DE L'ESPAGNE
Parmi les symptômes de dissolution qui se manifestent dans la société , aucun n'inspire une plus juste crainte que l'apathie des gouvernements , que rien n'émeut, que rien n'alarme, et qui , lorsque tout s'ébranle autour d'eux, demeurent comme ensevelis dans ce que les flatteurs appellent leur sagesse. En présence du monstre révolutionnaire dont les bras soulèvent l'Europe et l'arrachent de ses fondements, ils regardent avec une sécurité profonde les apprêts de leur destruction. Sans volonté, sans action, presque sans voix, on les entend , on les entrevoit à peine dans le grand mouvement qui agite le monde. On dirait qu'ils ne sont pour rien dans tout cela, que leurs destinées sont accomplies, que la paix de la mort règne déjà pour eux ; et, dans son calme effrayant, dans sa muette immobilité, la royauté ressemble à une ombre assise près d'un sépulcre.
Si tout malheureusement ne confirmait pas ces réflexions, ce qui se passe en Espagne ne suffirait que trop pour les justifier. Depuis Tinvasion de Bonaparte et auparavant , des germes de révolution existaient dans cet infortuné pays. Il serait trop long d'exp1i([ucr comment ils s*y développèrent, cl
ce n'est pas cette question que nous voulons traiter. Le peuple était fidèle, parce qu'il est plein de f6i. Ne pouvant le corrompre , on résolut de le maîtriser, en courbant sa tête sous l'épée, et son âme sous la terreur. La révolte éclate dans l'armée, qu*on tenait oisive à dessein; car, dans les temps de troubles et de conspirations , le repos du soldat, I qui on a donné Tespérance d*agir, a mille fois plus de danger que l'expédition la plus périlleuse. Le gouvernement , indécis , trahi par plusieurs de ceux sur lesquels il devait compter, délibère pendant que set ennemis agissent : il est renversé. On proclame la constitution des Cortès.
L'unique parti que la France, menacée elle-même d'une semblable catastrophe , eût à prendre pour l'intérêt de sa conservation , était d'étouffer à l'histant , par tous les moyens dont elle dispose, une révolution encore faible , mais qui bientôt deviaiidrait puissante, si on n'arrêtait pas ses progrès.
On fit autre chose , on conseilla doucement à la révolution d'être sage, on reçut ses ambassadeurs, on se soumit même à écouter avec patience leur langage hautain , et Ton attendit non moins patiemment le résultat des bons conseils que Ton avait donnés.
DE L'ESl'AGiNE.
Let révolu tioiuujru ftsnçais en donnaieDt il'au- Ires, dans le même temps, â leurs frères d'Espagne; ilï les dunnaieiil à la tribune même, afin que jiersonne ac les ignorât : car la provocation à la révolte cMuii privilège constiluliunnel que le ministère leur rrconnall, et il nous a plus d'une fois appris qu'il était de son devoir de le respecter.
i-cs dctcamisadot préférèrent ces derniers conseils. Il» renversèrent rapidement tout ce qui restait de l'ordre ancien : 9â reparut avec ses crinteS'el ses lois, qui ne sont que d'autres crimes. Les massacres commeDcèrcut ainsi que les spoliations, Le roi , chaque jour abreuvé d'outrages, deiint le prisonnier des factieux ; on préluda au régicide par des rhaots et des menaces atroces. On iil plus, on représenta sur un théâtre de lladr-J le supplice du roi-martyr ; comme pour préparer le peuple à un furfail semblable, et pour insulter à la fois tous les
Tel était l'état de l'Espagne lorsque le ministère ocluel prit en France les rênes du gouvernement. On pouvait, on devait foudcr quelques espérances tur des hommes qui , malgré des démarches équivoques, avaient, après tout, combattu habituellement dans les rangs des royallsles. Ont-ils justifié ces espérances ? on en jugera : pour moi, je ne veux que raconter des faits.
Le premier soin du mmislcre fut de tranquilliser les révolutionnaires de France sur ses intentions à l'égard des révolutionnaires espagnols. Il déclara formellcmeiil, et à plusieurs reprises, qu'il ne troublerait point leurs opérations; et je croîs même, sans l'affirmer, qu'il qualifia de calomnie la suppositioa qu'il put avoir la pensée d'intervenir dans les affaires de la Péninsule ; c'esl-à-dire , la pensée de sauver du poignard ou de l'échafaud un petil- !ils de Louis \IV et le cousin de Louis XVIII. 11 serait aisé de vérifier si ma mémoire me trompe en rdisaul les discours prononcés à celte époque dans b Uiambre. Toujours esl-il certain i|ue la promesse lie De point intervenir fut faite, et qu'elle a été teuuelrès-Ioyalemcnl.
