VINGT-UN JANVIER
Un roi , un échafaud , l'enfer dans ses joies sanglantes , la terre dans le silence et dans la terreur, le ciel qui s'ouvre pour recevoir le juste et se referme soudain : voilà le 21 janvier.
Chaque année, ce jour funèbre nous rapporte la même douleur avec les mêmes souvenirs ; il émeut profondément l'âme, mais c'est tout aussi. Il passe au milieu de nous comme un fantùme sinistre que
personne n'ose interroger. Sa présence inquiète et fatigue. On se hâte vers le lendemain, pour y trouver l'oubli de ce passé terrible qui jette tant de lumière, et une lumière si effrayante sur l'avenir. Il semble qu'on croie l'espérance plus en sûreté dans les ténèbres. On veut bien encore s'attrister sur une illustre infortune ; mais on désire qu'elle soit muette, parce qu'on redoute peut-être les leçons qu'elle donnerait.
tn
VINGT-li\ JANVIER.
Princes, peuples, vous qui tenez encore à l'bumanité par qutlque lien, pleurez le roi martyr : ii a elé grand dans sa mort; et le chrétien, à ce moment lugubre , a retrouvé des forces pour porter dignement une doublecoiironne. Pleurez; mais que vos pleurs ne soient pes des pleurs stériles , un vain altendriRsement qui se dissipe sans laisser de trares : pleurez , et entendez tout ce c|nc vous dit cette mort pleine d'instructions profondes. Le tombeau ne flatte point , ne dissimule point , et l'on peut écouter sans déHance la voix qui n'est plus du temps.
Qu'elle est haute, la condition des rois! mais qu'il est difficile de s'y soutenir par la seule force de son âme. quand tous les autres appuis viennent i défaillir ! et que cette fOrce tout humaine est de peu de secours contre certaines épreuves ! Ce qui fait le roi fort , c'est la foi ', l'inéliranlalile conviction que le pouvoir qu'il a reçu d'en haut ne lui manquera jamais , s'il ne manque pas Ini-mËme au pouvoir. Le souverain qui laisse mettre son autorité en litige, l'abandonne par cela mfme; l'altérer, c'est la détruire : elle est ce que Dieu l'a faite , ou elle n'est point. Ce n'est pas sous la Convention , mais sous les états généraux que la monarchie périt en France. La première concession que l'infortuné Louis XVI Ht aux faclieux décida sa ruine. On ne recule point sur le Irûne : derrière il n'y a que des abîmes.
Depuis que des doctrines funestes s'étaient répandues , on avait cessé de comprendre l'ordre , et surtout d'y croire. De là tout ce que nous avons vu et tout ce que nous voyons. On cbercba et l'on cherche encore au sein du christianisme une société qui ne soit pas la société chrétienne. Le christianisme a créé la royauté , elle est un de ses bienfaits. II a élevé le pouvoir, il l'a divinisé , pour ainsi dire; et, en lui imprimant un caractère sacré, il lui a donné je ne sais quelle douceur qui rappelle son origine céleste, et qu'il n'eut jamais dans les temps anciens. Hors du christianisme il y a des maîtres qu'on hait, qu'on supporte tout au phis : les nations chrétiennes seules ont des rois; seules elles connaissent celle touchante et sublime institution de la i>alernité sociale , et , sous l'inHuence d'une religion qui a des lois , et les mêmes lois pour le souverain et pour les sujets , on s vu le plus étonnant miracle qui puisse s'opérer dans l'ordre mural , je ne dis pas simplement la soumission , rattachement personnel au chef qui gouverne , mais l'amour pour le pouvoir.
£t comme , à raison mCme de la perfection de cet état social , il est le seul qui soit durable , le seul même qui soit possible aujourd'hui; comme les peuples chrétiens ne sauraient se plier au despotisme , et qu'aucun peuple ne peut subsister dans l'anarchie : dès gue la royauté est ébranlée , la so-
ciété chancelle ; elle etcule qtund la n^mOi M abattue.
