TOME fl
du peuple, les autres par la force des armes, les autres par la succession de leur race. Ceux qui l'ont acquis par le droit de la guerre, ils %^y portent ainsi qu'on conoist bien , qu'ils sont , comme on dit , en terre de conqueste. Ceux qui naissent roys , ne sont pas communément gueres meilleurs : ains estants nais et nourris dans le sang de la tyrannie , tirent avec le laict la nature du tyran , et font estât des peuples qui sont sous eux, comme de leurs serfs héréditaires : et selon la complexion en laquelle ils sont plus enclins , avares ou prodigues , tels qu'ils sont , ils font du royaume comme de leur héritage. Celuy à qui le peuple a donné TEstat, devroit estre ( ce me semble ) plus supportable : et le seroit, comme je croy, n'estoit que deslors qu'il se void eslevé par dessus les autres en ce lieu , flatté par je ne sçay quoy qu'on appelle la grandeur^ il délibère de n*en bouger point. Communément, celuy-là fait estât de la puissance que le peuple luy a baillée, de la rendre à ses enfants. Or deslors que ceux-là ont prins ceste opinion , c'est chose estrange de combien ils passent en toutes sortes de vices , et mesme en la cruauté , les autres tyrans. Ils ne voyent autre moyen , pour assurer la nouvelle tyrannie, que d'estendre fort la servitude, et estranger tant les sujets de la liberté , encores que la mémoire en soit fresche , qu'ils la leur puissent faire perdre. Ainsi , pour en dire la vérité , je voy bien qu'il y a entre eux quelque diflerence , mais de choix je n'en voy point ; et estant les moyens de venir ailx règnes divers , tousjours la façon de régner est quasi semblable. Les esleus , comme s'ils avoyent prins des taureaux à domter, les traittent ainsi : les conquérants pensent en avoir droit , comme de leur proye ; les successeurs , d'en faire ainsi que de leurs naturels esclaves.
Mais à propos, si d'advanture il naissoit aujourd'hui quelques gens, tous neufs, non accoustumez à la sujettion , ny aflriandez à la liberté, et qu'ils ne sceussent que c'est ny de l'un ny de l'autre , ny à grand'peine des noms : si on leur présentoit , ou d'estre sujets, ou vivre en liberté, à quoi s'accorderoyent-ils? Il ne faut pas faire di£ElcuIlé qu'ils n'aimassent trop mieux obeyr seulement à la raison , que servir à un homme; sinon possible que ce fussent ceux d'Israël , qui sans contrainte ny sans aucun besoin se firent un tyran : duquel peuple je ne ly jamais Thistoire , que je n'en aye trop grand despit, quasi jusques à devenir inhumain, pour me resjouir de tant de maux qui leur en advinrent. Mais certes tous les hommes , tant qu'ils ont quelque chose d'homme, devant qu'ils se laissent assujettir, il faut l'un des deux, ou qu'ils soyent contraints, ou deceus : contraints par les armes estrangeres, comme Spartes et Athènes parles forces
DE LA SERVITUDE VOLONTAIBK
d'Alexandre , ou par les Giclions , ainsi que la seigneurie d'Athènes cstoJl devant venue entre les nains de Fisisirate. Par tromperie perdcni-iU souvent la liberté : et en ce il« ne sont pas si souvent •eduils par autruy comme ils sont trompez par eux-mesraes. Âiasi le peuple de Syracuse . la maistresse ville de Sicile (qui s'appelle oujourd'liui Saragosse), estant pressé par les guerres, inconsidérément ne menant ordre tju'au danger, esleva Denya le premier, et luy donna charge de la conduite de l'armée : et ne se donna garde , qu'elle l'eust fait si grand, que cette bonne pièce-lâ , revenant victO' rieut, comme s'il n'eust pas vaincu ses ennemis, mais ses citoyens, se fil de capitaine roy , et de roy lyrau. Il n'esl pas croyable, comme le peuple, deslors qu'il est assujelly , tombe soudain eu un tel et ■t profond oubly de la francbise, qu'il n'est pas possible qu'il s'éveille pour la r'avoir , servant si franchement, et tant volontiers, qu'on diroit è le voir, qu'il a, non pas perdu sa liberté, mais sa servitude. Il est vray , qu'au commencement l'on sert contraint , et vaincu par la force : mais ceux qui Tiennent après , n'ayants jamais veu la liberté, et ne tachants que c'est, servent sans regret, et font volonliers ce que leur» devanciers avoyenl fait par contrainte. C'est cela, que les hommes naissent sous le joug, et puis nourris et eslcvei dans le servnge, uns regarder plus avant , se contentants de vivre , Comme Us sont nais , et ne pensants point avoir d'autre droit, ny autre bien, que ce qu'ils ont trouvé, ils prennent pour luur nature l'eslal ile leur oaissaDCC. Et toutesfois il n'est point d'héritier si prodigue et nonchalant, qui quelquesfois ne passe les yeux dans ses registres, pour entendre s'il jouyt de tous les droits de sa succession, ou si l'on a rien enlreprins sur luy, ou son prédécesseur. Maiscerles la couslume, qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous, n'a en aucun endroit si grande vertu qu'en ceey, de nous enseigner à servir : et ( comme l'on dit de Slîtbridate, (1) qui se fît ordinaire â boire le poison) pour nous apprendre à avaller, et ne trouver pas amer le venin de la servitude. L'on ne peut pas nier que la nature n'ait en nous bonne part , pour nous tirer là où elle veut , et nous faire dire ou bien ou mal nais : mais si faul-il confesser qu'elle a en nous moins de pouvoir que la couslume : pource que le naturel , pour bon qu'il soit , se perd s'il n'est enireteuu : et la nourriture nous fait tousjours de sa façon , comment que ce soit , malgré la nature. Les semences de bien, que la nature met en nous, sont si menues et glissantes qu'elles n'endurent pas le moindre heurt de lu nourriture con-
traire. Elles ne s'entretiennent pas pins aisémoit, qu'elles s'abasiardissent, se fondent, et viennent n rien : ne plus ne moins que les (3) fruiclieis, vpà ont bien tous quelque naturel à part, lequel ils gar< dent bien, si on les laisse venir : mais ils le laissntl aussi lost, pour porter d'autres fruicls eslrangers. et non les leurs selon qu'on les ente. Les herbes ont chascunc leur propriété . leur oaliirel et singularité : mais toutesfois le gel, le temps, lelcrroaeroii la main du jardinier, ou adjoustent , ou diraîiiuefll beaucoup de leur vertu. La plante qu'on a veue et un endroit, od est ailleurs erapesché de la rcconoîstre. Qui verroit les l'enetiens, une poignée de gem, vivants si librement, que le plus mesehant d'cBlre eux ne voudroit pas estre roy , el tout ainsi nais a nourrisqu'ils ne conoissent point d'autre ambilioa, sinon à qui mieux advisera à soigneusement enintenir leur liberté : ainsi apprins et faits dans le btfceau , ils ne prcndroyent point tout le reste des félicitez de la terre . pour perdre le moindre poind de leur franchise ; qui aura veu, dy-je, ces personnages-U, el au partir de là s'en ira aux tertcsdc celuy que nous appelions le Grand-Seigneur, Topal là des gens , qui ne peuvent estre nais que jwur le servir , tt qui pour le mainlentr abandoiinent Inir vie : penseroil-il que les autres et ceux-là eutsuil mesme naturel , ou pluslost s'il D'estimeroil pi(. que sortant d'une cité d'hommes, il est entré daw un parc de bestes? Lycurgue le policeur de Spam, ayant nourry (ce dit-on) deux chiens tous drat frères, tous deux allaiclez de mesme laicl , (3j i'uo engraissé à la cuisine , l'autre accousiumé par 1m champs au son de la trompe et (4) du buchel : voulant monstrer au peuple Lacedemonien, que les hommes sont tels, que leur nourriture les f^it, mit tes deux chiens en plein marché , et entre eui une souppe et un lièvre : l'un courut au plat . et l'autre au lièvre. Toutesfois (ce dit-il) si sonl-ils frerei. Doneques celuy-Ià avec ses loix et sa police nourrit et ttt si bien les Lacederooniens, que chascun d'eai eust eu plus cher de mourir de mille morts, que de reconoisire autre seigneur que la loy et le roy.
