TOME II
rendue au nom de Dieu ; qu'il ne faudrait donc non plus jamais parler de Dieu à aucun criminel conduit à Tèchafaud , à moins qu'on ne pût lui dire : C'est l'homme seul qui vous condamne ; on va vous assassiner , et c'est pourquoi vous pouvez , sans commettre votre raison , vous réconcilier avec Dieu et croire qu'il vous pardonne. Tout cela montre ce que deviennent les lois , et l'esprit des lois , et celui des législateurs , sous les gouvernements athées.
El remarquez les progrès que ce genre d'athéisme fait parmi nous d'année en année. En 1824, on avait demandé que , dans la loi du sacrilège , on ne parlât que de la religion catholique , apostolique , romaine , sauf à statuer , par une autre loi , sur les vols commis dans les synagogues et les temples protestants. En 1825 , aucune voix ne s'est élevée dans la Chambre des Pairs , qui compte treize évêques dans son sein , pour réclamer cette séparation ; de sorte qu'il a été légalement reconnu, sans la moindre opposition , qu'enlever dans un prêche calviniste une table, un banc, une nappe, ou une Bible dans une synagogue, était un véritable sacrilège : par conséquent, les objets employés à ces divers cultes ne sont ni plus ni moins sacrés que ceux à l'usage du culte catholique ; que dès-lors l'Etat considère tous ces cultes comme également vrais , ou plutôt comme également faux : c'est-àdire que l'État s'est de nouveau déclaré athée.
Il ne faut assurément pas de grands efibrts d'esprit pour comprendre une chose si claire: mais, si Ton souhaite de plus l'aveu précis du gouvernement , nous le produirons.
Dans un discours extrêmement remarquable , prononcé devant les Députés, un booune d'un mérite incontestable , et d'une rare habileté de raisonnement , a réduit à un petit nombre de questions , aussi simples qu'importantes , toute la controverse qu'a fait naître la loi sur le sacrilège. On ne saurait être plus loin que nous le sommes de partager les opinions de M. Royer-CoUard ; mais nous devons avouer que, dans ce siècle si fertile en sophistes niais, on est heureux de rencontrer un adversaire dont les idées sont liées entre elles , qui part de principes nettement posés , en admet les conséquences , au moins presque toujours, avec qui l'on peut dès-lors discuter sans dégoût.
En attaquant le projet de loi , il commence par prouver d'une manière invincible que les dispositions pénales qu'il contient sont , au plus haut degré , iniques , odieuses , impies, si la loi ne suppose pas la vérité des dogmes d'où dépend la réalité du sacrilège dans chaque cas particulier : qu'ainsi, par exemple , s'il n'est pas légalement vrai que Jésus- Christ, Dieu et homme, soit présent sous les espèces consacrées, le supplice infligé aux profanateurs des
DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
saintes hosties n'est qu'une épouvantable atrocité , un forfait légal, digne de Texécration de tout homme à qui il reste une ombre de conscience.
Mais , comme cette foi publique et sociale exclut évidemment une égale protection de tous les cultes, et que M. Royer-Gollard semble confondre dans sa pensée cette protection égale avec la tolérance civile , rÉtat , selon lui , ne doit adopter aucuns dogmes, ni professer aucune foi. Pour user de ses propres expressions, « Falliance que TÉtal forme « avec la religion , de quelque manière qu'elle soit «( conçue, ne saurait comprendre de la religion « que ce qu'elle a d'extérieur et de visible. La « vérité n'y entre pas ; elle est temporelle , rien de «c plus. »
Afin d'établir cette maxime , qu'on pourrait traduire ainsi : VÈtat doit être athée , rien de plus y l'orateur ajoute : «c Est-ce qu'on croit, par hasard, <( que les États ont une religion comme les perte sonnes; qu'ils ont une âme et une autre Vie où ils « seront jugés selon leur foi et leurs œuvres? »
Voilà, certes, une bizarre demande : ce sont de ces choses , comme Rousseau en fournit tant d'exemples , qui échappent aux plus habiles , quand ils se sont une fois engagés à soutenir quelque principe faux. Car, du reste, M. Royer-Collard sait, aussi bien que nous, que si jamais personne n'imagina que les Étals aient une âme et une autre rie où ils se^ roni jugés selon leur foi et leurs oeuvres , tout le monde comprend à merveille qu'un État forme un être moral , dont les maximes , les croyances , les doctrines , sont exprimées par ses actes publics et principalement par sa législation. Il faudrait, pour nier cela , renverser le langage humain. Si les États n'avaient point , en ce sens , une religion , ils n'auraient point non plus de morale, du moins obligatoire , puisque la morale n'a de sanction positive et dogmatique que dans la religion (1). Or, sans morale, je dis sans morale professée publiquement, et reconnue par les lois , concevrait-on seulement l'idée de justice appliquée par l'État aux rapports des hommes entre eux dans la société? Nous nous abstiendrons de montrer toutes les conséquences de l'erreur que nous combattons en ce moment y et sur lesquelles il y a quelque lieu d'être surpris que M. Royer-GoUard ait fermé les yeux.