Née du christianisme, iJenlilîée avec lui, elle ni de force que celle qu'il lui prête ; mais celte force, pendant qu'd règne , est toute-puissante : ausii e«[-ce toujours le christianisme qu'où attaque d'abord , lorsqu'on a résolu de la renverser. Ses destinées sont liées aux siennes, et le moment où elle tente de les en séparer est le moment où commence sa chute.
Que les rois apprennent ce qu'ils sont : miitiilrèt de Dieu pour lebîen (1), dépositaires de sa puissance, ils l'ont reçue de lui, et ne peuvent l'aliéner. La royauté est un véritable sacerdoce politique : od ne peut pas plus s'en dépouiller que du sacerdoce religieux. L'un et l'autre sont divins dans leur origine , dans leurs fonctions, daus leur objet : l'un et l'autre, quoique dilféremment, dérivent de la même source ; et l'on est roi comme ou est prêtre, non pour soi, mais pour le peuple qu'on est appelé à conduire, â sauver. Le pouvoir ne cesse jamais d'appartenir à Dieu ; jamais il ne devient la propriété de celui qui l'exerce. Un roi n'est pas un homme puissant : qu'est-ce que la puissance de l'homme? i\ est, nous le répétons, le miniatredt Dieu ; et, le dirai-je en ce jour, Louis XVI n'a péri que parce qu'il voulut n'être qu'homme , lorsqu'il lui était commandé d'être roi.
Et aussi vodâ ce qui lit de sa mort une calamité telle qu'aucune nation n'en éprouva jamais de semblable. Avec lui périt la royauté , et , depuis , nom ' avons eu l'anarchie, le despotisme, tout, etccpté elle. Rejeté des institutions, le christianisme ai 11' dans la société un vide immense où les passions s'a* gitent. Quelque chose manque au peuple; ils le sentent, et chercheotavec inquiétude la sécuriléqiM rien de ce qui est ne leur promet.
Les rois, à leur tour, s'effraient; ils ont peur de la royauté, de cette royauté qui n'est plus, mais qui sera de nouveau , dès qu'ils le voudi-ont. Ils ont perdu le sentiment de leur force, en oubliant d'où elle vient. Ils demandent tout à la terre, même le pouvoir qui vient du ciel. Ils lui demandent la paix qu'elle doit recevoir d'eux. Ils appellent les peuple* pour effacer l'empreinte du doigt de Dieu sur leur front; et ds s'étonnent qu'ensuite' les hommes leur disent : Vous êtes comme l'un de nous !
On ne suppose pas plus tdt que l'autorité vient de l'homme qu'elle parait une usurpation , parw que l'homme n'a réellement aucune autorité t l'homme; M faut qu'elle descende de plus haut. Db principe que le pouvoir appartient à la multitude, il s'ensuit que chaque membre de l'association y a
DE LA SAINTE ALLIANCE
un droH ëgaL Alors ks soaferains en abandonnent une partie pour se faire pardonner ce qu'ils en retiennent; mais ils ne réussissent qu'à irriter des désirs è demi satisfeits , et à légitimer les factions.
Le pooToir est tout ensemble la raison, la volonté, la force de la société ; il est indivisible par son essence : le diviser , c'est l'anéantir ; et par le fait il est toujours un : c'est toujours une seule raison , une seule volonté qui prévaut, soit constamment, lorsque la société est constituée comme elle doit Pètre, soit momentanément, lorsqu'il y a désordre ; et, quand on parle du concours de plusieurs volontés ou de plusieurs pouvoirs pour former la loi, cela veut dire seulement qu'on a chargé le hasard ou les passions humaines de décider chaque jour qui sera roi(1) : cela veut dire qu'il n'existe plus de royauté, qu'elle est abolie.