Je prens plaisir de ramentevoir un propos , qar lindrent jadis les favoris de Xerxes, le grand roj de Perse, louchant les Spartiates. Quand Xenes faisoil ses appareils de grande armée , pour conquérir la Grèce, il envoya ses ambassadeurs par les citc2 Grégeoises, demander de l'eau et de la terre (c'estoit h façon que les Perses avoyeol de sommer les villes). A Sparte ny à Athènes n'envoya-il poinct : pource que de ceux que(S)Daire son père y avoil envoyez , pour faire pareille
a'ajilaipe , le premier i
DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE
demande (1), les Spartiates et les Athéniens en aToyent jette les uns dans les fossez, les autres ils avoyenlfait sauter dedans un puits, leur disants, qu'ils prinsscnt là hardiment de Teau et de la terre, pour porter à leur prince. Ces gens ne pouvoyent souffrir , que de la moindre parole seulement on touchast à leur liberté. Pour en avoir ainsi usé , les Spartiates conurent qu'ils avoyent encouru la haine des Dieux mesmes , spécialement de Talthybie, dieu des heraults. Ils s'adviserent d'envoyer à Xerxes , pour les appaiser , deux de leurs citoyens , pour se présenter à luy qu'il fit d'eux à sa guise, et se payast de là pour les ambassadeurs qu'ils avoient tuez à son père. Deux Spartiates , l'un nommé (S) Specte, l'autre (3) Bulis , s'offrirent de leur gré pour aller faire ce payement. Ils y allèrent , et en chemin ils arrivèrent au palais d'un Perse , que on appelloit (4) Gidarne , qui estoit lieutenant du roy en toutes les villes d'Asie , qui sont sur la coste de la mer. Il les recueillit fort honorablement. Et après plusieurs propos, tombants de l'un en l'autre, il leur demanda pourquoy ils refusoyent tant l'amitié du roy. (5) Croyez ( dit-il ) , Spartiates , et conoissez par moy , comment le roy sçait honorer ceux qui le valent : et pensez que si vous estiez à luy, il vous feroit de mesme. Si vous estiez à luy y et qu'il vous eust conuSy il n'y a celuy d'entre vous qui ne fust seigneur d'une ville de Grèce, « En cecy , Gidarne , tu ne nous sçaurois M donner bon conseil (dirent les Lacedemoniens) « pource que le bien que tu nous promets, tu l'as t( essayé , mais celuy dont nous jouyssons , tu ne « sçais que c'est : tu as esprouvé la faveur du roy , «( mais la liberté , quel goust elle a , combien elle «c est douce , tu n'en sçais rien. Or si tu en avois «t tasté toy-mesme , tu nous conseillerois de la de- « fendre , non pas avec la lance et l'escu , mais avec it les dents et les ongles. » Le seul Spartiate disoit ce qu'il faloit dire : mais certes l'un et l'autre disoyent comme ils avoyent esté nourris. Car il ne se pouvoit faire que le Perse eust regret à la liberté , ne l'ayant jamais eue , ny que le Lacedemonien endurast la subjection , ayant gousté la franchise. (6) Caton l'Utican , estant encores enfant et sous la verge , alloit et venoit souvent chez Sylla le dictateur , tant pource qu'à raison du lieu et maison , dont il estoit , on ne luy fermoit jamais les portes , qu'aussi ils estoyent proches parents. Il avoit tousjours son maistre quand il y alloit, comme avoyent accoustumé les enfants de bonne part. Il s'apper-
(1) nérodoie, Hy. VII, pag. 421, 422. Édit. Gronov.
(2) Ou plutôt, Sperttaei , comme le nomme Hérodote , llv. Vil, pag. 421.— (3) Ibid,
(4) OvkpXMiàlHjrdame*. Hérodote, llv. VII, pag. 421.
(5) /Mki.,pag. 422.
cent que dans l'hostel de Sylla , en sa présence , ou par son commandement , on emprisonnoit les uns , on condamnoit les autres ; l'un estoit banny, Tautre eslranglé; l'un demandoit (7) le confisq d'un citoyen , et l'autre la teste. En somme, tout y alloit , non comme chez un officier de la ville , mais comme chez un tyran du peuple , et c'estoit non pas un parquet de justice , mais une caverne de tyrannie. Ce noble enfant (8) dit à son maistre ; Que ne me donnez-vous un poignard? Je le cacheray sous ma robbe» J'entre souvent dans la chambre de Sylla , avant qu'il soit levé. J'ai le bras assez fort pour en depescher la ville. Voilà vrayement une parole appartenante à Caton. C'estoit un commencement de ce personnage , digne de sa mort. Et neantmoins qu'on ne die ne son nom ne son pays , qu'on conte seulement le fait tel qu'il est, la chose mesme parlera , et jugeraon à belle advanture , qu'il estoit Romain, et nay dedans Rome, mais dans la vraye Rome, et lors qu'elle estoit libre. Quel propos tout cecy? Non pas certes que j'estime que le pays et le terrouer parf^cent rien. Car en toutes contrées , en tout air , est contraire la subjection , et plaisant d'estre libre.
Mais parce que je suis d'advis, qu'on ait pitié de ceux qui en naissant se sont trouvez le joug au col, et que ou bien on les excuse , ou bien qu'on leur pardonne, si n'ayant jamais veu seulement l'ombre de la liberté, et n*en estants poinct advertis, ils ne s'apperçoivent poinct du mal que ce leur est d'estre esclaves. S'il y a quelques pays ( comme dit Homère des Cimmeriens ) où le soleil se monstre autrement qu'à nous , et après leur avoir esclairé six mois^ continuels, il les laisse sommeillants dans l'obscurité, sans les venir revoir de l'autre demie année :. ceux qui naistroyent pendant ceste longue nuict , s'ils n'avoyent ouy parler de la clarté , s'esbahiroitou , si n'ayants point veu de jour , ils s'accoustumoyent aux ténèbres, où ils sont nais , sans désirer la lumière? On ne plaint jamais ce qu'on n'a jamais eu ; et le regret ne vient point, sinon après le plaisir; et tousjours est avec la conoissance du bien , le souvenir de la joye passée. I^ naturel de l'homme est bien d'estre franc , et de le vouloir estre ; mais aussi sa nature est telle , que naturellement il tient le ply que la nourriture luy donne.
Disons doncques, ainsi qu'à l'homme toutes choses luy sont naturelles , à quoy il se nourrit et accoustumé, mais seulement ce luy est naïf, à quoy sa
f6) Ou, comme nous parlons aujourd'hui, Caton d'Utique.
(7) La conticatlon. Colgrave, dan* son Olctloooalre français el anglais.
(8) Plutarque, dans la TIe de Oton d'UUqoe, cb. i de U traduollon û^Àn^yot'
DE I.A SKHV1TIIDK VOLO^TAIIIE.
nttltire simple el non nltrrée l'appelle : ninsl h ppcmiOre raûon de la servitude rolonlairc , c'csl la nuUDliime, coinin<> des braves (1) couMnux, i|iij au conimeD reine Dt mordent le frein , et piii» après s'en jouent: rt ïh où nsguereg iU (3) roiiyent <;onlre la selle , ils se portent maintenant dans le barnois, et tous tiers (3) se gorgiasent sous la barde. Ils disent qu'ils ont esté lousjours sujets, que leurs pères ont ninsi veseu. Ils pensent qu'ils sont tenus d'endurer le mors, et le se font scroire par exemples : et fondent eux-mesmes sur la longueur, la possession de ceux qui les tyrannisent. Mais pour vray les ans Re donnent jamais droit de malFaire, ains agsran dissent Tinjure. Tou;4jours en] demeure-il quelques uns mieux nais que les antres , qui sentent le poids du joug , (1) el ne peuïent tenir de le crouller , qui ne s'oppriroisenl jamais de la sub- Jection , et qui loutjours, comme Ulysse qui par mer et par terre cherchoit de voir la fumée de sa case, ne se sçavent garder (S) d'adriser â leurs naturels privilèges , et de se sourenir des prédécesseurs, et de leur premier estre. Ce sont volontiers ceux-là, qui ayants l'entendement net, el l'esprit dair-voyant , ne se contentent pas, comme le gros populas (6), de regarder ce.qui est devant leurs pieds , s'ils n'adv iseni et derrière el devant , et ne ra m einent encore! les choses passées, pour juger de celles du temps advenir, et pour mesurer les presenteSi Ce sont ceux , qui ayants la teste d'euxmesmes bien faîte , l'ont encores polie par rcsluile et le savoir. Ceux-là , quand lu liberic seroil enliérenient perdue, et toute hors du monde, l'imaginant cl la sentant en leur esprit , et encores la savourant , la servitude ne leur est jamais de goust, pour si bien qu'on l'aecouslrc.
