LIVRE DU PEUPLE
Toutes choses ne sont pas en ce monde comme elles dcYraient être. Il y a trop de maux et des maux trop grands. Ce n'est pas là ce que Dieu a ?oulu.
Les hommes , nés d'un même père , auraient dû ne former qu'une seule grande famille , unie par le doux lien d*un amour fraternel. Elle eût ressemblé, dans sa croissance, à un arbre dont la tige produit , ens'élevant, des branches nombreuses, d'où sortent des rameaux, et de ceux-ci d'autres encore, nourris de la même sève , animés de la même vie.
Dans une famille, tous ont en vue l'ayantage de tous , parce que tous s'aiment et que tous ont part au bien commun. Il n'est pas un de ses membres qui n'y contribue d'une manière diverse , selon sa force , son intelligence , ses aptitudes particulières. L'un fait ceci, l'autre cela ; mais Faction de chacun profite à tous , et l'action de tous profite à chacun. Qu'on ait peu ou beaucoup, on partage en frères. Nulles distinctions autour du foyer domestique. On n'y voit point ici la faim à côté de l'abondance. La coupe que Dieu remplit de ses dons, passe de main en main , et le vieillard et le petit enfant , celui qui ne peut plus ou ne peut pas encore supporter la fatigue, et celui qui revient des champs le front l>aigné de sueur, y trempent également leurs lèvres. Leurs joies, leurs souffrances, sont communes. Si l'un est infirme, s'il tombe malade, s'il devient, avec l'âge , incapable de travail , les autres le nourrissent et le soignent , de sorte qu'en aucun temps il n'est abandonné.
Point de rivalités possibles quand on n'a qu'un même intérêt, point de dissensions dès-lors. Ce quj
enfante les dissensions, la haine, l'envie, c'est le désir insatiable de posséder plus et toujours plus , lorsque l'on possède pour soi seul. La Providence maudit ces possessions solitaires. Elles irritent sans cesse la convoitise et ne la satisfont jamais. On ne jouit que des biens partagés.
Père , mère, enfants , frères , sœurs, quoi de plus saint, de plus doux que ces noms? et pourquoi y en a-t-il d'autres sur la terre?
Si ces liens s'étaient conservés tels qu'ils furent originairement , la plupart des maux qui affligent la race humaine lui seraient restés inconnus, et la sympathie eût allégé les maux inévitables. Les seules larmes dont l'amertume soit sans mélange, sont celles qui ne tombent dans le sein de personne, et que personne n'essuie.
D'où vient que notre destinée est si pesante , et notre vie si pleine de misères ? Ne nous en prenons qu'à nous-mêmes. Nous avons méconnu les lois de la nature, nous nous sommes détournés de ses voies. Celui qui se sépare des siens pour gravir sans aide entre les rochers, ne doit passe plaindre que le voyage soit rude.
« Regardez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment ni ne moissonnent, ni ne rassemblent en des greniers, et le Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas d'un plus grand prix qu'eux ? »
11 y a place pour tous sur la terre, et Dieu Ta rendue assez féconde pour fournir abondamment aux besoins de tous. Si plusieurs manquent du nécessaire , c'est donc que l'homme a troublé l'or drc établi de Dieu ; c'est qu'il a rompu l'unité de la famille primitive ; c'est que les membres de cette famille sont devenus premièrement étrangers les ^ns aux autres , puis ennemis les uns des autres.
LE LIVRE DU PEUPLE
II s'est formé des multitudes de socîélét particulières, (le peuplades, delribus,de nations, qui. au lieu de se tendre la main , de s'oider mutuellemeut, n'ont songé qu'à se nuire.