Mais voici alors ce qui arrive : à mesure que la souveraineté s'affaiblit , le respect et l'amour des peuples s'affaiblissent également. Leurs affections se portent d'elles-mêmes vers l'autorité qui les contient, parce qu'ils sentent que c'est elle seule aussi qui les protège ; et ce qu'ils pardonnent le moins an pouvoir, c'est de descendre : un sûr instinct les avertit que leur existence est menacée. De là celte sourde agitation, ces alarmes vagues qui troublent la société , et préparent les esprits à tous les changements. On en cherche la cause et on ne la voit point. Les rêves de l'opinion succèdent aux éternelles maximes de la raison sociale. On se défie du bien même; on s'aigrit contre le bonheur , on se prévient contre l'ordre. Le peuple s'aliène de plus
en plus de la souveraineté ; elle croit le rapprocher d'elle en s'affisibllssant encore, et elle ne feit par là que l'inquiéter, que l'irriter davantage, car la puissance seule est populaire. Les factions naissent : elles remuent, elles exaltent les passions; il se forme dans l'État comme un État nouveau : une guerre intestine commence ; le souverain résiste à peine, parce qu'il esta peine souverain : il transige d'abord ; il obéit bientôt. Rois ! vous savez le reste. On vous a vus défendre au pied de votre trône tout ce qui vous restait, la vie, et la défendre en vain ! N'attendez point de clémence; n'attendez point de pitié d'une multitude aveugle et transportée de fureur : quand le peuple commande au maître qui lui avait été donné pour le sauver de lui-même, presque toujours il finit par lui commander de mourir.
Vous sur qui reposent les destins de l'Europe, et à qui Dieu demandera compte du pouvoir qu'il vous a confié, venez sur cette place funèbre où un autre est venu aussi ; venez et contemplez : c'est ici qu'il expia par son sacrifice le sacrifice qu'il avait cru devoir faire de la royauté. Voilà le lieu d'où son âme pure monta vers le ciel. Les passants le foulent aux pieds; car qu'y a-t-il maintenant de sacré pour nous? Aucun monument n'y rappelle le crime des bourreaux, le triomphe du martyr ; mais , malgré l'insouciance des hommes, il y reste quelque chose de lui. Ces pierres qui furent teintes de son sang ont une voix. Chefs des nations, puissiez-vous l'entendre! c'est à vous qu'elle s'adresse; et que ditelle? Tout en un seul mot : Soi^ez rots!
DE L\ SAINTE-ALLIANCE
L'histoire n'offre aucun événement qu^n puisse comparer à la révolution française , qui serait mieux appelée maintenant révolution européenne. Elle ne ressemble à rien de connu : car les meurtres , les spoliations, les guerres civiles et étrangères , et tant d'autres calamités qui , à plusieurs époques , avaient
Ote va aol noa Impera...
lYl errante tl goTemo eue convlene.
{ToMtOf cant. 1.)
TOHE II.
désolé le monde , comme elles ont désolé l'Europe en ces derniers temps , sont , à la vérité , des suites inévitables de la révolution, mais ne sont point la révolution , et c'est peut-être parce qu'on s'est abusé sur la nature de cette terrible maladie, qu'on a fait jusqu'à présent si peu de chose pour en arrêter les progrès , et qu'on n'a pas même songé à en détruire le germe.
La révolution commença au seizième siècle dans
Sa
DE LA SAINTE-ALLIANCE
l'ordre rclif^ieui ; car t'est toujours U que commencenl , là que se préparent tous les granJs chang'emenls qui arrÏTenl dans l'ordre poliljttue. On nia le pouvoir sjiirituel , fondement nécessaire et uni* que lien de la société chréllentie. Un moine , blessé dans son orgueil , jeta, du fond d'un eloUre, au milieu des jieuples , la parole de réTolle. Le monile eifilisé tressaillit , el se «enllt frnppë d'un mal incomiu.
