront sages selon la science qui vient de Dieu.
C'est pourquoi, vénérable Frère, nous réclamons votre religion , votre piété, votre foi , pour que vous employiez à atteindre un but si important toute votre prudence, votre science, votre influence, TOtre autorité, afin que nos désirs et nos vœux soient suivis des plus heureux succès. Nous vous chargeons donc d'être, auprès de ce fils chéri , l'interprète de notre volonté. Disposé à l'embrasser dans notre affection paternelle , nous attendons de lui cette consolation, la plus douce de toutes , que , suivant avec empressement la voix d'un père plein de tendresse, il porte lui-même les autres à ne croire et à ne soutenir avec courage et avec force que ce qui peut maintenir et accroître plus heureusement, de jour en jour, la foi catholique, la sainteté des mœurs, et la conservation de l'ordre public.
Qu'il se souvienne qu'il lui sera infiniment glorieux de suivre l'exemple d'hommes éminents par leur sainteté , leur science ou leur dignité , qui , <1ès qu'ils reconnurent qu'ils avaient avancé quelque chose de faux ou d'inexact , recoururent y suivant le conseil de Pierre Damien , à renseignement de Pierre, disposés à être volontiers redressés par /m; sachant bien , d'après le témoignage^ de saint Léon-le-Grand , que les pontifes romains leur accorderaient la grâce d'une charité paternelle, et qu'ils ne refusent point leur tendresse, même lorsqu'ils attendent encore la manifestation de sentiments conformes à la vérité catholique.
Cependant, après avoir imploré la protection de la très-sainte Vierge , mère , souveraine , guide et maîtresse de tous les hommes , nous demandons , par une prière humble et continuelle, au Père des lumières , que , votre voix ayant reçu la force d'en haut, nous ayons à nous féliciter d'un si grand sujet de joie procurée à nous et à l'Église. Afin qu'il en soit ainsi, et que le succès soit heureux et selon nos désirs , nous vous donnons avec un tendre amour , vénérable Frère , notre bénédiction apostolique comme l'annonce de la protection divine.
Donné à Rome , près Sainte-Marie-Majeure , le 5 octobre de l'an 1833, l'année troisième de notre pontiflcat.
Grégoire XVI, pape.
GdO
PIÈGES JUSTIFICATIVES
DILECTO FILIO F. LAyElfNIO,
GREGORIUS PP. XYI.
MLECTCriLI, SALUTSHBT AVOtTOLlGAMBWmCTIOlllM.
Quod de tuâ in nos et apostolîcam sedeA fid« pollicebamur nobis , Id demùm te peragitse ]»U conspeximns humili simplicique declaratione, qnam per feoerabilem fratrem DMtrum BartkolomMm , cardinalem eptscopomOstieilkem, ad nos perferendam cnrasti. Benediximus quidem Patri lumiauin , ■ à qiio est taola base consolatîo , quam verè didmus cum Psalmistâ secundàm mmliiimdmêm doiorum helUicasse animam nostran.
Patera» bine charitatis Tiscera , affectu quo possumus maximo, dilatamus ad te, dîlecte FUi, ofaoteaqiie ia Domino gralulamur tibi ?eram nanc et plenam pacem indepto, ex illiusliberalitate qui salvat humiles spiridi , et eos repeilit qui secundùm elemcnla mundi sapiunt, non secundùm scientiam qusc ex ipso est. Hacc quippè illuslrior, hxc vera vicloria est qua* vincit muiulum , pcrenncmquc luo iMminj glorîam pariet, nnllis te humanis rationibiis abdiictum , nulldquc insidianliiim hostium macliinationc detentum , eo duntaxat contendisse , quo parenlis amanlissimi voces , ex ?eri honestique praîscripto, arccsserunt.
A MOTBB CMWÊL WOM P.- DE LA UDOUB,
GEÉGOIBE PAPE XVI* DU NOM
Perfie igitur , dilecte Fili , hisce virtulis , docililatis , fideique itineribus laeta id genus Ecclesise exhibere ; eAque ipsâ , quâ praeslas, ingenii, ac scientiae laude connitere , ut cscteri etiam , ex traditd nostris encyclicis litteris doctrinà, idem sentiant ac testentur unanimes. Magnus quidem (jaudio noslro jàm ex eo cumulus accessit , quèd illico curaveris , ut declaralionem , quam acccpimus , ederet de câ re probalissimam dilectus filius Gerbetius, aller ex tiiis alumnis, quem idcirco nostrd hàc epistolâ volumus pra;cipnè commcndalum.
