SUR L'ARRANGEMENT CONCLU AVEC LE SAINT-SIEGE
Plus ancienne que la monarchie dont elle protégea le berceau, et qu*elle dota d'institutions aussi belles que salutaires, de lois admirables et de la royauté même, car la force n'est pas plus la royauté que la soumission n'est l'obéissance, l'Église de France ne put périr qu'avec la société , comme la société ne s'affermira qu'avec elle et par elle. Les hommes sont avides de troubles, les révolutionnaires le savent bien : et voilà pourquoi ils regardent d'un œil inquiet cette vieille Église , qui, toute couverte encore des blessures quMls lui ont faites, les menace de la paix. Que ces désastres, qui en annonçaient et en préparaient tant d'autres, servent au moins à notre instruction. Rappelons-nous cette guerre rapide contre l'ordre et la vérité ; ce plan de destruction universelle si profondément combiné, et suivi sans relâche ; ces hypocrites ménagements pour la foi en renversant la discipline qui en découle ; ce schisme éphémère jeté comme un pont sur des ruines, pour arriver de plain-pied à l'abolition de tout culte et à la négation de tout dogme; et enfin, pour compléter l'effrayante leçon que la Providence avait résolu de donner au monde, cette assemblée de philosophes législateurs qui, la main dans le sang, proclament, au nom de la souveraineté de rhomme, la déchéance du pouvoir social et celle de Dieu.
Ne l'oublions jamais, telle fut l'œuvre de trois années. Que le temps emporte la haine des hommes , s'il en est, assez malheureux, assez criminels pour haïr, c'est le vœu de tout vrai Français ; mais qu'il n'emporte point nos souvenirs : ils sont notre sauvegarde. Mieux que des phrases et des raisonnements, ils doivent apprendre au peuple à se défier des ambitieux qui le flattent , et aux gouvernements à ne pas trop compter sur la lenteur de l'avenir.
Après une persécution tour à tour violemment et froidement atroce, un homme vint qui comprit la nécessité politique de la religion ; mais ses préjugés et sa position l'empêchèrent de la constituer. Il mit l'Église et la société elle-même sous la tente. L'Église y vécut, car elle vit partout , même dans les cachots, même sur les échafauds; elle attendit Tépoque d'une pleine restauration : mais la société n'attend pas ainsi. L'homme qui avait cru qu'une
armée est une nation, que la férce est le pouToir^ sentit, au milieu de ses rêves d'orgueil, sa force défaillir , et s'évanouit comme une ombre avec son empire d'un moment.
Lorsque le roi monta sur le trône , ses regards durent se fixer sur la religion, son antique appui. Il la vît affaissée sous des lois oppressives. Les mains, de son chef portaient encore l'empreinte des chaînes dont le tyran les avait chargées. Cinquante sièges épiscopaux, disséminés sur un vaste territoire, remplaçaient les dix-neuf métropoles et leurs cent dix-neuf suffragants, qui formaient autrefois l'Église de France. Une partie de ces sièges, si insuffisants que Bonaparte lui-même jugeait nécessaire d'en augmenter le nombre, étaient , pour surcroît de malheur, vacants depuis plusieurs années. Près du quart des paroisses demandaient en vain des pasteurs. Les entraves apportées à l'éducation ecclésiastique n'ôtaient pas seulement l'espérance de combler le vide du sanctuaire, mais ne permettaient pas même d'en réparer les pertes journalières. Privés d'instruction religieuse, les habitants des campagnes tombaient dans la barbarie. Des désordres prodigieux, des mœurs inconnues, succédaient aux mœurs chrétiennes.
On prévoyait le moment où, avec la foi, le peuple aurait perdu jusqu'à l'idée du devoir.
Que s'est-il passé depuis ce temps? en quoi le sort de la religion a-t-ilétc amélioré? Les faits vont nous en instruire.
Après de longues négociations, confiées d'abord à un cvêque digne, par ses vertus et par les hautes qualités qui le distinguent, de représenter le clergé français , remises ensuite en des mains également honorables, un concordat est signé par le souverain pontife et le roi. L'érection de quarante nouveaux sièges semble présager à l'Église un avenir plus heureux. Elle a trouvé enfin le protecteur qu'elle attendait, et, sous un fils de saint Louis, la religion, recouvrant son ancienne influence , va réconcilier les cœurs et cicatriser les plaies de la patrie. Telle était l'espérance des catholiques ; mais bientôt le camp ennemi s'agite : les révolutionnaires, les sectaires, les artisans de discordes, sous quelque ban* nière qu'ils fussent enrôlés , jettent un cri d'alarme.