Pfierle pouvoir spirituel , établi pour conserver la foi ou pour maintenir les esprits dans l'obéissance, c'était nier le chrislianisme : aussi ful-ou bientôt conduit à nier expressrnienl tous ses dogmes el tous SCS préceptes, toutes les vérilés et tous les devoirs, et enfin à nier Dieu même ou le pouvoir général de qui émanent tout ordre , loulc vérité, toute existence. Alors la société siiiriluelle fut dissoute dans son principe el dans ses derniers éléments. ARranchi de l'autorité el ne déjiendant que de lui-m*me, l'homme ne reconnut plus d'autre souverain que sa raison , d'autre vérité (jue ses opinions, d'autre loi que ses pcncbanls : il fui roi , il fut Dieu; c'est-à-dire qu'à l'inslanl où il sorlil de la société religieuse il sortit de loule société. Il n'en exislail plus aucune quand nos troubles politiques ^latèrenl. L'Étal el ses virillcs institutions reslaii-nt encore debout comme un édiflce rainé, Les formes eïtérleurpsdebsociélPjSon corps, pour ainsi dire, offrait è l'œil les mêmes apparences ; mais ce corps élait sans vie, l'esprit social avait cessé de l'animer. Il y avait un culle public et plus de foi, des temples el plus de Dieu, ira roi et plus de royauté.
Ainsi la révolution était faile , elle élait pleinement consommée à l'époque où l'on s'imagine qu'elle commença. On a pris la pulréfaciion pour la mort ; el peul-èlre est-ce à cause de cela que tous ceux qui ont entrepris la restauration de la société ont cm qu'il suffisait d'embaumer le cadavre.
On ne saurait trop le redire , la véritable société, c'est la société religieuse ; il n'y en a point d'autre, car il ne peut exister de société qu'entre les éires intelligents : elle s'établit et se conserve par la soumission à une autorité qui s'exerce sur les esprits ; el la révolution n'est autre chose que la rébellion contre cette autorité nécessaire , ou la destruction absolue de la société spirituelle. Aussi voit-on toujours et partout les révolutionnaires attaquer d'aiKtrd cette société, en attaquant l'Église catholique, le chef qui la gouverne, ses institutions, ses lois, ses ministres , sa doctrine : c'est l'unique point sur lequel ils n'aient jamais varié , le seul sur lequel ils soient tous d'accord. Ils savent bien qu'ils n'ont rien i craindre d'aucune aulre Égbse, el que, IJ où il n'existe point de pouvoir qui commande aux esprits, il n'y a du chrislianisme que le Dom, de dog-
mes que les pensées de chacun , de lois que te* Intérêts, et de droits que la force.
Voilà pourquoi la révolution se montra si docile au joug de Bonaparte. &on despotisme nel'elfrayail pas; il confirmait, au contraire, ses maximes :J1 en était une dure, mais éclatante, application ; et ce Corse , venant au moment où la France , toute sanglante et menacée de nouveaux désastres , appelait lie ses vœux l'ordre que les révolutionnaires avaient renversé, les servit réellement en contenant leur violence : il parut un bien au milieu de tant de maux , et il sauva la révolution en arrêtant ses fu-
Dieu sans doute avait ses desseins , et Bonaparte ressemblait trop peu aux autres hommes pour qu'il n'eâtpasété formé pourune destination parliculièn'.
Cet bomme allait toujours en avant, les feux fermés ; et, comme il delruisuil en roarcbani , il ne laissait derrière lui que des abtmes. De la l'impossibilité de revenir sur ses pas , de réparer des ^ulei ou des malheurs. A la guerre , il ne sut jamais Faire une retraite ; en politique , il ne sut pas même faire
II n'y avait point de passé pour lui; il n'y avait que le présent, qu'il serrait entre ses bras de Fer, comme pour éloulfer l'avenir dans son sein. Il craignait le temps ; el , dans ses terreurs et son impatience , il voulail se passer de lui en tout ce qu'il entreprenait.
Né BU milieu des tempêtes , il Ht le calme , mais ce calme brûlant qui précède et annonce de plus grands orages.
Indilférent au bien el au mal, il accomplissait l'un sans joie et l'autre sans remords, comme un esclave exécute un ordre.
Il cherchait la monarchie , et il s'en approcha de plus près qu'on n'a fait depuis ; mais la révolution,' qui lui commandait en rampanl au pied de soB trône , l'empêcha toujours d'y arriver.
Il releva les autels , qu'elle avait abattus ; m ne vit dans l'autel qu'une pierre , autour de laquelle il permettait au peuple de s'assembler. Il attaqua l'Église dans son chef; il voulut asservir le pouvoir spirituel ou l'anéantir. La révolution sentit qu'elle régnait encore: mais, dans les décrets divins, déji son roi avait cessé de régner.
