‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 40 sur 226 · CONCLU AVEC LE SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

CONCLU AVEC LE SAINT-SIÈGE

Ils attaquent arec fureur la transaction qui a ré- Teille l'espoir de la France chrétienne. Le ministère ayait-il quelque part à ce soulèvement ? Sa conduite autorise à le penser. Au lieu d'exécuter sans délai le concordat, il prend la résolution de le soumettre aux Chambres. La prérogative royale, que son devoir était de défendre, il la sacrifie à ses petits systèmes, à ses petites passions ; et ici Tabsurdité le dispute à Finconvenance : car au fond les Chambres ne pouvaient rien dire, rien statuer sur le traité qu'on leur soumettait.

H y a deux choses dans *ce traité comme dans tout concordat semblable. D'un côté, le pape, en vertu de son droit, ou plutôt de son devoir, prépose aux Églises des premiers pasteurs ; et, pour conserver la bonne harmonie entre les deux puissances, il accorde au roi le privilège de présenter les sujets qui lui sont agréables. D'un autre côté , le roi accepte ce privilège, reconnaît les sièges érigés, et s'engtge à protéger l'ordre établi de concert entre lui et le souverain pontife.

Or, les Chambres peuvent-elles priver le pape de ses droits, ou le dispenser de ses devoirs ? Non. Peuvent-elles empêcher le roi d'accepter le privilège que le pape lui concède? Non. Peuvent-elles ériger des évêchès et les circonscrire? Non : un pareil pouvoir, si la Charte le leur attribuait, serait une sacrilège usurpation de l'autorité spirituelle , une renonciation véritable à la religion catholique, que nos lois, au contraire^ déclarent être la religion de l'Eut.

Il n*y avait donc pas même , dans le concordat , matière à délibérer. Aussi le ministère fut-il obligé de soumettre aux Chambres, non le concordat même, mais une loi faite à l'occasion du concordat; et il la rédigea dételle sorte qu'elle devait infailliblement être rejetée par tous les partis. Le seul point qui fût de la compétence des Chambres, l'octroi des fonds qu'auraient pu rendre nécessaire les arrangements faits avec le saint-siège, était l'objet, non d'une loi particulière, mais d'un article du budget.

Des mesures si bien concertées pour prévenir le rétablissement de l'Église eurent un plein succès. Le concordat est retiré. Le ministère regarde comme non avenu un traité revêtu de la signature du roi, un traité publié solennellement et qui avait reçu de part et d'autre un commencement d'exécution. Jamais exemple semblable n'avait encore été donné. Ministres du roi très-chrétien, est-ce là le soin que TOUS prenez de la dignité de votre maître? Et que feriez-vous de plus si vous aviez dessein de persua-

(1) l.et sourdes menées qui eurent lieu alors formeront un arilci* curieux des mémoires de cette époque. On y verra |um|u'oA l'amMtloa personnelle peut conduire certatat

der à l'Europe qu'elle doit recevoir de vous la permission de vouloir ?

Cependant de nouvelles négociations sont entamées et prolongées avec art. On cherche inutilement à obtenir des évêques une déclaration favorable aux vues du ministère. Pour les tromper plus aisément, on les isole de leur chef, et ils sont contraints, chose inouïe, de répondre à une lettre du pape , qu'on refuse de leur montrer (1).

Durantle cours de ces basses intrigues, la destruction se consommait. Chaque année, la mort enlevait quelque évêque, et la religion de l'État, seule privée de la liberté dont jouissaient toutes les autres, menaçait de s'éteindre faute de pasteurs. Le mal enfin devient si grand, que les ministres mêmes, poiu* leur propre intérêt, sont forcés de paraître y chercher un remède. Le cri de la France entière , et la pétié du roi, ne leur permettant pas de porter à son dernier terme l'oppression qui pesait sur l'Église , ils sentent la nécessité d'un arrangement avec Rome.

C'est dans ces circonstances qu'a été conclu le traité que les journaux nous ont fait connaître , et qui, selon le point de vue sous lequel on l'envisage, inspire des réflexions bien diverses.

Si l'on considère avec quels hommes le pape avait à négocier, et ce que leurs dispositions pouvaient faire craindre, on comprendra facilement que le saint-siége n'a eu que trop de motifs pour se résigner à de douloureux sacrifices. Ainsi, en gémissant sur la position où Le souverain pontife s'est trouvé, les catholiques reconnaîtront, dans les concessions mêmes qui lui ont été arrachées, une preuve de son amour pour l'Église de France. Ce qu'il a pu faire , il l'a fait ; il a consolé plus de vingt diocèses dépourvus de premiers pasteurs, réservant d'ailleurs l'exécution du concordat de 1817 , de nouveau garantie , sauf quelques légères modifications, par la parole sacrée du roi.

Mais les raisons de nécessité qui justifient la conduite du pape, accusent nos ministres. Qui a créé celte nécessité si ce n'est eux? N'est-ce pas leur volonté seule qui s'oppose à l'exécution du concordat ? et sous quels frivoles prétextes ! « Les charges (( qui pèsent sur le royaume ne permettent pas , « disent-ils, rétablissement des quatre-vingt-douze u sièges épiscopaux (2). j> Mais le projet de loi présenté le 22 novembre 1817 à la Chambre des Députés par le ministre de l'intérieur ne porte-t-il pas, art. 4: tt La dotation des archevêchés et évêchés sera pré- » levée sur les fonds mis à la disposition du roi par <c rarticle 145 de la loi du 2^5 mars dernier? » Mais plusieurs villes n'ont-elles pas offert de venir, en

hommes pour qui la religion n'est qu'un moyen de parvenir. (21 AUocuiion prononcée par le foint'pére dans le eontittotre du 2\ août 1SI9.

cette circonstance, au secours de TÉtat? Hais les évèques n'ont-ils pas hautement déclaré que, sacrifiant avec joie tout intérêt personnel, ils ne demandaient que la permission d'aller évangéliser leurs troupeaux ? N'importe, on ne souffrira pas qu'il y ait plus de cinquante éTèchés en France; et les ministres du roi détruiront son ouvrage pour conserver celui de Bonaparte.

II faut avouer aussi que leur position est difficile. Si vingt-cinq millions de Français veulent la religion de leurs ancêtres, les jacobins n'en veulent pas : et le ministère doit des égards aux jacobins. Que ferat-il donc? Il réduira le plus possible le nombre des évèques , pour diminuer l'influence du corps épiscopal, et empêcher les établissements religieux de se multiplier. 11 opprimera sourdement le clergé par des mesures administratives , il s'efforcera de lui ôter la liberté de ses fonctions ; il persécutera de mille manières les écoles ecclésiastiques, prescrira l'enseignement dans les séminaires, réglera la dis-

Page 1