‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 91 sur 226 · D'UNE NOTICE SUR LES MOMIERS DU CANTON DE VAUD · texte numérisé non relu

D'UNE NOTICE SUR LES MOMIERS DU CANTON DE VAUD

PAR UN TÉMOnf OCULAIRE.

Quand on ne considérerait le protestantisme que sous un point de vue purement philosophique, rien ne serait encore plus utile que d'observer ses variatknis perpétuelles et ses étranges contradictions ; car OD y découvre clairement les suites inévitables de la ftineste erreur qui, dans l'ordre politique comme dans Tordre religieux, détruit aujourd'hui toutes les vérités en les soumettant à l'eiamen et au jugement de chaque particulier, devenu ainsi Tunique arbitre de sa foi et de ses œuvres , devenu son roi et son dieu. On ne contestera pas sans doute que, depuis trois siècles, il n'ait existé, parmi ks protestants , des hommes d'une vaste science et d'une grande force d'esprit ; et cependant voyez si jamais ils ont pu convenir entre eux d'un seul dogme : nous pourrions ajouter, et d'un seul précepte de morale , puisqu'il n'est point de devoir

(i; l»ai€f LXIf , s, 7.

qui n'ait été nié par quelque sectaire, puisqu'ils ont justifié tous les crimes, et même jusqu'au meurtre, comme déjà Bossuet le reprochait aux sociniens , et que , parmi les disciples de la réforme , il en est même qui, abusant d'une manière sacrilège dequelques paroles de TÉcriture, encouragent directement aux vices les plus énormes, afitty disent-ils, que la grâce abonde là où le péché a abondé. C'est la doctrine des antinomiens ; et en cela , il faut bien l'avouer, ils ne font que suivre l'exemple du fondateur du protestantisme , de Martin Luther, qui n'a pas craint d'enseigner en termes formels que les bonnes œuvres sont plus nuisibles qu'utiles au ^âr/2//: maxime antisociale autant qu'antichrétienne, et non moins destructive de l'État que de la religion. Or, ce sont là des choses qu'il est bon de rappeler aux hommes pour leur faire comprendre tout le besoin qu'ils ont, non-seulement d'une loi divine qui règle leurs croyances et leurs actions , mais

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mSTOIIlE VÉRITABLE DES MOUIERS DE GENÈVE.

siilorité vivante ijui la promulgue et l'interprète Infailiiblemenl.

Ce qui se passe aujourd'hui à Genève en olfre une nouvelle preuve singulièremcnl Frappante. La vénérable compagnie des pasteurs, fidùlo au principe du pruleslanltsme, qui n'admet d'autre lègle de foi que la raison , ou l'Écriture interprétée par la raison, s'est vue obligée successivement d'abandonner toute foi précise, et de nier tous les dogmes fondamentaux du christianisme : le péirhé originel, et par conséquent la rédemption; la nécessité de la grâce , les peines éternelles , et entin la divinité de Jésus-Christ. Kous disons qu'elle nie ces dogmes : car défendre de les soutenir, c'est les nier bien positivement : et il résulte de là que le centre de la réforme calviniste est devenu le centre du déisme, et qu'il n'existe plus dans la Rome protestaiHe , je ne dis pas aucune foi clirétienne , mata aucune foi quelconque, puisqu'un ministre(l),qni ne manque pas de puissants appuis dans sa compagnie , a exprimé publiquement le vœu qu'on renonçât à tout symbole ; même à celui des apOtres, qui commence par ces mots : Je crois en Dieu.

Effrayés de cette monstrueuse apostasie, un jeune proposant, Jt.Empaylaz, et un ministre, U.Halan, essayèrent, il y a quelques années , d'opposer une digne au scepticisme de la vénéi-able compagnie despatteurs de Genève, et de rfssusciter le calvinisme dans la ville de Calvin. Mais ou leur til Lientùt sentir qu'on n'était pas disposêâ rétroerader dans le chemin de l'incrédulité philosophique; et, sans daigner même discuter avec eui les points contestés , on prit une voie jilus courte pour arrêter les innoralians, en proscrivant les novateurs, en leur interdisant la chaire, en les insultant, et en les livrant à la dérision et au Fanaliiime de la populace, qui, dans le pieux zële qu'on avait réussi a lui inspirer, flt entendre cet horrible cri: .tbasJdsus- Christ!

l'ouvrage que nous annonçons contient le récit de ces querelles remarquables, qui pourraient fournir un nouveau chapitre à l'histoire de la tolérance protestante. L'auteur s'appuie partout sur des documents authentiques ; et , bien qu'il laisse apercevoir une secrète préférence pour ceux qui défendent la divinité de Jésus-Christ, c'est-à-dire bien qu'il soit ckriitien, on ne trouverait pas dans son écrit une seule expression dont le ministre genevois le plus susceptible pût être raisonnablement choque. Un en Jugera parla conclusion, nui renferme toute la substance de l'ouvrage :

•I Quand les fofls parlent, le narrateur est dis- •I pensé d'y ajouter ses propres réHexions. Tout

■■ lecteur impartial tirera des doeiimenis WbIO'' " riques que je viens de mettre sous ses yeux, li les conséquences graves qui s'offrent d'eilesi< niâmes, et qui ne peuvent être désavouées par let » défenseurs les plus zélés de la compagnie de !■ nos pasteurs ; je crois cependant devoir les it " <i qucr ici comme formant la conclusion naturelle " de mon récit.