Sa mission, car il en avait une, sa mission remplie, il disparut : l'univers connati sa fin. L'esprit qui le poussait s'était retiré : il ne restait pas n un homme. Ce je ne sais quoi de Faible et d'ignoMe qu'on appelait encore l'empereur s'éteignit sur un rocher ; et la mort de ce soldat , à qui la révolution devait tant d'amour et l'Europe tant de vengeance , iiil cela d'étrange qu'elle n'inspira ni pitié , ni joie , ni douleur.
DE LA SAINTE-ALLIANCE
(luarnl Bonaparte tomba , il y eut dans le monde <in momrnl d'espérance. L'Europe, qu'il étouffait .■mus le puttts de son épée , respira. On crut ijue l'ordre allait renaître; mais la révolution, appuyée sur les ruines du IrAne impérial , négocia d'abord, mmaça bientôt, conspira toujours. Ménagée comme utif puissance, elle obtint d'immenses concessions : rlle fut admise partout, dans les institutions, les luis , les places. Un ratifia ses actes , on légitima ses doctrines , et on la consacra tout entière eu établissant l'athéisme politique.
L' ne seule chose parut montrer que les souverains ataient appris à la redouter et à la connaître. Ils esMfcrent de former contre elle une alliance tbn~ dée sur le christianisme , pensée aussi juste qu'élevée, et qui honorera toujours ceux qui la conçurent. L'ctst religieux de l'Europe rendait malbeureusemeol ce noble projet ioexéculable. Il faut le dire , puisqu'on le voit déjà , et qu'on le verra mieux tous les jours; il faut le dire pour hlter le moment où ce qu'on ne peut faire aujourd'hui deviendra possible : la Sainte-Alliance manque de base. Car, dans Tordre spirituel où les souverains, en la formant, se sont places, il n'y a point d'alliance sans union réelle, point d'union sans unité de foi.
Çuel but s'esl-on proposé? de défendre la société contre ta révolution, en lui opposant le cbristianisme , xod ennemi le plus formidable, ou plutôt son seul ennemi. Or, quel est le christianisme sur lequel est fondée la Sainte-Alliance? la réunion de différentes sectes , qui n'ont ni la même foi ni le mf mp chef, dont plusieurs même ne reconnaissent point de rlirf, et ne pourraient dire quelle est leur foi. Donc, ou la Sainte-Alliance n'a aucune base, ou elle suppose que toutes ces sectes professent également le christianisme. Dans le premier cas, il n'y a point véritablement d'alliance; dans le second, elle repose sur l'indifférence des religions , c'est-à-dire lur le fondement même de la révolution qu'on veut combattre.
t^els que soient donc les noble.s désirs des souverains à qui sont confiées les destinées de l'Europe; réduits à n'employer pour sa défense qu'un moyen «ans doute indispensable, mats insuffisant, ils n'ont pu encore opposer à la révolution que la force , qui ne la vaincra jamais , parce que la révolulioD, nous ne saurions trop le répéter, est dans les esprits : c'est leur révolte contre l'autorité. Or, on n'arrête point les temjiêlcs en jetant des pierres contre le vent ; on ne soumet point les esprits avec du canon. Et puis, à qui ot>éirant-ils? est-ce un point tur lequel les augustes auteurs delà Sainte-Alliance soient d'accord?
Tant qu'il n'y aura point de christianisme comitUniverMUcmenlreconnu pour loi, la politique
ne sera <iu'un calcul d'intérêts matériels, qui, différents pour chai^ue Etat, peuvent bien être le sujet d'un traité, mais non d'une alliance, et moins encore d'une alliance sainte. Qu'on en juge par deux faits.