Le Grand-Turc s'est bien advisé de cela , que les livres et la doctrine donnent plus que toute autre chose, aux hommes , le sens de se rcconolstre et de bayr la tyrannie. J'entends qu'il n'a en ses terres gueres de plus sçavants qu'il n'en demande. Or communément le bon zèle et alFeetion de ceux qui ont ijardé, malgré le temps, la dévotion â la franchise , pour si grand nombre qu'il y en ail , en demeure sans effect, pour ne s'enire-conoisire poinct. La Ubcrtc leur est toute o.stée , sous le tyran , de faire et de parler, et quasi dé penser. Ils demeurent tous singuliers en leurs Fantasies. Et pourtant
Homiu ne se mocqua pas trop, qnand lltrooTi cela à redire en l'homme que Vulcan avait hit,dequoy it ne luy avoil mis une petite fenestre m CŒUr, afin que par là l'on peust voir ses pensée*. L'on a voulu dire que (7) Brute et Casse, Ion qu'ils tirent l'enlreprinsc de la delivrtioce de Rome, ou pluslosl de tout le monde , ne voulurent poiDc4 que CiceroQ ce grand zélateur du bien publie, tH en fiist jamais . fusl de la partie , et estimèrent »b cu'iir trop foible pour un fait si haut, lis se fiofeit bien île sn volonté , mais ils ne s'asseuroycni pouct de son courage. Et tuulesfois qui voudra discirurâ les faits du temps passé, et les annales anctennn, il s'en trouvera peu , ou poinct, de ceux, qui vo)m1s leur pays mal mené , et en mauvaises mains , ayants enireprins d'une bonne intention de le délivrer, qu'ils n'en soyent venus à bout, et que la liberté, pour se faire apparobire, ne se soit elle-meime FailespauIe.(8)/Mrfno(/e, Arislogiton^Thrasybule, Brute le vieux, Valere et Dion , comme ils ont vertueusement pensé, l'exécutèrent heureusement, Ea tel cas quasi jamais à bon vouloir ne défaut la Co^ lune. Brute le jeune et Casse oslerent bien beureoseuicnt la servitude , mais , en ramenant la lilierlt, ils moururent, non pas misérablement. Car quel blasme seroil-ce de dire , qu'il y ait rien eu de misérable en ces gens-lâ , ny en leur mort , ny en leur vie? Hais certes au grand dommage el perpetud mallieur, el entière ruiiie de la république : laqndle certes fut, comme il me semble, enterrée avec eni. ' Les autres eutreprinies, qui ont esté faites depirâ contre les autres empereurs romains , n'eslof cal que des conjurations de gensambitieux, lesquelsne SQUt pas à plaindre des inconvénients qui leur sont advenus : estant bel à voir , qu'ils desiroyenl , dob pas d'osier, malsderuiner la couronne, preteadaols chasser le tyran , el retenir la tyrannie. A ceni-U je ne voudrois pas mesmc qu'il leur en fusl bira < succédé : et suis content qu'ils ayent montré par { leur exemple, qu'il ne faut pas abuser du saiact nom de la liberté , pour faire mauvaise enlrepriuM. Hais pour revenir h mon propos , lequel j'avois quasi perdu , la première raison pourquoy les hommes servent volontiers, est, ce qu'ils naissent serfs, el sont nourris tels. De eeste-cy en vient une autre, que aisément les gens deviennent , sous les tyrans, lascbes el effcminez : dont je sçay merveiUru«e-
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ment boo gré à Ilippocratesy le grand père de la Médecine , qui s'en est prins garde , et l'a ainsi dit en l'un de ses livres, qu'il intitule Des maladies (1). Ce personnage avoit certes le cœur en bon lieu , et le monstra bien alors que le grand roy le voulut attirer près de luy à force d'offres et grands présents; et luy respondit franchement (2) qu'il feroit grand'conscience de se mesler de guérir les Barbares , qui vouloyent tuer les Grecs , et de rien servir par son art à Iny qui entreprenoit d'asservir la Grèce. La lettre qu'il luy envoya, se void encores aujourd'huy parmy ses autres OEuvres , et lesmoignera pour jamais de son bon cœur, et de sa noble nature. Or il est doncques certain , qu'avec la liberté tout à un coup se perd la vaillance. Les gens sujets n'ont point d'allégresse au combat , ni d'aspreté. Ils vont au danger comme attachez , et tous engourdis, et par manière d'acquit : et ne sentent point bouillir dans le cœur, l'ardeur de la franchise qui fait mesprîser le péril , et donne envie de acheter par une belle mort , entre ses compagnons, l'honneur de la gloire. Entre les gens libres , c'est à l'envy, à qui mieux mieux , chascun pour le bien commun , chascun pour soy : là où ils s'attendent d'avoir toute leur part au mal de la desfaite , ou au bien de la victoire. Mais les gens assujettis , outre ce courage guerrier, ils perdent encores en toutes autres choses la vivacité, et ont le cœur bas et mol , et sont incapables de toutes choses grandes. Les tyrans conoissent bien cela : et voyants que ils prennent ce ply , (3) pour les faire mieux avachir encores leur y aident-ils.
Xenophon , historien grave , et du premier rang entre les Grecs , a fait ( 4 ) un livret , auquel il fait parler Simonide avec Hieron , le roy de Syracuse, des misères du tyran. Ce livre est plein de bonnes et graves remonstrances, et qui ont aussi bonne grâce, à mon advis, qu'il est possible. Que pleust à Dieu , que tous les tyrans , qui ont jamais esté , l'eussent mis devant les yeux , et s'en fussent servis de mirouer. Je ne puis pas croire , qu'ils n'eussent reconnu leurs verrues, et eu quelques hontes de leurs taches. En ce Traité il conte la
(1) Ce n'est point dans celui Des maladie*, que nous elle Ici La Boette f mais dans un autre, inUlulé De l'air, des eaux et des lieux; où Hippocrate dit , $ 41, que « les plus belliqueux des peu- «( pies d'A»ie, Grecs ou Barbares, sont ceux qui, n'étant pas gou- « vernez despollqueroent , vivent sous les lolx qu'ils s'Imposent A « eux-mesmes, * et « qu'où les hommes vivent sous des roys n absolus , Ils sont nécessairement fort timides. » On trouve les niémcs pensées , plus particulièrement détaillées , dans le paragraphe 40 du même ouvrage.
