SUR UNB NOUVELLE TRADUCTION DE LA BIBLE
« Les rois sont Tenus, ils ont combattu... Le torrent de Gison a roulé leurs cadavres , le torrent de Gadumin est le torrent de Cison ; mon âme a terrassé les forts.
« Bénie entre les femmes, Saheel, femme de Haber ! bénie soit-elle en sa tente !
«Ha demandé de Teau, elle lui a donné du lait, et dans la coupe des forts elle a présenté le breuvage.
« Elle a pris un clou de la main gaucbe, et de la droite le marteau de TouTrier : elle a frappé Sisara du marteau ; elle lui a percé la tète, elle Ta percée : le clou a traversé les tempes.
tt II était couché , abattu , gisant à ses pieds ; il roula et fût abattu : il se roula à ses pieds, il resta là gisant.
« Regardant par les fenêtres, sa mère poussait des gémissements à travers le treillis. Elle criait : « Pourquoi les pieds dé ses coursiers sont-ils si lents?»
« La plus sage de ses femmes lui répondit, et elle se disait à elle-même :
« Peut-être qu'en ce moment ils partagent des « dépouilles, et qu'on choisit pour lui la plus belle « des femmes. On donne en partage à Sisara des « vêtements de diverses couleurs ; les broderies « éclatantes : les broderies, les ornements pour « parer le vainqueur. »
« Ainsi périssent tous tes ennemis, Seigneur. Çne ceux qui t'aiment brillent, comme le soleil resplendit à soulever!
« Et la terre reposa pendant quarante ans. »
Après ce sublime cantique, voulant citer un morceau d*un genre plus calme et plus doux , nous sommes tombé sur cette prière touchante de Salomon, dans le livre de la Sagesse :
« Dieu de mes pères. Seigneur de miséricorde , qui avez tout fait par votre parole,
« Et qui avez formé l'homme par votre sagesse, afin qu'il dominât sur les créatures que vous avez créées ^
« Pour qu'il dirigeât l'univers dans l'équité et dans la justice, et qu'il rendit les jugements dans la droiture du cœur :
<i Donnez-moi cette sagesse qui est debout devant votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos
enfants ,
<( Parce que je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme infirme et de peu de jours ; trop faible pour comprendre votre jugement et vos lois...
(( Vous m'avez choisi comme roi de votre peuple, et comme juge de vos fils et de vos filles ,
u Et vous m'avez dit de bâtir un temple sur votre montagne sainte , et un autel dans la cité où vous habitez , à l'image de ce tabernacle saint que vous avez préparé dès le commencement.
u Et avec vous est votre sagesse, qui connut vos ouvrages, qui fut présente lorsque vous formiez l'univers , et qui savait ce qui était agréable à vos yeux, et ce qui était conforme à votre volonté.
«( Envoyez-la du ciel, votre sanctuaire, afin qu'elle soit avec moi, qu'elle agisse avec moi, et que je sache ce qui vous platt ;
(( Car elle a la science et l'intelligence de toutes choses : et elle me conduira dans mes œuvres par sa modération, et me gardera par sa puissance ;
«( Et mes œuvres vous seront agréables, et je dirigerai votre peuple avec justice, et je serai digne du trône de mon père
« Les pensées des hommes sont timides et nos prévoyances incertaines.
u Le corps qui se corrompt appesantit l'âme ; et cette dépouille terrestre abat l'esprit et le trouble de mille soins.
« Nous jugeons difficilement ce qui se passe sur la terre , et nous trouvons avec peine ce qui est sous nos yeux
« C'est parla sagesse. Seigneur, qu'ont été guéris tous ceux qui vous ont plu dès le commencement. »
11 est doux de penser que, malgré le désordre et les calamités des temps, les saintes lettres sont encore si heureusement cultivées parmi nous. Ainsi, dans les révolutions de leur patrie, les enfants des prophètes, retirés au Désert , le faisaient retentir de ces chants qui, trente siècles après, nous consolent et nous ravissent d'admiration.
DE LÀ LIBERTÉ
DE LA LIBERTE
Ce n*e$t pas à tort que les hommes attachent tant de prix à la liberté ; ce sentiment est dans leur nature , et aussi invincible que le désir même de vivre. Mais, abusés par les passions, ils se forment une idée fausse de la liberté, et, la cherchant où elle n*est pas , ils se jettcmt dans la servitude.