L'horreur que l'athéisme inspire naturellement l'a fait tomber dans la seule contradiction qu'offre son discours. // s'en faut bien , dit-il , que la loi française soit athée. Si la loi française n'est pas athée , elle reconnaît donc l'existence de Dieu , il y a donc au moins une vérité légale ; il est donc faux que la vérité n'entre pour rien dans l'alliance de
(l) Dttcoursde M. RortT'CoUartl.
l'État avec la religion , que la loi humaine ne participe point aux croyances religieuses , qu'elle ne les connaît ni ne les comprend. Je m'étonne que M. Royer-Gollard n'ait pas vu que , ce principe admis, toute son argumentation contre ses adversaires et leur projet de loi croule par le fondement; car, si l'on avoue que la loi peut et doit professer une vérité religieuse , une seule , elle doit et peut les professer toutes : en d'autres termes , si l'État peut avoir une religion , il doit en avoir une , et par conséquent la vraie. Que si , au contraire , l'État n'adopte aucune religion , si la vérité n'entre pour rien dans la protection que nos lois accordent aux différents cultes ; si ces lois ne consacrent , n'admettent comme vraies aucunes croyances , j'en adjure tous les hommes qui entendent la valeur des mots, ces lois sont athées,
Lemotif pour lequel H. Royer-Gollard s'oppose à ce^ue la loi reconnaisse aucune vérité religieuse, c'est qu'il s'ensuivrait, selon lui, que toutes les religions d'État seraient également vraies, ou qu'il y aurait autant de vérités que de religions d'État. u Bien plus , ajoute-t-il , si dans chaque État , et :( sous le même méridien , la loi politique change, «( la vérité, compagne docile , change avec elle. Et « toutes ces vérités, contradictoires entre elles^ t( sont la vérité au même titre , la vérité immuable t( et absolue.. «.. On ne saurait pousser plus loin le n mépris de Dieu et des hommes ^ et cependant «( telles sont les conséquences naturelles et néces- -« saires du système de la vérité légale. »
Nous recueillons avec empressement l'aveu que contiennent ces paroles. Appliquées au système protestant , dont l'examen particulier est , comme on le sait, la base , elles sont d'une justesse rigoureuse ; mais il n'en est pas ainsi de la religion catholique, qui repose sur le principe absolument opposé.
Dans cette invariable religion, aucun individu ne crée la vérité ou ne la détermine par son jugement; mais il la reçoit, sans discussion, d'une autorité toujours vivante et parlante, spirituelle par sa nature, et infaillible même humainement, puisqu'il n'en est point de plus élevée sur la terre.
De même aussi, l'État ne crée point la vérité ou ne la détermine point par son jugement ; mais, comme l'individu, il reconnaît cette loi immuable des esprits et s'y soumet, en écoutant ce qu'enseigne l'autorité indépendante , universelle, perpétuelle, qui la promulgue sans interruption. Ainsi il ne peut y avoir, en matière de religion, ni même, si on l'entend bien, dans quelque ordre d'idées que ce soit, deux vérités contradictoires entre elles, que par une violation du principe catholique.