(2) Une maladie pestilentielle s'élant répandue dans les armées ù'Artaxerxe , roi de Perse, ce prince, conseillé de recourir dans cette occasion à l'assistance d'BIppocrate , écrivit â llxstanes, gouverneur de rHellespont, pour le charger d'attirer Hippocrate 1 la cour de Perse, en lui offrant tout autant d'or qu'il voudroit, et en l'assurant de la part du roi qu'il Irolt de pair avec les plus grands seigneurs de Perse. Hystanes exécuta ponctuellement cet
peine , en quoy sont les tyrans qui sont contraints , faisants mal à tous , se craindre de tous. Entre autres choses il dit cela , que les mauvais roys se servent d'estrangers à la guerre , et les soudoyent , ne s'osants fier d| mettre, â leurs gens (ausquels ils ont fait tort) les armes en la main. II y a eu de bons roys qui ont bien eu à leur solde des nations estranges, comme des François mesmes, et plus encores d'autres foisqu'aujourd'huy ; mais à une autre intention , pour garder les leurs , n'estimants rien de dommage de l'argent pour espargner les hommes. C'est ce que (lisoit Scipion ( ce croy-je le grand Afriquain ) qu'il aimeroit mieux avoir sauvé la vie à un citoyen , que desfait cent ennemis. Mais certes cela est bien asseuré , que le tyran ne pense jamais que sa puissance luy soit asseurée , sinon quand il est venu à ce poinct , qu'il n'a sous luy homme qui vaille. Doncques à bon droit luy dira-on cela , que Thrason en Terence se vante avoir reproché au maistre des éléphants ,
[a] Pour cela si brave vous estes , Que vous avez charge de bestes.
Mais cette ruse des tyrans d'abestir leurs sujets ne se peut conoistre plus clairement , que par ce que Cyrus fit aux Lydiens , après qu'il se fut emparé de Sardes , la maistresse ville de Lydie , et qu'il eut prins à mercy Cresus , ce tant riche roy , et l'eut emmené captif quant et soy. On luy apporta les nouvelles , que les Sardius s'estoyent révoltez. Il les eust bientost réduits sous sa main. Mais ne voulant pas mettre à sac une tant belle ville , ny estre tousjours en peine d'y tenir une armée pour la garder, il s'advisa d'un grand expédient pour s'en asseurer. Il y establit des bordeaux , (5) des tavernes et jeux publics , et fit publier ceste ordonnance , que les habitants eussent à en faire estât. Il se trouva si bien de ceste garnison , qu'il ne luy falut jamais depuis tirer un coup d'cspée contre les Lydiens. Ces pauvres gens misérables s'amusèrent à inventer toutes sortes de jeux , si bien que les Latins ont tiré leur mot , et ce que nous appelions Passe-temps , ils l'appellent LVDI, comme s'ils vouloyent dire
ordre : mais Hippocrate lui répondit aussitôt qu'il étolt sufflsamment pourvu de toutes les choses nécessaires à la vie , et qu'il ne lui étolt pas permis de Jouir des richesses des Perses, ni d'employer son art à guérir des Barbares qui étolent ennemis des Grecs. f.a lettre d'ArUxcrxc â BysUnes, celle d'HysUnes â Hippocrate , et la réponse d'BIppocrate . d'où sont tirées toutes les particularités qui composent cet article, se trouvent à la Ou des OEuvres d'Oippocrate.
(3) Pour faire qu'ils deviennent plus faibles et plus tâches. — Avachir, devenir laschc comme une vache, frangi viribus ac debililarl. !«icot.
(4) Intitulé, BiBRON , ou Portrait delà condition des Rois. [a] Bone es fcrox , quia habes lni|.'erlum lu bcUuas?
Tk»., Eunuch-, acl. III, se. I, v. 23.
(5) Hérodote ,^\l. Gronou.
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l^di. Tou« les Ijnat n'ont pas nin»i ikclaré *i «xprcx, qu'ils vouluiwDt dFeminer Ican hommcR : inaix puur vra; ce que celuf-l onlonna formclk'; ttitnl , et en clfect . sou» main iU l'ont ponrrhassc la plntpart. A la tirilr. r'est le tialnrol ilu ni«im pupulaire, duquel le nombre e&t louajuurs plus grand dans le» vilks. 11 est soupçonneux i l'endroit de celuy (jui Veime, cl.simplc rnven celuy qui le ironipr. Me prnscx pas qu'il ait nul oiseau , <]ui se prenne mieux à la pipée , ni jioiuon aucun, qui pour la friandUe e'accroclie pluslosl (I) dans le haim. que tous ks peuples s'altechenl vislcmcnlà la sertiunle pour la nioiiiilre plume, qu'on leur passe (comme on dil) devant labouche.Elestehoae merveilleuse, qu'ils se laissent aller ainsi tosi, (tt)mais seulement qu'on les chatouille. Les Iheastres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, lesbesles estrangos , les médailles , les tableaux , et autres telles drogueries, estoyeni aux peuples anciens les appasts delà serviluite. leprixde leur liberté, Irsotitils de la tyrannie. Ce moyen, cestc praliijuc, ces allL-chcmenIs avoyent les anciens sujets sous Icjong. Ainsi les peuples (3) assotis, troutants beaux ces passe -temps , amusez d'un tain plaisir qui leur passuit devant les yeux, s'accoustumoyenl à servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants, qui, pour voir les hiisants images de livres illuminez, apprennent â Sire. Les romains tyrans s'a'dviserent encorcs d'un «utre poinvt, de festoyer souvent les dizaine* pu- 'Ui<]ues, abusant ceste canaille (comme il faloil) qui se laisse aller, plus qu'à toute chose, au plaisir (le la bouche. Le plus entendu de tous n'eusl pas quitté son escudie ilc soupe, pour recouvrer la liberté de la Republique de l'ialun. Les tyrans faisoyent largesse du quart de bled, du sexlier de vin, du sesterce : et lors c'estoit pilîé d'ouyr crier , Five te Roy. Les lourdsuts n'sdvisoyent pas, qu'ils De faisoyeni que recouvrer une partie du leur, et que cela mcsme qu'ils recouvroyent , le lyran ne leur eust peu donner, si devant il ne l'avoit osié à eux-mesmes.Teleust amassé aujourd'huy le sesterce, tel se fust gorgé au Festin public, en bénissant Tibère et Néron de leur belle libéralité, qui le lendemain estant contraint d'abandonner ses biens à l'avarice, ses enFanls à la luxure, son sang miasme à la cruauté de cesmagnitiques empereurs, ne disoit mot non plus qu'une pierre , et ne se remuoit non plus qu'une souche. Tousjours le poputas a eu cela. H est au plaisir , iiu'jl ne [leut honnestemeut recevoir, tout ouvert et dissolu, et au tort et à la douleur, qu'il ne peut honnestementsDuffrir, insensible.
a tt cires ac IhetUfU tutu, j
Je tic Toy pas mslnlensnt persorae , «pii oftnl parler de îteron, ne tremble mesme au surnom rie ce vilain monstre , de cesie orde et salle beste. On peut bien dire qu'après sa mort aussi vilaine que m vie, le noble prupic romain (4) en receut le! d»jilaisir (se souvenant de ses jeux et festins) qu'il fnt sur le poinct d'en porter le dueil. Ainû l'a escnt Comeilie TacUe, aulheur bon, et grave des plui, et certes croyable. Ceiiu'on ne trouvera pas eslrange, si l'on considère , ce que ce peupic-li mesme aïoit fait ù la mort de Jules César, qui donna congé aux loix et â la liberté. Auquel personnage Us n'y oot (ce me semble) trouvé rien qui valust que mb hutnanilé : laquelle , quoy qu'on la prcschast tant, fut plus dommageable que la plus grande cnianlé du plus sauvage tyran qui fust oiicques. Pour ce que à la vérité ce fut ceste venimeuse doucenr, qui envers le peuple romain sucra la servitude. Sait après sa mort , ce pruple-là , qui avoit encorcs à la bouche ses banquets , en l'esprit la soiivenance At ses prodigalitci , pour luy faire ses honneurs et Ir mettre en cendres (S), amonceloit à l'envy les bancs delà place,elpuis(S)esleTaune coulonne, commt au Père du Peuple (ainsi porloit le chapiteau), et luy 6k plus d'honneur, tout mort qu'il esloit, qu'à n'en dcvoit faire à homme du monde : si ce n'estoit possible il ceux qui l'avoyent tué. Ils n'oublièrent pas cela aussi le» empereurs romains , de prendre communément le tillre de Trikun du Peuple, tant pourcc que cest office estoit tenu pour sainci et sacré; que aussi qu'il estoit e^tably pour la ilefence et protection du peuple, et sous la faveur de l'Eslal. Par ce moyen ils s'asseuroyent, que ce peuple se ficroit plus d'eux , comme s'ils devoyent encourir le nom , et non pas sentir les elfects.