I.e ministère alla plus loin ; il s'était engagé envers \t ciïté gauche â garder unesiricle neutralité .Voyons cct|ue fut cette neutraUté, «qu'elle est encore.
Ainsi qu'il devait arriver dans un pays si fidèle , il ne tarda pas à se former en Espagne un parti il'bommes dévoués au trAne , à la religion , à la sotielé. l'arlout ils cherchèrent à s'armer pour délivrer leur roi captif , et pour soustraire leur patrie 4UX l' pou van table s calamités qui pépient sur elle, lue régence s'organisa pour diriger ce noble élan ,
V Annci cl, en quUUnl la mlal
pour atteindre ce but sacré. Les royalistes firent enfin ce qu'ils avaient déjà fait , lorsque Bonaparte I tenait moins dangereusement Ferdinand Vil pri* ' sontiierà Valençay.
Voilà donc en Espagne deux g.iuvernemenls r * l'un composé des geôliers du roi , qui n'annoncent fjuc trop hautement l'intention il'étrc bientât soi ^ bourreaux; des féroces conducteurs de ces bander J dont le cride guerre est; flfe«rei>(eu.'pi'ce/'en/«rï l'autre composé des plus fidèles sujets de cet Infor' 1 luné roi, résolus à mourir pour lui.
Lequel de ces deux gouvernements le ministère 1 rcconnaltra-t-il 7 Le premier, sans hésiter; est clair que les défenseurs de la foi et leurs héroïques chefs sont des insurgés; et , en effet , on ne peut disconvenir qu'ils ne soient en rébellion ouverte contre les rfe*Cflff«'jado*. C'est doncen ceux-ci qu'on verra la véritable Espagne , son légitime gouvernement ; c'est avec eux qu'on traitera , s'ils le daignent pourtant : heureux si l'on obtient quelques légères modifications qu'on juge désirables dans leur sublime conslitutian.
Encore un coup , je ne discute point ; je raconte : mais qu'on me dise si, pendant trente années si fécondes en événements prodigieux , la révolutiuD avait remporté un pareil triomphe. ]
Des sommes énormes sont levées sur U France I par voie d'emprunt , pour aider à soutenir la glorieuse cause des marlilleros. On se rappelle que H. Itoy, dans une occasion semblable, découragea les préteurs; mais il n'y entendait rien sans doute: c'était peut-être nuire au crédit, ""t le crédit est une si belle chose ! 11 est juste d'avouer qu'il y a six semaines on permit aussi à la réQ.nce d'empnmter à peu près ce qui serait nécessaire pour élever une croix de bois sur la tombe des Espagnols fidèles que les révolutionnaires ont égorgés sous le» yeux de nos soldats frémissant d'horreur et impatients de vengeance.
Cependant les pauvres défenseurs de la foi et de la royauté, sans armes, sans habillements, sans pain quelquefois, bravent tout pour mourir. Le ministère les regarde , et je suis convaincu qu'il les a secrètement admirés.
Il est triste que les journaux aient dit que des armes achetées et payées par ces martyrs aient été saisies h la frontière. Pour l'honneur de la France , je désire que ce fait soit faux ; mais il n'a point , que je sache , été démenti.
Passons : l'histoire fatigue l'flme quelquefois.
Un congrès s'assemble ; la France s'y rend , non le ministère (1). L'Europe confiante remet entre ses
■rXtnie lie llcticiâ pr«ialul daot •«• canHili. Il ■ auno^un Pouiulr lilItklM t lialitir<
DE L'ESI'AGNE.
mains \es destinées Je l'Espagne ; elle |icHra, s'il le veut;s'il veut, elle sera sauvée. Que fera-l-il7 l'as un doute n'entre dans un seul esprit. L'organe officiel du cabinet anglais lui-raËme croit la plus légère hésitation impossible , parce qu'il la juge également impolitique et déshonorante. 11 se trompait. On hésite , oa tergiverse ; on montre aujourd'hui la velléité d'obéir, si ce n'est au commaudeiucnt de l'honneur, aux conseils impérieux d'une pohiique saine, au moins à l'instinct pressant de la consertalion. Le lendemain ce n'est plus cela : on a vu des inconvénients. Qui sait si , en regardant bien , on ii'en verra pas d'autres? Les révolutionnaires assurent qu'il f en a tant ! Après une pensée de guerre, précédée de douze mois d'inaction complète, effrayé de son courage , le ministère dit : Négocions ; el U Dég;ocie elFectivement sur les cadavres des ilél^nseurs de Ferdinand Vil; et, rassuré parce qu'il négocie avec les hommes à marteau , il annonce enfin qui: la paix ne sera point troublée : c'est-àdire, qu'en ce qui le concerne , la révolution s'accomplira paisiblement en Espagne , [lourvu que V/tonneur de la France et sa dignité n'en souifrent )>oint.