Dans le système protestant, au contraire, chaque
AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL
SS
mdifidu crée la vérité ou la détermine par son. jugement; d'où il suit que les vérités les plus eaniradictoires entre elles sont la vérité au même titre y la vérité immuable^ absolue, ou qu'il n'existe aucune vérité : et la même chose a lieu pour rÉtat.
Ici reviennent, avec une force accablante, toutes les conséquences si admirablement déduites dans le discours que nous examinons, et qui conduisent elles-mêmes, uon moins nécessairement, à une conséquence dernière, savoir que le système d'où elles découlent, fe système protestant ou philosophique , détruit , pour les individus comme pour les États , toute vérité sans exception , et que l'athéisme al>* soin, qui en est la suite inévitable, en est aussi le fond essentiel.
L'anxiété douloureuse qui tourmente le monde , les mouvements convulsif^ qui l'ébranlent, ne sont que le résultat de la lutte établie entre le protestantisme parvenu à son terme extrême , et la religion catholique, c'est-à-dire, entre l'athéisme et ses conséquences manifestées partout , dans les lois, dans les mœurs, et la doctrine contraire qui lui dispute et les mœurs et les lois. En cet état de choses , il est impossible de séparer les questions politiques des questions religieuses ; leur étroite liaison oblige de les traiter ensemble : c'est une nécessité indépendante des passions et des intérêts personnels, par lesquels on cherche trop aujourd'hui à tout expliquer. Et ce que nous disons ici est un fait tellement évident, qu'il frappe tous les- esprits capables d'observation. Il n'a point échappé à M. Royer- CoUard. «< De même, dit-il, que, dans la politique , « on nous resserre entre le pouvoir absolu et la « sédition révolutionnaire; dans la religion, nous « sommes pressés entre la théocratie et l'athéisme.)» Ce qui signifie que, dans la politique , on cherche I vainement us milieu entre la démocratie absolue * ouFanarchie, et l'unité d'un pouvoir indépendant. de qui seul peut émaner une anarchie sociale qui le limite sans l'anéantir; de même que, dans la religion, on cherche vainement un milieu entre l'athéisme et la doctrine catholique. Au fond, dans la religion comme dans la politique, on se travaille pour résoudre un problème insoluble, qui consiste i trouver une autorité qui ne soit pas une autorité : Forgueil, qui ne saurait se résigner à obéir, ne veut point de la véritable ; on la repousse de la politique sous le nom de pouvoir absolu, et, sous le nom de théocratie, de la religion. le ne sache point d'expérience plus instructive : mais quelle expérience instruisit jamais les hommes ?
Dans cette position extraordinaire , les uns, em-
(t) Bâta est mtlil omnlt pote«Ut In cœlo et In terrfl. MattkœuSf XXVIII, IS. — (2; U loi de QnaDcet au moins n'est pas
portés par les conséquences du principe athée, détruisent, jusque dans leurs derniers éléments , la société religieuse et la. société politique que Dieu lui-même a unies, par des liens indissolubles ; et les autres, pressés du besoin de retrouver une société véritable, parce qu'il n'y a pour l'homme de vie que là, se concentrent forcément dans la seule société qui subsiste aujourd'hui , l'Église catholique, apostolique , romaine , hors de laquelle il n'existe plus ni ordre, ni vérité. Mais qu'elle cherche à élever un empire temporel , que le prêtre aspire à être roiy ce serait aussi trop d'extravagance que de soutenir sérieusement une pareille pensée. L'Église a sans doute des droits en ce monde, puisque apparemment Dieu en a, puisque Jésus-Christ a dit : Toute puissance m'a été donnée au^ ciel et sur la terre (\) ; mais elle ne réclame d'autre domination ^ qu'une domination spirituelle, et celle-là ne lui sera ' point ravie. Sûre d'elle-même, elle sait que sa durée sera éternelle. Les hommes ne peuvent rien pour elle ni contre elle, mais elle peut tout pour les hommes ; et son désir , si calomnié , serait de les rappeler dans les voies du bonheur et de la paix, en formant de nouveau avec l'État une alliance, non pas de budget (2), mais de vérité, de croyances, d'institutions et de lois.