Les passions mau*3ities, et ]'ègo)sine d'ofi elles naissenl toutes, ont armé les Frères contre les frères. Chacun o cbcrcbé son bien aux dépens d'autrui. La rapine a banni la sérurilé dn monde , la guerre l'a dévasté. On s'est dispute avec fureur les lambeaux sanglants de l'hérilage commun. Or, quand la Force destinée au travail qui produit esl presque luul entière employée h détruire; quand l'incendie, le pillage , le meurtre , marquent sur le sol le passage deThomme; que la conquête intervertit les rapports naturels entre chaque population et l'élendue du territoire qu'elle occupe et peut cultiver ; (juc des obstacles sans nomtire interrompent ou entraTent les communications d'un pays à l'autre, et le liiire écliange de leurs productions : comment des désordrcsaussi profonds n'en tralneraicDt-ils pas des soufrraocis égulemenl profondes?
l^s nations ainsi <ti>isées entre elles, cbwjue nation s'est encore divisée en elle-même. Quelquesuns sont venus qui ont proféré celte parole impie : A nous tlo comiDander el de ^oiivernËr; les autres ne doivent qu'obéir.
Ih ont fait les luis pour leur avantage, et les ont inainleaues par la force. D'un cùté , le pouvoir , les richesses, les jouissances; de l'autre, toutes les charges de la société.
En certains temps et certaîu-S piij s , l'tiumnic est devenu propriété de l'homme ; on a traliqué de lui , on l'a vendu , acheté comme une bêle de somme.
En d'autres pays et d'autres temps, sans lui Ater sa liberté, on a fait en sorte que le fruit de son travail revint presque en entier à ceux qui le tenaient sous leur dépendance. Mieux eût valu pour lui un complet esclavage. Car le maitrc au moins nourrit, loge , vët son esclave , le soigne dans ses maladies, à cause de l'intérêt qu'il a de le conserver. Mais celui qui n'appartient à personne , on s'en sert pendant qu'il y a quelque proHl à en tirer, puis on li; laisse là. A quoi est-il bon lorsqm? l'âge et le labeur ont usé ses forces? à mourir de fuini et de froid au coin de la rue. Encore son aspect choquerait-il ceu\ qui ont toutes les joies de la vie. l'eut-étre leur dirait-il quand ils paasrnt : Un morceau de pain j)OUr l'amour de Dieu ! Cela serait importun à entendre. On le ramasse donc et on le jette dans un de ces lieux immondes, de ces depuis de mendicité. comme on les appelle, qui sont comme rentrée de la voirie.
Partout l'amour excessif de soi a étouffé l'amour des autres. Des Frères ont dit à leurs frères : Kous ne sommes jias de même race que vous. Notre sang
est plus pur, nous ne voulons pas le mtler aTK le vdlre. Vous et vos enfants , vous êtes à jamais destinés à nous servir.
Ailleurs, on a établi des distinctions fondées, non sur la naissance , mais sur l'argent.
^lue possède! -vous? — Tant. — Asseyei-vou» au banquet social : la table esl drt'ssée pour vous. Toi qui n'as rien , retire-toi. Est-ce qu'il y a une patrie pour le pauvre 7
Ainsi la fortune a marqué les rangs, détermiDé les classes. On a eu des droits de toute sorte, paret qu'on était riche; le privilège exclusif de prendre part à l'administration des affaires de tous , c'rsl-âdire, de faire ses propres affaires aux dépens de tous, ou de presque tous.
Les prolétaires, ainsi qu'on les nomme avec un superbe dédain , affranchis individuellement , ont été, en masse, la propriété de ceux qui règlent les relations entre les membres de la soclélc. le mouvement de l'industrie, les conditions du travail, tM prix et la repartition de ses l^uils. Ce qu'il Iriirt plu d'ordonner , on l'a nommé loi , et les lois n'onl été pour la plupart que des mesures d'inlér*! priré, des moyens d'augmenter et de perpétuer la dooi' nation el les abus de la ilomiaaiîon du pclil nunilirt sur le plus grand.
Tel est devenu le monde lorsque le lien de li fraternité a été brisé. Le repos, l'opulence, ImuIu avantages pour les uns; pour le« autres, la fatigue, h misère , el une fosse au bout.
Ceux-là Formeul, sous différents noms, les claswi supérieures, les classes élevées; de ceux-ci se compose le peuple.
Vous (tes peuple : sachez d'abord ce que c'ol que le peuple.
Il y a des hommes qui, sous le poids du jour, tans cesse exposés au soleil, â la pluie, au vent, i louie* les intempéries des saisons, labourent la terre, imposent dans sou sein, avec la semence qui fructifiera, une portion de leur force et de leur »ie, et eu obtiennent ainsi, à la sueur de leur front, la nourriture nécessaire à tous.
