ASSOCIATION DE SAINT- JOSEPH
coupables , de pardonner à leurs ennemis , d*ètre justes , compatissants , fidèles à leur Dieu , à leur roi : comment les révolutionnaires ne frémiraientils pas de terreur et de rage? comment supporteraient-ils laf vue du signe auguste de notre salut ? Leur croit à eux, c*est le poignard.
Après avoir rappelé en peu de mots ce que la France et la société doivent aux missionnaires, qu'il nous soit permis de parler avec plus de détail d'une œuvre particulière, mais très-importante, qu'on doit aussi à leur zèle non moins actif qu'éclairé.
Dans sa vaste population, Paris renferme une multitude d'ouvriers de tous états : les uns y sont établis d'une manière fixe ; d'autres viennent du de-* hors y exercer momentanément leur industrie; enfin beaucoup de jeunes gens y arrivent des provinces pour apprendre un métier , ou pour se perfectionner dans celui qu'ils ont embrassé.
Autrefois de sages règlements, résultat d'une longue expérience , concouraient , avec des institutions véritablement sociales, à maintenir l'ordre dans cette classe nombreuse, à y conserver de bonnes mœurs et d'heureuses habitudes de régularité. Pas un seul individu n'était abandonné à luimême. Tous appartenaient à un corps qui répondait d'eux , et à qui ils répondaient eux-mêmes de leur conduite. Chacun de ces corps de métiers avait son organisation propre et ses statuts autorisés du gouvernement. Les officiers de la corporation , élus par ses membres, veillaient à l'exécution des lois de cette petite société , et y entretenaient une police exacte, au moyen d'une subordination graduée. L'honneur d'exercer ces fonctions, en quelque sorte . pubhques, toujours accordées à la considération qui suit une probité sans tache , était à la fois, et l'objet d'une utile émulation, et la récompense d'une vie constamment irréprochable. L'association se composait principalement des maîtres; et la maîtrise, qu'on n'obtenait qu'après avoir fait preuve d'habileté et de bonne conduite , était à son tour le but où tendaient les simples compagnons. Tous les intérêts , ceux de l'État , ceux du public moins exposé à être trompé sur les divers produits de l'industrie, ceux des familles d'artisans , ceux des apprentis , trouvaient dans cette organisation la meilleure garantie qu'ils puissent avoir, puisqu'elle encourageait, par des avantages également justes et stables , la probité, les bonnes mœurs, le talent , l'économie. La religion venait encore prêter sa force immense à ces belles institutions. Les corps de métiers formaient autant de confréries, dans lesquelles le licnrehgieux resserrait , en les consacrant, tous les autres liens. On pensait si peu alors que l'État pût se passer de Dieu, qu'on ne croyait même pas qu'une simple corporation d'artisans pût, sans lui, prospérer ni subsister.
Les idées ont changé depuis trente ans. La raison ayant fait d'étonnants progrès , on a reconnu que Dieu n'était plus si nécessaire ; qu'il avait beaucoup entrepris , au temps de sa puissance, sur les droits de l'homme et des citoyens ; que cependant il était bon d'avoir encore pour lui certains égards; mais que son influence devait être restreinte , de peur qu'il ne vint à déranger les plans magnifiques de la sagesse humaine. On lui a dit , comme il dît luimême à la mer qu'il venait de créer : Tu viendrai jusqu'ici; tu n'iras pas plus loin.
Alors on s'est mis à faire une société sans Dieu , ou avec un Dieu purement honoraire. On a relégué la religion dans les temples, attendu que, n'^mi point de la terre, elle ne doit être pour rien dont les choses de la terre, qui vont si bien sans elle, ainsi que chacun le voit. On a renversé les institntions qu'elle avait consacrées, dont elle avait fourni le modèle; car nous lui devions tout, et mèmenoi gouvernements. Nous en avons écrit d'autres ; nous avons aussi écrit les droits. Pour les devoirs, ce n'est pas ce dont on s'est occupé. Plus de hiérarchie, plus d'ordre héréditaire, plus de corporations; et, pour descendre tout d'un coup jusqu'à la dernière limite de l'organisation sociale , plus de maîtrises. Mais aussi, par une conséquence immédiate, plus de stabilité , plus d'esprit de famille , plus de récompense pour la vertu , plus de frein pour le vke, plus de discipline, plus de surveillance pour b classe nombreuse qui vit chaque jour du travail du jour.
Et qu'a- 1- elle gagné à ce changement ? Est-elle plus heureuse? a-t-elle plus d'aisance? Livrés__à leurs passions, que rien ne contient plus , beaucoup d'ouvriers de la capitale , qui jadis auraient eu une existence honorable , se ruinent dans une débauche crapuleuse. Sans souci de l'avenir , sans principes de morale, ils donnent le double exemple d'une imprévoyance stupide et d'une effrayante dissolution de mœurs. Hommes , femmes , enfants même , passent quelquefois plusieurs jours consécutifs dans ces funestes lieux qui a voisinent les barrières de Paris , et où on leur vend au plus bas prix l'abrutissement et la misère , qu'ils vont en foule y chercher. Le soir , se soutenant à i>eine , ils regagnent la ville en hurlant des chants obscènes. Un grand nombre d'entre eux , appesantis par l'ivresse , tombent et encombrent la voie publique. Des agents de la police , chargés de ce soin , les jettent dans les fossés qui prolongent la route. Que veut-on de mieux, et que peut faire de plus un gouvernement, dans le siècle de la raison, pour la liberté, la sûreté et le bien-être de ses sujets ?
Des désordres de plusieurs autres genres accompagnent ce honteux désordre. La mésintelligence