‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 63 sur 226 · SUR UNE NOUVELLE TRADUCTION DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

SUR UNE NOUVELLE TRADUCTION DE LA BIBLE

PAR H. GBHOUDB.

Toutes les nations de l'Europe qui ont une litté- 'yiWe possi'^dent, dans leurs langues, des traduc- ''Wn de rEcrilure sainte, où l'on retrouve une (•arijc des beautés de l'original. La France seule , liivéc jusqu'à présent de rct avanisgc, ne pouvait , '" fv déguiser son indigence , ni se l'expliquer. Les ' '"^Fs-d'uuvre nombreux qui ont porté si liant sa ^i'uire ne permettent pas d'attribuer l'infériorité """( nous parlons à la rareté du talent. On doit en ^cher une autre cause , et nous croyons l'aper-

cevoir dans celte raison parfaite, dans ce sentiment exquis des convenances religieuses et sociales, qui, développé par des institutions admirables , formait, chez les Français, le trait le plus marqué du caractère national.

On avait conçu que l'enseignement , pour être utile, devait être proportionné aux divers degrés d'intelligence, el varier dans ses formes, selon qu'on s'adressait à des esprits plus ou moins cullivés. Le simple catéchisme suffisait au plus grand nombre.

fl) mtmotnt, Ile., p. :i9.

SUR UNE NOUVELLE TRiDUCTION DE LA BIBLE.

Les autres trouvaient dans une miiltilude d'ouvrages eicelluntg une instruction plus étendue, plus élevée, et telle qu'il conveuail à leur position et à leurs besoins .

Ainsi , d'une part , l'iautililc , et , de l'autre , le danger de mettre l'Écriture entre les mains du peuple, détournaient de la traduire les hommes les plus capables d'exécuter ce grand dessein. Bossuet et Fénélon n'y soni;èrent jamais; et cependant, qui la lisait , qui l'éludiait avec plus de soin ? Bossuet surtout est tellement pénétré de cette sévedivine, qu'elle semble être presque l'unique aliment de son génie. Hais il savait qu'on ne doit pas livrer sans discernement les secrets de Dieu à la multitude, et la provoquer à juger ce qu'elle est incapable de comprendre. 11 savait combien l'ignorance et les passions abusent aisément des meilleures choses. Il savait, et tout le monde savait alors, que des précautions infinies sont nécessaires pour instruire le peuple, sans l'exposer aux périls qui naissent de la ^iblesse de l'esprit et de l'orgueil du eocur; qu'il ne doit rii^n rester d'obscur dans ses idées , d'incertain dans ses croyances, de douteux dans ses devoirs; qu'ainsi la doctrine chrétienne lui doit être enseignée par l'autorité vivante des pasteurs, et que le vrai moyen de lui rendre l'Écriture utile n'est pas de la lui faire lire, mais de la lui faire croire et pratiquer.

II est remarquable que la pensée de traduire les livres saints en langue vulgaire vint d'abord, sous Louis XIV , aun partisans d'une secte alliée au protestantisme, et qu'ils essayèrent, comme les protestants, de répandre leurs erreurs en corrompant la parole de Dieu dans leurs traductions infidèles. Sans chaleur, sans onction, sans amour, ils n'avaient, d'ailleurs, rien de ce qu'il fallait pour reproduire dans leur style la grSce , l'énergie , la magnificence du texte sacré. Froids et arides comme leurs doctrines, l'esprit gui vivifie leur manqua toujours.

Les traductions de l'Écriture dans nos langues modernes ont encore un grave inconvénient , qui tient à la nature mime de ces langues , dont tous les mots offrent un sens précis rigoureusement fixé par l'usage. Il n'en est pas ainsi des langues anciennes : ctiai[ue mol s'étend, pour ainsi dire, plus loin que le mot français, anglais, italien, etc., qui lui correspond ; d'où il résulte que la pensée, ou la vérité que renferme tel ou tel passade , est souvent restreinte dans nos versions. Le texte original réveille plus d'idées; il est pluscomplel. plus fécond: avantage qui est d» quelquefois aussi à la tournure de la phrase, que nous ne saurions reproduire.

1^ Fulgute, ce chef-d'œuvre qu'on n'admire pas assez, est exempte de cet inconvénient, parce que le génie de la langue latine se rapproche davantage du génie du grec et de l'bélireu , et qu'elle t>ermet

d'ailleurs, même aux dépens de ta grammaire , une fidélité littérale i laquelle nos langues vivantes sr refusent absolument.

De ces observations nous sommes loin de conclurt qu'il ne faut pas traduire en français les livres sainU. H aurait mieux valu peut-être les conserver dans une langue universelle, invariable, dans la langue de l'Église, seule investie du droit d'interpréter 11 parole de Dieu ; mais enfin CCS livre» ont été Iraduils, et dès-lors il est â désirer qu'ils le soient le oiieiu possible. Nous croyons que M. Genoude a plus approché qu'aucun de ceux qui l'ont précédé dans la même carrière , de la perfection que comporte ud pareil travail. Son style, généralement pur, a du mouvement, de la vérité, de la t^)rce, et rarenieni offre-t-il des traces d'aHectation. On pourrait ptutdt reprocher à l'auteur de sacrifier quelquefo» trop le caractère antique à notre timide élégance. L'Écriture est remplie d'expressions naïves, d'ellipses hardies, que le goflt ne doit pas craindre de transporter dans notre langue. Ou y rencontre, eu certains endroits, quelque chose de heurté, d'étrange, qui donne une énergie singulière au discours. Bossuet olfre de nombreux exemples de ce genre de beautés. Il a , comme la Bible, une harmonie il part. Les bruits \ci pins majestueux de la nature n'ont rien de doux, et cependant il n'en est point qui nous émeuvent davantage.

Au reste , on pourra juger de la traduction de M. Genoude parce fragment du Cantique de Débori, ajirès la mort de Sisara, chef de l'armée des Chananéens :

» 0 Dieu ! quand tu sortais de Séir et que tu passais par la terre de l'Idumée, la terre s'émut, et ki cieux et les vallées versèrent leurs eaux.

« Les monts s'écoulèrent devant la f<ice du Setgneur, et le Sinai devant la face du Seigneur, Dien d'Israél.

•I Aux jours de Samgar, fils d'Analb, auxjoun de Saheel,les sentiers reposèrent, et ceux qui y ei traient marchaient en des voies détournées.

II Les cités étaient mornes en Israël ;elles étaienti mornes jusqu'à ce que moi je me fusse levée...

Il Lève-loi, lève-toi, Débora, et chante le cantique : lève-toi, Barac, et saisis tes captit«, fils d'Abinoém!

" rourquoi reposes-tu dans tes champs pour entendre le bêlement des troupeaux? Dans la tribu de Judu sont des hommes d'un grand cœur.

>[ Galaad s'est reposé au delà du Jourdain : pourquoi donc vogue-t-il dans ses vaisseaux? Pourqnof Aser s'arréte-t-il aux bords des mers, tranquille cA SCS ports ?

« ^bulon est allé offrir sa vie, et Nepbtali , dans les plaines de Méromé.

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