Ces hommes-là sont des hommes du peuple.
D'autres exploitent les Forêts , les carrières, lei mines, descendent à d'immenses profondeurs, dans les entrailles du sol, afin d'en extraire le sel, b bouille, le minerai, tous les matériaux indispe»sables aux métiers, aux arts. Ceux-ci , comme les premiers, vieillissent dans un dur labeur, pour procurer à tous les choses dont tous ont besoin.
Ce sont encore des hommes du peuple.
D'autres fondent les métaux , le» façonnent, leur
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doDDeiit les formes qui les rendent propres à mille usages ?ariés ; d'autres trayaillent le bois ; d'autres Usseul la laine, le lin, la soie, fabriquent les étoffes diverses ; d'autres pourvoient de la même manière aux différentes nécessités qui déri?ent, ou de la nature directement , ou de l'état social.
Ce sont encore des hommes du peuple.
Plusieurs , au milieu de périls continuels , parcourent les mers , pour transporter d'une contrée i l'autre ce qui est propre à chacune d'elles, ou luttent contre les flots et les tempêtes sous les feux des tropiques comme au milieu des glaces polaires, soit pour augmenter par la pèche la masse commune des subsistances, soit pour arracher à l'Océan une multitude de productions utiles à la vie humaine.
Ce sont encore des hommes du peuple.
Et qui prend les armes pour la patrie, qui la défend, qui donne pour elle ses plus belles années, et ses Teilles et son sang? qui se dévoue et meurt pour la sécurité des autres , pour leur assurer les tranquilles jouissances du foyer domestique, si ce n'est les enfants du peuple?
. Quelques-uns d'eux aussi, à travers mille obstacles, poussés, soutenus par leur génie, développent et perfectionnent les arts, les lettres, les sciences, qui adoucissent les mœurs, civilisent les nations , les environnent de cette splendeur éclatante qu'on appelle la gloire, forment enfin une des sources , et la plus féconde , de la prospérité publique.
Ainsi, en chaquepays, tous ceux qui fatiguent et qui peinent pour produire et répandre les productions, tous ceux dont l'action tourne au profit de la communauté entière , les classes les plus utiles à son bien-être , les plus indispensables à sa conser- Tation, voilà le peuple. Otez un petit nombre de privilégiés ensevelis dans la pure jouissance, le peuple c'est le genre humain.
Sans le peuple nulle prospérité , nul développement , nulle vie ; car point de vie sans travail , et le travail est partout la destinée du peuple.
Qu'il disparât soudain , que deviendrait la société? Elle disparaîtrait avec lui. 11 ne resterait que quelques rares individus dispersés sur le sol, qu'alors il leur faudrait bien cultiver de leurs mains. Pour ▼ivre, ils seraient immédiatement obligés de se faire peuple.
Or , dans cette société presque uniquement composée du peuple , et qui ne subsiste que par le peuple, quelle est la condition du peuple ? que fait-elle pour lui ?
Elle le condamne à lutter sans cesse contre des multitudes d'obstacles de tout genre qu'elle oppose à l'amélioration de son sort, au soulagement de ses maux ; elle lui laisse i peine une petite portion
du fruit de ses travaux ; elle le traite comme le laboureur traite son cheval et son bœuf, et souvent moins bien ; elle crée , sous des noms divers , une servitude sans terme et une misère sans espérance.
Si l'on comptait toutes les souffrances que, depuis des siècles et des siècles , le peuple a endurées sur la surface du globe , non par une suite des lois de la nature, mais des vices de la société, le nombre en' égalerait celui des brins d'herbe qui couvrent la terre humectée de ses pleurs.
En sera-t-il donc toujours ainsi?
Cette multitude est-elle destinée à parcourir perpétuellement le cercle des mêmes douleurs ? N'at-elle rien à attendre de l'avenir? Sur tous les points de la route tracée pour elle à travers le temps, ne sortira-t-il jamais de ses entrailles qu'un lamentable cri de détresse? Y a-t-il en elle ou hors d'elle quelque nécessité fatale qui doive jusqu'à la fin lui interdire un état meilleur? Le Père céleste l'a-t-il condamnée à souffrir également toujours?