Au contraire aujourd'huy ne font pas beaucoup mieux ceux qui ne font mal aucun, mesme de coqséquence , qu'ils ne f^ccut passer devant quelque joly proposdu bien commun et soulagement public. Car vous sçavez bien (d Loaga) le formulaire, duquel en quelques endroits ils pourroyent user assez Ikicment. Mats en la pluspart certes il n'y peut avoir assez de finesse, là où il y a tant d'impudence. Ln roys d'Assyrie, et cncoi'cs après eux ceux de Meile, ne se presentoyeiit en public, que le plus tard qu'ils pouvoyent, pour mettre en doute ce popubs, s'ils estoyent en quelque chose plus qu'hommes, et laisser CD ceste resverie les gens, qui font volontiers les imaginalifs , aux choses de quoy ils ne peuvent juger de veue. Ainsi tant de natioDs, qui furent assez long temps sous cest empire assyrien , avec
DE LA SERVITUDE TOLONTÂlFtE.
ce mystère s'accoiistuinereiit i servir, et serroyent plus ToIoDtters, pour ne scavoir quel maislre ils STOfent, uf à grand'peine s'ils en avoyent : et craignoyent tous A crédit un que personne n'avoyent Tcu. Les premiers roys d'Egyple ne se moDStroyent gueres, qu'ils ne portassent tanlosl une brancbe, tanlost du Feu sur la tesie, e[ se masquoyent ainsi, el faisoyent les basieleurs : et en ' ce faisant , par l'eslrangeté de la chose, ils donnoyent à leurs sujets quelque rererence et atlmiralion : oii aui gens qui n'eussent esté ou trop sols, ou trop asservis, ils n'eussent appresté {ce m'est adris) sinon passe-temps et risée. C'est pitié d'ouyr parler de combien de choses les tyrans du temps passé faisoyeni leur proflt , pour fonder leur tyrannie : de combien île petits moyens ils se servoyent grandement , ayants trouvé ce populas fait à leur poste : auquel ils ne savoyent tendre filet, qu'ils ne s'y vinssent prendre, duquel ils ont eu tousjours si bon marché de tromper, qu'ils ne l'assujettissoyent jamais tant, que lorsqu'ils s'en mocquoyeDt le plus.
(Jue diray-je d'une autre belle bourde , que les peuples anciens prindrent pour argent comptant? Ils creurent fermement (t), que le gros doigt d'un pied de Pyrrhus, roy des Epiroles, ^isoit miracles. et guerissoit les malades de la rate, lis enrichirent encores mieux le conte , que ce doigt , après qu'on eut brusté tout le corps mort, s'esloit trouvé entre les cendres, s'eslaot sauvé maugré le feu, Tousjours ainsi le peuple s'est fait luy-mesme les mensonges, pour puis après les croire. Prou de gens l'ont ainsi escrit , mais de façon , qu'il est bel à voir, qu'ils ont amassé cela des bruits de villes, et du vilain parler du populaire. Vespasian revenant d'Assyrie, et passant par Alexandrie pour aller à Borne s'emparer de l'empire, fil merveilles (2). Il redressoit les boiteux, il rendoit clair-voyants les aveugles : et tout plein d'autres belles choses, ausquelles qui ne pouvoit voir la ^ute qu'il y avoii , il estoit ( ^mon
(I) Tout ce qu'en dll (cl de rprliBi cM rapp«K« d«uM Vie par riulirquc'cbip.iideli traduetltn trjmjvl. (31 SuHime, dinila VIeda ThphIcd.S t.
[a\ Cctl une iraducUon d* cet buin tcn UUn> i
Quitluor bic Infcctui equli, st limpidi qitaiiant,
Per Grliain populoi , medlcque per lILdli urbcm
Lumini) prcclplleruque Imniinl IDrMne ailedll-
VUE., XHeld; I. VI, •- 1 nr lout ce que Lu Botlle nom dit Ici de> /Itu» e
advis) plus aveugle, que ceux qu'il guerissoit, I^s tyrans mesmes irouvoyent fort esirange, que les hommes peussent endurer un homme leur faisant mal. Ils vouloyent fort se mettre la religion devant pour garde-corps, et s'il estoil possible, emprunloyenl quelque escbanlillon de divinité, pour le soustien de leur mescbante vie. Doncques, Sabitonée, si l'on croit k la Siliylle de Virgile, et son enfer, pour s'estre ainsi mocqué des gens , et avoir voulu faire ilu Jupiter, en rend maintenant compte où elle vid en l'arriére-enfer,
[a] Souffraal ernel* lourroenlt pour vouloir imiter L» lDan«rre> du ciel, et feui Je Jupiter. Dfiiui quatre couriicri il t'en allô II hranlsnl (liant iDanl«)daDtMD polu^uo gratid dambeau bruilanl Par lei peuplei Gregeoii. et <1ani le |ilein marché Eo faiiant la bravade r inali il enireprcnolt Sur l'iKuiDeur qui , sidi plui, aux dîeui apparieDOil. L'ioienié, qui l'orage el foudre iaimiiable Coalreraiiiait(d'airaiD, el d'un court cffrofable De chevaiii corne-piedi) du Pire loul-puisaanl : Lequel, bletitoil apréi, ce grand mai puaiiiaot, Laufa, non un flambeau, tion pat une lumière D'une torclie de cire, aiec(|ue ■■ fumière. Hait par le rude coup d'une horrible lempeile, 11 le porta li-bat, let piedt par deuut leile.
Si celuy , qui ne faisoit que le sot, est à ceste heure si bien Iraitlé lâ-bas, je croy que ceux qui ont abusé de la religion pour estre meschanls, s'y trouveront encores à meilleurs enseignes.
Les nosires semèrent en France je ne sçay quoy de tel, Aescrapauls, det fleura de iiz, YampouUe, Yoriflan. Ce que (3) de ma part , comment qu'il en soit je ne veux pas encores mescroire , puis que nous et nos ancestres n'avons eu aucune occasion de l'avoir mescru, ayants tousjours des royssî bons '
en la paix, si vaillants en la guerre, que encores qu'ils naissent roys , si semble-il qu'ils ont esté non pas faits comme les autres par nature, mais choisis
•I waye origine, elWutefOliolileiileDtnoD-ieiilenieolpourïerl-
p. ivit). faïquier re
■ TroU Cmpaax,
apporter par un htrmUe, eomm* par tulvtriliumttti du i UtOturi délit, IttqutIUi it tout conllnu*ti Juiquti à «. Ce dernier peuafe D'à pu beaaln de commcnialre. L'autei déclare r«l uettenwnL . et unt détour, i qui l'on dMt atUlb rinvenlUmilettlttin Ht M.
UE LA SEUVITI DE VOI-ONTAIBE.