» 1° Les momiera, sur lesquels on a eu l'adresK n d'appeler la dérision populaire par une dénomiu nation ridicule , ne sont jKiint une secte, ni u 11 Bt'cle nouvelle ; ce ne sont que les anciens fûl- ■> vinistea. Les moroiers sont la {lortion des Ge- ' nevois restés tidèles aux articles fundamenlaui ' du christianisme professés par nos pères

< consacrés par toutes lescon fessions de foi dres- II sées depuis l'époque de la réformation.

« 3* La compagnie de nos pasteurs, accusée de ne .1 plus enseigner le dogme de la divinité de Jésu»- I Christ, était responsable de sa foi au troupeau 1 confié à sa sulUcilude, et à toutes les Églises ré- ■• formées du monde chrétien ; elle ne pouvait ga^ ' der le silence sans s'avouer cou]>abte et sans t trahir le but de sa mission. (Luc, XI, 33; ■ Matth., X, 35.1

>. 3° La compagnie des pasteurs u'avait qu'un I mot à dire ; Kous croyons; elle ne l'a pas dit! : Elle n'avait qu'à ordonner simplement la réint- ' t pi-ession des anciennes confessions de foi, et elle i ne l'a pas fait ! Elle a interdit la chaire aux mi* 1 nistres qui ont refusé de se conformer au formu- ( lairesocinienlEIlea pris etprovuqué des mesures ■

< de rigueur contre eux \ '• 4°Comment ne pas s'affliger et ne[ias s'effrayer '

• pour l'avenir sur l'anarchie des opinions reli-

< gieuses qui nous menace, et sur la funeste in-' 1 tluence que cette anarchie exercera dans l'ordre ' 1 politique et social, lorsqu'on voit le corps en*' ' seignant et le cgnsetl-d'Elat, c'est-à-dire les deui

. corps chargés de conserver dans notre cité lei I doctrines vivifiantes ; lorsque , dis-je, on vcàl ' I ces gardiens de l'Arche sainte se donner la n

< pour étouffer jusqu'à la dernière étincelle du feu

I sacré, et nous séparer, )>our ainsi dire, du monde *

I chrétien et de nos aïeux par un nouveau genre '

i de parricide I

" S" On ne peut que s'étonner de la conduite que

< noire gouvernement a tenue dans une alfaira si I importante par se» résultats , et si grave par son

1 objet, A l'époque où les souverains les plus sages--' > et les plus puissants reconnaissent et consacrent I les vérités fondamentales de la révélation comme ' I des principes conservateurs de l'ordre 80«al,* I les magistrats de Gcnèvesoulicnuenl, de loutleur ' crédit et de tout leur pouvoir, des pasteiinc

UISTOIRE VÉRITABLE DES MOMIERS DE GENÈVE. 211

Et d'abord nous demanderons 3 la vénérable compagnie des pasteurs de Genéte que devient

• le» rrl^goenl dédaigneuse menl dans la poussière a de récolc ; ils arborent , à la face de l'Europe

■ chrétienne, ■• bannière flétrie et sanglante du ' dëiame et du rationalisme! Tandis que, digne

• bérilier du Irdne et de la sagesse de Pierre le <: Grand, Alexandre êlère «ur les bords de la Mos- « cowa une basilique au Dieu saueeur, la Rome ■■ protestante ose dire à Jésus-Christ : Ifous ne

• routon/t plus de loi; relire-loi de nous (Joh, « XXll , 17 ); el Génère entend sans frémir les rives

■ du Léman retentir de l'Iiorriblc blasphème : A •i basJésua-Christ!

■ 6° A ne s'arrêter même qu'à des considérations

■ purement humaines el polilii[ues , un tel procédé •I n'est-il pas empreint du sceau de la démence? u ^'est-ce pas appeler sur nous, d'onc manière ÏA-

■ cheuse, l'filleution des nations étrangères? n'est-

■ ce pas nous exposer â être mis en quarantaine , ■■ comme les bAtimenls qui sortent d'un port pes-

■ tîfiéré; à voir les Églises réformées, qui jouissent

■ de la protection et de la bienveillance des sonve-

■ rail» dans les Étals desquels elles sont établies ,

■ repousser les ministres et les instituteurs sortis M de nos écoles, interdire à leurs candidats de fré- " queoler notre académie de théologie, pour ne « pas compromettre leur existence en donnant â

■ leurs gouvernements respectifs de justes sujets

• d'inquiétude sur les principes puisés dans nos ■' murs?