Rien n'était plus éloigné des pensées du ministère qu'une semblable alliance : de toutes les accusations, ce serait celle qu'il redouterait le plus. M. le garde des sceaux, répondant à M. Royer-Collard, défendit les dispositions pénales de la loi, en niant qu'elle contint un acte de foi, et qu'il s'ensuivit qu'il existe des vérités légales* « La législation, dit-il, n'a ja- « mais pensé à autre chose qu'à un acte politi- <( que (3). » M. le ministre des affaires occlésiastiques, que nous nommons ici à regret , développa la même doctrine en des termes encore plus forts. Nous sentons avec douleur que , pour être cru , il est nécessaire de citer ses propres paroles; les voici, telles que les rapporte un journal ministériel : ic La «c Charte dit encore que la religion catholique est « la religion de l'État. Or, l'État n'est pas seulement K dans la multitude qui la professe ; il est dans le u roi, dans la famille royale, dans les grands corps « poHtiques et judiciaires : c'est donc politique- M men^qiierÉlat professe la foi catholique, et, par «< suite, le dogme sur lequel elle repose, celui de la u présence réelle... // ne s'agit pas de savoir si «< la religion est vraie, il s'agit de savoir si elle « est nationale (4). »
Quoi! que Jésus-Christ soit ou non présent dans les hoslies consacrées, il suffit que le roi, la famille royale, les grands corps poUtiques et judiciaires ,
athée. Discourt Oe M. Rcorer-CoUam. — (3) Dmpeau blanc du U avril. — (4) VEMleàvi 14 avril.
-DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
croient à la réalité de cette présence , pour qu'on puisse justement condamner au supplice des parricides un malheureux qui n'aura, selon vous, manqué de respect que pour un morceau de pain peui^ être! Et, ce qui passe tout le reste, on soutiendra cette doctrine pour maintenir l'athéisme légal, pour qu'on ne puisse pas dire que la loi reconnaît une vérité, renferme la profession d'un dogme ! On craindra moins de tuer politiquement l'homme que d*avouer légalement Dieu ! Enfin voilà le langage qu'on osera tenir à la face de la France et de l'Europe; voilà les maximes du ministère dans le royaume appelé très-chrétien (1).
Aussi, dans la loi qui a pour objet l'établissement des communautés religieuses de femmes, loi pénale contre la charité , contre le sacrifice volontaire de soi-même au bonheur des autres ; dans cette loi, dis-je, on ne reconnaît aucun engagement envers Dieu, et en cela l'on est conséquent. On l'est peutêtre un peu moins en reconnaissant des engagements envers les hommes, tels que ceux des sociétés de commerce, d'agriculture, d'arts, de sciences, enfin de toutes les sociétés d'ufilitépu^ blique, parmi lesquelles on veut bien ranger les communautés religieuses. Sur quoi reposent ces engagements? d'où tirent-ils leur force obligatoire? quelle puissance humaine peut lier la volonté de l'homme ? et le devoir est-il autre chose que l'obéissartce à une volonté plus, haute, à la volonté de Dieu même? Au lieu donc de renverser le fondement des devoirs, en refusant de reconnaître les obligations envers Dieu, peut-être eût-il mieux valu s'en aider pour raffermir le principe de toute obligation morale , déjà certes assez ébranlé par nos opinions et par nos mœurs. Mais enfin , admettre des vœux, c'eût été faire une brèche à l'athéisme légal, qu'il faut sauver avant tout : point de vœux donc ; et, comme dit le ministre, l'État ne s'en mêlera pas : ce sont là des choses d'un ordre plus élevé, qui se passeront entre la conscience et Dieu. Et, toutefois, qu'une pieuse fille s'engage devant Dieu à garder, suivant le conseil évangélique, une perpétuelle virginité, l'État , qui ne se mêle point des vœux, lui ravira les droits dont jouissent les autres membres de la société, tout prêt à les lui rendre, il est vrai, si elle sortait du cloître
(1) Nous voudrions pouvoir citer Ici en entier Padmlrable discours prononcé par H. Duplessis de Grenédan ; mais ce que nous ne pouvons taire , c*est l'accueil que ce discours a reçu dans la Chambre. Un homme monte à la tribune pour y faire entendre une voix éloquente , qui part d'une conscience incorruptible. Quelques Députés quittent leurs bancs,et s'approchent pour écouter ; les autres l'interrompent par le bruit de leurs conversations. L'orateur s'arrête, regarde froidement les interrupteurs, et continue. Il parlait pour défendre Dieu, la religion, la vérité, tout ce dont on ne veut plus. « On mouvement d'Impatience , dit un M journal (le Drapeau bittnc), se maolfeste dans l'assemblée ; les
pour entrer dans un lieu de prostitution. C'est la première fois que, chez aucun peuple, les lois, s'armant de rigueur contre les plus sublimes dévouements, se soient effrayées de la vertu (â).