pnr te Dieu lont-pnissanl, ilevant ciiic nainlir, pour le guiivtrnemeDt vt la garde de ce royaume. Encore» quand cela n'y seroit pas , »i ne voudrois-je pas entrer en lice, pourdebolrc la jÉtUé de nos bistoircs, ny IVsplucber si privemcnt pour ne tollir ce bel estai, où »c pourra fort escrimer nostre poésie fraoçoise, maîntenanl non pBs accousirée , mais , camme il semble , fnile tout i neuf, par nostre Kontard, oostre Baif, nostre du Bellay , rgui en eeh Bvaocenl bien tant nostre langnie, ifue j'ose mperer , que bientost les Grecs ny les Latins n'auront gueres pour ce regard devant nous, sinon possible que le droil d'aisnesse. Et certes je fCrois grand tort è nostre rilhme ( car j'use Totonliers de ce mot, et il ne me desplait) pource qu'encores que plusieurs l'eussenCrendueinechanique, toiitesfois je Toy asseï de gens, qui sont à mesme pour la r'anoblir, et luy rendre son premier honneur. Mais je luy feroi», dy-je, grand tort de luy osier maintenant ces beaux contes du roy Clocls, ausquels desj'a je Toy, ce me semble, combien plaisamment, combien â son aise s'y esgayera la Teine de nuslre Ronsard en sa Franciade. J'entens sa portée, je conois l'esprit aigu, je sçai la grâce de l'homme. Il fera ses beiongneg de l'oriflan , aussi Lien que les Romains de leurs anciles . (o) el des bouc/fers du ciel en bas ye//c3, ce dit Virgile. Il mesnagera nostre ampoulle aussi bien que les Athéniens leur(*) panier d'Erisicthone. Il se parlera de nos armes encores dans la tour de Minerve. Certes je serois outragent de vouloir dc«menlir nos livres, et de courir ainsi snr les terres de nos poètes. Mais, pour revenir d'où je ne Eçaycommenlj'avoisdcslournc le fil de mon propos, a-il jamais esté que le» tyrans, pour s'asseurer, n'aycnt loiisjours lascbéd'accoustumerle peupleenvers eux , non pas seulement â l'obcyssance et servitude, mais encores à dévotion? Doncques ce que j'ay ditjusques iey, qui apprend les gens l servir volontiers, ne sert gueres aux tyrans, que pour le menu et grossier populaire. Mais maintenant je viens & mon advis à un poïnct lequel est le secret cl (1) le resourd de la domination , Je sonslien et fondement de la tyrannie, ([lui pense que les ballebardes des gardes, l'assietle du guet, garde les
tyrans , h mon jugement se trompe fort : tU s'en aydeni, comme je croy, plus pour la formalité et eS)>ouvantatl , que pour fiance qu'ils y ayenl. Lm archers gardent d'entrer dans les palais les malhibileg, qui n'ont nul moyen, non pas les bien arma, qui peuvent faire quelque entreprinse. Certes , Att empereurs romains il est aisé à compter, qu'il n'y en a pas eu tant, qui ayent eseliappé quelque ihngn' par le secours de leurs archers , comme de n-ux-U qui ont esté tuez par leurs gardes. Ce ne sont p» les bandes des gens â cbeval , ce ne sont pas I« compagnies de gens à pied, ce ne sont pas les arnirt, qui défendent le tyran. Mais on ne le croira pas du premier coup : toulesfbis il est rray. Ce sont tooijours quatre ou cinq qui maînlienneot le tyraa, quatre ou cinq qui luy tiennent le pays tout en serrage. Tonsjours il a esté que cinq ou six ont n l'oreille du tyran et s'y sont approchez d'eui^me»mes. ou bien ont esté appellei par luy , pour etln les complices desescruaulex, les compagnons de ks plaisirs, macquereaux desesvoluplez, et commau aubicndesesptlIeries.Ces six adiiressentsi bien leur chef, qu'il faut pour la société qu'il soit mescluDt, non pas seulement de ses meschancete^ , mais encores des leurs. Ces six ont six cens qui profitent sous eux, el font de leurs six cens ce que les sii font au tyran. Ces six cens tiennent sous eux six mille qu'ils ont eslevez en estât, ausquels ils ont fait di»ncr, ou le gouvemement des provinces, ou le maniement des deniers , attn qu'ils tiennent le nisia à leur avarice et cruauté, et qu'ils l'exécutent quand il sera temps, et facent tant Je mal d'ailleurs, que ils ne puissent durer que sous leur ombre, ny s'exempter que par leur moyen des loix et de la jieine. Grande est la suyte qui vient après de tel). Et qui voudra s'amuser à devuyder ce l^let, il verra, que non pas les six mille, mais les cent mille, ks millions, par ceste corde, se tiennent au tyran, s'aydant d'îcelle, comme en Homère Ju[Hler qoi se vante, s'il lire la cijalne, d'amener vers soy tous les Dieux. De-B venoit la creue du sénat sou> Jide , l'eslablissement de nouveaux estais, élftlion d'otfices, non pas certes, à bien prendre, ^^ formation de la justice, mais nouveaux soutiem
• ticer«BianicdciG<iTlielll«rullnUUuéeaaiulet«iat«trMct ihon . et c'nt pcul-ALrc lur cela que La Bo«Ue •'nt iiûC « .1 VapvtUtipiatleTa'ÉrtiItlIiont. Il pful temblcr d'iliMaci 4M
LkBoeUcitroOTd
DE L\ SERVITUDE VOI,0?iTMRE.
de in tyrannie. En somme l'on en vient là par les favfurs, par les gains ou regnlns igiie l'on a avec les lyrans, qu'il se trouve quasi autant de gens, aiisquels la tyrannie semble estre girofitalile , comme de ceux, i qui la liberté seroit agrëalile. Toutainsiquc les médecins disent , qu'à nosire corps s'il y a quelque chose de gasté , deslors qu'en autre endroit (1) il s'y bouge rien , il se vient aussi tost rendre vers ceslc [lariie véreuse : pareillement deslors qu'un roy s'est déclaré tyran , tont le mauvais, toute la lie du royaume, je ne dy pas un las de larron n eaux et (â) d'essoHIlci, qui ne peuvent gueres faire mal ny bien en une republique : mais ceux qui sont taxez d'une ardente ambition , et d'une notable avarice , s'amassent autour de luy. et le Bousiiennent , pour avoir part au butin , et estre, sous le grand tyran , tyranneauic eux-mesmes, Ainsi font les grands voleurs et les fameux coursaires. Les uns descouvrent les pays , les autres (3J cbevalent les voyageurs ; les uns sont en embuscbe , les autres an guet ; les uns massacrent , les autres dcspouilknt , et cncores qu'il y ait entre eux des prééminences , et que les uns ne loyent que valets, et les autres les chefs de l'assemblée , si n'y en a-il à la lin pas un , qui ne se sente du principal butin , au moins de la recherche. On dit bien que les pirates Cilieiens ne s'assemblèrent pas seulement en si grand nombre, qu'il falust envoyer contre eux Pompée-le-Grand, Mais cncores tirèrent à leur alliance plusieurs belles villes et grandes citez , aux hasvres desquelles ils se mettoyeni en grande seureté , revenants des courses , et pour recompense leur bailloyent quelque prouHl du recellemeut de leurs pilleries.
Ainsi le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres , et est gardé par ceux , desquels , s'ils valoycnl rien, il se devroit garder ; mais, comme on dit , pour fendre le bois il se fait des coings du bois mesme. Voilà ses archers, voilà ses gardes, voila ses hallebardiers. 11 n'est pas qu'eux-mesmes ne GOuRrenl quelquesFois de luy. Mais ces perdus, ces abandonnez de Dieu et des hommes sont coo- Icnls d'endurer du mal, pour en faire, non pas à cpluy qui leur en fait, mais à ceux qui en endurent comme eux, et qui n'en peuvent mais. Et toutesfois voyant ces gens-lâ , qui (4) naqueltent le lyron, pour faire leurs besongnesde sa tyrannie et de la servitude du peuple , il me prend souvent esbahissementde leur meschanceté, et quelquefois
|i) /* /y fti// çHtlQut ftrmtnUUlmi , cpiiuim lumtur. — De
■1 iH)iir loi lUIrouHcr. C^uaitr
quelque pitié de leur grande sottise. Car, à dire vray, qu'est-ce autre chose de s'approcher du tyran, sinon que (le se tirer plus arrière de la liberté, et ( par manière de dire ) serrer à deux mains et embrasser la servitude? Qu'ils mettent un petit à part leur ambition , qu'ils se deschargenl un peu de leur avarice : et puis , qu'ils se regardent euxmesmcs , qu'ils se reconoissent , et ils verront clairement que les villageois, les paysans, lesquels tant qu'ils [leuvcnt ils fonllent aux pieds , et en font pis que des forssls ou esclaves : ds verront , dy.jc , que ceux-là ainsi mal-menez, sont loutesfois au prix d'eux fortunez , et aucunement libres. Le laboureur et l'artisan , pour tant qu'ils soycnt asservis, en sont quittes, en faisant ce qu'on leur dit. Mais le tyran void les autres qui sont pr^s de luy , coquinantset mendiants sa faveur. Il ne faut pas seulement qu'ils ^cent ce qu'il dit , mais qu'ils pensent ce qu'il veut ; et souvent , pour luy satisfaire , qu'ils préviennent encores ses pensées. Ce n'est pas tout à eux de luy obeyr, il Faut encore luy complaire ; il faut qu'ils se rompent . qu'ils se tourmentent . qu'ils se tuent à travailler en ses affaires , et puisqu'ils se plaisent de son plaisir, qu'ils laissent leur goust pour le sien , qu'Ms forcent leur coraplexion, qu'ils despoudient leur naturel. Il Faut qu'ils prennent garde à ses paroles, à sa voîx . h SCS signes , à ses yeux : qu'ils n'ayeni ny yeux , ny pieds, ny mains, que tout ne soit au guet , pour espier ses ïolontez , et pour descouvrlr ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement? cela s'appellc-il vivre? Est-il au monde rien si insupportable que cela , je ne dy pas à un homme bien nay, mais seulement à un qui ait )e sens commun , ou sans plus , la face d'un homme?Qucllc condilion est plus mi~ scrable que de vivre ainsi , qu'on n'ait rien à soy. lenanld'autruyson aise, sa liberté, soncorpset sa vie? Mai* ils veulent servir potir gaigner des biens : comme s'ils pouvoyent rien gaigner qui fust à eux. puis que ils ne peuvent pas dire d'eux . qu'ils soyenl à eux-mcsmes. Et comme si aucun pouvoit rien avoir de propre sous un tyran . ils veulent faire que les biens soyent à eux , et ne se souviennent pas que ce sont eux qui luy donnent la Force, pour osier tout à tous, et ne laisser rien , qu'on puisse dire estre à personne. Ils voyent que rien ne rend les hommes sujets à sa cruauté, que les biens : qu'il n'y a aucun crime envers luy digne de mort que le deijuoy (*) : qu'il n'aime que les richesses :
un homme, comm» o» etcnoM (M pmtrix, ciplire. */»/.