Ne le pensez pas ; ce serait blasphémer en vousmême.
Les voies de Dieu sont des voies d'amour. Ce qui vient de lui , ce ne sont pas les maux qui affligent ses pauvres créatures, mais les biens qu'il répand autour d'elles avec profusion.
Le vent doux et tiède qui les ranime au printemps est son soufiBe, et la rosée qui les rafraîchit durant les feux de l'été est sa moite haleine.
Quelques-uns disent : Vous êtes , en naissant , destinés au supplice ; ici-bas , votre vie n'est que cela et ne doit être que cela. Mais le supplice , ce sont eux qui .le font; et, parce qu'ils ont fondé leur bien à eux sur le mal des autres , ils voudraient persuader à ceux-ci que leur misère est irrémédiable , et qu'essayer seulement d'en sortir serait une tentative aussi criminelle qu'insensée.
N'écoutez pas cette parole menteuse. La félicité parfaite, à laquelle tout être humain aspire , n'est pas , il est vrai , de ce monde. Vous y passez pour atteindre un but , pour remplir des devoirs , pour accomplir une œuvre ; le repos est au delà , et c'est maintenant le temps du travail. Ce travail néanmoins , selon le dessein de celui qui l'impose, n'est point un châtiment continuel à subir; mais, autant que le permet l'effort qu'il nécessite , un bien réel quoique mélangé, un commencement de la joie qui , dans sa plénitude , en est le terme.
Nous ressemblons au laboureur ; il sème à l'entrée de l'hiver et ne recueille qu'en automne. Tou^ tefois sa fatigue est-elle sans douceur , et le con-
],K LIVllIC DU PElil'LE.
li^ntement ne gerrac-l-il pas atcc tV»|>érance dans ht!» aillons ?
Ij misL'ie , qu'on vous ilit 61re imméiJiuliIe , Tt)u« RTfE, au contraire, à y rt^mëilier. El , pui^iue l'obgtack n'»t pas dans la nature, mais dans les lioaimes , tous le pourrez silAt i|ue vous le vouilrcz; rar ceux dont l'intérêt, Ici qu'ils le comprennent l'ausscmetil , sersil de vous en cin|i£eher , que ionlils près de cous ? quelle est leur Force ? Vous èhx cent contre chacun d'eus.
Si jusqu'ici TOUS n'avcï recueilli que si peu de truit de vos efforts , nomment s'en étonner ? Vous aviei! en main ce qui reuferse, vous n'aviez pas dans le cœur ce qui fonde. La justice vous a raanijué quelquefois ; la charité , toujours.
Vous aviez à dëFendrc votre droit : vous avez ou l'on a soufent attaqué en votre nom le droit d'autrui. Vous aiicz i établir la fraternité sur la lerre , le règne de Dieu et le régne de l'amour : au liuu de cela , chacun n'a pensé qu'à soi , chacun n'a eu en vue que son intérêt propre. La haine et l'vnvie vous ont animés. Sondez votre âme , et presque loua vous j trouverez celle pensée secrète : Il Je travaille et je souffre , celui-là est oisif et regorge de jouissances. Pourquoi lui plutAt que moi '! « El le désir que vous nourrissez serait d'*tre ù sa jilacc , pour vivre comme lui et agir comme lui.
Or , ce ne serait pas là détruire le mal , mais le jKrrpétuer. Le mal est dans l'injustice , et non eu ce que ce soit celiii-ei plutôt que celui-là qui profite de l'injustice.
Voulez-vous réussir? faites ce qui est Luu par de bons moyens. Ne confondez pas la Force <iiic diligent la justice et la charité avec la violence brutale et féroce.
Voulez-vous réussir? pensez à vos frères autant qu'à vous. Que leur cause soit votre cause, leur l)iea votre bien , leur mal voire mal. Ne vous voyez vous-mêmes et ne vous sentez qu'en eux. Que votre insouciance se transforme en sympathie profonde, et votre égolsme en dévouement. Alors vous ne se- )'i:z plusdes individus dispersés dont quelques-uns, mieux unis, font tout ceifu'ils veulent. Vous serez liij , et , quand vous serez un , vous serez tout ; et qui, désormais, s'interposera entre vous et le but que vous voulez atteindre? Isolés à présent parce que chacun ne s'occupe que de soi , de ses fins personnelles , on vous oppose les uns aux autres, un vous raailriaeles uns par les autres : quand vous n'aurez qu'un iutépêt , une volonté, une action commune , où est la force qui vous vaincra ?
