‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 82 sur 226 · PAR M. LAURENTIE · texte numérisé non relu

PAR M. LAURENTIE

Une courte analyse de cet écrit en fera sentir rimporlance. L'auteur examine premièrement l'état actuel de la société , et il trouve qu'elle présente « un caractère particulier (jue chacun peut égale- « lement saisir : c'est la diversité infinie des croyan- «t ces et la liberté extrême des opinions. » Le droit de juger souverainement de ce qui est vrai et faux en matière de religion , refusé par la réforme à l'autorité générale de la société chrétienne et ac-

(1) Discours de M. de Chateaubriand dans la séance du 25 février 1823.

(2) Jbid.

(3) Discours de M. de Afarcellus dans la séance du 8 avril, l^ous rappellerons ses propres paroles : « J'ai dit ce que ma conscience

cordé à chaque membre de cette même société , telle fut la première cause de ce grand désordre , de cette anarchie spirituelle que le seizième siècle vit éclore, et qui devait inévitablement produire l'anarchie politique. <c Luther parut dans le monde « comme un de ces conquérants qui portent par- « tout le désordre , en renversant partout les auto- « rites légitimes. Ses doctrines ne prévalurent que parce qu'elles établissaient l'indépendance absolue

R me portait à dire.... Je n*al pas avancé que la France ne fAt a régie que par des lois impies : mais j'ai soutenu et je soutiens « encore que . parmi les lois qui nous régissent, II s'en trouve « d'impies. « ( A droite : Oui ! oui ! c'est vral.J C 4 ) Discours deM.de Chateaubriand dans la séance du 9 avril

UE LA JUSTICE AU DIX-NEUVIÈME SifeCLE.

X des consciences, et qu'elles menaient à la place

■ de la foi des peuples ce droit d'examen sidatteur « pour l'orgueil de la raison , mais st funeste

• pour la (ërilë. i>

Le principe du jugement privt! ou de la souveraineté de la raison indiriduelle passa d'ubord de la religion dans la philosophie , où il excita moins d'alarmes , parce qu'il y cul peu d'esprits assez clairtoyaols pour en prévoir les conséquences , et (pi'il )' s toujours dans le caur humain une secrète rélofle contre l'autorité. H. Laurenlie prouve Irésclalrement que le système de Descaries n'est que la théorie philosopbiquedu protestantisme. Les jësuiies sVn Aperçurent et combattirent ce système nouveau. Fénclon y opposait la doctrine de saint Au^usliu; le .-ocle Huel le réfuta plus fortement encore ; et Rossuet , qui l'aTaît vu naître , en déplorait déjà les funestes effets. « Je vois , disait-il , un grand rom-

■ bat se préparer contre l'Église , sous le nom de » phiiosop/iie cartésienne. Un inconvénient terri-

■ ble gagne sensiblement les esprits ; car, sous le « prétexte qu'il ne faut admellre que ce qu'on en- « tend clairement, ce qui, réduit à de certaines

^.>l>ornes, est très- vé ri la ble , chacun se donne la Hpliberlé de dire : J'entends ceci , et je n'entends ^■ipas cela; et, sur ce seul fondement, on approuve ^§* et on rejette tout ce qu'on veut : sans songer

■ qu'outrf aos idées claires et distinctes II y en s

■ de confuses et de générales qui ne laissent pas « d'enfermer des vérités si essentielles , qu'on ren-

■ ?erseraii tout en les niant. Il s'introduit , sous « ce prétexte, une liberté de juger qui fait que, o sans égard à la tradition , ou avance téraéraire-

• ment tout ce qu'on pense. «

Ij philosophie du dix-builième siècle n'est qu'une Taste et rigoureuse application du principe fondaroental de Descaries. On a tout nié , on a douté de lout. parce que rien n'a paru assez clair ni assez distinct à la raison philosophique, dernier juge de toutes les questions qu'd lui plaît de mettre en eoniroverse. Toutes les bases de la religion et de l'Élal ont été ébranlées l'une après l'autre , et , de progrès en progrès , on en est venu h ce point , qu'il n'y a plus ni Térités ni erreurs pour les hommes. « Tout

■ aujourd'hui se réduit à des opinions; chaque

• bomrac a la sienne sur la religion, sur la morale.

■ sur la politique , sur les questions les plus com-

■ munes comme surles questions les plus élevées,

• Et ces opinions ne sont ni les résultats d'une lon-

> gue étude , ni d'aucune préméditation philoso-

• phique ; elles ne se rattachent point à quelque

■ système universel péniblement élevé : chacun

> adopte au hasard unecruyance sur toutes choses ;

• c'est h peine un choix, c'est plutùl, le dirai-Je? t une sorte de loterie morale : une opinion est

" Borlie, on la prend comme on aurait pris une n opinion contraire; on n'a point étudié, on n'élu- '1 diera jamais ce qu'elle a de faux , ce qu'elle a de x vrai , ce i[u'elte a de probable. Mais ou la garde « par habitude ; un la changerait volontiers par II calcul, si on ne voulait paraître constant dans >t ses opinions : c'est l'indificrcnce qui les a faites , Il c'est la vanité qui les maintient quelques jours. n JUais le sentiment, mais la raison, mais fe de- " voir, tout cela est étranger à ce qui s'appelle II opinion ; et , entre les hommes qui ont été assez ■I heureux pour adopter celles qui sont raisonna- II blés, combien peu, faut-il le dire, s'en rencoo- « trerail-il qui y restent attachés par quelqu'un de " ces motifs puissants et surhumains qui, dans des H temps de foi, lient les consciences privées à la M conscience universelle de la société ! »

On ne contestera pas plus, nous le croyons, la vérité de ce tableau, que le talent avec lequel il est tracé.