nnofri rf> ejeniUmU fnmtalir- 'ut4lepoueil*rfHeHtll*thoi*. Oi ED Mrlalii«i>retliir*t.<nv»-ir<
DE l.A SERVlTrDE VOLONTAIRE.
nedesfiiit quelp» ricbca.qui se viennent presfnlor cnnime ilevant le beiichor. pour s'y offrir ainsi pleinfl et reF,iils, rt liiy rn faire tniie. Ci^s favorils i)« se doyvcnt pa« latit itouTpntr do ceux qui ont gaignc aiilKUr de* lyraits tufaiKonp île biens , eoninic tie ceux quiayanU quelque temps amswi^ , puis après y ool perilii et les biens et la vie, Il ne leur doit pm venir en l'eHprit, «unibien d'aiilres ; oDt Kuignii de richesses , mais combien peu ceux-ld les ont ({srtIéeB. Qu'on dcscoiivre toutes les ancleancs histoires , qu'on regarde louirs celles ilc nostre souvenance , et on verra louL A plein , combien est grand le nombre lie ceux qui ayants gaigné par mauvais moyens l'oreille de^ priuceit, et ayants Ou employé leur mauvaisllé ou abusé de leur sim- {iteise , à la lin par ceux-là uiesmcs ont esté anéantis, et aulBut que ils avoyent trouve de facilité pour les enlever, autant puis après y ont-ils trouvé d'inconstance pour tes y conserver. Certainement en si grand nombre de gens , qui ont esté jamnis près des mauvais roys, il en est peu, ou comme poinct , qui n'ayent essayé quelquesfots en eu\meitmes la cruauté du tyran , qu'ils avoyent devant attisée contre les autres : le plus souvent s'eslauts enrichis , sous ombre de sa fnveur, dus despoiiilk's d'sntruy, ils ont eux-mesmes enrichy les autres de leur drspoiritle.
Les gens de bien mesmes, si quelquefois il «'en trouve quelqu'unatmé du tyran, tantsoyent-ils avant en ES grâce, tant reluise en eux la veelu et intcgrilé, qui voire aux i\m mcsebanis donne quelque levcrcnce de soy, quand on la void Je près : mais les gens de bien mesmes ne scauroyent durer , et faut qu'ils se sentent du mal commun, et qu'à leurs despens ils csprouvent la tyrannie. Un Seneque,(l) un Burre, un Trazée (2), cesie terne de gens de bien , desquels me.smc les deux leur mauvaise fortune les approcha d'un tyran , et leur mit en main le maniement île ses afaires : tous deux estimez de luy, et chéris, et encores l'un j'avoil nourri, el avoit pour gage de son amitié, la noinriiure de son en-
II) DonuiTlini. unThraiéii.
u arbrtt, la couptralt pour
d'un ti flriuil eoiiLr-flJI répondu i/h7/ n'ttimnit ptu IB Janttnltr ipil coupall Juiqwa la racine àsi enoui dont il ne devait curlIUr vue oifea/llet. Celle rtponiB eit (ondtc tur leilmple leai coin-
limiEnt de l*rlr lui-même li wurc« <ie wd T««eau, que d'Imiter
fduretmais cesIruts-U sont suffisants teaimuBptr leur cruelle mort , comluen il y a peu de fiance en la fnveur des mauvais maistrcs. Et, à la Térité. quelle amitié pent-«n espérer en celuy qui a bien le cœur si dur, de haïr son royaume, qui ne fait que luy obeyr ; et lequel {'>). pour ne se sçavoir pas eocorei aimer, s'appovrit Iny-mesuie, et destruïl son empire?
Or si on veut dire, (i) que ceux-U pour atorr bien vetcu sont lombei en ces innonvénienls , qu'un regarde hardiment autour (S) de celuy-U mesDK, et on verra que ceux qui vindrenl en sa grâce, et s'y maintindrent par meachancelei , ne furent pu de plus longue durée. Qui a ouy parler d'amonr si abandonnée , d'alTection si opiniasire f qui a jamais leu d'homme si obstinément acharné envers feuait , que de celuy-là envers l'oppéeîOr Rit elle apres(G) empoisonnée par luy-mesme. Agrîppine sa meie ■voit lue son mary Claude , pour luy faire place en l'empire. Pour l'obliger elle n'avoit jamais fait difficulté de rien faire ny de souEfrir. Doncques son fib mesmc, son nourrisson, son empereur fait de u main (7), après l'avoir souvent faillie, luy oita Ii tie : et n'y eut tors personne, qui ne dïst , qu'elle avoit fart bien mcrilé ceste punition , si c'euti cdé par les mains de quel<|ue autre , que «le celuy «pli la luy avoit baillée. Qui fut oncques plus aisé i minier, plus simple, pour le dire mieux, plus irij niait , que Claude l'empereur7 Qui fut oncques pi» coiffé de femme que luy de Slessaline? U la mil enfin entre les mains du bourreau. La simple>« demeure tousjours aus tyrans, s'ils en ont à ne sçavoirbienfaire. Hais jene sçay comment à la fie, pour user de cruauté , mesmc envers ceux qui leur sont près, si peu qu'ils ayenl d'esprit , cela marne s'esveille. Assez commun est le heaii mot (8) de cesluy-là , qui voyant la gorge descouverte de sa feinjne, qu'il aimoit le plus . el sans laquelle il sembloit qu'il n'cust sceu vivre , il la caressa de ceste belle parole : Le beau col sera lantnst couppi, a je le commande. Voilà pourquoy la pluspart do
laijgemadfriUonirileiaDdre.parJaqueUBni'uiiiriUaiibaA
\Vi Q>ie Burrliui, SL'ntqne el Tliritdii dp. loat UtmMiainicn IdconienlenLi^ue i»nr«'olr ei* déni de bien. —(5" tu Xfm-
premler âini la Vie de ntron, S35,u>ilc« autxU: elUm qaoqaelclueaidioteldll- rourTiclie .11 ijouie qucc'i
it 17H0 gmvMa fcfu cdJcJi a/fucta ni. Xe^ue credidfrlm , iiuamvU quidam lenplom tradt
[B> De CaUgala, lequel .dit Sueione dini 1* 1
DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE
tyrans anciens estoyent communément tuez par leurs favorits , qui ayants conu la nature de la tyrannie , ne se pouvoyent tant asseurer de la volonté du tyran , comme ils se desfioyent de sa puissance. Ainsi fut tué Domitian (1) par Estienne, Commode (â) par une de ses amies mesmes, (5) Antonin par Marin , et de mesme quasi tous les autres.