Hais comprenez bien quelle tâche est la vàlre , sans quoi vous échoueriez toujours.
Ce n'est point de vous faire individuellement un son meilleur, car La masse resterait ^Balemcni
souffrante , et rien ne serait chanf^ ^ant Itmoutê. Le bien et le mal y subsistera icul en même propor lion ; ils y seraient seulement, quant aux pcrsooott, distribués différemment. L'un monterait, l'auln descendrait, et ce serait tout.
Ce n'est point de substiluer une dominatieui une autre domination. Qu'importe qui domine' Toute domination implique des classes dislinrtet, par conséquent des privilèges , par consé(|ueDt m assemblage d'inlérMs qui se comliatteDl , et . ci vertu des lois faites par les classes élevées poof s'assurer les avantages de leur position supérieure, le sacritice de tous ou de presque tous à quelque*uns. Le peuple est comme l'engrais de la lerrt M elles prennent racine.
A'otre tâche, la voici ; elle est grande. Vous avti à former la famille universelle , à consiruire IsOtl de Uien , i réaliser progressivement , par un travd ininterrompu , son œuvre dans l'humanité.
Lorsque , vous aimant les uns les autres coniK des frères, vous tous traiterez muiuellcinent <■ frères ; que chacun , ebrrcbant sou bien dans Ie bien de loua , unira sa vie à la vie de tous , ses intéréis à l'intérêt de tous, prêt sans cesse IseJé^ vouer pour tous les membres de l« commuoe fr mille , également prêts eux-mêmes à se dévoua pourlui, la plupart des maux sous le poids desqudi gémit la race humaine disparallroot , comme is vapeurs qui chargent l'huritou se dissipent SD teir du soleil; et ce que Dieu veut s'accomplira, carti volonté est que l'amour uuinsani peu à peu ,d'uo[ manière toujours plus intime, les éléments rp«r> de l'humanité, et les organisant en un seul eorpi, elle soit une comme lui-même est un.
Vous connaissez maintenant le 1ml où vous ilf'n tendre. La nature vous dirige vers lui , vous presK incessamment de l'atteindre, en vous inspirant k désir invincilde d'être délivrés des maux qui it toutes parts vous assiègent, le désir d'un état msl' leur, et qui ne peut être meilleur pour vous qu'A ne le soit aussi pour vos frères. Ainsi , en travailtant pour eux, vous travaillerez pour vous; H vous ne pouvez travailler avec fruit pour ««it, qu'en travaillant pour eux avec un amour que rica
Ce n'est pas tout, cependant, de conDallre le but que vous a marqué le Créateur ; il est nécessaire de savoir encore parqueU moyens vous y parviendret. sans quoi vos elforts seraient stériles. l'aiitTcs roya geurs fatigués, vous aspirez au gîte du soir; aypi'enez-en la route.
Je vous dirai toute la venté, ihirce ipic c'est rlli'
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qui sauve. Il y en a qui croient bon de la violer : ce sont ou des imposteurs, ou des timides que Dieu effraie ; car la vérité c'est Dieu même , et la voiler c*est voiler Dieu.
La sagesse qui préside â la vie humaine et Tempèche d'errer au hasard , consiste dans la connaissance et dans la pratique des vraies lois de rhumanité ; et l'ensemble de ces lois, dont se compose l'ordre moral , est ce qu'on appelle droit et devoir.
Plusieurs ne vous parlent que de vos devoirs; d'autres ne vous parlent que de vos droits. C'est séparer dangereusement ce qui de fait est inséparable. Jl faut que vous connaissiez et vos devoirs et vos droits , pour défendre ceux-ci , pour accomplir ceux-là. Jamais vous ne sortirez autrement de ▼Dire misère.
Le droit et le devoir sont comme deux palmiers qui ne portent point de fruit s'ils ne croissent à côté l'un de l'autre.