At dissimulare baud Pas est , inimicum hominem supersominaturum adhiic esse zizania. Attamcu ,
CBiR ms, êàLû^ift BUMcnoa Avotrouflai-
Ce quenonf ooua pfomettîQiis de Tofre tàSEÊi envers nous et le siège, «pottolîqiie, nowvQiiii avec joie que vous Favei Hall enfin pnr une didn* tion humble et simple que vons avex pris aoiaià nous transmettre par notre vénérable firère BartUlemi, cflrdînal évéque' d*Ostie. Nous avons bérik Père des lumières i duquel nous vient cette si gmfc consolatioa, qui, nous le disons vraiment aiwle Psalmiste, ar^ouinotreânieeaiproiwrfftMdlfli multitude éa noê nhuieurê»
Ainsi les entrailles de notre charité-patenclk, cher Fils 9 s\>Hvrent pour vous avec toute la Iradresse possible , et nous vous félicitons dans k Seigneur de vous être procuré une paix véritable et entière par les dons de celui qui sauve les humilies d'esprit, et qui repousse ceux dont la sagesse est selon les principes du monde et non selon la science qui vient de lui. Car la plus illustre et la véritable victoire qui triomphe du monde , et qui attirera h votre nom une gloire éternelle , c'est que vous ne vous soyez point laissé détourner par des considérations humaines , et par des embûches et des machinations ennemies, et que vous ayez fait tons vos efforts pour arriver là où vous appelait la voii du père le plus tendre, d'après les règles de la sagesse et de la vérité.
Continuez donc , cher Fils , à procurer à TÉglise de pareils sujets de joie dans les routes de la veito, de la docilité et de la foi , et employez les dons du talent et du savoir que vous possédez si émineBiment, pour que les autres pensent et parlent unanimement suivant la doctrine tracée dans notre encyclique. Notre joie se trouve déjà fort accrue par les soins que vous avez pris pour que notre fils Gerbet, un de vos disciples, donnât surce sujet une louable déclaration que nous avons reçue ; nous voulons, en consétiuence , qu'il trouve ici un témoignage particulier de notre bienveillance.
11 ne faut point dissimuler que Thomme ennemi sèmera encore la zizanie. Cependant , courage, rh<rr
macte animo , Fili , sanctique proposili teDax , eo fidenter te recipias, ti^t universis murus est y inclamât S. Innocentius pontifex, ubi securitas j ubi portusexpers flucluum, ubibonarum thésaurus innumerabilmm, Ibi siquidem ad petram consi* stens, quae Christus est, praeliaberis strenuè ac tutô pnelia Domini, ut sana ubiqiiè doctrina fioreat, nullisqne novitatum commeDtis hoDestîssimo quovis praetextu conYeetis cathoHca pax perturbetur.
Finem hic facimus epistol» , quam noslrse erga te ToluDtatis testem mîttimus ; id porrè unum ab omnium booorum largitore Deo impensissimè efflagilamus , ut , exorante Virgine sanclissimâ , quae in tetemmâ temporum asperitate spes nostra est, dux et magistra, confirmet ipse opus, quod operatus est, tantique praesidii auspicem apostolicam libi benedictionem amantissimè impertimur.
Datum Romae apud S. Petrum, die S8 decembrb MDCCCXXXIII , pontificatûs nostri anno III.
Fils, et, ferme dans votre sainte résolution, réfugiez- ?ous avec confiance là où , comme le proclame le pape saint Innocent, est un rempart pour tous; là où est la sécurité ^ un port à Vabri des flots y un trésor de biens sans nombre. Là , attaché à la pierre qui est Jésus-Christ, vous livrerez avec courage et sûreté les combats du Seigneur, afin que la saine doctrine fleurisse partout, et que la paix catholique ne soit troublée par aucune nouveauté ni aucun système, colorés même des plus séduisants prétextes.
Mous mettons ici fin à cette lettre, que nous vous envoyons comme un témoignage de nos intentions pour vous. Nous ne demandons qu'une chose à Dieu qui dispense tous les biens , et c*est Tobjet de nos plus ardentes prières : c'est que , par Tintercession de la très-sainte Vierge , qui est notre espérance , notre guide et notre mal tresse dans les jours de difficultés et d'orages , il confirme ce qu'il a fait ; et, comme un présage d*un si puissant secours , nous vous donnons de tout notre cœur notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 28 décembre 1833, Tan troisième de notre pontificat.
EPISTOLA ENCYCLICA