Déclarée par l'État indifférente ou fausse , la religion est encore exclue , sous un autre rapport , de l'ordre politique. Quelle influence y exercet-elle? quels droits lui reconnait-on? Assurément aucun. Dans les anciennes monarchies chrétiennes , l'Église était la première des institutions publiques , et le clergé le premier des ordres de l'Etat , parce que l'on ne connaissait point en ce temps-là de fonctions plus nécessaires ni plus élevées que les siennes. Il composait, avec la noblesse et les députés des communes , les états-généraux de la nation. II ne vivait point comme étranger au milieu de la société qui lui devait tout , ses croyances , ses lois, ses mœurs. Des propriétés qui, entre ses mains , furent toujours , en grande partie , le patrimoine des pauvres , assuraient avec son existence la perpétuité des bienfaits qu'il répandait autour de lui. 11 les administrait lui-même : et quoi de plus juste? Une corporation ne possède-t-elle pas auf même titre qu'un particulier? ne doit-elle pas être,! conune celui-ci, maltresse de gérer ses propres afiTaires et de disposer à son gré de ce qui lui appartient légitimement? La folle manie d'administrer tout , de centraliser tout , qui de nos jours s'est emparée de certains gouvernements , est , de leur part , un envahissement des seules vraies libertés des peuples , et peut-être , à la longue , la plus dure des tyrannies : car, en ôtant aux hommes le soin de ce qui les intéresse directement, pour les tenir sous une tutelle ruineuse et despotiquement inepte , on froisse sans interruption et le bon sens universel ,i et tous les sentiments qui forment le lien des asso-l dations humaines.
En Angleterre , l'Église établie possède d'immenses revenus ; les évêques sont de droit membres de la chambre haute , et à peu près le tiers des causes qui se plaident dans les trois royaumes ressortissent à leurs tribunaux. Le clergé, en France, reçoit un salaire ; mais la religion n'est point dotée. Ce qu'aujourd'hui rÉtat lui donne , il peut le lui retirer demain; elle n'occupe aucune place dans le corps/ politique : elle est au-dessous d'un électeur à trois
« cris : hissez i assez l se font entendre,les bancs se dégarnissent; a l'orateur descend de la tribune. » SI l'on ajoute que cet bomme« d'un haut talent, est un des plus beaux caractères des temps modernes, on comprendra tout ce que révèle la scène que nous ve- « nous de rappeler.
(2) Il n'est pas inutile de remarquer , comme un trait caractéristique de l'époque actuelle, que cette loi a été adoptée sur deux rapports dont le premier la qualiOe de dérisoire et de crueUe, et le second ù* incohérente et de révolutionnaire. Un seul fait semblable en dit plus sur l'état de la société que des volumes de réflexions.
AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL
cents francs. Sans droits reconnus, et, quand on loi en reconnattraît , sans moyens de les défendre , une nullité complète est le partage qu'on lui a fait. Objet de crainte et de jalousie pour le gouvernement qui l'opprime beaucoup plus qu'il ne la pro* t tége , on ne lui laisse pas même le libre exercice de ^n propre gouyernement ; on gène , comme nous le dirons plus tard , les communications des évèques arec leur cbef; on entrave leur juridiction ; on les isole les uns des autres pour les maîtriser plus facUement; on ne leur permet pas de s'assembler selon les ordonnances de l'Église : abaissement tel que Ton ne conçoit point de seciîyj[de plus pn^fonde.