D'honneur et de dignité , il n'en faut plus parler ; on le concoi t trop bien ; parlons de l'existence.
Avez-vnus donc espéré que la révolution d'Espagne , si elle triomphe , se renferme entre ses frontières? Ne voyez-vous donc pas qu'en ce moment elle est le ôroïdela révolution européenne, el que ce bras est levé sur vous ? Voyez croyez éviter la guerre , et vous ne faites autre chose que nous en préparer une plus terrible.
Vous montrez votre faiblesse au dedans, votre faiblesse au dehors ; el, poursuivis par les fantômes d'un esprit troublé, vous vous réfugiez dans votre peur coRUite dans un asde inviolable : eb bien, donc, dormez là , jusqu'à ce que la révolution vous réécoulons cet>endant le ministère , ou du moins reu\ qui se sont chargés de juslillcr sa politique. (,mand la malheureuse Espagne sera couverte de ruines et inondée de sang; lorsque les derniers soutiens de la royauté et de la religion auront succombé ; lorsque des millions de frénétiques ( car la contagion s'étendra ) , las de s'égorger entre eux , jetteront sur la France un regard avide , et se précipiteront dans nos provinces pour s'unir aux révolutionnaires qui les attendant , alors que ft^ra-t-on? La guerre? Non, ce n'est pas ainsi que nos profonds politiques l'entendent. Ils ont trouvé un autre moyen de préserver le pays; un moyen beaucoup plus constitutionnel, disent-ils : ils feront murer les Pyrénées !
A la vérité, ils espèrent qu'on ne les forcera pas
d'en venir à celle exlrëmité; car mtb.sjoutenlsi la révolution consent à se modifier elle-même ? Pauvre illusion ! Elle le devrait pour ses intérêts; elle le devrait pour rendre son triomphe plus iùt, en le retardant de quelques instants. Hais je vous ferai une seule question : dites-moi avec qui vous traiterez, quelles garanties on peut vous donner, quelles garanties vous pouvez recevoir. Votre traité, quel qu'il soit , car je ne veux pas discuter ici celte question , votre traité ne sera qu'une consécraliMi solennelle de la révolte, et un appel général à II réliellion.
Hais qui peut prévoir les suites de la guerre? Eli! sans doule, qui peut les prévoir, quand on a fait tout ce qu'on pouvait faire pour tourner les chances contre soi? Ceiwndant le succès offre peu d'incertitude : on n'imagine qu'un événement qui pourrail amener de grands revers; et de cet événement sortirait une accusation si terrible contre le mînistère, qu'on ne saurait se permettre de le supposer possible. Au reste , ne vous y tromi>« i>oinl : voui n'avez pas â calculerai vous ferez la guerre, mjiil quand vous la ferez, La révolution avance ; eDt avance en écrasant ceux qui seraient aujourd'hui pour vous d'inappréciables auxiliaires. Serez-voui plus forts quand ils ne seront plus? Vensei-veut que vos soldats seront plus en sûreté dans l'Espagne, lorsqu'au lieu des frères d'armes qui les appellent , ils n'y rencontreront que leurs tombes A leurs mânes indignés? On a osé calomnier ces nobles défenseurs du trône ; on a osé dire que , • la " jour où l'armée française entrerait dans lew " pays , les royalistes s'uniraient aux rcvolutioii- " naires pour Its repousser. » Qu'ont répondu lei royalistes ? » Nous n'avons point refusé contre •I Bonaparte le secours des Anglais el des Porttl- >[ gais, comment repousserions -nous le secoun " des Français, nos alliés naturels, pour détruire > " la révolution? Si les Catalans, les Arragonais, IL les Navarrois, sont étonnés de quelque cbose,, « c'est d'attendre encore les Français (■}. « lia osK lieu, en effet , d'être étonnés : appelés pour défendre Dieu et le roi, ce sera la première fois, deptril^ douze siècles, que les Fiançais libres auront que à un semblable rendez-vous.
On feini d'appréhender de compromettre les jouit] du roi; comme si la révolution victorieuse iIcte' élrc )>]us douce , plus humaine que la révolulioA vaincue ! N'est-ce pas, au contraire, ses craintes qd onlprotégé le roi jusqu'ici? Personne, assurément* ne forme des vœux plus ardents queles ndtres pour la conservalion de cette lète sacrée , nos sentimenU ne peuvent être douteux ; et c'est pour cela que
(11 litllrniMgmerai qnâiada, lutrM dut lu Jonmaai'