ASSOCIATION DE SAINT-JOSEPH
La puissance du christianisme et sa beauté ne se montrent jamais avec plus d'éclat que dans les temps de désordre; car alors il supplée tout, et le pouvoir même. Au milieu de la nuit qui enveloppe la société, sa himière, toujours pure, paraît plus brillante el plus douce. Dans la corruption générale il découvre el développe des germes de bien. Au doute il oppose une foi plus vive ; aux vices qui se muiliplient , de plus sublimes vertus. A mesure que Terreur monte et se déborde , la vérité s'élève comme FArche sur les flots , et promet encore le salut au monde.
Certes , on doit savoir ai^ourd'hui ce que c'est que la religion chrétienne. Contemplez l'Europe entière , el voyez ce que devient l'homme quand il cesse d'être chrétien. Les crimes de la terre ne lui suffisent plus ; il appelle , il évoque Venfer comme pour obtenir de lui une pleine révélation du mal. Alors toutes les colonnes des États sont ébranlées , les royaumes penchent^ et c'est en vain quelquefois que la religion étend la main pour les soutenir ; car il 7 a de terribles catastrophes que Dieu doit à sa justice, à l'instruction du genre humain. Mais, lorsqu'une société tombe, le christianisme, que n'étonne aucune vicissitude du temps, ne s'éloigne point de ses ruines ; il sait qu'elles peuvent être relevées , et que l'espérance est partout où il reste assez de plfce pour y planter une croix.
Voilà, n'en doutez point, la raison de la haine qu'ont vouée aux missions certains hommes que l'espérance épouvante. Ils défendent contre la croix les ruines de l'ordre, au sein desquelles ils se sont retranchés pour en sortir au premier signal et marcher à de nouvelles conquêtes , c'est-à-dire , à de nouvelles destructions. Les gouvernements assoupis , et qui se réveillent seulement pour prier qu'on ne trouble pas leur sommeil , inquiètent moins ces hommes de révolutions que quelques pauvres missionnaires, à qui l'Église éternelle a dit : Allez el enseignez. Les missionnaires prêchent la paix , rétablissent la concorde, et les révolutionnaires n'ont de force que par la division. Les missionnaires ordonnent d'obéir; les révolutionnaires commandent la révolte. Les missionnaires proscrivent la calomnie , le faux témoignage , Timposture ; et les révolutionnaires y exhortent leurs satellites comme à des devoirs. Les missionnaii*es répètent ces paroles de la loi divine : Tu ne tueras point ; tu ne déroberas point le bien d'autrtii ; et les révolulionuaires offrent au meurtre le vol pour salaire. Les missionnaires provoquent au repentir ; et le repentir est la mort du crime, la mort des révolutions. Enfin les missionnaires élèvent la croix au milieu des peuples , et les peuples se prosternent , et promettent au pied de cette croix de réformer leurs mœurs , de réparer les torts dont ils peuvent être