- 7' Les momiers avaient la plusbclle el la plus ■1 sainte cause à défendre , en combattant pour les " dogmes de la sainte Trinité , de la divinité du Sau-

■ Teur , de la dégradation de l'homme par le péché

■ originel , el de la nécessité de la grâce. Ils ont eu

• tort de rajeunir les questions sur la prédestina-

■ tioD et sur le salut par la foi sans les œuvres ; ce ^ sont U des opinïonsextravagantcs et dangereuses

■ ifù avaient vraiment et heureusement vieilli ;

■ nous n'f pensions plus. Cependant le reproche

■ qu'on leur ^it retombe tout entier sur Calvin et « Hlf lecnutrescooFessionsdefoiadoptées parlou- « tes tes Eglises réformées. Ce sont les che^ deno' « tre rëformation qui avaient introduit ces Fatales

■ croyancesdans le scinde l'Église de Dieu. Le tort

■ des momiers qui ont voulu rétablir les anciennes u maximes a été de ne pas savoir faire le triage de " l'ivraie d'avec le bon grain : il faut les plaindre 1 pIulAt que les accuser. "

A cescmc/iwfons dérouleur nous en ajouterons quelques autres au nom des catholiijues , ijue ces discussions intéressent aussi ; puisqu'elles montrent avec évidence , même aux plus aveugles, l'indispensable nécessité d'un tribunal divin, qui décide infailliblement toutes les questions qui peuvent s'élever sur la foi.

le fondement du proleslanlisme , s'il n'est pas permis aux momiers d'interpréter l'Écriture sainte selon leurs propres lumières , et de l'entendre dans le sens que l'entendait Calvin ; s'ils sont obligés de soumettre leur raison â celle de la vénérable compagnie ; si elle a le droit d'user contre eux de l'autorité qu'elle refuse à l'Église catholique : el encore non pas pour prescrire un symbole déterminé , mais pour défendre d'en adopter un. Nous lui demanderons en quoi consiste le christianisme , à son avis ; et nous la déRons solennellement de faire à cette question une réponse précise, qui soit avouée par les autres Églises protestantes : de sorte qu'après avoir commencé , comme le lui reprochait Rousseau , par ne savoir ce qu'est Jésus-Christ, elle en est venue irès-conséquemment & ne plus savoir ce que c'est qu'être chrétien.

Nous demanderons ensuite aux momiers de quel droit ils accusent la rénérable compagnie de s'éloigner de la vraie doctrine en abandonnant celle de Calvin. Est-ce que la vraie doctrine , selon le principe du protestantisme, n'est pas ceUe qui parait vraie il quiconque interprète l'Ecriture de bonne Foi? Qui leur a dit que les pasteurs de Genève manquent de cette bonne foi ? — Ils n'enseignent pas ce que leurs maîtres leur ont enseigné ; ils ne croient pas ce que erojaienl leurs pères. — Qu'importe ? n'en êtail-il pas ainsi des premiers réformateurs ? T.c reproche de variation est absurde dans la bouche de ceux qui posent en dogme le droit de varier. Et les momiers eux-mêmes, sont-ils donc d'accord entre eux? ne saït-on pas que déjà ils trouvent dans l'Écriture les opinions les plus opposées? Si donc la t'énérable compagnie cro'il voir clairement dans l'Écritureque Jésus-Christ n'est pas Dieu , elle peut et doit nier sa divinité au même titre que les momiers l'afHrment. Ces fîls posthumes de Calvin prétendraient-ils par hasard â rinFaiilihilité ? Cette prétention serait nouvelle parmi les protestants; el je pense qu'en ce cas il n'est pas un d'eux qui ne préférât de beaucoup, à rinfaillibililé récente de l\H. Empaylaz et Malan, qui ne s'entendent pas, dit-on , parfaitement sur tous les points , celle de l'Église immuable qui, depuis dix-huit siècles, n'a pas cessé un seul instant de réclamer el d'exercer , au nom de Jésus-Christ , cette divine prérogative.

En deux mots, la vénérable compagnie viole manifestement le principe Fondamental du protestantisme en condamnant les momiers et en s'opposantA la libre prédication de leur doctrine. Les momiers violent le même principe en condamnant In doctrine de la rénérable compagnie. D'où il suit que, pour êire à la fois protestant et conséquent,

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DÉFENSE DE LA VÉNÉRABLE œMPAGNIS

il fttat admettre qu'on est chrétien en croyant que Jétua-Christ est Dieu , et tout aussi bon chrétien en soutenant qu'il ne Test pas. Étendez jusqu'à l'existence même du sourerain Être cette liberté de croyance, et tous aurez cette exacte et complète définition du chHêtianisme jproiestani que nous

STons sommé les pasteurs de Geoêvede nous domMr; et qu'ils ne nousdonnerontcertainemenl ptt, nous le répétons stcc assurance. Pour inspirer une pro> fonde horreur de la referme à la i^upart de ses sectateurs, etpourlesendétacheràjamateyflaiiflrait de la leur montrer telle qu'elle est.

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