‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 81 sur 226 · DE LA JUSTICE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE LA JUSTICE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

^(7C7V7/(1). Rien n'est en soi plus évident, et rien n'est aussi plus pleinement confirmé par Texpérience. Ainsi la souveraineté ne Tient ni du peuple ni de Dieu ; le ministère l'assure. D'où ?ient-elle donc ? Ici commence la théorie ministérielle du pouvoir ; théorie dont le succès ne serait pas douteux un moment , s'il suffisait , pour décider les esprits à l'admettre , du charme de la nouveauté et de la séduction du talent. Mais , outre la difficulté de faire clairement comprendre aux hommes ce que signifie cette maxime : La source de la souveraineté découle du souverain (2) , ils diront toujours : Ou TOUS entendez que la souveraineté véritable appartient à celui qui exerce le pouvoir, pendant qu'il l'exerce , et alors vous consacrez le gouvernement de fait ; ou le souverain légitime , dépossédé de ^e» États par la violence , conserverait encore la souveraineté , et alors cette souveraineté , qui ne vient ni de Dieu ni du peuple , serait quelque chose d'inhérent au monarque et d'inné en lui , une haute et sublime prérogative qu'il ne tiendrait que de luimême ; c'est-à-dire que vous reconnaissez deux races d'hommes de nature différente : l'une destinée à commander, et l'autre à obéir ; c'est-à-dire que , par d^moMT pour la liberté du peuple y vous établissez le principe d'une servitude si avilissante ,

que l'on ne conçoit rien au-dessous d'elle. A tout prendre , nous préférons la doctrine du christianisme. Avec le droit divin j l'homme est libre, parce qu'il n'obéit réellement qu'à Dieu : avec le droit divin , qui impose la même loi , et une loi parfaite , aux rois et aux sujets , on a des vertus. Avec la souveraineté dont la source découle du souverain^ on a l'esclavage ou l'anarchie; on est rëgiy suivant l'expression d'un Député que la France honore , par des lois impies (3), qu'on ne songe pas même à réformer; des désordres effrayants se manifestent de toutes parts; la société tombe en dissolution , et , au milieu de ses débris, on se console en disant : « Il faut prendre ks «( siècles tels qu'ils sont ; le temps ne s'arrête ni ne (( recule. On peut regretter les anciennes mœurs, (( mais on ne peut pas faire que les mœurs noo- « velles n'existent pas. Les arts ne sont pas la base te de la société , mais ils en sont l'ornement : cbex «( les vieux peuples ils remplacent souvent les «( vertus y et du moins ils reproduisent l'image (c à défaut de la réalité (4). » On ne saurait ni mieux peindre ce que nous voyons , ni renoncer de meilleure grâce à un moins triste avenir ; mais le christianisme n'abandonne pas si aisément l'espérance.

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