M. Laurenlie montre ensuite, avec la plus grande évidence, que, dès qu'il n'existe plus de vérités universelleraenl reconnues, d ne peut plus y avoir de justice universellement avouée; et c'est là ce qui nous arrive : la société a perdu à la fois sa raison et sa conscience. ^)ue lui reslc-t-il? rien de Use, rien de vilal , rien de ce que Dieu y avait mis. Les hommes y ont subslilué des institutions impuissantes ; car l'homme est sans force contre l'homme, et même, lorsqu'il le domine, il ne le soumet pas. On a imaginé des formes de gouvernement dont l'inslabilité «st le principe , et qui, fondées sur l'opinion essentiellement variable, secondent tour à tour le triomphe des opinions les plus opposées, c'est-àdire, augmentent l'incertitude où sont les hommes sur toutes choses , et achèvenL de leur ôter toute espèce de moyen de distinguer le vrai du faux et le bien du mal,

•1 Le gouvernement représentatif établit au mi- H heu des nations des disputes éternelles sur toutes Il les questions de morale publique. A l'aide des 'I tribunes élevées sous les regard» du i>euple, des u hommes différents d'opinions et de croyances >i viennent tour à tour affirmer des croyances con- <■ Iraires , développer avec un droit égal la vérité et II le mensonge , étonner les imaginations faibles de II la multitude , eu lui présentant , sous les mêmes •I formes dogmatiques, des systèmes opposés et des •I doctrines ennemies. Et prenons-y garde , déjà les Il hommes témoins de ces contradictions à chaque u moment renouvelées , de ces luttes publiques •I entre les opinions les plus diverses , sont cux- >i mêmes divisés entre eux , et n'ont que leur pro- II prc conscience et leur croyance personnelle pour II faire un choix entre tant de principes opposés. ■li

sua L'OBSERVATION DU DIMANCHE.

u AînsU eetté flMale inceriiUide, qui d^i rè^ « tous les etprilt^ t*acerott inoettanuiirat pw l'iiH u certitude des dtetrioet publiées par les hommes « qui sont appelés i aTOir quelque influence sur les « croyances publiques. Chose fraiment inouïe 1 Tau- « torité , qui doit enchaîner les opinions , les lifre , « aueontrairatileurproprecaprice;lesgouveme- « menls, qui ne peuvent se fortiflerque par IHinitë, « tendent i s'affùblir eux-mêmes par la division : « c'est du sommet de la puissance que descend « Fanarchie. »

Nous ne pouvons tout citer; il fisul lire dans l'ouvrage même les sages et profondes réfleiions de M. Laurentie sur ce surjet. Ce n'est point un censeur chagrin qui blâme pour blâmer; au contraire: c'est un pnbliciste ami de smi pays , invariablement attaché au trône , et dont le bonheur serait de voir dans ce qui est ce qui doit être.

n prouve , et c'est l'objet qu'il s'est proposé prindpaleinent » que le jurj, si vanté par nos idéologues poHtiqnes et si cher â tous les révolutionnaires , est une institution de l'entoce des sociétés, lorsqu'il n'existe point encore de magistrature régulière ; que cette institution , non-seulement imparfoite, mais essentiellement vicieuse , recèle le principe antisocial de la souveraineté du peuple , et que, dans rétat actuel de nos mœurs , elle est et sera toi^ours, quelque modification qu'on j apporte , également corrompue et corruptrice. Il la Juge dangereuse ,

surtout lorsque les crimes politiques sont • la décision des jurés, et c'est ce qu'aucun sensé et de bonne fol ne contestera. Il est au moins absurde que le pouvoir, qui est toute laaociélé,confie son existence i quelques J^ilividus pris au hasard, et se présente devant eux sur le même rang que les conspirateurs qui ont tenté de le renveiter, pour recevoir sa sentence.

Cette analyse rapide ne peut donner qu'une idés fort incomplète d'un éaît plein de choses , et qui, au milieu de tant de pamphlets qui nous ânondcat journellement, se fiait remarquer p«r la sagesse dtt vues, rheureux enchaînement des iiensées,lB,fora et la clarté du style , et par je ne sais qud catam de raison prodigieusement rare ai^ourd'hui , eC^ n'en a que plus de charme.

L*idée qui frappe après avoir lu cet exœHent ouvrage , c'est qu'il n'y a pas maintenant en Europe un seul peuple qui pût répondre i «es deux ipustions : Qu*esl-ce que la vérité? qu'est-ce que la justice? ce qui montre l'éjUmnante supériorité de notre siècle sur tous les «jltes sièdes. En cet état des esprito, je ne doute nullsment que, si Ton pro^ posait le Décalogue, sous la forme de projet de ki, â une asseipblée délibérante quelconque, il Dépasserait point sans de vifé débats et sans de nombreox amendements : tant les lumières ont foit de progrès depuis ces tempsbarbaresoùleshomaws ne savaient encoresur leurs devoirs que ce que Dieu leuravaitdil.

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