‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 100 sur 108 · DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTE

23 mai 1831.

Nous ne pouvons passer sous silence ces paroles du roi, -en réponse au discours de M. le commandant de la garde nationale de Louviers : « La liberté ne » consiste que dans le règne des lois. Que chacun » ne puisse pas être tenu de faire autre chose que ce » que la loi exige de lui , et qu'il puisse faire tout ce » que la loi n'interdit pas, telle est la liherté. C'est }) vouloir la détruire que de vouloir autre chose. » De pareilles maximes dans la bouche du chef de rÉtat ont droit d'étonner , et plus l'autorité personnelle de celui qui les émet est grande , plus il importe de ne pas les laisser établir sans contradiction.

Non , la liberté ne consiste pas seulement en ce que chacun ne puisse être tenu de faire autre chose que ce que la loi exige de lui, et puisse faire tout ce que la loi n^inierdii pas ; autrement la France auroit joui de la liberté sous la Convention et sous l'Empire , et les sujets du Grand-Seigneur seroient parfaitement libres à Constantinople. Quand la loi constitue le despotisme et la tyrannie , quand elle est injuste , oppressive, atroce, dira-t-on qu'il y ait liberté? Y a-t-il

liberté lorsqu'elle ordonne ou sanctionne resclavage? Les catholiques étoient-ils libres sous les eiTroyablcs lois pénales qui naf^uère encore pesoient sur eux en Irlande et en Angleterre? Après la révocation Iris légale de Tédit de Nantes , les protestans français éloieut-ils libres , bien qu'assurément ils m fussent tenus de faire que ce que la loi exigeait d'eux , et qu'i'fo pussent faire tout ce qu'elle ne Imir interdisait pas? Èirange liberté qui ne seroit, dans une foule de circonstances , que la nécessité de subir les plus odieuses persécutions! Car, presque toujours, c'est par la loi qu'on persécute et qu'on tyrannise. K*est-ce pas au nom des lois existantes que furent dressés les échafauds de 93? N'est-ce pas au nom des lois existantes que le despotisme impérial disposoit à son gré des biens et de la vie de trente millions d'hommes livres à ses caprices? N'est-ce pas au nom des lois existantes que les communes, privées de leur droit le plus précieux , celui d'administrer leurs propres affaires , subissent y en ce moment même, le joug d'une centralisation oppressive? N'est-ce pas au nom des lois existantes que l'Université défend , contre le pays qui le repousse avec horreur , son exécrable monopole? Et Ton viendra vous dire que vouloir autre chose que ce que veut la loi , c'est vouloir détruire la libcrlé! Ce n'est pas ainsi que l'entend la France. On ne lui persuadera pas aisément qu'être libre , c'est plier sous des lois quelconques; c'est, parmi nous^ soumettre son âme, sa foi, sa conscience aux commis de l'administration, et recevoir tranquillement

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le cordon à Constantinople. Des sophismes ne l'abuseront point ; et si elle sait qu'il faut des lois , que la société sans cela tomberoit immédiatement dans une anarchie profonde ^ elle ne confondra pas les lois de liberté qu'on lui a promises avec celles qui consacreroient une servitude qu'elle abhorre.

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