RESTAURATION DE LA SCIENCE POLITIQUE
PAR a. DB BALLER.
La société conçue de la manière la plus générale n'étant que l'union des êtres semblables, ilf!iut,pour décourrir les lois nécessaires de chaque société,considérer la nature des êtres dont eUe se compose , afin de reconnaître les rapports par lesquels ils peuvent être unis. Ainsi l'homme, être physique, moral et intelligent, a , dans ces dirers ordres , des rapports naturels avec les autres hommes. Mais des rapports purement physiques ne pouvant constituer une société Tédtable , puisqu'il serait absurde de dire que des corps, même organisés, mais incapables de penser et de sentir, existent en société, il s'ensuit qu'on doit chercher dans l'ordre moral et intellectuel , et là seulement , le fondement et les lois de la société humaine. Et, comme ces deux ordres n'ont de relation qu'à nos idées et à nos sentiments, il est manifeste que l'union d'où résulte la société , ou plutôt qui est la société même , consiste en des sentiments communs et des croyances communes. Quelle union, en effet, serait-ii possible d'imaginer entre des êtres dont les croyances et les sentiments seraient en tout opposés? Chacun d'eux séparé des autres, et les repoussant de toute sa nature, vivrait dans un éternel isolement. L'union des esprits n'est donc autre chose que l'unité des croyances, qui ne saurait se trouver que dans la vérité : parce que la vérilc est une , immuable ; tandis que , diverse selon les temps et les lieux , l'erreur varie perpétuellement. L'union des cœurs n'est non plus que l'unité de sentiments, ou, en d'autres termes , une bienveillance mutuelle. £t de même que le doute est Fabsencc de lien ou d'union entre les esprits , et Tindifférence Tabsence de lien ou d'union entre les cœurs ; le faux , dont le caractère est l'opposition aux croyances générales , divise les esprits , comme la haine divise les cœurs. Ainsi ce qu'il y a de commun dans les croyances est aussi ce qu'il y a de vrai, est aussi ce qui unit ; ce qu'il y a de commun dans les sentiments est aussi ce qu'il y a de bienveillant , est aussi ce qui unit : et la société repose sur deux grandes lois, sans lesquelles on ne pourrait pas même la concevoir, une loi de vérité et une loi d'amour.
Mais , quand on vient à considérer la fUbletie ée la raison humaine, n foeile à s'égarer, si opÎDiàlfci ne jamais revenir de l'erreur qui la flatte, et la c«ruption de la volonté qui, concentrant rhomme m lui-même , le porte Si Caire de son intérêt fMUpre, tel que les passions le comprennent, l'uniqiie rè(k de ses aflFèctions, on voit bientôt que le lien aodrf, ' ou ne pourrait se former, ou se briserait i chaqie instant, s'il n'avait pas hors de nous son originediM une puissance plus sage. Les hommes ne sont pu plus tôt abandonnés à eux-mêmes qu'ils deviennnt ennemis les unsdes autres par un effet de l'aBioiirdés» ordonné de soi, et qu'ils se perdent dans unemnltitude d'opinions contradictoires. Pour qu'il existe aa ordre de croyances et de seiitiments invariabkt, oi pour que la société naisse et se conserve, il footqae les lois de l'intelligence manifestées àl'honune, avec certitude , par une raison au-dessus de la sienne, soient obligatoires pour lui ; et point de société sans un pouvoir souverain qui impose à l'esprit le devoir de certaines croyances, et au cœur le devoir de certaines vertus. Aussi tous les peuples ont-ils reconnu une loi primordiale, promulguée par Dieu même, et d'où dérivent toutes les autres lois. En rappelant son existence et sa nécessité, Gonfucius, Pythagore, Aristote , Platon, Gicéron n'ont été que les organes de la tradition universelle et les échos du genre humain.
Dans cette loi primitive , dont le christianisme n'est que le développement, se trouve la règle indispensable des pensées et des actions ; et, s'il était pofsible que les hommes l'observassent toujours Mèltment, un ordre parfait régnerait sur la terre. Mais, par une triste suite de la dégradation originelle de leur nature, devenus trop souvent incapables d'une obéissance volontaire à la loi divine qui constitue la société, il a fallu qu'ils fussent ramenés à la pratique du devoir par une autorité extérieure , dont le droit est fondé sur cette loi même , qu'elle est chargée de maintenir. De nouveaux rapports , mais passagers, puisqu'ils ne sont relatifîi qu'à la vie présente , se manifestent entre les hommes ; et l'en-