Votre droit c'est vous , votre ?ie , votre liberté.
Est-ce que chacun n'a pas le droit de vivre, le droit de conserver ce qu'il tient de Dieu?
Est-ce que chacun n'a pas le droit d'exercer sans obstacle et de développer ses facultés tant spirituelles que corporelles , afin de pourvoir à ses besoios, d'améliorer sa condition, de s'éloigner toujours plus de la brute , et de s'approcher toujours plus de Dieu?
Est-ce qu'on peut justement retenir un pauvre être humain dans son ignorance et dans sa misère , dans son dénûment et son abaissement, lorsque ses efforts pour en sortir ne nuisent à personne, oa ne nuisent qu'à ceux qui fondent leur bienêtre sur l'iniquité en le fondant sur le mal des antres?
La colère de ces hommes mauvais , lorsque le flilble secoue des chaînes qui l'étreignent , n'est-ce pas la colère de la béte féroce contre sa victime qui se débat? Et leurs plaintes, ne sont-ce pas les plaintes du vautour à qui sa proie échappe?
Or, ce qui est vrai de chacun est vrai de tous. Tons doivent vivre , tous doivent jouir d'une légitine liberté d'action , pour accomplir leur fin en se développant et se perfectionnant sans cesse. On doit donc mutuellement respecter le droit les uns des autres , et c'est là le commencement du devoir, la justice.
Mais la justice ne suffirait pas aux besoins de l'humanité. Chacun , sous son empire , jouirait , à la ▼érité, pleinement de son droit, mais resterait isolé dans le monde, privé des secours et de l'aide perpétuellement nécessaires à tous. Un homme manquerait-il de pain , on dirait : « Qu'il en cherche ; est-ceque je l'en em]»/cbe? Je ne lui ai point enlevé
ce qui était à lui. Chacun chez soi et chacun pour soi. » On répéterait le mot de Caïn : <( Suis-je chargé de mon frère? » La veuve, l'orphelin , le malade, le faible, seraient abandonnés. Nul appui réciproque, nul bon office désintéressé. Partout l'égoïsmeet l'indifférence. Pins de liens véritables, plus de souffrances ni de joies partagées, plus de respiration commune. La vie, retirée au fond de chaque cœur , s'y consumerait solitaire, comme une lampe dans un tombeau , n'éclairant que les débris de Thomme ; car un homme sans entrailles , dénué de compassion, de sympathies, d'amour, qu'est-ce autre chose qu'un cadavre qui se meurt ?
Et, puisque nous avons besoin les uns des autres, de nous appuyer les uns sur les autres , comme les frêles tiges des herbes des champs que le moindre souffle agite et courbe ; puisque le genre humain périrait sans une mutuelle communication des biens que chacun possède individuellement en vertu de la loi de justice , une autre loi est nécessaire à sa conservation , et cette loi est la charité : et la che« rite, qui forme un seul corps vivant des membres éparsde l'humanité, est la consommation du devoir , dont la justice est le premier fondement.
Que serait un homme privé de toute liberté sur la terre, qui ne pourrait ni aller , ni venir, ni agir , qu'autant qu'un autre le lui commanderait ou le lui permettrait? Que serait-ce qu'un peuple entier réduit à cette condition ^ Les bètes sauvages vivent plus heureuses et moins dégradées au sein des forets.
Mais aussi que serait un homme concentré uniquement en lui-même par l'égoisme, ne nuisant à personne directement et ne servant non plus personne , ne songeant qu'à soi , ne vivant que pour soi? Que serait un peuple composé d'individus sans liens, où nul ne compatirait aux maux d'autrui, ne se tiendrait obligé d'aider ses frères et de les secourir ; où tout échange de services , tout acte de miséricorde et de pitié, ne serait qu'un calcul d'intérêt; où la plainte de celui qui souffre , les gémissements de la douleur , le sanglot de-la détresse , le cri de la faim , s'exhaleraient dans les airs comme un vain bruit ; où rien ne se répandrait de chacun en tous et de tous en chacun , par une secrète impulsion de l'amour , qui ne sait ce que c'est que posséder , parce qu'il ne jouit que de ce qu'il donne?