La liberté n'est point le libre arbitre ; car , en vertu même du libre arbitre , les peuples comme les individus peuvent perdre la liberté.
Elle n'est pas non plus l'indépendance ; car Fin* dépendance est une chimère, un mot vide de sens à moins qu'il ne signifie- le néant. Tout être créé dépend nécessairement de son auteur ; il dépond des autres êtres avec lesquels il a des rapports ; il dépend de tout ce qui est , parce qu'il n'existe rien d'isolé et qu'une mutuelle communication , un mutuel assujettissement , entretient l'harmonie dans le magnifique ensemble des œuvres de Dieu.
Cela n'est pas moins vrai des esprits que des corps. Si notre corps dépend des autres corps, de la terre qui le porte, des aliments qui le nourrissent, de l'air, de la lumière, etc., notre esprit dépend également des autres esprits; il leur doit la vérité, la pensée, le langage : et quel homme put jamais se croire indépendant , lorsqu'il ne vit qu*à l'aide d'autrui , lorsque son intelligence s'éteint dès qu'elle cesse d'obéir à la raison commune, lorsque sa volonté et son action trouvent partout des bornes, et dans les choses, et dans la volonté de ses semblables? Un être indépendant serait celui qui existerait par luimême, qui connaîtrait tout par lui-même, qui pourrait tout ce qu'il voudrait; et encore cet être dépendrait-il, comme les autres êtres, de sa nature et des lois qui en dérivent.
Qu'est-ce donc que la liberté, puisqu'elle n'est ni l'indépendance ni le libre arbitre? La liberté, selon sa notion la plus générale, est l'état d'un être que rien ne détourne de sa fin, ou n'empêche d'arriver a la perfection qui lui est propre.
Ainsi Dieu est souverainement libre, car il est
impossible qu'il ne soit pas souverainement parfait; et il est libre en vertu des lois mêmes auxquelles il obéit, et qui renferment toute perfection. S'il pouvait les violer en quelque point, à l'instant il cesserait d'être libre, il cesserait d'être Dieu, et, précipité de son trône , il entraînerait avec lui au tonà dor néant toute la création.
Tout ce qui seconde le développement des êtres, soit directement , soit en écartant les obstacles qui s'opi>osent à ce développement, favorise donc la liberté. Prenons l'homme pour exemple , et considérons-le successivement comme être intelligent, moral et physique.
L'intelligence est faite pour connaître ; la vérité est sa fin, son existence même : car une intelligence qui ne connaîtrait rien n'existerait pas; et elle existe plus ou moins , ou elle est plus ou moins parfute, selon qu'elle connaît plus ou moins de vérités.
Mais l'intelligence ne se développe que dans la société, à l'aide du langage que l'homme reçoit des autres hommes avec ses premières pensées ou les premières vérités. Hors d'elle il végète et meurt dans son ignorance native : borné à de simples sensations, il ne peut acquérir d*idées ; et , quand il en acquerrait, que seraient-elles en comparaison des vérités innombrables que possède l'homme en société? De plus, comment s'assurerait-il de ses notions, de ses jugements ? Qui l'avertirait de ses erreurs ? par quel moyen les redresserait-il ? L'homme seul ne saurait donc surmonter les obstacles qui s'opposent au développement de son intelligence ; son intelligence n'est donc libre que dans la société.
Les passions forment encore de nouveaux obstacles au développement de Tintelligence, aussi bien qu'au développement ou à la perfection de l'être moral. Elles offusquent Tentendement, elles détournent de sa fin l'amour qui ne doit s'arrêter qu'au bien véritable. Les passions et la liberté s'excluent donc mutuellement. Aussi , tout homme que transporte une passion violente est-il universellement
DE LA LIBERTÉ
rm
coDsidéré comble esclave, impotens sut. « II n^est « plus maure de eoi, dit-on ; il D'à pas l'esprit « libre y il est incapable de raisonner , incapable u d'entendre : » et qu'est-ce que cela, sinon la plus profonde et la plus dégradante servitude? Mais les passions ne sont contenues que par les lois religieuses, dont la connaissance certaine ne se trouve que dans la société : donc l'homme moral n'est libre que dans la société.