Cn peuple cbrélten , opprimé depuis quatre siècles par des barbares campés en Europe, secoue ses Fers . et , armé du souvenir des outrages qu'il a subis, des souQi-ances qu'il a endurées, il se lève comme un seul homme pour reconquérir sa Uherté politique et religieuse. Les barbares jurent de l'ei terminer. Leur rage, que rien n'adoucit, n'épargne pas même l'enfance : le meurtre, le viol, l'incendie^ tous les crimes marquent leur passage. On revoit ce qu'on n'avait pas vu depuis le paganisme , les sacrifices humains (l)-
Que fera la politique européenne? consulteral-elle le cbristiani^mc sur la résolution qu'elle doit prendre? comptera-l-elle la foi , l'humanilë même, pour quelque chose dans cette grande qucsiion?£IIe calculera des intérêts, elle soutiendra le peuple musulman; elle regardera peut-être son chef comme un membre de la Sain le- Alliance, elle déciilera peutêtre que le peuple chrétien doit se replacer sous l'épce du Ta r tare.
La révolution éclate dans un royaume voisin de la France. Toutes les scènes d'horreur dont nous avons été lémnina il y a trente ans se renouvellent dans ce royaume. On proscrit la religion ; onégorge ses ministres au cri de vive l'enfer ! La Convention renaît avec ses fureurs. Les jours du roi et de ses frères sont en danger.
Que fera la politique européenne? elle discutera les droits de la révolte; elle trouvera qu'il serait injuste de troubler ses opérations et d'inquiéter ses crimes; qu'on doit respecter le peuple souverain , lorsqu'il lui prend rntie de se régénérer à sa manière; elle suppliera humblement la Convention, appelée Corlés, de tempérer son ïcle , et de modifier un peu l'anarcbie qu'elle travaille à établir ; elle examinera froidement les probabilités que le roi soit assassiné demain ou après-demain , aHn de savoir si elle est constitution nellement autorisée à le secourir aujourd'hui ou demain , de concert arec ses sujets fidèles, qu'en attendant elle juge prudent d'appeler des insurges.
Généreux insw'gëal héros de l'Espagne t vous avez dit encore une fois : Mourons pour la cause Juste ! et tous les peuples de l'Europe se sont assis pour regarder la royauté et la révolution , ta foi et l'impiété, combattre corps i corps dans l'arène. Les gouvernements ont voulu que ce fili un spectacle ; mais ce n'est pas tedernierqiiisera don né au monde.
DE L'ËSPÂGNE.
Je le dis surtout à la France ; je le dis à ses ministres: qu'ils préparent kur réponse, lorsque bientôt peut-être on leur demandera ce qu'ils ont fait d'elle. Si la ré?olution l'emporte en Eçpag^e, un an après son triomphe complet on cherchera fainement un Bourbon sur le trône, et arec eux disparaîtront les dernières espérances de la société.
Qu'est-ce donc que la Sainte-Alliance , si elle ne détruit pas la possibilité d'un pareil STcnir? Ce qu'elle est, je TOUS l'ai dit. Si tous en foulez savoir darantage, interrogez les ruines de Sdo et les mânes de Goiffieux et de Yinuesa.
Il a existé une Sainte- Alliance ; mais c'était dans les siècles que nous nommons arec tant de fierté les siècles de ténèbres. Toutes les nations chrétiennes, se levant à la féis pour secourir les chrétiens d'O-
rient et pour délÎTrer le tombeau dii Sauveur du monde , nous offrent le modèle d'une alliance sainte , mais qui n'était possible que parce que cei nations , unies dans une même M , reconnaissaient le pouvoir spirituel. Jusqu'à ce qu'elles soient rentrées dans cette unité sainte , il n'f aura point de Sainte -Alliance ou d'union spirituelle entre les peuples : la révolution subsistera malgré tous les efForts qu'on pourra tenter pour l'anéantir ; et , si jamais elle expire, ce sera au pied de la Croix que la main du pontife suprême élèvera au milieu de l'Europe soumise à son autorité patemdUe. Alors, seulement alors, les trônes ébranlés se raffermiront, parce que l'homme, abjurant sa souveraineté sacrilège, obéira tout ensemble, et au pouvoir religieux, et au pouvoir politique, en obéfosant à Dieupsr ^t ies rois régnent.