Ce peuple , semblable aux légers débris abandonnés sur l'aire après que le grain a été recueilli, pourrirait bien vite dans la boue, s'il n'était emporté par Tune de ces tempêtes à qui Dieu ordonne de passer sur ce monde pour le purifier.
C'est le droit qui affranchit , mais c'est le devoir qui unit ; et l'union c'est la vie , et la parfaite union est la vie parfaite.
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I^ nature entière nous avertit de Findispensable besoin que tous ont les uns des autres. Le précepte divin du secours mutuel , et du dévouement et de l'amour , nous est à chaque instant rappelé par ce que nos yeux voient autour de nous. Lorsque le temps est venu pour elles d*aller chercher en d*autres climats la pâture que le Père céleste leur y a préparée , les hirondelles s'assemblent ; puis , sans se séparer jamais, elles voguent, nautoniers aériens, vers les rivages où elles se reposeront dans la paix et dans l'abondance. Seule, que deviendrait chacune d'elles? Pas une n'échapperait aux périls de la route. Réunies, elles résistent aux vents; l'aile débile ou fatiguée s'appuie sur une aile moins frêle. Pauvres douces petites créatures que le dernier printemps vit éclore, les plus jeunes, abritées par leurs aînées, atteignent sous leur garde le terme du voyage , et, sur la terre lointaine où la Providence les a conduites par-dessus les mers , rêvent le nid natal et ces premières joies , ces joies mystérieuses , ineifables , que Dieu a mises , pour tous les êtres , à l'entrée de la vie.
Je vous l'ai dit : votre droit c'est vous, votre vie, votre liberté. Chaque homme n'est-il pas individuellement distinct de tout autre? N'a-t-il pas son existence propre, séparée et indépendante, ses organes cor|)orels, sa pensée, sa volonté? 11 ne serait pas, s'il nVlait soi et uiiiqiicmeiit soi.
Or , se conserver , se développer selon ses lois parliriilières, enharmonie avec les lois universelles; posséder pleinement le don de Dieu , en jouir sans trouble, voilà le droit , hors duquel nul ordre, nul progrès , nulle existence; et le droit, dès-lors, a pour chacun sa racine dans son être même.
Ainsi le droit , en ce (pril a de primitif et de radical, est inaliénable. A-t-on jamais ima[;iMé ({iron piU aliéner son être, le donner à autrui , le lui rendre propre? On peut, on doit quel(|uerois mourir pour son frère ; mais on ne peut ni transformer son frère en soi. ni se transformer en son frère.
Le droit de se conserver, ou le droit de vivre, imi)li(]ue le droit à tout ce (jui est indispensable A IVnlrelien de la vie. L'auteur de l'univers n'a pas fait l'homme de pire condition que les animaux. Tous ne sont-ils pas conviés au riche banquet de la nature? Un seul d'entre eux en est-il exclu? Dans l'atome liquide où voyage , connue la baleine dans l'Océan, l'insecte imperceptible, la Providence a déposé l'aliment nécessaire à sa subsistance, et lui aussi puise à la mamelle intarissable de la commune mère sa gouttelette du lait qu'elle distribue, selon la mesure de ses besoins, à chacpie créature.
Mais l'homme, plus élevé qu'tncune d*dks, i deux sortes de vie , la vie du corps et la vie de l'esprit. Il ne vit pas seulement de pain^ mais de toute parole gui procède de la bouche de HHeu, c'est-à-dire, de la vérité qui nourrit son ÎDldligcnce.
Que serait-il sans la connaissance de la loi religieuse et morale qui l'unit à Dieu et à ses semblables , qui le sépare de la brute par le sublime privik^ de la vertu ?
Éclairé de la lumière qui luit éternellement m sein de l'Être infini, et qui est lui-même, il décontre ce qui ne passe ni ne change, le vrai immuable, les idées , les modèles à jamais subsistants de tout ce qui est et de tout ce qui peut être.