C'est cela , que certainement le tyran n'est jamais aimé, ny n'aime. L'amilié , c'est un nom sacré, c'est une chose saincte ; elle ne se met jamais qu'entre gens de bien , ne se prend que par une mutuelle estime : elle s'entretient , non tant par un bienfait, que par la bonne vie. Ce qui rend un ami asseuré de l'autre , c'est la conoissance qu'il a de son intégrité. Lesrespondanls qu'il en a, c'est son bon naturel , la foy , et la constance. Il n'y peut avoir d'amitié, là où est la cruauté, là où est la desloyaulé, là où est l'injustice. Entre les meschants quand ils s'assemblent, c'est un complot, non pas compagnie. Ils ne s'entretiennent pas, mais ils s'entrc-craignent. Ils ne sont pas amis, mais ils sont complices.
Or quand bien cela n'empescheroit point, encores seroit-il mal-aisé de trouver en un tyran un'amour asseurée : parce qu'estant au dessus de tous, et n'ayant poinct de compagnon , il est desja au de là des bornes de l'amitié, qui a son gibier en l'équité, qui ne veut jamais clocher, ains est tousjours esgale. Voilà pourquoy il a bien (ce dit-on) entre les volleurs quelque foy au partage du butin, pource qu'ils sont pairs et compagnons, et que s'ils ne s'entr'aiment , au moins ils s'entre-craignent : et ne veulent pas, en se desunissant, rendre la force moindre. Mais du tyran ceux qui sont les favorits ne peuvent jamais avoir aucune asseurance, de tant qu'il a prins d'eux-mesmes qu'il peut tout , et qu'il n'y a ny droit ny devoir aucun qui l'oblige, faisant son estât de compter sa volonté pour raison, et n'avoir compagnon aucun , mais d'estre de tous maistre. Doncques n'est-ce pas grand'pitié, que voyant tant d'exemples apparents , voyant le danger si présent , personne ne se veuille faire sage aux despens d'autruy? et que tant de gens s'approchent si volontiers des tyrans, qu'il n'y ait pas un, qui ait l'advisement et la hardiesse de leur dire , ce que dit (comme porte le conte) le renard au lyon , qui faisoit le malade : Je V trois voir de bon cœur en ta tasnicre; mais Je voy assez de traces de testes, qui vont en avant vers toy, mais en arrière qui reviennent, Je n'en voy pas une.
(1) Suétone, danc la Vie de Domilien, S I7<
(2) Qui ce nommait Marcia. Hérodien, 1. 1.
(3) jintonin Caracatla , qu'un centurion nommé Martial tua d'un coup de poignard, a l'instlgalion de Macrin, comme on peut voir dans Hérodien, 1. IV, vert ta fin. — C*e»t «ans doute rimprlmeur qui a mie Ici Marin au lien de Jlfacr/n- Estienne de La Boeiie ne pouvait pas se tromi>er au nom de Macrin , troi> connu dans
Ces misérables voyent reluire les thresors du tyran, et regardent tousestonnez les rayons de sa braverie , et alléchez- de ceste clarté ils s'approchent et ne voyent pas qu'ils se mettent dans la flamme , qui ne peut faillir à les consumer. Ainsi le Satyre indiscret (comme disent les fables) voyant esclairer le feu trouvé par le sage Promethé (4), le trouva si beau , qu'il ['alla baiser, et se brusler. Ainsi le papillon, qui espérant jouyr de quelque plaisir, se met dans le feu , pource qu'il reluit , il esprouve l'autre vertu , cela qui brusie , ce dit le poète Lucan. Mais encores mettons que ces mignons eschappent les mains de celuy qu'ils servent , ils ne se sauvent jamais du roy qui vient après. S'il est bon , il faut rendre compte , et reconoistre au moins lors la raison. S'il est mauvais, et pareil à leur maistre, il ne sera pas qu'il n'ait aussi bien ses favorits , lesquels communément ne sont pas contents d'avoir à leur tour la place des autres , s'ils n*ont encores le plus souvent et les biens et la vie. Se peut-il doncques faire qu'il se trouve aucun qui ,' en si grand péril , avec si peud'asseurance, vueille prendre ceste malheureuse place , de servir en si grand'poine un si dangereux maistre ! quelle peine , quel martyre est-ce , vray Dieu : Estre nuict et jour après pour songer pour plaire à un, et neantmoins se craindre de luy plus que d'homme du monde : avoir tousjours l'œil au guet, l'oreille aux escoutes, pour espier d'où viendra le coup , pour descouvrir les embusches , pour sentir la mine de ses compagnons, pour adviser qui le trahit, rire à chascun, se craindre de tous, n'avoir aucun ny ennemi ouvert, nyami asseuré ; ayant tousjours le visage riant et le cœur transi : ne pouvoir estre joyeux , et. n'oser estre triste 1
Mais c'est plaisir de considérer qu'est-ce qui leur revient de ce grand tourment , et le bien qu'ils peuvent attendre de leur peine et de ceste misérable vie ! Volontiers le peuple, du mal qu'il souffre, n'en accuse pas le tyran , mais ceux qui le gouvernent. Ceux-là, les peuples , les nations , tout le monde à l'envy, jusques aux paysans, jusqiies aux laboureurs, ils sçavent leurs noms, ils deschiffrent leurs vices : ils amassent sur eux mille outrages , mille vilenies , mille maudissons. Toutes leurs oraisons , tous leurs vœux sont contre ceux-là. Tous les malheurs, toutes les pestes, toutes les famines, il les leur reprochent : et si quelquesfois ils leur font par apparence quelque honneur, lors mesme ils les maugréent
rhlsloire, puliqu'il Tut élu empereur A la place d*Anton(n Caracalla. (4) Ceci est pris d'un trallédePlutarquc, Intitulé : Comment on pourra recevoir utilité de tes ennemis, cbap. ii de la traduction d'Amyot, dont voici les propres paroles : Le Satxre voulut tnitser et embrasser le feu ta première fott qu'il te vid: mais Prometheus lux cria: Bouquin, tu pleureras ta barbe de ton menton, car U bruslé quand on jr touche .
en leu que le neur .
gens, leuri:
bk) El
Hais<
que I noirci
DE- LA SERVITL'DE VOLONTAIRE
en leur cœur, et les ont en liorrcur plus estrange , que les belles sauvages. Vuilâ la gloire , voilà l'IiOD' neur qu'il» reçoyïenl de leur senice envers les gens , desiiueh quanti cliascun auroit une pièce de leur corps, ils ne seroyent pas encore» (ce semble) Ealisfaits, nf ù demy saoulei de leur peine. Hais certes «ucores après qu'ils sont morl« , ceux qui viennent après , ne sont jamais si paresseux , que le nom de ces (1) Mange-peuples ne soit noirci de l'encre de mille plumes, et leur réputation deschirëe dans mille livres , et les os mesmee , par manière de dire , traisoez par la pos-
térité, les punissant encores après la mort de leur mescliante vie! Apprenons doneques quelquesfois , apprenons à bien faire : levons les yeux vers le ciel, ou bien pour noslre honneur , ou pour l'amour de la (nesrac vertu, à Dieu tout -puissant, asseuré tesmoin de nos faits, et juste jugedenot fautes. De ma part , je pense bien , et ne suis pu trompé puis qu'il n'est rien si contraire à Dieu, lout libéral el débonnaire, que ta tyrannie, qu'il reserre bien là-bas à part pour les tyrans , et leurs complices , quelque peine particulière.
tu lo lllre qu'on donna 1 un roi ilini Homtrt [a.i^oeipo(
(,/AaK., A, r.I3l),cldo^l/JISMl/«resl^r1el^«>-ju•te'
(«nce, le rcwleni wllïui * ce qui lui reiU Je nij*n. ei n«prM-
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FIN DU DEVXitlIE VOLIllie.