Si de l'ordre politique nous passons à l'ordre civil , nous y retrouvons encore l'athéisme : il préside parmi nous à toute la vie humaine. Un enfant natt , on l'enregistre , comme , à l'enirée de nos villes , les animaux soumis à l'octroi. Rien , dans ce que l'État prescrit , ne rappelle ni la nature de cet être fait à l'image de Dieu , ni les devoirs qui Tattendent , ni les destinées qui lui sont promises. Il pourra croître sans qu'aucune parole du ciel ait été prononcée sur son berceau ; il pourra mourir sans avoir connu d'autre religion que le culte de hii-aiènie, d'autre morale que le code criminel, d'autre divinité que le bourreau.
Suivons-le dans sa carrière , afin d'admirer jusqu'au bout l'opiniâtre impiété de la loi. Ses premières années se sont écoulées ; il est maintenant en âge de fonder une nouvelle famille, de contracter un engagement dont l'importance égale la sainteté, et que tes législateurs du monde entier, fidèles à la tradition universelle et primordiale , protégèrent soigneusement contre Pinconstance de l'homme, en Fenvironnant de ce que la reUgion , dans ses menaces , dans ses promesses, dans ses rites et ses pompes, a de plus auguste et de plus solennel. Chez toutes les nations , même les plus barbares, le mariage eut toujours un caractère sacré ; jamais il ne fut, en aucun pays, un simple acte civil, une pure convention humaine garantie par l'État. Le souvenir, partout conservé , de son institution primitive, apprit aux hommes qu'à Dieu seul appartient le pouvoir de former le lien mystérieux , indissoluble, qui doit unir Tépoux à Tépouse, comme il unit originairement le père et la mère du genre humain. Pour nous, peuple sans Dieu, nous avons chargé un adjoint de vUIage d'accomplir, loin de Fautel , rceuvre de la toute-puissance , de lier à jamais les destins de l'homme à ceux de la compagne qu'il s'est choisi]^ , d'enchaîner les caprices de son cœur, de soumettre sa volonté à une règle immuable, de créer la famille , la puissance paternelle, les devoirs des enfants : car, s'il ne fait pas toutes ces
choses, le mariage dont il est le ministre n'est qu'un concubinage légal , une véritable prostitution.
Hâtons-nous d'arriver à la dernière scène du lugubre drame de la vie dans les sociétés athées. De consolations , d'espérances , la loi n'en connaît pas ; hors de la terre il n'y a rien pour elle : ses sollicitudes touchent à leur terme ; elle n'a plus à s'occuper que de quelques soins de voirie. Un officier public vient constater la mort. 11 déclare qu'appelé en tel lieu il y a vu un cadavre ; on écrit sur un registre le nom du décédé : deux fossoyeurs font le reste.
Cherchez dans l'univers , je ne dis pas une nation , mais une horde sauvage dégradée jusqu'à cet excès, vous n'en trouverez point. Jamais , avant le dix-huitième siècle , il n'exista de société publique systématiquement athée , de législation qui se combattit elle-même en renversant la base des devoirs; qui , dépouillant l'homme de sa grandeur , et le ravalant au rang des brutes, ne lui montrât dans la naissance qu'un accroissement de l'espèce , dans le mariage qu'un bail à vie , dans la mort que le néant. Voilà où nous en sommes venus à force de lumières; voilà ce que nous appelons avec complaisance les progrès de la civilisation. Et maintenant , ô France , sois fière , lève la tête , regarde en pitié les contrées barbares où l'État croit encore en Dieu et professe une religion ; où l'enfant, à son entrée dans ce monde , est sanctifié , béni , placé sous la protection de la miséricorde et de l'espérance ; où l'union conjugale , formée en présence du Très-Haut, reçoit de lui son auguste consécration ; où le trépas , consolé par une foi sublime , n'est pas la fin de toutes choses pour le juste et pour le méchant , mais le passage à une existence immortelle. Grâce à tes législateurs , tu t'es élevée au-dessus de ces préjugés vulgaires : affranchie de la loi divine et des croyances du genre humain , tu t'avances à grands pas vers la perfection sociale. Encore quelque temps, et l'on cueillera les derniers fruits de la sagesse qui , pour animer les hommes aux travaux du devoir, aux sacrifices de la vertu , leur enseigne que le passé n'est qu'un peu de cendre et l'avenir un sépulcre éternel !