Et si , de cette hauteur d'où il contemple ses propres destinées, qu'aucune durée ne limite, où Tcspérance déploie dans l'immensité ses ailes inftiligabks, où il sent au dedans de soi une fèrce secrète qsi le ravit au-dessus du temps, comme un corps léger monte du fond des mers ; si , de cette hauteur, nsn redescendons dans l'étroite vallée où s'accomplit b première phase de son existence, que serail-il encore sans la science qui , l'instruisant des lois de la nsture , la soumet à son empire , en ramène à son usage toutes les productions , Tarme de ses pimsances les plus énergiques pour la dompter demème et la contraindre d'obéir à ses volontés, dilate enfin de plus en plus la sphère de son action , eo dilatant indéfiniment celle de son intelligence?
Il dit à la terre : Fais germer cette plante en ton sein ; et la plante y germe pour que son fruit if nourrisse.
11 dit aux vents : Transportez-moi aux extrémilfî du monde ; cl les vents dociles le déposent au rivage désiré.
11 dit à la vapeur : Fais l'œuvre de nies l«5» prèle-moi ta force si prodigieusement supérieure à la mienne; et, pendant qu'il se repose , cette force aveugle opère , avec une régularité merveilleuse, ce que sa pensée a conçu.
La connaissance, donc, de la loi religieuse et morale , et celle des lois de l'univers , telle est la vie de l'esprit; et tous ont droit à cette connaissance, parce que tous ont le droit de vivre , le droit de se conserver et de se développer.
Or, se développer, c'est croître sans obstacle, c'est appliquer librement son activité à tout ce vm quoi la porte l'impulsion interne, dans les limites fixées par Tordre universel ; et le droit , dè$-lor$ essentiellement inséparable de la liberté, se confond avec elle dans son exercice.
>ul homme n'a|)partient à un autre homme. Ne sont-ils pas égaux par nature? Sur quel fondement donc l'un d'eux prétendrait-d s'asservir les autres? Chacun , maître de soi , peut à son gré disposer de
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soi : autrement , au lieu d*ètre ce que Dieu Ta fait , un être raisonnable, doué de yolonlé, pouvant agir ou n*agir pas, selon sa propre détermination, il devient un pur automate. Or , je vous le demande , est-ee là l'homme? Concevez-vous un être humain privé de raison, ou une raison sans volonté, ou une volonté sans action , ou un acte qui soit réellement de celui qui Topère s*il ne dépend pas de lui uniquement?
Ainsi , la liberté c'est le droit , et le droit c'est la liberté.
Avec elle disparaît tout ordre moral. Celui qui ne pense, ne croit, ne fait que ce qu'on lui commande, de quel mérite est-il capable, et de quoi répond-il? Il n'existe pour lui ni vrai ni faux, ni bien ni mal.
Le bien et le mal implique un choix , implique la liberté ; et la liberté, soumise aux conditions générales de l'ordre, qui sont celles de l'existence même, a sa limite et sa règle , non dans des prescriptions humaines, mais dans les lois divines : pour le corps, dans les lois physiques ; pour l'esprit, dans les lois de la justice et de la raison.
Vous n'arez de maitre que Dieu, et sa volonté est que vous soyez libres , afin d'être semblables à lui , et de mériter par vos efforts , qu'il aidera d'en haut, d'être un jour pleinement unis à lui.
Louanges , amour à celui qui a créé l'homme ^ et Ta fait si grand que les mondes innombrables semés dans l'espace ne sont qu'autant de flambeaux allumés sur sa route , dont le terme , seul lieu de son repos, est la source même de toute vie, de tout bien et de toute perfection.
Tel est le droit selon son essence ; il est le principe conservateur de l'être individuel, sa loi propre. On peut le violer, mais il réclame éternellement contre sa violation ; et , dans l'ensemble des choses, il est indestructible, parce que tout périrait s'il était détruit; la création entière rentrerait dans le néant.
Mais l'homme ne vit pas seul ; Dieu ne l'a point destiné à cette existence solitaire; il ne se conserve et ne se développe selon sa nature que dans la société, par l'union avec ses semblables ; et l'union des individus forme les peuples , et l'union des peuples forme le genre humain , ou la famille universelle , que nous devons travailler sans cesse à constituer, pour que la somme des maux dont l'égolsme est la source impure diminue aussi sans cesse , et que celle des biens répandus par la Providence le long de notre route ici-bas augmente en même proportion.
Voyez sur les bords de la mer un arbre isolé. Sans force contre les vents qui courbent sa tige, abaissent