Il en est de même de l'homme physique : car il ne peut naître et se conserver que dans la société ; et cela seul prouverait la grandeur de sa nature. Dieu n'a pas voulu qu'un être qu'il a formé à son image offrit à l'univers le spectacle d'une si haute créature abaissée jusqu'à ne vivre, comme la béte, que de pur instinct.
L'homme n'étant libre que dans la société, et nulle société ne pouvant exister sans pouvoir, il s'ensuit que le pouvoir est la première condition de la liberté.
Ainsi , dans la société religieuse , l'homme est ^ libre lorsqu'il obéit pleinement au pouvoir spirituel, parce qu'alors il croit ou possède toutes les vérités nécessaires au développement de l'intelligence, et se conforme aux lois de l'ordre moral ; et le remords qui le tourmente après leur violation, ce pesant fntlean que Pâme ne soulève qu'avec douleur, est le poids des chaînes qu'il s'est imposées. Esclave dès qall refuse d'obéir, il ne peut arriver à aucune vérité certaine, ni reconnaître aucun devoir certain; el ce ne sont pas des sociétés, ce ne sont pas des régions que ces sectes où les esprits , n'obéissant qn*i leur propre foiblesse, se font à eux-mêmes leurs crojances, leurs lois, leur culte, leur Dieu, et se hâtent d'adorer, avant qu'ils aient disparu, tous les Aintômes qui passent devant eux.
Dans la société politique , l'autorité est la raison génâvle ou sociale manifestée par les lois. Le pouvoir est Tanlon de Fautorité et de la force. L'homme est libre quand il obéit au pouvoir, parce qu'il obéit i la raison , è Tordre qui conserve la société et chacun de ses membres.
Le pouvoir étant le fondement de la liberté, la liberté est d'autant plus grande , que le pouvoir est plin parfait. La perfection de l'autorité dépend de la religion qui éclaire et développe la raison
sociale, comme on le voit clairement en comparant les législations des peuples chrétiens avec celles des autres peuples. La force doit être telle, qu'elle puisse triompher de toutes les résistances à l'ordre général; et c'était une maxime de notre ancien droit, que force doit toujours demeurera justice.
L'homme , sous ces divers rapports , nous offre une image de la société. S'il manque de raison , s'il ne connaît point ou ne connaît qu'imparfaitement les lois de sa nature, il n'est pas libre , parce que sa force mal dirigée tend à le détruire. Si , connaissant les lois de son être , il les viole néanmoins, emporté par les passions , il n'est pas libre non plus , parce qu'il n'a pas la force de vaincre des penchants désordonnés qui l'éloignent de sa fin.
La raison d'un seul substituée à la raison sociale, voilà le despotisme. L'absence de toute autorité ou de toute raison , Voilà l'anarchie. Elle commence premièrement dans la société religieuse , d'où elle passe dans la société politique. Alors il se trouve des hommes dont l'esprit est si aveugle et le cœur si dégradé , qu'ils croient voir un gouvernement partout où ils aperçoivent la force. Ces gens-là ne laissent pas de parler de liberté ; soit , il suffit de s'entendre : ne parlait-on pas de vertu dans la Convention ?
Dans l'état parfait de société le pouvoir est un , parce que la raison générale est une : et qui divise l'autorité divise la société. Par la nature des choses, cette division va toujours croissant ; car la raison ne montre point de milieu entre l'autorité égale de tous et l'autorité absolue d'un seul ; et de là une continuelle agitation , des troubles et des calamités sans fin. Tous veulent la liberté : mais les uns, la plaçant dans l'autorité individuelle, cherchent à multiplier les pouvoirs à l'infîni ; les autres , la voyant dans l'autorité générale , s'efforcent de remonter à l'unité de pouvoir. Malheur aux nations ainsi divisées ! c'est le temps des grandes catastrophes, tt Les royaumes sont en proie à la désolation : tt les rois périssent , leurs races passent , d'autres u leur succèdent et passent aussi : les maisons u tombent les unes sur les autres : Omne regnum (( in se ipsum divisum desolabituTy et domus su- <( pra domum cadet. >»